ℭ𝔥𝔞𝔭𝔦𝔱𝔯𝔢 24 ~ 𝔐𝔢𝔫𝔰𝔬𝔫𝔤𝔢𝔰

~ PDV Jennie ~

Ma veste dans une main, mon téléphone dans l'autre, je descendis à la vitesse de l'éclair dans le hall. La voie était libre : les filles étaient dans le jardin.

J'ouvrai doucement la porte de la maison ; la moto de notre manager n'était plus là, alors lui non plus. Je pouvais donc filer en douce.

A peine avais-je franchi le perron de l'entrée qu'une voix masculine m'interpella à ma gauche :

- Mademoiselle Jennie ?

Je me tournai et découvris notre chauffeur, celui qui m'avait surprise en train de pleurer l'autre jour et aidée à aller à la pharmacie sans que l'on ne me voie.

- Oh c'est vous Soo-Yun? ai-je lancé.

- Bonjour. Vous allez mieux ?

Oui et non.

- Oui oui, je vais bien. En passant, j'aimerais vous remercier une fois de plus pour votre aide de mardi.

- A votre service.

A ce moment-là, mon visage s'illumina : vint à moi l'idée qu'il pourrait m'aider une deuxième fois.

- Dîtes, ça vous dérangerai de m'emmener quelque part ?

Je ne pouvais absolument pas me balader seule et à découvert au risque d'être vue par les fans, alors que je venais à peine d'annoncer publiquement ma grossesse. Et puis franchement, j'avais la flemme de marcher.

- Volontiers. Attendez seulement que j'en informe votre manager et...

- NON ! l'ai-je interrompu.

- Non ? Mais je n'ai pas le droit sinon. Comment vais-je...

Joignant mes mains devant moi, je me mis à le supplier.

- Je vous en conjure ne lui dîtes rien. Je ne suis pas censée sortir, et je ne veux pas qu'il sache où je vais. Mais c'est important je dois y aller coûte que coûte.

Il haussa un sourcil, indécis.

- S'il-vous-plait ! ai-je insisté. Comme l'autre fois.

Soo-Yun baissa les yeux vers le sol, pensif. Il se retroussa les lèvres, soupira, me dévisagea longuement avec pitié puis finit par accepter.

Il me conduisit jusqu'au Haneul Park en moins de dix minutes et resta dans la voiture. J'en descendis, enfilai ma veste et me rendis au fond du parc, dans l'une des parties les plus discrètes et isolées, là où j'avais coutume de venir le voir l'an dernier.

J'étais en avance, il n'était pas encore arrivé.

Je m'assis sur le vieux banc auquel nous étions des habitués, et regardai tout autour de moi tout en humant la familière odeur d'herbe coupée.

Rien n'avait changé : les traînées de feuilles mortes aux couleurs de feu, les buissons d'aubépines blanches, la magie des cerisiers en fleurs recouvrant nos têtes dont certains pétales tombaient et jonchaient le sol en cette approche de l'hiver, la brise légère entraînant feuilles et branches, les doux chants d'oiseaux apaisant âmes et douleurs, la petite fontaine rouillée au jet d'eau paisible, les bancs de bois gris aux accoudoirs et dossiers de métal en forme d'arabesques argentées, ainsi que l'humidité de l'air chatouillant où flottaient de multiples odeurs parfumées.

Oui, c'était comme dans mes souvenirs. Il ne manquait que lui.

Je me tournai pour regarder derrière le banc sur lequel j'étais assise et remarquai le vieux chêne à l'écorce craquelée et au tronc imposant, où nous avions un jour gravé à l'aide d'une brindille nos initiales dans un cœur mal dessiné.

Je m'en approchai pour effleurer des doigts la texture de liège, et revoir de près ce vieux dessin, comme une promesse d'amour aussi interminable que la vie de cet arbre, comme une marque qui persistera d'exister à travers les âges car elle ne peut disparaître de l'écorce malgré qu'elle puisse disparaître des cœurs, comme une triste gitane qui continue de conter une vieille histoire d'amour terminée, comme une dernière trace, un dernier témoignage, un dernier souvenir de cette époque révolue où deux jeunes individus passionnés venaient s'embrasser en cachette dans l'ombre de ce chêne.

Mais en regardant de plus près cette petite gravure, je distinguai une grande croix dessinée sur le cœur, dont la vue fit bondir le mien. Mon ventre se serra.

Cette croix, venant compléter le conte et témoigner d'une triste fin à cette histoire d'amour, c'était certainement lui qui l'avait dessinée. Et cette pensée me fendit le cœur.

A cet instant-là, j'entendis une voix grave, une voix enivrante murmurer derrière moi :

- Jennie...

Mon corps se tendit tout entier. J'ignorais si j'avais la force le regarder en face, même si j'attendais cela depuis si longtemps. Je n'avais plus qu'à me tourner, je n'avais plus qu'à faire volte-face et je le reverrai enfin.

Et c'est ce que je fis.

Il se tenait droit, vêtu d'un léger manteau, me regardait de ses yeux étincelants, d'un regard froid comme l'hiver, mais où l'on distinguait au fond de ses iris une once de tristesse.

Et en croisant son regard, son nom sortit instinctivement de ma bouche :

- Kai...

Il baissa la tête.

- Kai...

La brise se leva, comme pour partager avec moi ces retrouvailles tant espérées.

Il garda la tête baissée, mais je pus remarquer de minuscules larmes perler dans ses yeux.

Moi je n'ai même pas essayé de retenir les miennes. Je les laissai couler librement, tout en répétant son nom sans arrêt.

J'avais envie de lui sauter au cou, mais je n'y parvins pas.

Il s'essuya les yeux, puis finit par murmurer :

- C'est curieux...tu n'as pas oublié mon nom...

Cette phrase me blessa profondément.

- Ça ne...ça ne s'oublie pas, ai-je rétorqué.

Il releva les yeux vers moi.

- Je ne suis pas ingrate à ce point, ai-je ajouté en reniflant.

Pour toute réponse, il essuya de son pouce les larmes ruisselant sur mes joues, tout en laissant couler les siennes.

- Pourquoi pleures-tu ? demanda-t-il.

- Je pourrais te poser la même question.

Il esquissa un minuscule sourire.

- Décidément, tu n'as pas changé : tu as toujours du répondant.

Je ne savais pas si c'était un reproche ou un compliment.

- Je t'ai appelée...parce que j'ai regardé ton Live et appris pour ta grossesse.

Évidemment.

- Mais il me faut avouer que je ne m'attendais pas à ce que tu me fasses l'honneur de répondre aussitôt.

- Je...j'étais sur mon téléphone alors j'ai reçu ton appel tout de suite.

- Pourquoi as-tu répondu ?

Parce que ça faisait des mois que je ne voulais que ça.

- Je voulais savoir...pour quelle raison t'étais-tu enfin rappelé de mon existence ?

Son visage devint grave.

- Qu'est-ce que tu sous-entends ?

Que tu m'as laissée tomber.

- Je ne t'ai jamais oubliée Jennie ! C'est le contraire qui est arrivé.

Comment osait-il dire une chose pareille ?

- Non ! Je ne t'ai pas oublié moi. C'est toi qui m'as laissée alors que j'avais besoin de toi.

- Moi qui t'ai laissée ? Et le collier alors ?

- De quel collier tu parles ?

- Ne me prend pas pour un idiot. Tu sais aussi bien que moi que si on s'est séparés, c'était ton choix.

Je ne comprenais pas.

- Moi je n'ai jamais cessé de t'aimer Jennie !

Je n'y croyais pas.

- Tu n'as jamais cessé de m'aimer ? Alors pourquoi tu ne refais surface que maintenant ? Pourquoi ne pas m'avoir appelée ne serait-ce qu'une seule fois pendant ces onze mois ?

- Si je ne t'aimais pas, je ne t'aurais pas appelé aujourd'hui. Et pour les onze moi, c'est toi qui ne voulais plus que je t'appelle, alors c'est ce que j'ai fait.

- C'est vrai mais ensuite j'ai...

- C'est toi qui me l'as dit quand on s'est disputés à l'hôtel.

- Mais après je voulais qu'on se remette ensemble.

- Non Jennie.

- Mais si !

- Tu sais très bien que non. Tu ne m'aimais pas, tu m'as laissé, et j'ai respecté ton choix. Maintenant ça ne sert à rien de revenir sur le passé, je ne t'ai pas appelée pour ça.

Kai était sûr de lui, comme s'il était persuadé que c'était moi qui l'avait abandonné et non le contraire. Oui j'avais dit que c'était fini, que je ne voulais plus entendre parler de lui, que je n'avais besoin de personne, mais je ne le pensais pas, c'est parce que j'étais en colère. Puis ensuite j'ai réalisé que j'avais besoin de lui, qu'au fond je l'aimais, qu'il m'était vital, et que vivre sans lui m'était impossible. C'est pour ça que je lui ai envoyé par message :

« Excuse-moi Kai, je ne pense pas ce que j'ai dit. J'étais énervée et c'est sorti sans que je réfléchisse. Je sais que je ne te mérite pas, mais je t'aime malgré ce que je t'ai fait. J'ai besoin de toi Kai, ne m'abandonne pas. Si tu m'aimes vraiment, rendez-vous demain à midi au parc, à notre endroit habituel et on oublie tout ça. »

Il avait répondu : « Ok je vais réfléchir ».

Pourtant le lendemain, il n'était pas venu.

Et je n'ai plus insisté car ça voulait bien dire que c'était fini, qu'il ne m'aimait plus. Il m'a littéralement laissée tomber.

Et maintenant, il le nie et dit qu'il n'a jamais cessé de m'aimer.

Qu'il déforme la réalité de cette façon prouve bien que ses sentiments n'étaient pas sincères : il se moque de moi.

Et ça m'a vraiment énervée.

- Pourquoi m'as-tu appelé alors, « Monsieur que j'ai soi-disant laissé tomber » ?

- Ne te moque pas.

- Je ne me moque pas, c'est toi qui te moques de moi. Ton amour pour moi n'était qu'une plaisanterie.

- Je t'interdis de dire une chose pareille, c'est faux ! Et tu le sais.

- Tout ce que je sais c'est que tu me mens alors qu'on est tous les deux au courant de ce qui s'est passé.

- Je ne mens pas.

Je savais que ce qu'il disait était faux, mais pourtant il n'avait pas l'air de mentir. Je pouvais deviner rien qu'en regardant son visage s'il mentait ou pas : là, il avait l'air à cent pour cent sincère. Et le connaissant il n'était pas du genre à mentir.

Mais je ne me fiai pas aux apparences et persistai à y croire : Kai ne m'aimait pas et se moquait de moi. La preuve : qui d'autre que lui aurait pu dessiner la croix sur le cœur ? Personne d'autre n'a de raisons de faire une chose pareille vu que personne n'était au courant de notre relation.

Et maintenant il essaie de me rejeter la faute et de jouer la victime.

Il reprit :

- Tu es donc une idole connue dans le monde entier qui se retrouve enceinte à 23 ans par accident ?

- Oui, et si tu m'as appelée juste pour me blâmer, c'est mieux que chacun rentre chez soi tout de suite.

- Je ne t'ai pas appelée pour ça.

- Pour connaître le futur père alors ? Et aller le révéler à tout le monde pour lui créer des problèmes ?

- Je le connais déjà.

- Quoi ?

- J'étais là, quand vous avez dansé ensemble, et quand vous vous êtes enfermés dans la chambre. C'est RM de BTS.

Oh mon Dieu c'est vrai ! Les membres d'Exo étaient invités aussi.

Je baissai les yeux, et ajoutai sur un ton plus calme :

- Je t'en prie ne le dis pas.

- Je ne le dirai pas.

Un peu honteuse, je questionnai :

- Tu m'en veux ?

Même si nous n'étions plus ensemble, Kai a été mon seul vrai amour. Il était aussi celui avec qui j'ai eu ma première fois, ce que même Lisa, Jisoo et Rosé ignorent. Alors que je le fasse avec un autre, en tombant en plus enceinte, ça devait le rendre un minimum jaloux.

- Je ne t'en veux pas, c'est ton choix. Je suis heureux pour toi car tu vas devenir mère mais aussi désolé pour toi, d'avoir eu un enfant de cette manière. Par contre, le fait que tu aies cet enfant avec un autre ça...

- Ça quoi ?

- Ça me brise le cœur, car Dieu sait si j'ai toujours espéré avoir un jour un enfant avec toi.

- Pourquoi avec moi ?

- Crois-le ou pas : tu es l'amour de ma vie Jennie.

Et bien je ne le crois pas, même si entendre cette belle phrase m'adoucit et me fit frissonner.

Je tentai de dissimuler mon émoi en lançant :

- C'est ça que t'es venu me dire ?

- Non, ce n'est pas ça.

- Alors quoi ?

- Je suis venu renouveler ma promesse de quand nous étions ensemble. Tu es enceinte alors tu as forcément besoin d'aide, je ne peux pas te laisser vivre ça sans soutien. Saches que je suis à ton entière disposition. N'hésite pas à m'appeler dès que tu en auras besoin, et comme un jour je te l'ai promis, je ne te laisserai jamais tomber Jennie.

Pourtant tu l'as déjà fait.

C'est incroyable la manière dont il nie complètement m'avoir abandonnée et prétend toujours m'aimer. Ça m'énervait tellement !

Je continuai d'être désagréable :

- Tu n'aurais pas pu me dire ça au téléphone ?

- J'avais besoin de te parler en face.

Je croisai les bras.

- Mouais...

- Bon voilà c'est ce que je voulais te dire. Et aussi...félicitations pour le bébé.

- Merci.

- Une dernière chose...

- Oui ?

- RM...euh je veux dire...Namjoon...

Je m'impatientai :

- C'est pareil !

- Oui alors...

- Quoi t'es jaloux ?

- Bah...évidemment.

Je gloussai un faux rire.

- C'est curieux ça !

- Ça prouve au moins que je t'aime.

Qu'il arrête de dire des mensonges, ce serait bien.

- Recommence-pas ! Maintenant grouille. Tu veux savoir quoi sur Namjoon ?

- Est-ce que tu l'aimes ?

Je savais qu'il allait poser cette question.

- Je ne sais pas. Tu sais très bien que je n'ai pas forcément besoin d'aimer pour passer à l'acte.

- Oui...c'était pareil pour moi j'imagine.

- Non ! Avec toi c'était par amour.

- C'est ce que tu dis, mais ce n'est pas vrai.

Je n'y croyais pas, c'était absurde ! Il m'incrimine sans arrêt.

- Écoute Kai ! Je n'ai pas la force de me disputer avec toi alors je te demanderai simplement d'arrêter de parler de ce sujet. Merci pour ta proposition, je vais y réfléchir et je t'appellerai si j'ai besoin de toi. Pour l'instant, saches que je n'ai pas vraiment le droit de vagabonder dans la ville au risque d'être vue, alors si tu as quelque chose à me dire dorénavant, fais-le par message.

- Entendu, désolé pour le dérangement.

J'étais furieuse. Cette conversation au départ mélancolique et sentimentale avait viré à un bras de fer avec la réalité.

Je l'aimais toujours, avec ardeur, mais qu'il me mente de cette façon m'exaspérait plus qu'autre chose.

- Bon, au revoir Kai !

Je le laissai debout devant le chêne et me rendis au parking à grands pas.

Au final, j'avais attendu onze mois pour qu'il me lance des mensonges à la figure. J'avais pleuré, déprimé et souffert tout ce temps pour un menteur. Charmant.

C'était décidé : même si je l'aime, plus jamais je ne verserai de larmes pour lui.

J'ouvrai la portière de la voiture, montai dedans et ordonnai à Soo-Yun de démarrer, ce qu'il fit. Je laissai échapper un soupir d'exaspération et fermai les yeux en posant ma tête contre la vitre. Déjà une chance que personne ne m'ait vue.

Mais j'aurais juré qu'avant de monter dans la voiture, j'ai senti qu'on me regardait.

~

~ PDV Kai ~

Jennie était très en colère. Elle n'a pas arrêté de répéter que c'est moi qui l'ai laissée tomber, alors que c'est tout le contraire.

J'étais tellement heureux de l'avoir revue, je n'ai jamais cessé de l'aimer, mais je ne sais pas pourquoi elle ment de cette manière.

Elle partit, et me laissa près du chêne. Ce vieux chêne que je n'avais plus vu depuis bien longtemps.

Nous venions souvent ici, pour parler, pour nous confier l'un à l'autre, pour nous embrasser. Nous avions même gravé nos initiales sur le tronc de ce chêne, pour éterniser notre amour. Nous pensions à cette époque, que cette relation ne prendrait jamais fin, et j'aurais espéré qu'il en soit ainsi. Mais le destin en a décidé autrement.

Ou plutôt...Jennie en a décidé autrement.

Je jetai un œil au dessin gravé dans l'écorce et faillit m'étouffer lorsque je découvris une immense croix sur le « J + K ».

C'était sûrement Jennie qui avait fait cela, vu que c'est elle qui a mis fin à notre relation.

Des larmes me montèrent aux yeux, je me remis à pleurer comme un enfant, comme je l'avais fait pendant ces onze mois de séparation.

J'aime Jennie, à la folie, mais je ne la comprends pas.

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Petite info : Le prochain chapitre est un flash-back à PDV externe. 

J'en dis pas plus, je vous laisserai découvrir 😉

Kisses💖

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