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27/03/2018
*

— Euh salut, le salua Sonya, prise au dépourvue.

— Bonjour, répondit Thomas, pas certain de cette rencontre.

Sonya me regarda, puis Thomas. Thomas la regarda aussi, puis moi, puis encore Sonya. Je regardai Sonya, puis Thomas puis il m'a regardé, je l'ai regardé, il m'a regardé, je l'ai regardé, il m'a regardé, puis Sonya, puis il m'a regardé, je l'ai regardé.
Bref. J'ai présenté mon coloc le fantôme à ma sœur.

— Sonya je... Je te présente... balbutiai-je. Thomas. Le... Hum... Un...

Thomas et Sonya se regardaient. Une tension bizarre entre eux.

— Qu'est-ce que... commença ma sœur. J'ai pas entendu la porte d'entrée... Je...

Comment pouvais-je donc tourner cette situation désespérée à mon avantage... Sonya était au courant de la lugubre histoire de notre appartement mais je ne pouvais pas lui avouer qu'il était hanté...
Si ?

— Un ami, se présenta finalement Thomas en tendant sa main et Sonya la serra pas convaincue. De Newt, ton frère. Oui. Un ami.

— Okay hum... Tu ne m'avais pas dit que tu avais des amis à Paris, Newt.

Elle fronça son front.

Bah je n'en ai pas. Thomas n'était pas un ami. Juste mon coloc qui bouffait toutes les clémentines.

— Je suis un voisin, rajouta Thomas.

J'ignorais s'il tentait de m'aider ou s'il ne faisait que le strict inverse, c'est-à-dire m'enfoncer encore plus.

— Okay...

Et c'était votre programme préféré : la pire présentation du monde !

Starring Newt et Thomas
Featuring Sonya
Special guest star les clémentines
Official producers les meurtriers des Edison
Avec le soutien de Jorge l'enquêteur

Tout de suite sur votre chaîne, retrouvez Joséphine Ange Gardien.

Je soupirai et me frotta les yeux avant de passer ma main dans mes cheveux blonds. Sonya hésitait à quitter ma chambre et Thomas restait planté là, comme un muret.

— Sonya, commençai-je. Je crois qu'on devrait reparler.

*

Assise sur mon lit en tailleur, Sonya dévisageait Thomas de la tête aux pieds. Assis sur la chaise pivotante du bureau, Thomas lisait mes feuilles de cours pour éviter ce malaise. Assis en tailleur sur mon lit en face de ma sœur, bibi se demandais bien dans quel merdier m'étais-je encore mis. Je venais de raconter tout ce que je savais à propos de Thomas à ma sœur. De comment il était apparu devant mon miroir, en passant par toutes les clémentines qu'il a bouffé, pour finir sur cette merveilleuse rencontre entre elle et lui.

     Soudain, Sonya retourna la tête vers moi et s'exclama.

— T'es vraiment un connard, Newt !

     Wait, j'ai fait quoi encore ?

— Et toi aussi ! cria-t-elle sur Thomas qui fronça les sourcils. Ça vous amuse de vous moquer de moi, comme ça, hein ! Avouez-le !

Elle s'était relevée de mon lit et me regardait avec tant de haine dans le regard qu'on pouvait facilement croire qu'elle me lançait des flèches.

— Sonya, je te jure que c'est vrai !

— Un fantôme, Newt ? Sérieusement ? elle me cracha presque dessus. Un putain de fantôme ?!

— Un esprit, si je peux me permettre, intervint Thomas.

— Ta gueule, toi ! (Thomas s'adossa à la chaise en faisant la moue.) T'as quoi encore, en stock ? Des vampires, peut-être ? Pourquoi pas des loups-garous, tant qu'on y est !

— Sonya, calme-toi !

— Je te déteste !

Et elle sortit de ma chambre sans demander son reste. Elle claqua la porte de la sienne ce qui fit trembler les tableaux de famille dégueulasses que notre père avait accroché sur les murs de notre couloir.
     Je restai debout, abasourdi. Je ne lui en voulais pas de ne pas me croire, moi-même n'y avais-je pas cru, la première fois. Cependant, sa réaction est un peu excessive, non ? Je comprendrais jamais les filles, même pas ma propre sœur...

— Tu fais comment pour prouver aux gens que ta maison est bel et bien hantée ? demandai-je à Thomas sans conviction.

— Je sais pas. Regarde sur YouTube, y a peut-être un tuto.

Je plissais les yeux et le questionnai du regard.

— Quoi ? me demanda-t-il. Évidemment que je connais YouTube ! Je suis peut-être mort en 99 mais ça ne veut pas dire que je n'ai pas vécu, après ça !

Plus je repensais à cette phrase et plus elle en devenait bizarre...

— Tu peux pas faire clignoter les lumières, comme la dernière fois avec la lampe à l'abat-jour immonde ?

— Quelle dernière fois ? C'était juste l'ampoule qu'était vieille. J'ai rien à voir là-dedans.

Abadakor.
J'avais vraiment flippé pour rien, alors. Super. Quelle tapette.

Thomas avait repris mes feuilles de cours tandis que je faisais les cents pas en réfléchissant à un moyen de faire gober la vérité à Sonya. Sans qu'elle n'en parle à nos parents, évidemment. Ce qui allait être très, mais alors vraiment très, compliqué.

— Eh ! s'exclama Thomas qui venait de trouver un petit livre sous les feuilles. C'est mon livre, ça !

Il avait dans les mains le vieil exemplaire du Petit Prince. Il l'ouvrit, en s'attardant longtemps sur la première page avant d'en commencer la lecture. Je roulai des yeux avant de me diriger vers la chambre de ma sœur. Je toquai à sa porte et reçus pour seule réponse : « Va te faire foutre par ton "fantôme", Newton ! » D'accord. Très sympathique. J'y vais de ce pas.

— C'est quoi, cette histoire de fantôme ? se la ramena mon père a l'entrée du couloir, une tasse de café dans les mains.

Mon cœur rata un battement. Punaise. Fichtre. Zut. Flûte. Mercredi.
J'étais dans la mouise.

— Hein ? renchérit-il.

— C'est rien, papa. Aucune présence surnaturelle détectée, ici. No problemo, lui répondis-je de façon pas du tout naturelle et en joignant mon index et mon pouce pour faire un rond. We're all safe. Appelle Sam et Dean Winchester si tu ne me crois pas !

Mon père rit avant de continuer vers la cuisine.

— J'y manquerai pas, fiston !

Une fois mon cher papa poule parti, j'entrai sans aucune forme de respect d'intimité dans la chambre de Sonya et refermai derrière moi. Elle avait mis sa playlist punk-rock à fond et augmenta encore plus le volume quand elle me vit débarquer.

— Sonya. Sonya, je t'emmerde, écoute-moi.

— T'as dit quoi ? Désolée, la musique est bien trop forte !

J'allais lui répondre une vieille vanne nulle improvisée quand elle se mit à crier soudainement après avoir regardé derrière moi. Je tournai la tête et c'est sans surprise que j'aperçus Thomas, avec une expression plutôt blasée sur le visage.

Sonya tomba de son lit et resta cachée derrière après avoir éteint la musique. J'allais lui expliquer quand elle ramassa un coussin et l'envoya sur l'esprit.

— Barrez-vous ! nous cria-t-elle.

— Bordel, c'est de famille de lancer des coussins en guise de bienvenue, ou ça se passe comment ! s'écria Thomas à son tour.

Je soupirai longuement avant de me masser les tempes. Un maxi mal de tête venait de se glisser furtivement sous mon crâne.

— Bon, commençai-je. Soeurette, je pense que personne ne peut traverser les murs. Enfin, à part si on casse le quatrième mur mais ça, c'est une histoire...

— C'est quoi ce bordel ! rugit-elle en pleine hystérie.

— On m'appelle Thomas, généralement...

— Ta gueule !

A ces mots, je vis du coin de l'œil Thomas pencher sa tête sur le côté et son regard devenir noir. Mais d'un noir obscur. On n'avait aucun mal à imaginer que de l'encre de Chine avait pu se glisser dans ses iris. Sonya la ferma sur le coup et je me devais d'intervenir.

Je ne savais pas trop comment m'y prendre, si je devais lui toucher l'épaule pour le ramener à la réalité ou si je devais me placer devant lui pour lui barrer la route...
     Alors j'ai fait les deux.

— Wow, Tom... Tommy, calme-toi. On est tous trop tendus, là. Ça va pas du tout !

     Thomas continuait de fixer ma sœur avant de glisser lentement le regard sur moi. C'était assez dingue comme il pouvait changer de visage, comme ça... Passer de tout ce qu'il parait de plus humain à, soudainement, tout ce qu'il y a de plus glauque et morbide. On aurait dit qu'une ombre s'était placée dans ses yeux et s'amusait à tirer les ficelles.

     Je déglutis difficilement alors qu'un frisson me remonta tout le dos jusqu'à hérisser mon cuir chevelu. Sonya restait cachée derrière son matelas.

     Lentement, l'esprit revint à lui-même et il ne semblait plus éprouver aucune envie meurtrière.

— Voilà, repris-je doucement. Ça va mieux ?

     Il hocha simplement la tête et j'enlevai ma main de son épaule.

— Que... Co... Comment c'est possible ? bafouilla Sonya. Tu peux le toucher, tu peux le voir, tu peux l'entendre...

     Elle était au bord des larmes, ses derniers mots furent prononcés à travers de légers sanglots. Je m'approchai d'elle et l'aidai à se réinstaller sur son lit. Elle ne quitta pas une seule seconde Thomas du regard, des larmes chaudes dévalaient ses joues rougies. Elle était tellement hébétée qu'elle avait gardé la bouche ouverte.

— Sonya, l'appelai-je et elle me regarda. Il ne faut pas que maman ni papa soit au courant, d'accord ?

      Je lui caressai les bras pour la réconforter. Elle sembla réfléchir quelques instants puis hocha lentement la tête, après quoi je la pris dans mes bras. Thomas, de son côté, regardait chaque détail de la chambre de ma sœur avec intérêt. Pitié, faites qu'il ne casse pas tout, Sonya péterait vraiment un câble, pour le coup...

     Quelques longues minutes passèrent durant lesquelles Sonya était toujours dans mes bras, contre mon torse et Thomas regardait ses bijoux.

— Donc... commença Sonya. Tu... T'es un fantôme ?

— Un esprit, plus précisément, la corrigea-t-il et ma sœur me regarda étonnée, la bouche grande ouverte.

Ce n'était pas qu'une mouche qu'elle allait finir par gober, mais bien une ruche entière si elle continuait !

     Thomas farfouillait maintenant dans sa trousse à maquillage. Ce mec était bien trop curieux, il s'intéressait à tout. Comme s'il avait peur qu'on lui cache quelque chose... Ou plutôt comme s'il était en permanente recherche de quelque chose...

— Pour... Pourquoi tu hantes cette maison ? (Sonya renchérit avant même que Thomas ne puisse répondre.) Je veux dire... Pourquoi t'es là et pas ta famille ?

Je tournai la tête vers l'esprit qui jouait à faire tourner un crayon à maquillage autour de ses doigts. Il le regardait tourner comme si l'objet pouvait lui apporter une quelconque réponse.
Il avait vraiment tout oublié...

— Je ne sais pas, finit-il par affirmer. Je suppose que quelque chose me retient ici.

Sonya essuya ses yeux en faisant bien attention de ne pas faire couler son maquillage et Thomas nous regardait.

— Ça peut être un cheveux, un ongle, une goutte de sang... N'importe quoi.

Je déglutis.

— Cependant, la nuit du 14 mai 99 a été un véritable massacre ! m'exclamai-je tout en me réinstallant. Même si l'appartement a été re et re-nettoyer depuis... Il restera toujours une goutte séchée dans une rainure de parquet.

— Où tu veux en venir ?

— Que si « n'importe quoi » retenait Thomas piégé ici, alors toute sa famille aussi. Vu que, d'après Internet, une véritable boucherie a eu lieu, ce soir là. Il doit forcément rester du sang quelque part.

Thomas m'écoutait silencieusement tout en continuant de tourner le crayon entre ses doigts. Sonya avait collé ses mains contre ses joues et réfléchissait.

— Ce qu'il faut chercher, là, maintenant, tout de suite, repris-je déterminé. Ce n'est pas « quoi » qui te retient ici... Mais bien la différence entre toi, qui es prisonnier ici, et ta famille, qui ne l'est pas.

Sonya couina quand elle comprit où je voulais en venir.

— Leurs morts... et leurs corps ! s'écria-t-elle. Leurs corps ont été retrouvé, eux ! Et enterrés ! Pas celui de Thomas !

Ce dernier s'était approché du lit se contentait d'écouter attentivement nos théories. Et, toujours aussi silencieusement, il étira le coin de ses lèvres en un air narquois avant que je reprenne la parole.

— Ce n'est pas « n'importe quoi » qui te retient piégé, ici. Mais ton propre-corps.



*
Les choses sérieuses vont commencer d'ici peu mouhahaha
:)))))))))))

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