🔹Chapitre 14

Les yeux rougis et somnolents, je regarde cet épisode parlant de la guerre de Sécession. Les Confédérés du Sud affrontent l'Union du Nord, il y est également question de l'abolition de l'esclavage. « C'est une façon comme une autre d'apprendre l'histoire d'un autre pays », pensé-je avec ironie.

Il y a différents points de vue, Stein, le vieux scientifique lui, n'arrive pas à admettre que ça puisse arriver, alors que Ray, qui est plus jeune, semble excité par cette idée. Je n'ai aucune idée de comment nous pourrions réagir réellement si on se retrouvait en face d'un mort-vivant.

Parfois je compare les autres à ça, certains sont dénués d'humanité. Faire mal semble être plus excitant pour eux. Je ne peux pas me permettre de les juger, car lorsque c'était moi la fille populaire, je marchais sur les autres sans sourciller. C'est seulement aujourd'hui, en vivant ça, que je me rends compte à quel point c'est immoral.

Jax et Ayama, eux, se glissent dans la peau d'esclaves. On voit quel était leur quotidien, on les voit enchainé dans une cave et même si ce n'est pas le cas, je me sens aussi prisonnière qu'eux. Avant de savoir s'ils réussiront à les libérer, je m'endors.

J'essaie de bouger mais je n'y arrive pas. Je baisse les yeux et remarque une chaîne autour de mon cou, elle descend le long de mon corps et est reliée à mes mains. Je tente de me libérer mais je n'y arrive pas, quelqu'un me pousse et je tombe dans l'eau. Je n'arrive pas à remonter, je suffoque... Je me réveille en sursaut, en nage dans mon lit.

Je touche mon corps, soulagée de ne pas avoir d'entrave autour de moi. Ce n'était qu'un mauvais rêve mais il me laisse un arrière goût assez désagréable. Je n'arrive pas à m'en débarrasser et je file sous la douche pour essayer de me laver de cette sensation.

Je m'assois sous le jet d'eau chaude et me laisse dériver dans mes pensées. Que puis-je faire pour être enfin heureuse ? Pour ne pas laisser cette haine me ronger petit à petit ? On se demande comment certains peuvent devenir fous ou faire des dépressions à quinze ans. Mais nos parents ne peuvent comprendre ce qu'est le monde d'aujourd'hui. Je ne sais pas si de leur temps cela était plus simple, s'ils étaient moins enfermées que nous. Mais nous devons obéir à certains codes, même s'ils ne nous ressemblent pas, juste pour être accepté.

A leur époque, ça devait être plus facile, sinon ils comprendraient ce par quoi on passe et ils feraient quelque chose. A la place, on nous demande de ne pas nous plaindre et d'encaisser gentiment les tortures psychologiques ou physiques que les autres nous font vivre.

Je m'assoupis de nouveau et suis réveillée par ma mère qui frappe à la porte, la lumière du jour m'éblouissant.

- Ingrid ? Ingrid, tu es là ? appelle-t-elle

Je n'ai aucune envie de répondre, je coupe l'eau et m'enroule dans ma serviette que j'avais mise sur le radiateur pour qu'elle soit chaude.

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