choix


En attendant le Bonheur, j'ai été triste. Triste au point de pleurer des nuits entières. Triste au point de hurler ma peine jusqu'à en perdre ma voix. Triste au point de m'arracher la peau et les cheveux pour exprimer ma douleur. Triste au point de rejeter mes proches, claquer les portes et fermer les volets.


En attendant le Bonheur, j'ai espéré. Espéré qu'il viendrait à moi sans effort. Espéré que je n'aurais pas à souffrir pour l'atteindre. Espéré qu'un jour les gens seraient heureux et que cela leur suffirait. Espéré que je le serais aussi. Puis j'ai espéré que cette tristesse cesse, et que cette vague de douleur se retire enfin. J'ai espéré que quelqu'un me sauvera de ces sentiments ténébreux. Espéré qu'on me tende la main et qu'on me dise "ça va aller". Mais quand j'ai pris conscience de ma solitude, j'ai alors espéré avoir suffisamment de force et de courage pour me relever de moi-même. J'ai espéré que ce combat en vaille la peine ; qu'il existait un bonheur équivalent à ma douleur.


Car en attendant le Bonheur, j'ai souffert. Souffert du monde, souffert des gens, souffert de moi. Souffert de cette société détestable et injuste. Souffert à cause des personnes autour de moi, de leurs mots et de leurs gestes. Souffert de l'abandon ; souffert de ma solitude. Souffert de cette tristesse insoutenable qui ne me quittait pas car personne ne m'aidait à m'en débarrasser. Souffert de cette obscurité écrasante, étouffante, angoissante et immortelle. Souffert tant que j'avais mal de vivre. Souffert tant que j'ai voulu mourir. Souffert tant que mon corps n'était que douleur, et que mon âme n'était que flammes. J'ai souffert de cette réalité imparfaite, et d'avoir essayé de m'y adapter. Souffert de me forcer à sourire.


Et en attendant le Bonheur, j'ai sombré. Sombré dans une dépression si noire, si grave que je n'ai jamais pu en sortir. Sombré dans la solitude car je ne pouvais plus supporter personne. Sombré dans une folie pure où je parlais à des êtres imaginaires dans un monde immatériel. Sombré dans un vaste océan sans rives où la seule direction à prendre est le bas ; où l'on ne peut que se noyer. Sombré sous un flot d'émotions incontrôlables qui m'entraînaient vers le fond. Sombré dans un monde de ténèbres et de silence où mes cris se perdaient dans le vide et mes pleurs s'envolaient dans l'espace. Sombré dans un désespoir mortel qui m'a fait perdre l'envie de me battre.


Oui, En attendant le Bonheur, j'ai perdu. Perdu mes amis, perdu ma famille, perdu mon amour. Perdu mon ego. Perdu mon humanité. Perdu tous ceux qui m'étaient importants ; tout ce qui me semblait important. Perdu le sens de la réalité. Perdu moi-même. Perdu ma raison de vivre ; perdu ma vie... Perdu LA vie, peut-être. Perdu espoir.


En attendant le Bonheur, j'ai cru plusieurs fois mourir.

En attendant le Bonheur, je pensais ne plus jamais sourire.

En attendant le Bonheur, j'ai voulu continuer de vivre.


En attendant le Bonheur, j'ai trébuché, j'ai chuté, j'ai pleuré, j'ai crié, j'ai râlé, j'ai aimé, j'ai tenté, j'ai détesté, j'ai morflé,j'ai abandonné, j'ai regardé le monde s'effondrer ; et moi aussi par la même occasion. Lève toi, relève toi ! me suis-je écrié. J'ai fait face au Danger, à la Mort, à l'Amour, à la Chance, à la Honte, au Désespoir.

Et je suis toujours là.

Enfin je crois.


Le fait est qu'en attendant le Bonheur, la patience m'était une grande qualité.


En attendant le Bonheur, j'ai réellement cru qu'il était atteignable.


Mais en attendant le Bonheur, j'ai craché. Craché du sang. Craché ma fierté. Craché mes poumons. Craché mon âme.


En attendant le Bonheur . . .




. . . J'attends toujours . . .




. . . J'ai cessé d'attendre.




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