Conte 5
Passons nous du « il était une fois... » débile qui précède toujours un conte. Cette phrase est vide de sens. Bien sûr ! qu'il était une fois ! C'est LOGIQUE. Rien que de penser à tous ces débuts idiots, j'ai le cœur au bord des lèvres. Bref, nous ne sommes pas là pour débattre, on va rentrer tout de suite dans le vif du sujet.
Vous connaissez la citation d'un certain Jacinto Benavente disant que la discipline consiste en ce qu'un imbécile se fasse obéir par ceux qui sont plus intelligents ? Non ? Je crois bien que je suis un indiscipliné, un rebelle de la pire espèce qui soit dans ce cas. Enfin ! je vous laisse en juger par vous-même.
- DAÏN !!! JE VOUS AI POSE UNE QUESTION.
Daïne, moi. Daïn Eatan plus précisemment. C'est un prénom de nain. On ne se moque pas, mes parents tenaient à faire revivre le passé à travers moi. Ils auraient pu trouver mieux, j'en conçois.
- DAÏN ! DAÏN ! DAÏN !
J'ouvrais enfin les yeux et les plantai dans ceux de la prof, rouge de colère. Je me rappelai être arrivé en retard et ça faisait deux minutes qu'elle réclamait une explication.
- Euh... En fait...
Je réfléchis un instant, puis avec un sérieux inébranlable je déclarai, les mains dans les poches :
- En fait, j'étais tranquillement en train de faire mon sac pour venir à votre, soit dit en passant, pas très folifolichon cours, quand un aboiement à vous dresser les poils sur la nuque m'a fait recracher mes tendres céréales. Bref, je me suis levé et j'ai...
- STOP ! Arrête de te foutre de ma gueule, sale gamin ! DEHORS ! hurla la prof, hystérique, les pupilles dilatées.
J'arquai un sourcil, les lèvres pincées et, fidèle à moi-même, je me levai lentement et passai devant la prof échevelée avec un flegme calculé. Au passage je lui jetai une aspirine, elle en aurait besoin vu les gémissements de douleur que j'entendais résonner dans ma tête. Au moment où la porte de la classe claqua, je me caltai de son cerveau douloureux avec soulagement.
Vous savez, avec l'extralucidité, le problème c'est que vous ressentez les émotions de celui que vous « lisez » et là, j'avais besoin d'un remontant, pas d'un sermon interminable sur l'intérêt de montrer du respect blablabla.
Frappant de mes talons le sol immaculé en direction du Portail, je tentai d'ignorer les jérémiades incessantes de Riley, une jeune fantôme qui me suit absolument partout. Agacé, je jetai un coup d'œil à son élégant profil.
- Daïn ! Tu m'avais promis de le faire !
Je ne pris pas la peine de répondre, planté devant une étrange boule verte, ressemblant plus à une friandise qu'à un objet permettant de traverser les dimensions. Posant la main dessus, sachant pertinemment que je serais repéré à l'instant où je retrouverai le bercail, je disparus, Riley à ma suite.
- Daïn, tu n'as auc...
- Ecoute, Riley, j'ai pas vraiment le temps-là, alors arrêtes tes foucades débiles et dégage ! la coupai-je en regardant les dizaines de têtes tournées vers moi.
- Daïn... supplia-t-elle.
- Dégage Riley ! Eh ! vous autres, ça vous pose problème que je parle au vide ?
- Non gamin, répondit un vieux gobelin rabougri, le problème c'est que tu nous emmouscaille avec tes piaillements.
- Alors ? on est aigrit par la perte de sa tendre et chère femme arachibutyrophobique et on se venge sur un pauvre ado sans défense ?, répliquai-je sur un ton faussement condescendant, épiant ses pensées.
Un tas de... enfin je vous épargne les détails, vous avez compris l'idée. Furieux d'avoir choisis ce Portail, je tournai les talons et sortis à pas d'éléphant, bloquant les pensées vexantes des vieux fous. Moi, autolâtre ? Moi, irrespectueux ? Pff...
- Daïn ! Tu n'es qu'un sale xyloglotte, un menteur écervelé, un... ! Tu n'as aucun respect, toujours à rabaisser les autres, à leur mentir sans vergogne. Même le respect de toi-même, tu l'emmerdes ! Et tu m'avais promis de m'aider... ! Tu n'es vraiment qu'un idiot !
Sur ce, elle s'absorba dans la contemplation du ciel, les larmes aux yeux, les lèvres tremblantes. Prise de soudains remords, je baissai les yeux.
Des remords ? Vraiment Daïn ? me sermonnai-je mentalement.
- Riley... désolé. Je...
Sans savoir comment s'était arrivé, je me retrouvai à l'embrasser langoureusement. Une gourmandise jusque-là défendue par la mort. Surprise, elle se mit à irradier et disparu. Voilà, libérée. La tête basse, je repris ma route, essuyant honteusement mes joues mouillées.
De tristesse ?
D'amour ?
D'impuissance ?
Les trios à la fois peut-être.
Et une journée lâche, vraiment solitaire, longue... ! de plus. Avec rage, je shootai dans un galet.
J'avais enfin compris quelque chose dans ma misérable existence de reclus de l'humanité (et pas que), le respect de soi apporte le respect des autres. Je secouai la tête dépité, blessé. Seul.
De Mawellan.
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