Jour 34
Je suis arrivée à la maison de Nolan à onze heures, décidée à poursuivre mes recherches. Il fallait que je sache tout de ce mystérieux Ted. Et j'avais un plan, certes compliqué, mais j'en avais un. Je voulais en parler à Nolan seulement quand nous aurions trouvé l'adresse de Ted.
J'ai toqué à sa porte, et c'est une femme d'une quarantaine d'année, aux traits fins et au visage souriant qui m'a ouvert. Elle avait les cheveux mi-longs et roux, des lunettes et le teint plutôt pâle. Elle portait une longue robe fleurie.
- Bonjour, je peux vous aider ?
Sa voix était douce.
- Oh, heu... je viens voir Nolan.
Aussitôt, une ombre est apparue derrière elle, s'avançant peu à peu, et j'ai finalement reconnu la silhouette de Nolan.
- Salut.
Il m'a adressé un sourire gêné.
- Salut.
- Entre.
Il m'a fais rentré. Je suis passée à côté de la femme, que je devinais être sa mère. Il s'est rendu dans le salon, en me proposant de m'asseoir sur le canapé. Sa mère est arrivée derrière.
- Nolan, tu comptes nous présenter ta petite copine ?
Il était dans la cuisine. J'ai rougi, gênée.
- Oh, nous sommes juste amis, lui ai-je répondu en lui adressant un petit sourire.
- Oh, excusez-moi.
Nolan est revenu avec deux cafés et des cookies.
- Tu aimes le café ? - m'a t-il demandé.
- Oui, bien sûr.
En s'asseyant, il a répondu (tardivement) à la question de sa mère.
- C'est une amie du lycée, elle s'appelle Eli. On prépare un exposé.
Sa mère m'a fixé avec un sourire et j'ai souri en retour.
- Enchanté Eli.
- Enchanté.
Un silence s'est installé. Nolan a regardé sa mère avec un insistance, comme si il voulait lui faire passer un message.
- Oh, je vais vous laisser.
Elle est partie vers la cuisine. Au moment de passer la porte, elle s'est tourné vers nous, m'a regardé et a dit :
- Eli, tu peux rester manger si tu en as envie.
- Oh, heu... je ne veux pas déranger...
- Il n'y a aucun problème, m'a t-elle répondu avec le même sourire que tout à l'heure.
Puis elle est partie.
Je me suis tournée vers Nolan, avec un mélange de colère légère et d'excitation dans ma voix :
- Pourquoi tu ne m'as pas dis que tes parents étaient revenus ?
Il m'a répondu d'un air étrange, comme si le retour de ses parents n'était pas important.
- Je l'ai su seulement hier soir.
- C'est super ! Ils restent combien de temps ?
- Deux jours.
Il n'avait aucune expression. Aucune joie ne se lisait sur son visage. Je sentais que quelque chose n'allait pas
- Qu'est ce qu'il se passe ?
- Rien.
- Je vois bien que quelque chose ne va pas.
- Ne t'accroches simplement pas à l'espoir qu'ils restent deux jours. Ils vont repartir car ils auront une urgence, comme ils le font à chaque fois.
Il semblait affecté par le retour de ses parents. Le ton avec lequel il s'était exprimé témoignait d'une tristesse et d'une déception profonde. Il était habitué. Habitué à être seul, mais aussi habitué à vivre le même scénario à chaque fois.
Je n'ai pas répondu. Il fixait le sol d'un air vide.
Après une dizaine de secondes, il a interrompu le cour de ses pensées, et a tourné le regard vers moi.
- Qu'est ce que tu as sur la joue ?
J'ai pris quelques secondes à comprendre qu'il parlait de la trace rouge.
- Quand je suis rentrée hier, j'avais ça sur le visage.
- Qui t'a fait ça ? - a t-il demandé en se servant un cookie.
- Personne. Enfin, Nolan j'étais avec toi toute la journée... C'est comme les mutilations et les bleus sur mon corps. Je ne sais pas d'où ils viennent...
Il a hoché la tête.
- Bon on commence les recherches ?
Après avoir bu notre café, nous nous sommes installés dans le bureau de ses parents. Il a allumé l'ordinateur, et m'a fixé, comme si il attendait quelque chose de ma part.
- Quoi ?
- Qu'est ce que tu veux que je recherches ?
- On avait déjà recherché pas mal de choses à propos du SCL... Tape "Ted Conseil Scientifique de Londres".
Il s'est exécuté. La page a chargé. Mon coeur s'est mis à battre très fort.
Puis, un seul et unique résultat s'est affiché. Une pure et simple page "Wikipédia".
Il a cliqué dessus. Nous nous sommes tous les deux mis à lire ce qui était écrit sur les trois petites lignes qui décrivaient Ted.
- " Ted Windelberg, scientifique travaillant au Conseil de Londres, né à Dublin le 26 février 1970, et résidant à Londres."
Nolan n'a rien dit.
- Résidant à Londres ?! Oui, mais où ?
J'ai commencé à m'énerver.
- Ils ne peuvent pas informer sur l'adresse ?
- Eli, regarde.
Il a pointé le nom de Ted.
- Windelberg !
- Quoi ?
- On a son nom de famille !
- Et alors ? On a même pas son adresse !
- Tu ne comprends pas.
Il a commencé à taper sur les touches de son ordinateur "Ted Windelberg". J'étais trop perturbée par le fait de ne pas avoir d'adresse que je n'avais même pas penser à ça ! On avait son prénom et maintenant son nom. Cela pouvait peut-être suffire pour trouver toutes les informations nécessaires.
La page a chargé une seconde fois. Et l'espoir est directement reparti. "Aucun résultat", c'était les deux simples mots qui figuraient sur la page.
- Aucun résultat ?
Nolan m'a regardé avec désespoir.
- Comment ça ? Il doit forcément exister une personne au nom de Ted Windelberg dans ce monde !
Il m'a regardé avec le même air que tout à l'heure avant de dire :
- Je ne comprends pas...
- Moi non plus ! C'est vrai, c'est comme si il n'avait jamais existé !
Je commençais à m'énerver. Mes yeux s'emplissaient de larmes tandis que je tordais un élastique nerveusement.
- Calme toi Eli. Je suis sûre qu'il doit y avoir une solution.
- Une solution ? Et quelle solution ? Hein ? On a déjà regarder dans tous les livres, magasines, tous les sites... et on a jamais réussi à trouver son nom ! Il a fallu que ce soit un dégénéré qui nous apprenne son existence !
Il m'a regardé silencieusement. J'ai baissé les yeux et je me suis remise à jouer avec l'élastique tout en disant :
- Désolé...
Après quelques minutes de silence, Nolan a fini par proposer :
- Maintenant qu'on a sait qu'il s'appelle Ted Windelberg, cela peut nous permettre d'agrandir les recherches. Ce n'est pas parce qu'il n'y a aucun résultat lorsque l'on tape son nom et son prénom qu'il n'existe pas.
Il s'est alors mis à taper à toute vitesse sur son clavier tous types de mots clés liés à l'homme : "Ted Windelberg scientifique", "Ted Windelberg Londres", "Ted Windelberg Conseil Scientifique de Londres"...
Mais malgré les dizaines de recherches effectuées, aucune ne donnait de résultat.
Nolan et moi nous sommes mis à fixer l'écran qui une nouvelle fois affichait "Aucun résultat" d'un regard vide, désespéré et perdu.
Une larme s'est mise à couler sur ma joue. Nolan m'a regardé d'un air inquiet :
- Ne pleure pas. On va réussir à trouver son adresse j'en suis certain.
Je n'ai rien répondu. Je me suis simplement contentée de le regarder, tout en séchant mes larmes.
**************************************************************************************
La mère de Nolan nous a appelé pour manger. Lorsque nous sommes arrivés dans la cuisine, un homme était assis sur l'une des six chaises qui entouraient la table. Il lisait son journal. Ce petit détail, aussi subtil soit-il, m'a fait penser à maman. Cela m'a fait un léger pincement au coeur.
Léa était également assise , à droite de l'homme que je devinais être son père.
Une odeur de sauce tomate embaumait la cuisine. La mère de Nolan était en train de mélanger des pâtes dans un grand saladier.
Une radio était disposée sur le dessus du lave vaisselle. Une femme était en train de parler de quelque chose qui semblait important. J'ai tendu l'oreille :
"- Nous allons laisser la parole à Monsieur Dubois. Monsieur, que pouvez-vous nous dire des avancées à propos de la disparition du continent américain ?
- Malheureusement, pour le moment, nous n'avons aucun signe de vie provenant de l'Amérique. Les études scientifiques semblent certaines que le continent a bel et bien disparu. Les quelques réfugiés du continent ont été interrogés, et tous exposent la même théorie : le continent s'est retrouvé envahi par des vagues mesurant plusieurs dizaines de mètres. Elles ont d'abord frappé les côtes, puis se sont étalées sur le reste du continent en causant des dégâts considérables.
- Et qu'en est-il de la cause ?
- La cause reste inconnue pour le moment. Cependant, certains scientifiques avancent l'hypothèse qu'une personne classée de haut grade ait pu ordonner aux armées de mer de lancer des projectiles de types nucléaires dans l'océan, afin de créer des genres d'énormes tsunamis.
- De qui voulez vous sous entendre par "classée de haut grade"?
- Un président par exemple. Ou encore un scientifique très qualifié, qui aurait probablement étudié le cas durant des dizaines d'années. Quelqu'un qui posséderait des milliers de connaissances dans le domaine.
- Vous pensez donc qu'il s'agirait d'une personne à la tête de cette catastrophe ?
- Je n'en suis pas réellement sûr. Mais, si il s'agit d'un groupe, il doit forcément y avoir quelqu'un à la tête de celui-ci, un chef..."
Une voix grave est venue arrêter le cour de mes pensées. J'ai senti la main de Nolan toucher mon épaule. J'ai secoué vivement la tête et mon esprit s'est comme "reconnecté" à la discussion qui se déroulait autour de moi.
- Eli ?
Nolan m'a regardé. Toute la famille me fixait étrangement.
- Oh, excusez-moi. J'étais dans mes pensées.
- Aucun problème, a dit le père de Nolan en se levant et me tendant la main. Enchanté, je m'appelle Tom.
J'ai serré sa main en répondant :
- Eli.
- Tu es la petite copine de Nolan ?
C'était la troisième personne de la famille de Nolan que je rencontrais, et la troisième qui me posait cette question. Je commençais de plus en plus à croire que Nolan était habitué à présenter ses "petites copines" à ses parents.
J'ai fais un léger sourire gêné, et au moment où je m'apprêtais à répondre, la mère de Nolan a dit :
- Je pensais aussi, mais non. Ils font un travail ensemble. Bon on mange ? Je suis affamée. Eli, tu aimes les spaghettis bolognaises?
J'ai hoché la tête et nous nous sommes finalement mis à table.
- Alors Eli, que penses-tu de Nolan ?, a demandé son père.
La mère de Nolan lui a mis un coup sur l'avant bras afin de lui faire comprendre que sa question était assez dérangeante. Il a regardé sa femme d'un air étonné.
- Quoi ? Je n'ai rien dis de mal...
- Aucun problème, ai-je commencé. Euh... c'est un gentil garçon. Et il est drôle.
- Je suis drôle ? , a t-il demandé ironiquement.
- Oui.
Nous avons rigolé.
- Mon fils est drôle ! On dirait bien qu'il tient de son père...
Nous avons ri une seconde fois.
******************************************************************************************
Le repas s'est passé lentement, mais il était très convivial. Les parents de Nolan étaient vraiment gentils. Sa soeur également. Nous avons passé le repas à rire. Ils me racontaient tous types d'anecdotes à propos de Nolan, et celui-ci ne cessait de leur dire d'arrêter. Cela faisait très longtemps que je n'avais pas fais un repas aussi familial, dans lequel je me sentais entourée et aimée. Malgré la présence de maman, les repas restaient simples. On parlait de ce qu'on avait fait la journée, et dès que l'on avait fini de tout raconter, on mangeait en silence. Depuis le décès de papa, les repas avec maman étaient toujours les mêmes, et nous étions toujours toutes les deux.
- Allez vous installer dans le canapé, je vais terminer de préparer le dessert, a fini par dire la mère de Nolan.
Léa a aidé sa mère tandis que nous nous sommes installés.
Tom a allumé la télé. J'ai commencé à ressentir des douleurs dans le ventre. Elles étaient légères mais régulières. Puis, peu à peu, les douleurs sont devenues de plus en plus fortes. Comme des coups de poing dans le ventre.
J'ai commencé à ressentir une envie de vomir.
- Excusez-moi, je peux aller aux toilettes ?
Nolan m'a accompagné jusqu'au toilettes. Je me sentais pâlir.
- Tu es sûre que ça va ?
- Oui, oui ne t'en fais pas.
Il m'a ouvert la porte de la salle de bain. J'ai accouru aux toilettes, et j'ai vomi. Je ne sais pas pour quelle raison je vomissais. Peut-être avais-je mal digérer ?
Je me suis sortie. Nolan était resté derrière la porte. Il semblait inquiet.
- Ca va ? Tu n'as pas l'air bien.
- Oui, ça va mieux.
Nous sommes redescendus dans la cuisine, et à notre grande surprise, il ne restait plus que Léa dans le canapé.
Un post-it était posé sur la table. Nolan l'a pris. Il y avait écrit "urgence de dernière minute, désolé. On vous aime. Papa et Maman".
J'ai senti la déception sur le visage de Nolan. Il s'est finalement tourné vers moi et a rétorqué :
- Tu vois, je te l'avais dis.
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top