Chapitre 2
La porte claque derrière moi.
Le froid de la nuit me cueille comme un rappel brutal à la réalité. Pas de retour arrière maintenant. Pas de pause, pas de “on verra demain”, pas de “je m’en occuperai après mon café”.
Black Corp vient de me recruter en panique.
Rien que ça.
Je grimpe dans ma vieille voiture — affectionneusement surnommée “La Survivante” parce que chaque démarrage est un pari avec le destin — et je tourne la clé.
Le moteur tousse. Une seconde. Deux.
— Allez ma grande… faut pas me faire ça maintenant.
Elle rugit finalement à la vie. Comme moi, j’imagine : fatiguée, mais trop têtue pour crever maintenant.
Les rues de Londres filent devant moi, avalées par mes phares. Minuit se glisse entre les immeubles, étire des ombres, donne à la ville un air de film noir. Mon genre de décor, au fond.
Mes doigts tapotent nerveusement le volant. Pas de musique. Pas ce soir. Juste le bruit du moteur et mes pensées qui tournent plus vite qu’un processeur sous attaque DOS.
Black Corporation attaquée.
Pas un script kiddie sur son iPad.
Pas un ado frustré qui veut prouver qu’il est un “cyber-ninja”.
Non.
Quelqu’un de sérieux. De préparé. De… artistique, presque.
Et ça, c’est terrifiant.
Et excitant.
Et un peu malade, je sais.
Je me surprends à sourire. J’ai vraiment un problème.
◇◇
Un rond-point, trois feux, un taxi qui manque de me couper.
Classique.
Puis, elle apparaît.
La Tour Black.
Géante, glaciale, arrogante dans le ciel comme si elle toisait la ville elle-même.
Un monstre de verre et d’acier.
Le genre de bâtiment où l’on signe des contrats qui peuvent ruiner un pays… ou en sauver un autre.
Phare rouge au sommet.
Comme un œil qui surveille.
La gorge me serre. Pas de peur — juste la conscience aiguë que ce soir, je plonge dans quelque chose qui dépasse mes études, mes soirées pizzas, mes blagues avec Lili.
Je passe la barrière de sécurité.
Un garde me regarde comme si j’étais un alien.
Je lui tends mon badge universitaire (ce qui, soyons honnête, ne prouve absolument rien).
— Monsieur Lupin ?
La voix est froide, mécanique.
— Ouais. Enfin, “Monsieur”, c’est beaucoup dire. Mais oui, c’est moi.
Il hoche la tête, parle dans son oreillette comme dans les films d’espionnage (sauf que lui, il a clairement pas le charisme), et la barrière s’ouvre.
Je souris, nerveux. On dirait que je viens d’accéder à un cheat code dans la vraie vie.
◇◇
Le hall d’entrée est immense. Trop blanc, trop silencieux, trop brillant.
On dirait l’intérieur d’un vaisseau spatial dirigé par des gens qui n’ont jamais ri de leur vie.
L’ascenseur m’avale, me propulse vers l’étage 42.
Je m’observe dans le miroir.
Cernes. Hoodie. Cheveux en bataille.
Je ressemble à un étudiant lambda.
Un étudiant qui va peut-être sauver un empire familial.
Superbe scénario, si on oublie les risques d’emprisonnement, de mort sociale, ou de… mort tout court.
Ding.
Les portes s’ouvrent.
Couloir silencieux.
Moquette épaisse.
Lumières tamisées.
Et lui.
Regulus.
Debout, crispé, tiré à quatre épingles comme toujours, mais avec cette lueur dans les yeux. Celle que j’ai vue quand il a compris, à seize ans , que ses parents ne rigolaient pas avec le mot “héritier”.
Il ne sourit pas. Il ne dit pas bonjour. Il ne fait pas de phrase.
Il murmure juste :
— Tu es venu.
— T’avais l’air désespéré. Je suis pas en sucre, j’allais pas fondre en sortant.
Il souffle un rire bref, nerveux.
Puis il baisse la voix.
— Remus… si on échoue… ce hacker ne va pas juste exposer nos données.
Il va déstructurer l’empire.
Humilier mon père.
Pulvériser notre nom.
Et…
Ça le mettrais en danger. Pas besoin qu’il finisse sa phrase pour que je comprenne.
Je lève les yeux vers les bureaux derrière ses épaules.
Des écrans. Des ombres. Des silhouettes en panique feutrée.
Je sens mon cœur accélérer.
— Alors on n’échouera pas, je dis simplement.
Je n’ai pas besoin de crier.
Je sais.
Je sens.
Ce soir, quelque chose commence.
Et ça va changer nos vies.
Peut‑être même les brûler.
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