chapitre 6
⠀| 12 et 13 juillet 2005
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— Tu triches, Rinrin ?
— Comment tu veux que je triche au Uno, enfoiré ?
— T'avais quatre cartes dans les mains il y a une seconde, pourquoi t'en as trois maintenant ?
— Il en a jeté une sous le canapé, intervint Asuga. Un 8 rouge.
Vexé, l'accusé lui jeta un regard mauvais qui ne fit qu'amuser un peu plus son aîné. Situé de l'autre côté de la table basse, cet idiot ne tenait plus qu'une carte et se réjouissait d'avoir tant touché l'égo de Rindo qu'il s'était senti forcé de tricher. Il fut un temps où Ran l'aurait laissé gagner, mais ils n'étaient plus des enfants et il était trop occupé à essayer d'attirer toute l'attention d'Asuga pour se préoccuper de son petit frère incapable d'accepter une défaite.
— Elle triche aussi, se défendit-il. Je l'ai vue regarder tes cartes.
— Hein ?
— Vraiment ? fit Ran d'un ton faussement déçu, les yeux levés vers la jeune femme installée sur l'accoudoir de son fauteuil. Je te pensais pas comme ça.
— J'ai pas regardé tes cartes, affirma-t-elle. Mais je peux quand même dire laquelle il te reste, parce que je joue de manière intelligente, moi.
— J'vais te casser un genou et on verra si tu joues encore de manière intelligente.
— C'est pas en parlant comme ça que tu vas trouver quelqu'un, Rinrin.
— T'es pas beaucoup plus doué que lui, remarque, intervint Asuga. Pour trouver quelqu'un, je veux dire. Au Uno, ça va.
— Trouver la bonne personne prend du temps, tu sais ? répondit Ran d'un ton passif. Mais ça me ferait plaisir de te voir déposer ta candidature.
— Parce que t'en as beaucoup ?
— Des tas. Jalouse ?
— Par pitié, sortez-moi de là, marmonna Rindo derrière ses cartes.
Asuga esquissa un sourire étonnamment sincère, peut-être un peu trop pour une fille qui n'était censée se rapprocher d'eux que pour servir les intérêts d'un gang ennemi. Elle ne prit pas la peine de répondre à la provocation de Ran, parce qu'elle savait que c'était un mensonge. Ce n'était pas que personne ne s'intéressait à lui, mais plutôt qu'il n'avait pas la patience de s'intéresser à qui que ce soit. Mais s'il existait une candidature qui aurait bien pu être déposée, c'était bien celle d'Asuga. Elle comprenait le monde de la délinquance et ses côtés les plus sombres, se complaisait dans le chaos et savait y exister sans avoir besoin d'une quelconque protection. Sans compter son charisme naturel, son look décalé qui ajoutait quelque chose à son charme déjà bien présent...
— Au lieu de m'admirer, dis-moi ce que je gagne si je devine quelle est ta dernière carte.
— Encore une fois, ce que tu veux. Mais si tu rates, ce sera à toi de me donner ce que je veux, marchanda-t-il. Ça te va ?
— Ça me va. Je sais que c'est un +2 jaune. Ce qui est vachement con à avoir comme dernière carte, au passage.
La jeune femme perdit son sourire en le voyant secouer la tête. Son air satisfait lui fit froncer les sourcils, parce qu'elle avait forcément raison.
— Tu mens.
Très content de lui, Ran dévoila sa carte et s'attira encore un peu plus de confusion de la part d'Asuga. C'était un simple +4. Sûrement la meilleure carte avec laquelle finir le jeu, la victoire ultime. Mais quelque chose clochait.
— Tu avais un +2 jaune et je l'ai pas vu passer, l'accusa-t-elle. Tu triches aussi ?
— Et toi ? Comment tu pourrais savoir que j'avais un +2 jaune sans avoir regardé mes cartes, hein ?
— Dites, vous parlez de cette carte-là ?
Les regards des plus âgés se tournèrent vers Rindo et les deux cartes qu'il venait de récupérer sous le canapé. Son propre 8 rouge, et un beau +2 jaune qui fit sourire Asuga de toutes ses dents. Ran se renfrogna, évitant de justesse toutes les cartes qu'elle lui jeta à la figure en se levant pour s'étirer.
— Pas un pour rattraper l'autre, décidément.
— T'as triché aussi, je te rappelle.
— Peut-être. Quoiqu'il en soit, j'ai vu juste. Tu avais un +2 jaune.
— Certes, avoua Ran à contrecœur. Mais le but du jeu était de deviner quelle carte j'avais dans la main, donc tu as perdu.
— Mais j'ai un peu gagné quand même.
Encore assis tandis qu'elle se tenait debout devant lui, le délinquant se redressa pour attraper son paquet de cigarettes jusque-là posé sur la table, juste derrière elle. La chevelure rose d'Asuga l'effleura lorsqu'elle se pencha vers lui, attendant non seulement qu'il la dépanne d'une clope mais aussi qu'il la dépose lui-même entre ses lèvres. Ce qu'il fit sans rechigner, car refuser quoi que ce soit face à ce regard céleste qu'elle lui permettait de voir de plus près aurait été un crime que même un cas désespéré comme lui n'aurait été capable de commettre. Concentrée sur le briquet allumé entre leurs deux cigarettes, elle ne le vit pas non plus observer un peu trop attentivement l'éclat doré que la flamme renvoya sur son visage. Leurs regards ne se croisèrent que lorsqu'elle se redressa, et alors il retrouva son ironie habituelle.
— Si aucun de nous deux n'a perdu, je crois bien qu'il va falloir attendre de trouver quelque chose qu'on voudra tous les deux.
Recrachant silencieusement un nuage de fumée, Asuga eut un nouveau sourire.
— Je suis sûre qu'on trouvera.
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Comme toutes les nuits dans Roppongi, la fête battait son plein. Et comme toutes les nuits, les sous-sol des bars fréquentés par le commun des mortels renfermaient des secrets qui auraient fait détaler tous ces jeunes qui ne cherchaient qu'à se défaire du stress de leur vie quotidienne en s'autorisant une soirée entre amis. C'en était comique, ces gens normaux qui ne comprenaient pas tellement pourquoi, de temps en temps, certains passaient la porte et traversaient la salle en jetant des coups d'œil nerveux aux deux jeunes hommes installés dans un coin isolé.
— Il est bien là, annonça Ran avant de ranger son téléphone. Ça promet d'être divertissant.
Rindo ne put s'empêcher de se plaindre du nombre de récalcitrants dont ils devaient s'occuper ces derniers temps, mais son frère l'ignora. Parce qu'il savait qu'il n'était pas réellement agacé d'avoir l'occasion de leur faire payer leurs erreurs à sa façon, et parce qu'Asuga revenait déjà vers eux, se dandinant joyeusement au rythme de la musique qui passait en fond et les mains prises par leurs verres pleins.
— Alors ? s'enquit-elle dès qu'ils furent posés sur la petite table.
— Il a été vu dans le sous-sol. T'as pas soif ? questionna-t-il ensuite en remarquant qu'elle n'avait rien pris pour elle.
— J'aimerais bien m'occuper de celui-là.
Elle devina à leur expression on ne peut plus neutres qu'ils ne saisissaient pas le sérieux de sa requête, et ne put vraiment leur en vouloir. Qu'une fille se retrouve mêlée à leurs affaires devait déjà être une première, alors qu'elle veuille en plus de cela jouer le rôle des leaders était plus qu'inattendu. Asuga avait beau intimider de par sa simple présence et savoir se défendre, elle avait affirmé n'être qu'un membre banal du Shirohebi. Si l'on suivait cette logique, elle n'était donc pas habituée à se retrouver en première ligne dans ce genre de situation.
— Tu veux... aller dans ce sous-sol et régler le problème toute seule ? voulut s'assurer Ran, perplexe.
— C'est ce que j'ai dit.
— Pourquoi ?
— Parce que j'aspire à diriger le Shirohebi un jour prochain, et que je veux vérifier que je suis capable de gérer toutes les situations possibles et imaginables. Je veux inspirer le respect, et pas juste parce que je suis accompagnée des bonnes personnes.
— Essaie pas de crier si t'as un problème, on t'entendra pas, intervint Rindo avec indifférence.
— Fais ce que tu veux, conclut son aîné. Je suis curieux de voir comment tu vas t'en sortir. Dans le pire des cas, on descendra si tu reviens pas d'ici une demi-heure.
Satisfaite, Asuga n'attendit que la description de l'homme à trouver pour s'en aller sous leurs regards sceptiques. C'était un jeune, plus jeune encore que le premier homme qu'elle avait vu être puni. Il devait avoir son âge. Dans le sous-sol où régnait toujours l'odeur désagréable du mélange des différentes substances fumées, elle le trouva assis au comptoir maculé de traces d'alcool ayant séché et de restes de poudre hallucinogène. Deviner ce qu'il avait récemment consommé aurait été difficile, mais ce qui était certain, c'était qu'il n'était pas dans son état normal.
— Hey.
Si le jeune homme se retourna d'abord avec agressivité, il se détendit en voyant Asuga se hisser sur un siège haut à ses côtés. Un sourire idiot prit place sur son visage, ses yeux dirigés partout sauf vers ceux de son interlocutrice tandis qu'il lui répondait d'un « hey » qui se voulait attirant mais qui eut l'air plus fatigué qu'autre chose. Son attitude vis-à-vis d'elle amusa Asuga, mais moins que le changement drastique qui s'opéra chez lui dès qu'elle reprit la parole.
— On m'a dit que t'avais des dettes envers certaines personnes qui n'aiment pas les dettes. Tu comptes y remédier bientôt ?
— Je vois pas de quoi tu parles, se braqua-t-il immédiatement. T'es qui, de toute façon ?
— Asuga, se présenta-t-elle sans se départir de son calme déconcertant. Une amie des frères Haitani, en quelque sorte. Mais si tu préfères régler tes affaires avec eux directement, je peux repartir et te les envoyer.
La simple mention du duo le fit tiquer. Finalement, elle n'avait pas besoin de savoir ce qu'il avait consommé, elle pouvait très bien deviner avec exactitude ce qui l'avait poussé à se retrouver dans une telle situation. C'était un jeune sans famille, qui n'avait plus rien et qui s'était réfugié dans des activités illégales pour survivre. Il avait commencé par consommer, puis avait fini par vendre à côté et manquait tant d'argent pour vivre et se droguer en même temps qu'il avait enfin fait l'impasse sur quelque chose d'essentiel : donner leur part à ses boss suprêmes. Et le voilà accoudé à ce comptoir, sans aucune perspective d'avenir, aucune ambition, et avec les frères Haitani au cul. Quelle tragédie, songea-t-elle avec ironie. Les règles étaient pourtant simples. Tous ces gens qui posaient problème à Ran et Rindo n'auraient pas tenu deux jours dans le Shirohebi s'ils peinaient tant à suivre une directive très claire.
— Si c'était si sérieux, ils seraient venus eux-mêmes au lieu d'envoyer une pute au hasard.
Le visage d'Asuga se referma sans qu'il ne le remarque. Un soupir las lui échappa et, presque déçue de ne pas avoir pu régler cette histoire par la conversation, elle posa l'une de ses bottes contre le pied du tabouret de son voisin.
— C'est ça votre problème, à vous les hommes. On vous parle poliment, mais notre simple existence suffit pour que vous vous sentiez obligés d'être insultants à la moindre occasion.
Sur ces mots, elle repoussa son siège, tant et si bien que le malheureux s'écroula à terre dans un vacarme assourdissant qui réveilla pourtant à peine les drogués d'à côté. Elle se leva à son tour comme si de rien n'était, heureuse de constater qu'il s'était cogné la tête dans sa chute. Elle ne fit rien pour soulager sa douleur, l'empira même en profitant de son moment de faiblesse pour poser un pied sur le côté de son visage et ainsi le bloquer au sol le temps de fouiller ses poches.
— Vous avez jamais grand chose sur vous, c'est décevant, soupira Asuga tout en comptant les billets récoltés. Mais ça fera l'affaire pour aujourd'hui si tu promets d'avoir le reste bientôt. Tu comprends ce que je dis ?
La suite fut floue. Et non pas seulement parce qu'elle se passa trop vite pour saisir le flot d'événements inattendus, mais plutôt parce que le coup qu'Asuga reçut à la tête fut assez violent pour lui brouiller la vue et lui donner l'impression que son cerveau avait explosé à l'intérieur de sa boîte crânienne.
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。・:*:・゚★,。・:*:・゚☆
sympa cette fin de chapitre je trouve
asuga est trop belle (genre dans ma tête) je l'aime
et j'aime bcp le prochain chapitre !!!
du coup je vais pas trop parler et je vous laisse avec la suite huhu
- daeremagon
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