𝟎𝟓 ¦ 𝐃𝐄𝐒𝐓𝐈𝐍𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝟐𝟎𝟏𝟗
SHINGEKI NO KYOJIN
ᴊᴀʀᴄᴏ
inspiré d'événements réels
𝟥𝟣 ᴅᴇ́ᴄᴇᴍʙʀᴇ 𝟤𝟢𝟣𝟪
[21:01]
Gare de Lille-Europe
« — Mesdames et Messieurs, je suis Erwin, votre conducteur. Votre train est le 5230, avec pour destination Nantes. Nous desservirons les gares de Charles de Gaulle, Rennes, Le Man, avant Nantes, notre terminus. Nous vous rappelons que vos bagages doivent être étiquetés et sont sous votre surveillance. Afin de ne pas déranger les autres passagers, veuillez passer vos appels dans les plateformes prévues à cet effet. »
Le train numéro 5230 venait de partir, après un retard conséquent. Les nombreux passagers à son bord poussèrent un soupir de soulagement. Alors qu'ils attendaient tous le message déclarant l'annulation de la correspondance, le conducteur venait de leur faire passer un message qu'ils n'espéraient plus. Assis dans une position plus ou moins inconfortable, avec sa valise en dessous de son siège et son sandwich entre sa jambe et la fenêtre, un garçon aux cheveux décolorés avait soupiré bien plus fort que les autres.
« — Nous sommes partis avec une heure et vingt-cinq minutes de retard en raison des intempéries. Nous vous remercions de votre compréhension quant à ce retardement. L'ensemble de l'équipage vous souhaite un agréable voyage. »
Jean avait envie d'aller voir ce Erwin, et de le serrer dans ses bras tellement il lui était reconnaissant. Lui qui était naturellement positif d'habitude commençait à désespérer de toujours voir le quai sur lequel il avait embarqué. Il aurait dû partir à 19:36, c'était ce qui était marqué sur son billet qu'il avait acheté des semaines à l'avance.
Seulement, le ciel s'était chargés de nuages noirs et il avait commencé à pleuvoir, à pleuvoir énormément. Cela avait débuté trois jours auparavant, et pourtant la pluie était devenue de plus en plus forte, causant d'importants dommages. Certains départements avaient connu des inondations, et les rails étant par moment engloutis sous un bon mètre d'eau, de nombreux trains avaient donc été annulés.
Jean s'en été mordu les doigts, de voir cette pluie qui pouvait lui gâcher ce voyage si important à ses yeux. Certes, il n'allait qu'au Man, ça n'était pas spécialement loin de chez lui comme pouvait l'être la Chine. Mais cela ne changeait en rien l'importance de ce trajet à ses yeux. Car il y avait quelqu'un, au Man, qui l'attendait.
Un sourire prit place sur son visage, et il se dépêcha d'envoyer un message à celui qui, tout comme lui, priait pour que ce foutu train démarre. Il reçut rapidement une réponse enthousiaste, qui lui souhait un bon trajet. Alors Jean se mit à l'aise, il posa son casque sur ses oreilles et lança le nouvel album d'Orelsan. Le décoloré posa sa tête sur la vitre, et observa les lumières qui brillaient dans la nuit noire.
Nous étions le 31 décembre de l'année 2018, à seulement quelques heures de l'année 2019. Et ce tournant, ce changement d'année, il avait voulu le partager avec celui qu'il aimait.
[21:49]
Gare Charles de Gaulle
« — Mesdames et Messieurs, nous allons dans un instant desservir la gare de Charles de Gaulle. Pour votre sécurité, veuillez attendre l'arrêt complet du train avant de descendre. Faites également attention à l'écart entre le marche-pied et le quai. »
C'est le moment que choisit une femme pour sortir du train, ses trois gosses insupportables avec elle. Jean n'avait pas arrêté de regarder d'un œil mauvais le plus petit des trois garçons qui pleurait tous les quarts d'heure. Il reprit alors sa contemplation du paysage, ou du moins de ce qu'il pouvait en voir. Mais ces lumières, ces petites lueurs dans la nuit, il trouvait cela magnifique. Tous ces petits points lui faisait penser aux tâches de rousseurs de celui qu'il partait retrouver.
Il avait rencontré Marco au collège, alors qu'ils étaient en quatrième. Ils étaient dans la même classe, et Jean avait tout de suite remarqué ce brun et ses jolies tâches de rousseurs. Une fois, en plein cours, il avait commencé à tracer des lignes entre elles. Le décoloré était assis juste derrière lui, et alors qu'il avait passé un trimestre entier à simplement les imaginer, il avait soudain eut envie de les toucher.
Marco avait sursauté, ne comprenant pas tout de suite ce que son camarade était en train de faire. Néanmoins, il ne s'était pas retourner. Il avait eut peur de briser le contact de ses doigts sur sa peau, il avait comme l'impression qu'il devait le laisser faire. Mais il lui avait chuchoté discrètement une question, lui demandant ce qu'il faisait. Sa réponse le surprit autant qu'elle lui mit le rouge aux joues. Quelque part, il avait trouvé ça poétique et magnifique, c'était l'une des plus belles choses qu'on avait pu lui dire.
« Je trace les constellations de ton corps. »
Jean avait de nombreuses fois recommencé par la suite, prenant un réel plaisir à le faire. Il était fasciné par toutes ses tâches, par l'infinité de constellations qu'il pouvait dessiner. Jamais il n'aurait pu s'en lasser, et il ne voulait plus s'en passer. C'était un spectacle étrange à regarder, mais plutôt mignon il fallait avouer.
L'année suivante, ils avaient été séparés dans des classes différentes. Ils passaient moins de temps ensemble, pour la simple raison qu'ils se voyaient beaucoup moins. Mais au bout d'un mois, Jean décida de faire le premier pas. Il envoya un message au brun, lui demandant s'il avait envie de sortir au cinéma ou de simplement traîner en ville avec lui. La réponse favorable qu'il reçu lui redonna confiance en lui.
Et puis le rendez-vous fut tellement agréable qu'ils en reprogrammèrent un autre, et encore un autre, et pleins d'autres. Ils passaient des après-midi entiers, à manger des gaufres, à jouer aux balançoires d'un parc, à regarder des vidéos douteuses sur twitter et à rire sans pouvoir être capable de s'arrêter. Jusqu'à ce rendez-vous, où Jean eut une envie qui lui trottait dans la tête depuis un moment. Ce jour-là, assis sur un banc alors qu'il faisait à peine cinq degrés, Marco avait tourné la tête. Il avait un regard étrange, un regard qui avait tenté l'autre.
Jean avait à peine hésité, il s'était penché vers lui, et l'avait embrassé.
[22:21]
Gare de Rennes
« Mesdames et Messieurs, nous allons dans un instant desservir la gare de Rennes. Pour votre sécurité, veuillez attendre l'arrêt complet du train avant de descendre. Faites également attention à l'écart entre le marche-pied et le quai. »
Les deux garçons avaient commencé à sortir ensemble, en février. Ils étaient assez timides, et se montraient très peu aux autres. Mais ils s'aimaient, beaucoup, énormément. Ils se lançaient des clins d'œil, se regardaient en cachette. Ils avaient continué leurs rendez-vous hebdomadaires, allant désormais chez Jean quand il faisait trop froid.
Et leur couple avait duré, longtemps. Un mois, trois mois, six mois, un an. Ils avaient récemment passé les deux ans, et ils s'aimaient encore plus fort qu'au commencement. Ils étaient beaux, ensembles. Les autres idéalisaient leur couple, trouvant leur relation magnifique. Même si rien n'était parfais, même s'ils avaient parfois des hauts et des bas, ils n'avaient jamais connus de grosse dispute, ils n'avaient jamais pensé que ce serait mieux pour eux de rompre. Bien des fois ils avaient eut des soucis, le moral à zéro, à cause de l'école, ou de la famille. Mais ensemble, ils surmontaient du mieux qu'ils le pouvaient tout ça.
Seulement en début d'année, Marco avait déménagé. Une histoire de travail, encore. La boîte où était employé son père menaçait de fermer, alors il avait cherché ailleurs. Et il avait trouvé. Au Man. À des heures de routes de là où se trouvait encore Jean. Devoir se dire au revoir avait été très compliqué pour chacun. Ils avaient envisagé une possible rupture, les relations à distance, c'était loin d'être facile. Mais malgré tout, malgré la distance, ils s'aimaient. Alors ils s'étaient promis de s'attendre, aussi fou que cela puisse paraître.
Et puis ils avaient quand même tenus, ils ne s'envoyaient pas des messages toutes les deux minutes mais s'appelaient quelques fois dans la semaine, et se tenaient au courant de leur activité, de leurs états d'âme. Bien sûr, on ne pouvait pas rester des années sans voir celui qu'on aimait. Alors Jean avait réussi à négocier ce voyage auprès de ses parents, il avait dû batailler, promettre un point de plus sur sa moyenne. Il avait tout fait pour être agréable, et serviable. Et quand il a réussi à l'avoir, de justesse, ce point, ses parents ont cédés.
Ils lui ont acheté le billet pour l'aller, et un autre pour le retour, dix jours plus tard. Dix jours, c'était le temps qu'il allait pouvoir passer avec son amoureux. Il savait déjà qu'il allait pleurer quand il faudrait partir, alors il s'était promis de profiter au maximum de chaque jour, de chaque heure, de chaque minute, et de chaque putain de seconde qui leur était donnée. Auprès de l'ange qu'était Marco, il perdait la notion du temps. Les heures passaient à la vitesse des secondes, une simple nuit pouvait cacher un millier d'années.
Alors qu'il était plus près que jamais d'arriver à destination, le décoloré ressentit une certaine peur. Et si les choses avaient changés, durant ces longs mois passés à des kilomètres l'un de l'autre ? Et si le tacheté avait rencontré quelqu'un d'autre, s'il en avait eut marre de l'attendre ? Et si leur amour n'était plus aussi fort qu'avant, qu'il avait fini par s'éteindre ? Et si tout ça n'avait été qu'un rêve, et que rien ne l'attendait ? Jean avait peur, c'était normal. Il redoutait beaucoup de choses, il avait l'habitude de s'inquiéter rapidement quand cela avait rapport avec son amoureux. Mais celui-ci parvenait toujours à le calmer à la fin, et c'est en pensant à lui qu'il réussit à cesser d'imaginer des scénarios catastrophiques.
Jean souriait rien qu'à l'idée de pouvoir enfin revoir Marco. Il avait l'air d'un imbécile, mais il s'en fichait pas mal. Il était un imbécile, après tout, un imbécile amoureux.
[23:38]
Gare du Man
« Mesdames et Messieurs, nous allons dans un instant desservir la gare du Man, notre terminus. Pour votre sécurité, veuillez attendre l'arrêt complet du train avant de descendre. Faites également attention à l'écart entre le marche-pied et le quai. Nous espérons que vous avez passé un bon voyage. »
Jean frémissait d'impatience, il était enfin arrivé. Se dépêchant d'attraper sa valise sous son siège, il se dirigea rapidement vers les portes encore closes. Le train n'était pas encore sur le quai, il lui fallait attendre quelques minutes de plus avant de pouvoir sortir. Le décoloré était incapable de rester en place, il se retournait toutes les dix secondes, et ses doigts pianotaient sans cesse sur la barre de sa valise à roulettes. Il était le premier devant la porte, prêt à bondir dès qu'elles s'ouvriraient.
Le train marqua un grand ralentissement, avant de s'arrêter complètement. Et à peine quelques secondes plus tard, les portes commencèrent à s'ouvrir. Jean s'élança sur le quai, sa valise roulant derrière lui. Il apprécia l'air froid qui le frappa de plein fouet, bien que celui-ci sentait un mélange entre la cigarette et la poussière. La gare du Man était à découvert, et plongée sous l'obscurité de la nuit, on pouvait apercevoir des milliers d'étoiles qui brillaient là. Le garçon fut un instant prit d'admiration, et les yeux levés vers ce spectacle qui était l'un des plus beaux au monde, il se perdit dans l'immensité de l'univers.
Autour de lui, les gens se dépêchaient de sortir du train, avec valises ou sacs dans les mains. Ils cherchaient frénétiquement autour d'eux ceux ou celles qui était venus les chercher, chose qui n'était pas aisée dans une telle pénombre. D'autres ne s'attardèrent pas, et prirent directement le chemin menant au bout du quai. Peut-être certains n'avaient pas encore finis leur voyage, et partait prendre une autre correspondance, qui les conduirait un peu plus près de l'endroit désiré.
Le quai se vida à une vitesse phénoménale, et en quelques minutes à peine, le silence prit place. Lorsque Jean remarqua cette absence de bruit, il fut tiré de ses pensées et observa d'un regard quelque peu surpris autour de lui. Le décoloré comprit alors qu'il avait sûrement laissé sa tête dans les étoiles plus de temps qu'il ne le pensait. Se rappelant subitement où il était et surtout pourquoi, il se hâta de faire volte-face et se dirigea d'un pas rapide vers le début du quai.
Bientôt, il ne put plus se retenir et se mis à courir sur le quai, en observant attentivement un même point devant lui, là où il espérait voir apparaître celui pour qui il était venu. Jean était impatient, après tout ce temps passé si loin l'un de l'autre, il allait le revoir ! En même temps qu'il avançait, une multitude de questions fusaient dans son esprit. Et si les choses avaient changées ? Et si Marco n'était pas là ? Et s'il avait rêvé durant tout ce temps ? Mais il n'eut pas le temps de se prendre la tête avec chacune d'entre elles, ou même de tenter d'y apposer des réponses.
Et puis il le vit enfin, ce garçon aux cheveux bruns et aux yeux chocolat, ce garçon aux tâches de rousseurs possédant le sourire d'un ange. Il semblait essoufflé, lui aussi, il avait sûrement couru pour le rejoindre. Jean sentit la peur et l'appréhension monter, pourtant il ne recula pas et continua de courir vers celui qui lui tendait les bras. Car en même temps, dans son cœur, c'était comme un feu d'artifice qu'on tentait désespérément de contenir. Tout son être se voyait submergé d'amour, le monde aurait pu s'écrouler autour d'eux sans qu'il n'y prête attention. Et à l'instant même où il put refermer ses bras autour du garçon aux tâches de rousseurs, le feu d'artifice dans son cœur explosa.
𝟣ᴇʀ ᴊᴀɴᴠɪᴇʀ 𝟤𝟢𝟣𝟫
[00:00]
« — Tu m'as attendu...
— Évidement. Bonne année, Jean.
— Bonne année, Marco. »
Et si le temps devient notre adversaire, m'attendras-tu ?
Commencé dans un train en direction du Man.
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