Ensemble

Après le repas de midi, les quatre se séparèrent. Lynn et Virginie passèrent l'après-midi ensemble alors que Florian devait retrouver un ami dans une ville voisine. Arabella retourna à la bibliothèque, sa pause de midi touchant à sa fin. L'après-midi fut calme, il se déroula comme à l'habituel. A dix minutes de la fermeture, alors que plus personne ou presque ne foulait le sol de la bibliothèque, la porte s'ouvrit. Arabella, à son comptoir, leva les yeux pour saluer poliment le nouveau "client" mais ne fit que sourire en voyant entrer le Patron. Il avait passé la deuxième partie de journée dehors, et en avait profité pour commencer à instaurer sa domination: deux femmes et un jeune homme étaient déjà passés entre ses mains, et aucun étaient consentants, bien sûr. Il n'avait pris que des majeurs. Il ne voulait pas que, s'il s'en prenait à des enfants, ses crimes soient mis sur le compte du gars qui était la cause des disparitions depuis trois mois. C'était le Patron, qui serait le criminel incontesté de cette ville, pas cette imposture. Il avait vu que la bibliothèque était encore ouverte, alors il avait décidé d'y passer.

- T'es le seul criminel à passer autant de temps dans une bibliothèque, taquina la jeune femme.

- Tu devrais plutôt être honorée de ma présence, gamine.

- Peut-être bien, répondit-elle simplement avant de saluer une femme et son enfant qui partaient.

Le Patron ne put retenir un regard pervers vers le bambin avant de se retourner vers la gothique.

- Je ne pensais pas que c'était ouvert aussi tard, ici.

- Je ferme à 19 heures, indiqua-t-elle.

- Donc, plus que quelques minutes avant la fin de ta journée, gamine. Ça te dit que je te ramène chez toi ?

Il fronça les sourcils pour lui-même. Depuis quand il demandait ce genre de choses !? Il ne l'avait même pas fait dans l'optique de la violer ou autre ! Mathieu avait raison, par rapport à ses sentiments ? La jeune femme rit avant de répondre:

- Il faut être complètement cinglée pour vouloir être seul avec toi !

Il sourit, pervers, heureux qu'elle ne voit pas que son attention était bonne.

- T'as raison, gamine. Mais ça ne t'aurais pas déplu, j'en suis sûr.

- Pas moi, le taquina-t-elle. Et de toute façon, je dois rester là après la fermeture. Des livres à classer, etc...

- Alors je peux rester là pour t'aider.

Son sourire malsain, et tout de même charmeur, ornait son visage. Bien sûr, Arabella pensa d'abord à refuser poliment, mais... Elle devait travailler dans la réserve, et elle n'était pas ravi d'y descendre après le spectacle qu'elle avait eu le matin même. Elle n'avait pas vraiment peur, mais si elle pouvait éviter de refaire face à un clown de sang... Et puis, le criminel ne lui avait pas fait de mal jusque là. Bon, il fallait avouer que ça ne voulait rien dire, mais tant pis.

- Ok, si tu veux.

- Je croyais qu'il fallait être complètement cinglé pour rester seul avec moi ?

- Je n'ai pas dit que je ne l'étais pas.

Le sourire taquin qu'elle affichait agrandit celui du criminel. Elle était vraiment belle. Le dernier lecteur présent emprunta un livre, que la jeune femme enregistra dans le registre des emprunts, et partit. La bibliothécaire tourna la clef dans la serrure de la porte du bâtiment et afficha la pancarte "Fermé". Elle se retourna vers le Patron.

- Je dois bosser dans la réserve.

- Je te suis, gamine. Dis moins, elle est insonorisée, ta réserve ?

Bizarrement, ça avait été plus du second degré. Pour une fois qu'il n'était pas au moins à moitié sérieux ! Arabella avait capté l'humour. Elle répondit donc, elle aussi au second degré:

- Ça devrait aller, on entend rien, de l'extérieur.

- J'aime tes réponses, gamine, rit-il.

Il la suivit dans la réserve. Elle jeta un rapide coup d'oeil à la vaste salle et soupira légèrement de soulagement en voyant que tout semblait normal. Elle avait voulu être discrète, mais le soupire n'était pas passé inaperçu auprès du Patron. Il ne fit aucun commentaire, mais se promit d'en savoir plus. La bibliothécaire prépara le chariot qui portait un ordinateur, relié à un pointeur pour enregistrer les nouveaux livres, et une étiquetteuse. Elle commença le premier rayon, en s'excusant:

- Je suis désolée, je pense que tu vas t'ennuyer, Patron.

- Je ne m'ennuie jamais, gamine. Surtout quand j'ai de quoi me rincer l'oeil...

Elle baissa son regard vers sa tenue qui, il était vrai, était plutôt... court et moulant. Comme la plupart de ses tenues, d'ailleurs. Elle haussa simplement les épaules et continua son travail. Le Patron fit rapidement le tour de la pièce avant de remarquer qu'il n'y avait vraiment que des livres. Il en prit un au hasard, le feuilleta et le reposa en voyant que ce n'était pas intéressant. Il revint près de la jeune femme, sans s'empêcher de faire glisser son regard sur son corps.

- Dis, gamine, vous vous entendez bien, avec Mathieu, non ?

- Oui, assez. Pourquoi ?

- Oh, comme ça, comme ça...

Elle haussa à nouveau les épaules. Elle n'avait pas trop compris le but de sa question, mais elle n'y réfléchit pas. Elle se tourna vers lui en questionnant:

- D'ailleurs, en parlant de Mathieu, vous vous confiez l'un à l'autre, ou pas ?

- Drôle de question, gamine. Où veux-tu en venir ?

- Tu connais ses goûts en matière de fille ?

Le Patron, prit de court, eut besoin d'un peu de temps pour comprendre là question. Non pas qu'il était stupide, mais il ne s'attendait pas à ça. Et ça lui faisait mal. Putain, il avait raison, le gamin... C'est qu'il l'aimait, cette femme ! Un peu dégoûté, il mentit:

- J'en sais rien du tout, gamine. Je suis pas un prêtre, il se confesse pas à moi. Mais je ne pense pas que tu sois son style, désolé.

- Ah, je ne disais pas ça pour moi ! rit-elle. C'est juste que je pense que Lynn et lui iraient bien ensemble...

- Pas faux, gamine ! confirma-t-il en riant, plus soulagé qu'il ne l'aurait pensé. Et toi, c'est quoi, ton style de gars ?

Elle se retourna vers lui et s'adossa à l'étagère qu'elle enregistrait en demandant, toujours taquine:

- Et en quoi ça te regarde ?

- J'ai répondu à ta question, répond à la mienne, gamine, sourit-il.

- Avec quel genre de gars tu me vois ?

- Arrête de tourner autour du pot, s'impatienta le criminel, n'ayant pas l'habitude qu'on ne lui réponde pas. C'est à toi de me le dire.

Elle se contenta de lui sourire, et reprit son travail. Il arqua un sourcil, mais changea de conversation. Ils parlèrent jusqu'à ce que le travail d'Arabella soit fini.

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top