Après mon passage à l'infirmerie, je suis couverte de bandages. Chacune de mes blessures a été soigneusement désinfectée et bandée, et j'ai également pu me nettoyer le visage, me recoiffer et changer de vêtements avant la fête de ce soir. Pour l'occasion, j'ai décidé de mettre la seule robe que je possède et que je donnerai à quiconque la voudra dès demain. Je n'en aurai plus l'usage : que je finisse pêcheuse ou dans l'armée, elle ne me servira pas. Et puis, maintenant, j'en ai fini d'essayer de mettre mon corps en valeur. Ce soir, c'est la dernière fois. Je me regarde une dernière fois dans le miroir fissuré de ma chambre. Ma robe rouge ornée de petites fleurs s'arrête juste au-dessus de mes genoux. Le tissu en lin, très léger, est légèrement évasé, si bien que pour l'ajuster j'ai ceint ma taille avec un large tissu marron. Ma robe laisse de nombreuses parties de mon corps à découvert : mes épaules sont traversées par de fines bretelles, et le tissu laisse une partie de mon dos nue. Il fait suffisamment chaud pour que je n'aie pas froid.
J'ai acheté cette robe dans un magasin miteux de Pàn il y a des années, si bien que la couleur est légèrement passée. Je n'ai pas tellement eu le choix : étant orpheline, le seul argent qu'on me donne provient des instances dirigeantes, et se compose de quelques shébels, à peine de quoi acheter un beignet au détour d'une rue.
Absorbée par mes pensées, je rejoins les deux cents autres élèves de ma promotion à l'extérieur de la Base. Le soleil a disparu derrière l'horizon et ne subsistent encore du jour que les lueurs jaune-orangé précédant le crépuscule. A l'entrée de la Base, la pelouse habituellement sauvage a été coupée au ras du sol et une estrade a été dressée près de la porte en fer. C'est là que les résultats seront annoncés d'ici peu. En attendant, je balaye la foule du regard à la recherche d'Alek. Le brouhaha ambiant est plutôt joyeux et bon enfant : les groupes d'amis se sont rassemblés autour de chaises ou de bancs et discutent une dernière fois ensemble avant d'être séparés. Je ne mets pas longtemps avant de repérer Alek. La force de l'habitude y est pour beaucoup, mais il a toujours dégagé quelque chose de solaire qui attire les gens vers lui, moi comprise.
J'arrive à son niveau le sourire aux lèvres, heureuse de retrouver un visage souriant et familier et un semblant de calme après les combats. Même entouré de son groupe d'amis, il me repère vite et délaisse sa discussion pour se tourner complètement vers moi. Ses prunelles grises parcourent mon corps, s'arrêtent sur le bandage qui entoure mon bras – le seul visible – et remontent jusqu'à mon visage où il ne peut que constater mon visage gonflé par les coups et les bleus : une énorme ecchymose violette orne le haut de ma pommette, ma mâchoire a doublé de volume suite au coup donné par Zeri et j'ignore comment je me suis retrouvée avec un œil au beurre noir.
— Eh bien, on t'a pas ratée, murmure-t-il, les yeux écarquillés.
— On peut dire ça, ricané-je à moitié, on m'a passée à tabac. Et toi alors, comment ça s'est passé ?
En attendant sa réponse, je m'écrase sur un banc et mes jambes soupirent de soulagement.
— Pas trop mal, mais je préfère attendre les résultats avant de me faire des idées.
Je hoche la tête, totalement d'accord avec lui, et il s'installe à mes côtés.
Un silence paisible et reposant s'installe, et j'en profite pour dévisager son profil à la dérobée. Ses yeux gris sont fixés dans le vide, et il a l'air de réfléchir. Les mains croisées, les avant-bras posés sur ses jambes, le dos courbé, il adopte une posture lasse et fatiguée. Un long soupir quitte sa bouche rosée à la courbure délicate. De ses combats, il n'a récolté qu'une légère estafilade sur le haut de sa pommette, qui a visiblement cessé de saigner rapidement au vu des contours propres de la plaie. Etrangement, cette blessure trouble son visage aux traits habituellement sages pour lui donner un air un peu plus sauvage. Ce sentiment est renforcé par les mèches rebelles de sa chevelure brune qui retombent sur son front plissé et sa mâchoire légèrement contractée. Une pensée soucieuse rôde visiblement dans son crâne. Je plisse les paupières, comme pour essayer de percer ses secrets. Et puis soudain, il tourne la tête vers moi.
— Alors Kiara, qu'est-ce que tu regardes ?
Et voilà, prise en flagrant délit. Je plonge dans ses yeux orageux au fond desquels brille une lueur rieuse, et un sourire joueur fleurit sur mon visage.
— Et toi, à quoi tu penses ?
L'étincelle de joie qui éclairait légèrement son visage s'éteint et il soupire avant de me répondre :
— A demain. J'espère juste être suffisamment bien classé pour rester près de Pàn et continuer à voir Lia. Et puis...
Il n'a pas le temps d'en dire plus que la foule s'agite et que les têtes se tournent vers l'estrade. Je me lève rapidement, le visage baissé. A mon plus grand soulagement, il n'a pas pu voir l'éclair de tristesse et de colère traverser mes traits. Evidemment, Lia passe et passera toujours en premier. Moi, je ne viens qu'après, je ne suis plus le centre de ses préoccupations. Doucement, je sens sa main se poser sur mon épaule pour me guider plus près de l'estrade. Ses doigts effleurent la peau découverte de ma peau et je ne peux retenir un tressaillement. Mes yeux s'écarquillent, ma peau s'échauffe, mon cœur a un raté et je savoure ce contact éphémère. L'instant d'après, sa main délaisse mon corps. Je retiens un grognement de frustration et me recentre sur l'événement. Décidément, partir loin de lui est la meilleure des solutions, réalisé-je en poussant un soupir désabusé. Cette situation ne peut plus durer, pour lui comme pour moi, mais surtout pour notre relation. J'espère juste ne pas finir dans le même camp militaire que lui, quelle malchance. Ou pire, comme pêcheuse : dans ce cas, je m'enfuirai.
Mes prunelles marron-vert se posent sur les quatre hommes qui ont pris possession de l'estrade. Je reconnais parmi eux le dirigeant de la Base. Sa silhouette imposante et ses cheveux grisés par l'âge lui donnent un air très froid et hors de portée, ce qu'il est d'ailleurs. C'est un homme dur, et depuis le temps que je suis ici, j'ai eu l'occasion de me confronter à lui et ne garde pas un bon souvenir de mes entrevues avec lui. Il nous méprise tous. Heureusement, ce n'est pas lui qui prend la parole. Un de ses adjoints s'avance et déploie une feuille devant ses yeux, puis il se racle la gorge et sans forcer sur sa voix – avec notre ouïe de loup, nous l'entendons tous – il commence son discours :
— Vous voici enfin arrivés à la fin de vos années à la Base, et vous pouvez être fiers de vous. Pendant tout ce temps, vous avez acquis des compétences et des savoirs qui vous seront utiles tout au long de votre vie. Pour certains, vous allez entamer une vie de travail parmi les civils et pour d'autres, vous aurez la chance de rejoindre un camp militaire pour suivre une formation plus poussée. La répartition s'est faite en fonction de vos capacités, mais où que vous vous retrouviez, gardez en tête que personne n'est inutile : chacun doit juste trouver sa place. Ainsi, nous avons tenté de vous affecter là où vous pourrez mettre en œuvre le meilleur de vous-même, et nos décisions sont les bonnes, vous verrez. Passons maintenant aux résultats : vous êtes cent-quatre-vingt-dix-huit face à moi...
A ces mots, je tique : j'avais en tête que nous étions deux-cent-un. Alek perçoit mon interrogation et me chuchote à l'oreille :
— J'ai entendu que trois sont morts pendant les épreuves.
Je hoche la tête, c'est relativement peu par rapport à la dizaine de l'an dernier. Mon attention se reporte sur la suite du discours :
— Les dix premiers intégreront l'école des Généraux, puis les cinquante suivants, jusqu'au rang soixante inclus intégreront l'armée dans un camp militaire...
Le reste ne m'intéresse pas ; l'adjoint continue de nous subdiviser par rangs et finit par arriver au dernier niveau de notre société : les écailleurs de poissons. Installés sur des chaises dans les rues, quiconque le souhaite peut faire écailler son poisson à un prix si bas que c'en est révoltant. Les cris des écailleurs font partie intégrante des bruits de la ville.
Lorsqu'il a enfin fini, le dirigeant de la Base prend à son tour la parole. D'une voix détachée et dure comme la pierre, il commence d'une voix atone le classement. Mon cœur se serre d'appréhension et le stress s'empare de mon cerveau. Si j'échoue, je m'enfuis.
— Pour l'école des Généraux : un : Olis Melnia. Deux : Mahal Nojan. Trois : Alek O. Quatre...
Je n'écoute pas la suite. Mes oreilles bourdonnent, mon cœur tambourine. Alek est pris à l'école des Généraux, la formation la plus prestigieuse d'Atielle. Mon corps fait brusquement volteface vers lui tandis que tout le monde l'acclame. Ses amis lui sautent dans les bras, et moi, je n'en reviens pas. Alek est un excellent combattant, je n'en doute pas, il est même brillant, mais jamais je n'aurais cru que c'était à ce point. Les prunelles de mon meilleur ami se posent sur moi et devant le sourire resplendissant qui barre son visage, je lui saute dans les bras, heureuse pour lui. Il me rend mon étreinte et me sers puissamment contre lui tandis que j'enfouis ma tête dans le creux de son cou. Il sent bon, une odeur de sueur, de fer et le reste du parfum d'un savon à l'amande. Alek me repose rapidement au sol et écoute avec moi le reste du classement, collé dans mon dos, les yeux fixés sur le dirigeant.
Le rang soixante s'approche dangereusement et malgré tout, je me prends à espérer. Espérer arriver après soixante. Je n'aurais d'autre choix que de m'enfuir. Mais en mon for intérieur, je sais que c'est impossible. Depuis le Cataclysme, la frontière est trop bien gardée.
— Cinquante-et-un : Sash Ulfan. Cinquante-deux : Nevi Caron. Cinquante-trois : Khad Etel. Cinquante-quatre : Kiara O.
A l'entente de mon nom, mon cœur loupe un battement, l'oxygène se vide de mes poumons et mes yeux s'embuent de soulagement. Le temps s'arrête autour de moi, me laissant quelques secondes pour savourer ma victoire. Car c'en est une : malgré mon rang déplorable, je réalise mon rêve et échappe de justesse – à six places près – au destin de pêcheuse que j'ai toujours rejeté. Puis le temps reprend son cours et un sourire étincelant s'empare de mes traits. Non seulement je rejoints un camp militaire, mais en plus il se trouve que ce camp est situé au nord de l'Atielle, tout près de la bande de terre qui relie la presqu'île au reste du continent, au reste de l'Oheïana. Mon double rêve s'accomplit : intégrer l'armée et m'éloigner d'Alek. Je n'ai pas le temps de réaliser ce qui se passe que celui-ci m'enfouit dans un nouveau câlin – le deuxième de la journée.
— Avoue Kiara, me murmure-t-il à l'oreille, un sourire dans la voix, tu n'es pas vraiment cinquante-quatrième ?
Le nez dans sa tunique, mon cœur rempli d'euphorie, j'éclate de rire.
— Non, on m'a déclassé, tu connais leur politique avec les femmes... J'ai battu trois de mes quatre adversaires et je t'assure qu'ils étaient plutôt costaux.
— Tu me rassures, se moque-t-il en m'écartant de lui.
Outrée, je lui balance mon poing dans le torse.
— Voyons ! Pour qui me prends-tu ?
Néanmoins, nous continuons de nous dévisager, un sourire aux lèvres, heureux l'un pour l'autre.
Le stress retombe petit à petit dans l'atmosphère, laissant la place à une vague d'allégresse qui balaie toute la foule. Certains pleurent, d'autres sont frustrés, mais la joie domine malgré tout.
— C'est l'heure de la fête ! braille quelqu'un.
Aussitôt, il est acclamé, des cris et des applaudissements retentissent et nous voilà parti vers Pàn, la capitale d'Atielle. Cette nuit, les rues n'appartiendront qu'à nous, c'est la coutume. Car aujourd'hui, c'est Naldni, la fête des lumières et des étoiles. Depuis des années, l'annonce des résultats dans les Bases d'Atielle s'est calquée sur cette fête, et pour nous laisser célébrer la fin de nos études, les adultes laissent les villes aux jeunes. L'insouciance domine ces fêtes, car c'est la soirée qui marque un tournant dans nos vies : le lendemain, nous sommes adultes.
Alek agrippe ma main et accompagnés de toute la promotion, nous dévalons le long escalier qui serpente le long du flanc de la falaise. Nous débarquons quelques minutes plus tard sur la plage et le sable chaud. Tandis qu'Alek se lance dans des conversations et des rires avec ses amis, je me perds dans mes pensées. Tout le monde chahute, si bien que le son de la mer m'est inaudible. Je glisse ensuite un regard vers la gauche, vers la falaise qui fend l'eau sombre et calme. Derrière se trouve une petite crique accessible lorsqu'on passe au ras de la falaise. C'est là que j'ai toujours pêché, que je me baigne et que je contemple les lueurs du Grand Désert lorsque l'horizon est dégagé. La crique est sûrement ce qui me manquera le plus de mes treize ans à la Base.
Nous marchons pendant une demi-heure sur la plage à un rythme soutenu, pressés de commencer les festivités. Le temps que nous arrivions à Pàn, la nuit s'est définitivement installée, si bien que nous ne repérons la ville que par les lumières qui s'en échappent. Aussitôt que nous en sommes tout proche, des cris de victoire chargent l'air et nous nous mettons à courir vers le port, porte d'accès de la ville à partir de la plage. Notre groupe de plus de cinq-cents personnes – les autres jeunes des niveaux en dessous se sont joints à nous – déferle dans la ville. Face au chaos et pour ne pas me perdre, Alek agrippe mon bras et me crie à l'oreille :
— Lia est sensée m'attendre au niveau de l'avenue, il faut qu'on sorte de la foule.
Sur ces mots, avant de se faire entraîner par le flot continu des jeunes de la Base, il fend la marée de monde et me tire à sa suite. En quelques minutes, nous sommes tirés d'affaire et Alek me lâche, avançant devant moi de plus en plus vite, pressé de retrouver sa belle. Devant presque courir à sa suite, je manque de trébucher sur un pavé et marmonne une insulte à l'égard de mon ami, dont le comportement commence à me taper sur le système. Et enfin, les amoureux se retrouvent. Je n'ai pas le temps d'apercevoir Lia qu'Alek la serre dans ses bras et l'engouffre dans un baiser qui doit sûrement leur couper le souffle. Je maugrée une nouvelle insulte et reste en retrait, les bras croisés, à regarder le début de l'avenue. C'est la principale rue commerciale d'Atielle, mais aujourd'hui, en ce début de fête, toutes les échoppes sont fermées, créant un drôle de vide. Néanmoins, cette sensation est étouffée par les nombreux jeunes qui commencent à vadrouiller, à boire et à danser. De plus, pour Naldni, toute la ville a été décorée de lumières. La tradition veut que chaque habitant accroche une lanterne près de sa porte, et avec les bougies des réverbères, toutes ces lumières éclairent l'avenue de lueurs chaudes et dansantes. Plus loin dans la ville, un bruit de tambour résonne, sûrement au bout de l'avenue, au niveau de la grande place. Je tends l'oreille, essayant de laisser mon esprit se faire entraîner par le rythme. Je clos quelques secondes les paupières et me laisse distraire par mes pensées et la musique.
— Et toi Kiara ? Comment ça s'est passé ? m'interroge une voix féminine que j'identifie comme étant celle de Lia.
J'ouvre brusquement les yeux et mes prunelles tombent immédiatement sur le couple que je n'avais pas entendu se rapprocher. Génial, j'ai vraiment dû passer pour une cruche, avec mes yeux fermés.
— Ah, euh, pour mes résultats ? bafouillé-je, troublée à la fois par le fait qu'elle s'adresse à moi et par la vision d'eux enlacés.
Alek serre tendrement la taille de Lia et celle-ci a reposé sa tête contre son épaule. Je connais Lia de la Base, elle faisait partie du groupe d'amis d'Alek et avait donc un an de plus. Mais quand Alek a redoublé, elle est partie à Pàn et a repris l'échoppe d'épices de son père. Les deux tourtereaux ne se voient pas aussi souvent qu'ils le voudraient, la Base absorbant tout notre temps, si bien que leurs retrouvailles sont à chaque fois très... passionnées. Ils se sont mis en couple il y a trois ans, et au début, personne ne pensait que ça allait durer aussi longtemps. Surtout moi d'ailleurs. Je pensais que j'arriverai à la supplanter, surtout lorsqu'elle est partie. Mais non.
Lia hoche la tête, une étincelle de curiosité dans ses yeux presque noirs.
— Je vais rejoindre un camp militaire dans le nord, j'ai fini cinquante-quatrième.
Elle acquiesce et son attention se reporte sur Alek, qui la mange déjà du regard. Un nouveau baiser s'ensuit, et j'entends Lia glousser.
La moutarde me monte au nez, et je souffle un bon coup pour me calmer, le cœur lacéré.
— Bon, on va faire la fête ? finis-je par grogner d'un ton que j'espère tout de même aimable.
— Oui ! s'exclame Lia en se saisissant de la main d'Alek, l'entraînant à sa suite, on va à la grande place ! Je veux danser !
Je lève les yeux au ciel et leur emboîte le pas. C'est ainsi que nous remontons toute l'avenue, et au fur et à mesure que nous approchons du but, le bruit se fait plus fort. Les tambours, les cris, les chants, tout se décuple et je ne peux retenir l'excitation qui s'empare de mon corps. Lia et Alek retrouvent à la grande place leur bande de l'an dernier, et lorsqu'ils apprennent qu'Alek va intégrer l'école des Généraux, les félicitations fusent. Ils ont une double raison d'être contents : non seulement c'est l'école la plus prestigieuse, mais elle a en plus l'avantage de se trouver à Pàn même. Moi, je reste une fois de plus sur le côté, mal à l'aise. Je ne les connais pas, et aucun d'eux ne fait de pas vers moi.
Je saisis donc ce moment pour m'éclipser, pour disparaître. Je me fonds dans la foule, traverse la place au milieu de laquelle brûle un immense feu et rejoints l'immense table qui a été dressée et où trônent tout un tas de boissons, de gâteaux traditionnels. Je balaie tout l'étalage du regard puis rencontre les yeux d'un des types qui gère la table.
— Qu'est-ce que tu veux ? me demande-t-il en m'adressant un sourire.
— Deux verres de Rem s'il-te-plaît.
J'attends qu'il prépare les verres et reporte mon attention sur les musiciens situés à quelques pas de là. Ils doivent être une dizaine et la joie ainsi que la concentration teinte leurs traits. Surtout ne pas perdre le rythme.
— Tiens, lance le serveur en me tendant les verres et alors que je le remercie, il poursuit : et ça serait cool que tu rapportes les verres après.
Je hoche la tête et m'éloigne pour aller me tapir dans l'ombre d'un immeuble. Là, j'ai une vue imprenable sur la grande place et sur tous ces gens qui dansent. Je ne m'absorbe pas plus longtemps dans la contemplation de la place et vide mon premier verre de Rem d'un trait. Le Rem est l'alcool traditionnel d'Atielle, plutôt fort, il provient de la fermentation d'herbes cueillies près de la mer. C'est d'ailleurs mon alcool préféré. Une chaleur bien connue me monte aux joues et je laisse le temps et l'alcool faire leur effet. J'enchaîne rapidement avec le deuxième verre, et celui-ci finit par me convaincre d'aller danser. Mon corps rejoint les autres dans leur danse effrénée autour du feu et je me surprends à rire et à sourire. Je ne suis pas une grande adepte de l'alcool, et n'en boit que très rarement – toute boisson alcoolisée étant proscrite à la Base. Toutefois, je dois reconnaître me sentir parfois plus libre, libérée de mes soucis, lorsque l'alcool court dans mes veines.
J'ai l'impression de danser depuis des heures quand une main s'empare de mon bras.
— Kiara ?
Je relève les yeux vers mon Alek et lui adresse mon plus beau sourire.
— Plaît-il ?
Il me scanne du regard et comprend très vite à mes joues rouges que je suis un peu éméchée. Un soupir amusé quitte ses lèvres et il n'a pas le temps de dire quoi que ce soit d'autre que Lia, jamais très loin, l'entraîne dans une nouvelle danse. Alek danse bien, mais Lia est sublime. Les femmes d'Atielle sont généralement très belles, mais Lia dégage quelque chose en plus. Ses longs cheveux d'un marron chocolat cascadent jusqu'au bas de son dos, épousant dans le même temps ses courbes délicates. Très épais et très lisses, ses cheveux encadrent son visage poupin à la peau cuivrée. Les joues plutôt rondes, une bouche au sourire resplendissant, des yeux aussi foncés qu'étincelants, elle dégage un charme fou. C'est la perle rare, un trésor qu'Alek se doit de chérir. Une douce mélancolie s'empare de moi. Après cette nuit, je dirai au revoir à Alek et à ces bouffées de jalousie qui me polluent la tête depuis si longtemps à la seule vue de Lia. Elle mérite plus de considération de ma part, parce qu'elle est profondément gentille et aussi parce qu'Alek l'aime, je dois le concéder.
Les heures filent, et lorsque danser, boire et grignoter finit par me lasser je tapote l'épaule d'Alek, qui tangue sur ses jambes tellement il est soûl. Il tourne la tête vers moi et je me hausse sur la pointe des pieds pour lui crier à l'oreille :
— Je vais faire un tour, je vous rejoints où après ?
Il cligne plusieurs fois des yeux avant de me répondre.
— On va au port pour le lever du soleil.
Je hoche la tête et disparais.
Heyyyyyy ! Comment allez-vous ?
ALORS : que pensez-vous de ce chapitre ?
Personnellement, j'ai adoré l'écrire : on rentre vraiment dans la tête de Kiara, avez-vous l'impression de mieux la connaître ?
🌟 Selon vous, que va-t-il lui arriver après ?
🐺 Pensez-vous qu'elle sera plus heureuse sans Alek ?
N'oubliez pas : ce sont vos commentaires qui me motivent : le chapitre arrivera d'autant plus vite que j'ai de retours (en plus c'est important pour moi de savoir si je vais dans la bonne direction ou si je dois corriger des éléments!)
-> ça serait SYMPA de votre part ☀️
Je vous embrasse
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