Chapitre 12

Bonne lecture !

Le vague souvenir d'un moteur de voiture et d'une femme me murmurant quelque chose à l'oreille traversa ma pensée. Je sentis ensuite la voiture s'arrêter et quelqu'un me porter en demandant aux gens de s'écarter du chemin avec beaucoup moins de politesse. Quelque chose de moue remplaça les bras dans lesquels je me trouvais et je sentis une couverture être rabattue sur mon corps. Pourquoi avais-je si froid ? Je ne sentais plus mes doigts, ni mes jambes d'ailleurs. Des portes claquèrent non loin et quelqu'un se rapprocha.

-Que ce passe-t-il, demanda une voix grave.

Je connaissais cette voix... Meb !

-Elle est gelée, déclara une voix féminine tout aussi reconnaissable.

Je sentis une large main se poser sur mon front puis un juron siffla dans l'air.

-Depuis combien de temps est-elle ainsi ?

-Pratiquement vingt minutes.

-Une attaque ?

-Non, elle a utilisé son don puis sa tête à heurter un rocher, répondit ma gardienne de plus en plus affligée. J'ai vérifié, ce n'est pas profond mais...

-Elle n'est pas revenu à elle, compléta son jumeau. Et pourquoi es-tu dans cet état.

La réponse de son interlocuteur n'avait dû être qu'un signe car j'entendis Meb soupirer.

-Vous croyez qu'elle est entrée en supernova ?

Ross !

-Ross il y a des choses que tu ne sais pas...

-Ca je l'avais bien compris, j'ai vu comment elle a repoussé Ali, aucune gemini n'aurai pu faire cela ! Mais elle brillait, et ça ce n'est pas normal.

J'avais brillé ? Entrer en supernova pour une étoile était vraiment très mauvais. Il s'agissait de notre état final. Notre luminosité était à son apogée avant que survienne la mort naturelle de l'étoile. Nous n'étions pas censées briller en dehors des cieux. Ross avait raison, si je m'étais illuminée.... Une minute ! Pourquoi entendais-je leur conversation dans ce cas-là ? Non ce n'était pas possible, je n'étais visiblement pas morte.

-Son cœur bat, j'ai déjà vu une supernova, ce n'est pas son cas.

-Il ne battra pas longtemps si sa température ne remonte pas. Regarde ses lèvres, elles sont bleues !

-Ross, Va chercher Ankaa et plus de couvertures, ordonna Meb en se penchant vers moi. Tiens bon petite, murmura-t-il à mon oreille.

J'entendais distinctement quelqu'un faire les cent pas dans la chambre. L'allure si familière m'apprit qu'il s'agissait d'Alhena. Elle faisait souvent cela lorsqu'elle était nerveuse.

-Tu ne peux rien faire, demanda-t-elle au bout d'un moment.

-Je peux commander au froid, mais là... c'est comme si je n'avais aucune emprise, répondit doucement Elioth.

Je voulais leur faire comprendre que j'étais bien là mais mon corps était beaucoup trop lourd pour que je bouge et j'avais trop froid pour parler. La porte s'ouvrit de nouveau et je sentis de nouvelles couvertures sur moi. Une odeur de bois brûlé me parvint aux narines quelques secondes après le craquement du bois. On avait donc également allumé un feu de cheminée.

-Tu m'as fait appeler, demanda une voix dure.

-As-tu déjà vu ce genre de mal toucher l'un d'entre nous ?

Une nouvelle main se posa sur mon front mais ne resta que quelques secondes.

-Il faut la rapprocher du feu, déclara l'étoile d'un ton impérieux.

Je sentis mon lit de fortune être déplacé vers la source de chaleur et poussais un soupir de soulagement.

-On dirait que ça marche, dit Ross avec soulagement.

-Elle est vidée, c'est un miracle qu'elle ne soit pas morte, déclara Ankaa.

-Comment ça ?

-Les étoiles sont des êtres d'énergie et de lumière. Je ne sais pas comment elle a fait mais est pratiquement vidé de son énergie. Enfin, je suppose qu'il y a une connexion avec ses aptitudes.

J'entendis ma gardienne hoqueter de stupeur alors que je savourais la chaleur qui me traversait le corps.

-Tu sais, tu sais qui elle est.

-Un Phoenix sait tout, rétorqua-t-elle durement.

-Mais tu n'as rien dit, répondit Elioth.

-Je n'en voyais pas l'utilité. Elle devrait se réveiller d'ici quelques heures.

J'entendis de nouveaux des pas s'éloigner et une porte s'ouvrir.

-Vous devriez vraiment faire quelque chose pour cette petite, la prochaine fois elle ne survivra pas.

-Il n'y aurait pas de prochaine fois, rétorqué Alhena, tendue.

-Vous avez beau être sa gardienne cela vous dépasse. Si elle n'apprend pas soyez sûre qu'il y aura une prochaine fois.

La porte se referma sur ces paroles et un silence de mort s'installa dans la pièce. Mon corps se détendit à mesure que la chaleur se diffusait et je m'endormis.

De l'air, il me fallait de l'air. Et de l'eau, beaucoup d'eau. Je repoussais violement mes couvertures et tombais à la renverse. Une douleur se répéta en écho dans ma tête et je gémis malgré moi. La lumière du jour était aveuglante mais je finis par m'y habituer. Lorsque j'aperçus la fenêtre mon besoin d'air revint à la charge. Je tentais de me relever et grimaçais en sentais mes jambes bouger. Les courbatures se diffusaient dans tout mon corps, comme si j'avais couru un marathon. Ma démarche était incertaine et après plus de temps qu'il n'en faut je finis par attendre mon objectif. La déverrouiller releva du défi mais la brise qui balaya mon visage me fit un bien fou. Quelqu'un m'avait changé, je ne portais plus mes vêtements de la veille mais un simple-t-shirt qui m'arrivait à mi-cuisse. Une carafe d'eau ainsi qu'un verre trônaient sur une petite table haute. Je me précipitais dessus et bu avidement sans prendre la peine de servir son contenu dans le verre. Il me fallut quelques secondes pour reprendre mon souffle lorsque je la reposais. Le sol était gelé sous mes pieds nus mais ce n'était rien comparé à la sensation que j'avais ressentis. Je passais la tête dans l'entrebâillement de la porte en l'ouvrant avant de me faufiler dans le couloir désert. La porte du bureau de Mebsuta était fermée mais sa voix s'échappant à travers les murs m'apprit qu'il était là. Des pas dans le couloir m'appris que je ne serais bientôt plus seule. Je courus aussi vite que me le permettait mes courbatues et grimpais rapidement les escaliers. Essoufflée par l'effort je poussais la première porte et la refermais rapidement en m'appuyant dessus. La chambre dans laquelle je me trouvais était joliment décorée de plusieurs nuances de bleu. Je m'approchais doucement de la commode en laissant mes doigts s'égarer sur les coquillages qui la recouvrait. Une autre porte s'ouvrir dans mon dos, laissant apparaitre une jeune fille, la tête dans une serviette en plein milieu d'une chanson. Lorsqu'elle se redressa et me vit elle poussa un cri en laissant tomber sa serviette avant de poser sa main sur sa poitrine. L'étoile en face de moi ressemblait à un lutin. Elle était petite, pas plus d'un mètre cinquante-cinq et avait de grands yeux gris. Ses cheveux coupé en un carré court fou était bleu pâle. Malgré la température elle ne portait qu'un t-shirt à manche courte et un short en jean.

-Désolée, murmurais-je en croisant les mains devant moi pour m'empêcher de toucher une nouvelle fois les coquillages.

-Non c'est bon, je ne t'avais pas entendu. Chloé c'est ça, demanda-t-elle avec un grand sourire.

Je hochais doucement la tête.

-Je suis Mira, déclara-t-elle en me tendant la main, Ross m'a parlé de toi.

Je lui rendis sa poignée, peu habituée à ce genre de coutume. Elle détailla mon allure avant de froncer les sourcils. Elle fouilla un instant dans une deuxième armoire et en sortie une robe en laine grise. Mira était beaucoup plus petite que moi et je doutais pouvoir rentrer dans ses pantalons. J'acceptais donc avec gratitude la robe en laine qui s'adapterait à ma morphologie avant de m'engouffrer dans la salle de bain.

-Je vais prévenir Meb, déclara l'étoile de l'autre côté de la porte, prends tout le temps dont tu auras besoin.

Je savourais la chaleur de l'eau avec bonheur. Mes muscles se détendirent et je fus soulager de pouvoir me laver les cheveux. L'odeur de pomme verte embauma l'air de la salle de bain lorsque j'appliquais le shampoing sur mes cheveux. Je poussais un nouveau soupire de bien-être et laissais l'eau couler encore un peu avant de m'extraire de la douche. Finalement la robe était à ma taille. A manche longue avec un col en V, elle m'arrivait à au-dessus du genou et révélais la peau laiteuse de mes jambes. Mira avait laissé une paire de chaussette, également en laine grise, sur son lit à mon attention et je me dépêchais de les enfilais. Je ne savais pas si le mélange robe/chaussette était une réussite mais au moins j'étais plus à l'aise. Je commençais à dénouer mes cheveux mouillés avec mes doigts avant d'abandonner rapidement. Maintenant que Meb était au courant de mon réveil, je n'avais plus qu'à le retrouver. La porte de son bureau était ouverte lorsque je redescendis. Il était seul, penché sur son bureau et semblait préoccupé par ce qu'il regardait. Je toquais doucement pour lui signalement ma présence et il me sourit gentiment en remballant ses affaires.

-Tu as bonne mine.

-Je suis restée inconsciente combien de temps ?

-Pratiquement douze heures. Tu nous as fait très peur.

Je ne répondis rien.

-Alhena m'a fait part de ta théorie sur l'implication de ta famille.

-Je n'ai pas envie d'en parler, dis-je en serrant les dents.

-Tu sais que ce n'est pas la seule possibilité ? Si les rebelles ont investi le château ils ont également récupéré vos biens.

-Dans les deux cas ça n'explique pas pourquoi on me traque !

-Tu es la fille de Sirius, la seule de ses hérités à posséder toutes ces aptitudes. Imagine ce que tu pourrais faire si tu remontais dans les cieux, tu pourrais mettre fin à la rébellion, dit-il en posant les mains sur mes épaules.

Je lus dans son regard ce qu'il se refusait à dire à voix haute. En plus de la fin de la guerre, il voyait en moi la solution pour que les bannis remontent eux aussi.

-Premièrement je n'ai pas TOUTES ces capacités mais plusieurs et deuxièmement je ne peux pas remonter.

L'étoile me lança un regard blasé et je levais les yeux au plafond.

-Je ne sais pas comment faire, me sentis-je obliger de dire.

-Et pour le moment ce n'est pas utile, tu dois d'abord te contrôler.

J'avais plutôt envisagé de ne plus jamais me servir de mes pouvoirs, malheureusement ils faisaient partis de moi et se réveillaient à la moindre émotion.

-Alioth m'a parlé de vos sessions.

Je me tendis en attendant que son jugement tombe.

-C'est une bonne chose, nous aurions dû y penser plus tôt. Nous avons convenu qu'il t'entrainerait tous les jours après les cours et pendant les weekends. Nous ne voudrions pas qu'un tel accident se reproduise, dit-il en me voyant prête à riposter.

Voyant que je ne le contredisais pas, il me sourit en m'invitant à quitter son bureau.

-Tu dois avoir faim, je vais te montrer où se trouve la cuisine.

Mebsuta m'abandonna en découvrant Mira installée sur le plan de travail, un bol de céréales remplit à ras bord dans les mains. Elle l'ignora lorsqu'il leva un sourcil dans sa direction en découvrant sa posture et m'offrit un grand sourire.

-Il reste des œufs, dit-elle, la bouche à moitié pleine.

Je hochais doucement la tête mais me contentais d'un grand verre de jus d'orange. Elle me tendit le paquet de céréales en constatant que je ne touchais pas aux œufs puis un bol lorsque j'acceptais.

-C'est ma réserve personnelle mais je veux bien la partager avec toi, dit-elle avec un clin d'œil.

Je lâchais un petit rire en m'asseyant sur une chaise montante qui entourait l'ilot centrale de la cuisine.

-C'est un honneur, répondis-je en me servant.

Un bruit de bagarre nous interrompit et quelques minutes plus tard mes deux gardes du corps attitrés entrèrent dans la pièce en se chamaillant. Elioth réussis à coincer la tête de Ross et commença à la frotter avec son poing avant de s'arrêter en découvrant son public. Ross se dégagea en riant avant de se figer lorsque son regard se posa sur moi. J'avalais ma bouchée avec difficulté avant de repousser mon bol encore plein et de jeter la cuillère.

-Vous n'êtes pas censés être au lycée, demanda Mira qui n'avait pas vu le malaise s'installer.

-A quoi bon, répliqua Elioth en haussant les épaules avant de s'installer en face de moi.

Ross se déplaça pour déposer un léger baiser sur les lèvres de la Cetus.

-Meb veut que nous nous fondions dans la population, répliqua l'étoile en fonçant les sourcils, tu devrais être content de pouvoir y aller !

-Nous savons tous les deux que ce n'est pas le lycée qui te manques Mira, railla Elioth avant de tirer mon bol vers lui pour l'engloutir.

Je plissais les yeux en le voyant faire et il arrêta la cuillère à quelques millimètres de ses lèvres avant de me lancer un regard interrogatif. Comme je ne disais rien, il l'engloutit sans plus de cérémonie.

En réponse à la moquerie, Mira gémit doucement et Ross se cala de manière à pouvoir l'attirer contre lui.

-Tu pourras bientôt ressortir, dit-il en lui caressant doucement le dos.

-Dans trente ans, répliqua-t-elle en affichant un air mélancolique.

Elle capta mon regard et m'offrit un sourire contrit.

-Nous devons attendre une décennie entre chaque vie, m'explique-t-elle, ainsi les humains ne se doute pas de notre différence. Par mesure de sécurité l'un d'entre nous travaille aux archives de la ville pour effacer d'éventuelles traces mais nous ne pouvons pas effacer les souvenir des habitants. Cinq ans de liberté pour cents ans d'emprisonnement, soupira-t-elle.

-Tout le monde n'est pas enfermé dans une maison avec un équipement dernier cri, répliqua Elioth.

Il reçut en torchons en guise de réponse.

Ross ne dit rien, non pas parce qu'il savait que sa copine pouvait se défendre toute seule mais parce qu'il n'avait pas cessé de m'observer. Je pouvais lire toute les questions qui tourmentaient son esprit dans son regard et je savais que rien ne pourrait l'apaiser, rien à part des réponses. L'échange houleux se poursuivit entre les deux étoiles, jusqu'à ce que je les interrompe.

-Je répondrais à toutes tes questions.

S'il devait assurer ma protection autant tout lui dire, de toute façon il en avait déjà trop vu. Ross se redressa et ouvrit la bouche mais son ami l'arrêta d'une main.

-Pas ici.


Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top