chapitre 3

Regulus ne parle pas beaucoup en chemin. Ce qui est inquiétant, parce qu’en général, quand il panique, il fait semblant d’être un robot poli.

Là il fait… rien. Ni robot, ni humain. Il est en mode écran bleu interne.

Je tente :

— Tu sais, si c’est un espion russe, je peux toujours tenter de lui envoyer un mème lo-fi sur la paix mondiale.

Il m’offre un regard. Pas furieux. Pas blasé.
Un regard épuisé, fragile, tendu comme un fil — comme si mes blagues maladroites étaient sa dernière force pour ne pas s’effondrer en plein couloir.

Et ça suffit à me dire de continuer.

— Ou alors je fais semblant d’être un virus. Je tousse sur le réseau en mode COUGH ERROR SYSTEM et bam.

Un souffle nasal. Une micro-expiration. C’est la version aristocrate du fou rire.

On passe devant des bureaux en verre, des gens tendus, des lumières blafardes. On dirait que quelqu’un a mis “anxiété” en ambiance lumineuse.

Regulus badge une porte. Bureau sécurisé. Odeur de café froid et de stress riche.

Il me montre un fauteuil devant un triple écran.

— C’est ton poste.

— Ça manque d’un sticker chaton mais je survivrai.

— Remus…

Il pose ses deux mains sur le dossier du siège. Il inspire. Son visage est tendu, plus que je l’ai jamais vu depuis… depuis des années.

— Ce n’est pas une mission pour eux, pas au début. Je… je t’appelle parce que tu es la seule personne à qui je fais vraiment confiance. Pas pour les papiers. Pas pour le paraître. Juste… moi.

Ça me cloue. Pas parce que je m’y attendais pas — mais parce que Regulus ne dit jamais ce genre de choses. Il te regarde, il te juge, il t’aime en silence avec des critiques passives agressives. C’est sa langue maternelle.

Là il me donne quelque chose qui ressemble à de la vulnérabilité.

Ça fait bizarre. Ça fait mal un peu, aussi.

Je mets ma main sur son épaule.

— Eh, Reg… Je suis là. Je te laisse pas couler. Même si ça implique de devenir le nerd officiel le plus recherché du pays. Très fun sur un CV.

Il hoche la tête. Les yeux brillent un tout petit peu. Il détourne le regard avant que ça se voie, évidemment.

On entend des pas. Un homme entre : grand, carré, regard dur, chemise nette. Sa présence impose sans qu’il n’ait à en faire trop.

James Potter. Je connais le nom. Tout le monde connaît le nom. Bodyguard officiel. Ex-militaire. Un passif mystérieux et probablement illégal.

Sympa comme premier contact.

— Potter, dit Regulus.

— Potter, je répète, parce que la créativité est morte dans cette famille.

James me fixe. Pas agressif, juste… analyse mode : ON.

Je baisse la voix, me penche vers Regulus et je lui souffle, moitié sérieux moitié provocateur :

— Voilà le type qu’on engage quand on veut à la fois être protégé et tranquille. C'est le genre, prêt à intervenir si quelqu’un ose toucher à un stylo de son protéger.

La phrase sort conne, et c’est voulu. Regulus laisse échapper un petit rire bref, surpris de se surprendre à rire.

James n’esquisse rien. Trop pro pour une réaction. Il incline la tête, poli mais distant.

— Lupin.

— Ouais, c’est moi. Victime volontaire du chaos, enchanté.

Rien. Pas un sourire. Bon ok, il faudra le décoincer plus tard.

— Il est là pour… aider, dit Regulus.
— Je vois, répond James sans me lâcher du regard.

Je saisis la chaise, je m’installe.

— Si quelqu’un cherche à tuer Regulus, vous me prévenez, hein ? J’ai besoin de finir mes études avant d’avoir un traumatisme permanent.

Silence.

Puis, très bas, très contrôlé, James lâche :

— Je ne laisserai rien lui arriver.

Ah. Ok. Donc le gars n’est pas juste un meuble avec des muscles. Il est intense.

Regulus détourne le regard, comme si cette loyauté brûlait un peu trop.

Je me tourne vers les écrans. Mes doigts glissent déjà seuls sur le clavier. Les logs défilent. Des essais de pénétration réseau, élégants, silencieux, dangereux.

Puis je tombe sur une ligne. Courte. Presque poétique.

On protège ceux qui ne peuvent pas se protéger eux-mêmes.

Et juste en dessous : HP

Je me fige.

— C’est une signature ? je murmure.
— Ou un avertissement, dit James.

— Ou le nom du gars qui a inventé les imprimantes ? Je veux dire, peut-être il menace de nous envoyer 4000 pages vides à trois heures du matin. C’est violent.

Regulus me lance un regard. Un vrai, cette fois. Reconnaissant. Reconnaissant que je tiens la barque.

— Remus, dit-il doucement. Je… j’ai besoin de toi.

Ça me serre la poitrine un instant. Puis je souris.

— Bien. Alors on chasse ce HP.
— Oui, répond-il.

— Par contre si c'est un fan d'Harry Potter je te jure, on est foutus, je murmure.
Parce que quelqu’un capable d’assumer un pseudo pareil, dans ce monde-ci et en restant menaçant…
C’est forcément un adversaire très, très dangereux.
Les fans hardcore, c’est les pires. Ils lâchent jamais.

Un coin de lèvre de Regulus tressaute.
Minuscule.
Mais je l’ai vu.

Mission “le faire respirer un peu” : réussie.

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