33 | 𝓵a valse du diable.
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| CHAPITRE 33 |
l'être éternellement montre sa face double, mal et bien, glace et feu; l'homme sent à la fois, âme pure et chair sombre, la morsure du ver de terre au fond de l'ombre et le baiser de Dieu. mais à de certains jours, l'âme est comme une veuve. nous entendons gémir les vivants dans l'épreuve. nous doutons, nous tremblons.
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LA FAÇADE BLANCHÂTRE
du Manoir Malfoy scintillait sous la lune et le ciel anglais. Allanah avait les yeux rivés sur cette voûte céleste, vers cet astre si lointain qui gouvernait seul la nuit. La lune était de même sous tous les ciels de ce monde et pourtant de la terre souillée par le démon de l'Amérique, elle y cru la voir se teindre du feu. Plusieurs minutes étaient passées après qu'elle ait laissé explosé sa rage dans ce domaine déjà ravagé par la terreur. Peu à peu, les éclats noirâtres de sa tristesse s'étaient reformés en son enveloppe charnelle. La jeune Green avait marché, le long du feu qui se répandait, lentement jusqu'à son manoir. On l'avait prit dans ses bras, ils avaient pleuré. Allison s'était endormi sur l'épaule tremblotante de son jumeau, sa mère ne contenait pas sa détresse et secouait à chaque seconde un peu plus la tête. Elle était silencieuse, les larmes avaient cessé, brûlées par la colère et condamnées à demeurer à l'intérieur d'elle.
Allanah était ensuite parvenue à gravir les longues marches de sa demeure, et elle avait rejoint sa chambre.
Lorsqu'elle s'était assise parterre, contre son immense lit, elle avait simplement émit le banale mouvement de plaquer sa main contre sa bouche. Le cri immense de son coeur n'avait laissé émettre qu'un faible gémissement plaintif. Elle n'avait plus aucune force. Elle n'avait pas simplement perdu son frère cette nuit-là, elle s'était également perdue. Elle pleura, seule, contre la noirceur de la nuit. Se recroquevillant un peu plus à chaque seconde. Ses larmes avaient été douces, s'écoulant tendrement pour retentir sur le sol à chaque sanglot. Elle se sentait immensément vide, un plaie béante avait rejoint son coeur, quelque chose qui ne cicatriserait jamais. La perte d'un être cher n'a pas de fin, elle reste ancré dans chacune des cellules qui se régénèrent pour rappeler le manque. La vie d'Allanah serait à jamais différente, et incomplète.
Après les larmes, vint le vide. Sa main tâtonna sa table de nuit et attrapa une cigarette. Elle aurait diablement souhaité fumer jusqu'à s'embraser entièrement, mais ce n'était son utilité. Elle la plaça entre ses lèvres, et ce portoloin la conduit jusqu'au domaine des Malfoy. Elle s'était souvenu de cette nuit anodine, où Abraxas lui avait tendu sa main, renfermant une cigarette. Il avait ancré ses yeux dans les siens et murmurait que peu importe l'instant, elle pourrait venir le voir, et fumer pour détruire leur vie, ensemble.
Elle se souvint également de cette promesse, de venir le voir avant de mourir. Elle était déjà morte, mais elle vint tout de même.
Tout était si calme en Angleterre. Perdue entre une forêt du Wiltshire et l'immense bâtisse abritant un ami qui ne l'était plus, et une erreur de plus à commettre. Elle ignorait ce qui l'attendait à l'intérieur, mais elle pénétra nonchalamment cette demeure.
Le silence la frappa violemment, puis peu à peu, les tictac réguliers d'une horloge, celle-ci, au loin, affichait une heure du matin. Cela signifiait que le soleil s'était déjà levé en Amérique, et qu'elle était encore au bon milieu de la nuit, à errer dans l'obscurité du manoir Malfoy. Elle ignorait ce qu'elle trouverait en s'avançant silencieusement dans les couloirs, peut être le manoir était-il vide ? Le néant emplissait l'espace et la faisait presque suffoqué. Elle regardait à droite, puis gauche et recommençait à chaque pas. Elle aurait souhaité trouver la sortie de son calvaire en pénétrant chez Abraxas. Qu'il l'accueille avec assez de désinvolture pour qu'elle ne croit plus que quelque chose avait réellement de l'importance. Cette nuit, elle voulait oublié la valeur de la vie, effaçait toutes ces dernières heures.
Elle avança encore un peu jusqu'à s'engouffrer dans des corridors, peu à peu plus sombres et silencieux. La lueur lointaine de la lune ne brillait plus sur ses frêles bras. Ses pas faisaient s'envoler sa fine robe de chambre qui était son seul vêtement. Elle était frigorifiée mais ne semblait pas le remarquer. Elle tremblait, mais plus de peur, pas depuis longtemps. Allanah avait accepté cette peur, elle l'avait intériorisée et contrôlée. Elle tremblait de ses sanglots intérieurs qui ne parvenaient plus à ressortir. Elle tremblait de ces sentiments si destructeurs qui tuent un homme en le laissant vivre.
Petit à petit, un doux son vint caresser le creux de son oreille. C'était le crépitement d'un feu, celui des flammes qui s'amoindrissent avec les heures. Elle ignorait qui cela pouvait-il bien être mais elle avança plus vite, faisant résonner ses faibles pas sur les tapis du manoir. Pourtant, avant même qu'elle ne puisse franchir le seuil de cette pièce, une ombre en sortit.
Sa course s'arrêta brusquement, et son corps resta en suspend dans l'air, bloqué dans une respiration tortueuse.
Tom se tenait devant elle, une surprise déformant ses traits et la lueur lointaine du feu sur sa peau. Il était face à elle, et elle ne parvint plus à respirer. Il haussa un sourcil, et un sourire se dessina sur son visage :
- Allanah ?
Sa voix suave avait condamné la raison et la foi de cette jeune fille. Elle faisait face à un autre démon cette nuit, un monstre en confrontant un autre. Elle ne pouvait pas croire cela possible, et pourtant c'était réel, elle pouvait voir briller d'excitation les pupilles du sorcier. Elle murmura, le coeur battant :
- Où est Abraxas ?
- Oh, prononça-t-il, camouflant un ricanement, je crois qu'il ne pourra pas te recevoir pour le moment.
Tom jeta un coup d'œil amusé vers l'entrée de la pièce, vers le sol de cette dernière. Le corps de l'américaine émit un tremblement bien plus puissant, ne souhaitant que fuir de cet instant damné. Elle recula peu à peu, manquant de tomber, la peur détruisant son habilité. À chaque pas en arrière qu'elle faisait, Tom se rapprochait d'elle avec assurance.
- Qu'est-ce que tu lui as fait ?
Un nouveau rictus emplit le visage de l'héritier, il était sombre. Pourtant, une certaine hilarité accompagnait ses traits, il trouvait risible l'inquiétude de cette petite fille. Ce n'était pas pour le jeune Malfoy qu'elle devrait s'inquiéter.
- On parlait de toi, justement, avoua-t-il, glissant sur le sol, se rapprochant d'elle.
L'air s'électrifiait peu à peu, elle sentait presque un orage approché. Mais tout était dans sa tête, les éclairs n'étaient que dans les yeux de Tom.
- Il s'inquiétait pour toi, il a laissé entendre à quel point il tenait à toi, à quel point...tu ne méritais pas ça.
Elle aurait voulu courir, mais une chose idiote la retenait devant le jeune Jedusor. Un semblant immatériel de fierté, une substance stupide qui lui disait de se tenir face au monstre et de continuer d'avoir la tête haute. Elle avait déjà traversé l'Enfer cette nuit, peut être avait-elle le besoin de souffrir auprès de lui ?
- Alors, dis-moi, Allanah, tu ne mérites pas ça ?
Ce même sourire amusé planait sur son visage, elle était l'apogée de cette nuit. Il l'observait, elle était tremblotante. Il se demandait ce qui avait conduit cette douce guerrière à être si pitoyable. Il l'observa, ses cheveux dégoulinant d'une pluie qui ne provenait pas de ce pays. Des traces de larmes qui irradiaient son visage d'une détresse si grande. Ses deux iris émeraudes, plantés dans la noirceur des siens, avaient cette substance d'avoir trop vu pour à nouveau briller.
- Tu n'avais pas à lui faire du mal..., prononça-t-elle douloureusement, son estomac se tordant et la faisant souffrir, il n'a rien à voir avec tout ça.
Tom avança encore et Allanah ne recula pas, elle se tint droite, sa baguette enfermée dans la paume de sa main.
- Qu'est-ce que tu fais là, Allanah ?
Tout doucement, elle secoua la tête de droite à gauche, elle n'était à même de parler de tout cela. Elle ne pouvait que refuser et refaire perler les larmes aux coins de ses yeux. De cette action brillèrent ceux du sorcier, elle avait attisé une envie si grande qu'elle ne parviendrait pas à fuir. Mais elle ne voulait pas, elle craignait tant de voir à nouveau ces scènes défilés dans son esprit.
Pourtant, ce n'était pas elle qui décidait cette nuit, elle devait subir, et contenir sa détresse.
Tom détruit l'espace qui les séparait, franchit cette sécurité qu'Allanah avait crée et attrapa violemment l'arrière de sa nuque. Elle émit un profond gémissement mais la seconde d'après, elle était replongée dans ses souvenirs. Sa force magique ne l'avait pas protégée, Tom voyait la nuit de calvaire défilée également. Il voyait à travers la terreur de ses heures se dessiner la douleur de la jeune fille. Il avait entre ses mains des larmes et des douleurs qu'elle n'aurait voulu partagé avec quiconque.
Mais plus que tout, Tom avait vu sa main se lever et asséner le sort impardonnable, il avait vu cette bourrasque frappée la poitrine de cet inconnu et condamner son souffle au néant. Le monstre la tenant tout contre lui avait pu observé son obscurius se déchaîner et tuer ces hommes dans cette forêt en feu. Il avait entre ses mains plus que son corps, il possédait tout son esprit et était décidé à détruire cette petite fille jusqu'à la racine, et la faire renaître dans le feu, le sien.
Lorsque tout revint à la normal, lorsqu'il quitta enfin son esprit, Allanah réalisa à quel point rien ne pourrait jamais aller bien à présent. Elle s'éloigna de Tom, le poussa de son corps mais sa force était moindre contre la sienne. Son regard se perdait dans l'espace et n'arrivait à se raccrocher à quoi que ce soit. Elle tangua légèrement, et sa tête vint reposer sur l'épaule droite du jeune homme. Elle voulait le supplier, lui demander de ne rien lui faire, juste la laisser partir. Elle savait pourtant au plus profond d'elle que cela n'arriverait jamais, que dès le premier instant où leurs regards s'étaient croisés, elle n'ignorait pas qu'il bouleverserait sa vie jusqu'à ce qu'elle se demande si rien d'autre n'avait d'importance mis à part ce regard.
C'était pourtant plus compliqué, cela l'était toujours.
Tom attrapa son poignet, sans aucune douceur et commença à traverser les grands couloirs du manoir, n'ayant que faire des geignements plaintifs de la jeune fille derrière lui. Il avançait et elle ne tentait plus de fuir, elle n'en avait pas la force. Peut-être courrait-elle vers une mort certaine, elle l'accueillerait chaleureusement, délivrant son âme de vivre sans celle d'Isaac. Lorsque leur course s'arrêta brusquement, le choc manqua de faire tomber de fatigue la jeune fille, il s'éloigna d'elle, lentement.
Ils étaient dans une immense salle, vide et dont le plafond cherchait à rejoindre les cieux. Allanah reconnaissait les salles de bal, elle y avait passé son enfance. Elle planta ses yeux dans ceux de Tom, il esquissait un sourire.
S'apprêtaient-ils à danser ? Peut-être que leurs pas laisseraient le sang taché le sol et que la valse détruirait le calme pesant de cet espace. Peut-être était-ce la dernière partie du jeu.
- Tu sais quel est ton problème, Allanah ? avança-t-il, soudainement, laissant traîner le son de sa voix jusqu'à son oreille. Tu as peur, tu es terrifiée, et tu agis comme si ce n'était pas le cas, parce que tu crois avoir contrôlé cette peur.
- Arrête...je t'en supplie...
La pauvre sorcière tenait à peine debout, le goût du sang avait empli sa bouche et sa tête lui murmurait à quel point tout ceci était de sa faute.
- Tu crois avoir le contrôle sur quoi que ce soit, mais, il marqua une pause et avança de quelques pas vers elle, tu ne contrôles même pas ce que tu ressens...
Il laissa sa voix en suspend et s'apprêta à anéantir cette faiblesse chez elle, cette entrave de peur qui la maintenait prisonnière.
- Comment crois-tu pouvoir contrôler qui vit, et qui meurt ?
Un silence déchira ses paroles puis vint se répercuter dans l'esprit de la jeune fille, un sanglot puissant traversa l'endroit vide. Allanah tomba à genoux, elle avait si mal, elle serrait le tissu contre sa poitrine, son coeur semblait lui être un peu plus arraché à chaque seconde.
- Je ne veux pas tout ça ! s'écria-t-elle, le visage obstrué par les larmes, je ne l'ai jamais voulu !
- Et que veux-tu réellement, Allanah ?
Tom s'était approché d'elle, à sa hauteur. D'une main légère, il remit une de ses mèches blondes derrière son oreille, elle fixait le sol, le coeur battant. Que voulait-elle réellement ?
- J'ai l'impression d'être morte avec lui...
Il attrapa doucement le menton de sa proie et la fit relever la tête vers lui. Il souriait face à ses larmes.
- Crois-moi, tu aurais préféré mourir.
Un rictus mauvais s'étala sur le visage angélique du jeune homme. Il releva violemment Allanah, elle tenait fermement sa baguette. Elle mentirait cette fois-ci si elle disait ne pas avoir peur, elle était terrifiée. Tom semblait fou à cet instant, et capable de la détruire.
- Veux-tu te venger ?
Elle papillonna légèrement des yeux, elle ignorait quoi rétorquer, ni même quoi faire, mis à part attendre. Pourtant, la tension dans les yeux de Tom l'insista à entrouvrir ses lèvres et murmurer doucement :
- Je les ai tués...je l'ai vengé...
La voix emplie de sanglots de la jeune fille contenait également toute la culpabilité du monde. Car elle était malheureusement revenue à sa place, et avait réalisé ce qu'elle avait fait. Elle avait répondu aux actes monstrueux en devenant un monstre à son tour, sans pitié, ils étaient simplement morts par sa faute, par son pouvoir. Elle se souvenait des cris de douleur qu'elle avait perçu à travers l'obscurité, et du vide lorsqu'elle avait repris possession de son corps. Le néant, et cet odeur de cataclysme insurmontable. Elle avait commis l'irréparable et plus jamais elle ne voulait perdre le contrôle à ce point.
- Ce n'était pas une vengeance, c'était juste ta rage, déclara calmement le jeune Jedusor, ce n'était pas toi. Je vais te reposer la question.
Il avança encore un peu vers son corps fragile, cette action la fit légèrement reculer.
- Est-ce que tu veux voir cette même lumière, que tu ne verras plus jamais briller dans les yeux de ton frère, s'éteindre dans les leurs ? Est-ce que tu veux voir à nouveau la mort entre tes mains, et l'utiliser à ta guise ?
Le court de ses paroles résonnait dans le crâne vide d'Allanah, il n'y avait que cela, que Tom. Elle l'écoutait parler sans avoir la force de l'arrêter. Il poursuivit, s'appropriant toutes les pensées de sa proie :
- Est-ce que tu veux voir la peur dans leurs yeux, voir le regret, mais décider de leur jugement, avoir dans ta main cette puissance et décider de ton propre chef d'anéantir leur vie, pour ton plaisir ? Dis-moi, Allanah, comment était-ce de tuer ?
Il était face à elle, à quelques centimètres, ses paroles s'étaient achevés dans un sourire. Sinistre comme le reflet de la lune sur leurs deux corps. Leurs ombres donnaient peut être l'illusion d'un amour, la réalité donnait un roi aux Enfers. Elle était silencieuse, mais son souffle était saccadé, elle avoua à son tour :
- Je ne suis pas comme toi.
Il rit légèrement, faisant discrètement tourné sa baguette entre ses vils doigts, de son autre main, il vint caresser la peau rougie par les larmes de son visage.
- Tu crois ? sourit-il encore plus fort, je connais ce pouvoir qui croule en toi, cette obsession du contrôle, de la force. Tu as besoin de sentir que c'est toi, et pas eux.
Leurs regards se plongeaient dans l'autre, inexorablement, Allanah regardait bien plus loin que la sombre pupille du jeune homme. Elle voyait la vérité se dessiner en elle, mais plus encore, elle ne voyait que le doux bonheur de son frère qui lui avait été arraché, à elle et à toute sa famille. Mais ce n'était pas elle, cette rage n'avait pas le contrôle sur elle, pas maintenant, plus jamais à présent. Elle se fit une énième promesse qu'elle ne tint pas.
- Je ne veux pas répandre le moindre mal sur le monde, je...
- Qui a parlé de mal ou même de bien, Allanah, il s'agit simplement de rétablir l'ordre.
Ces mot résonnèrent dans les tréfonds de son esprit comme la balade de la mort à travers son coeur. Était-elle à même de se battre cette nuit, pour des croyances idylliques d'un bien absolu à défendre ? Était-elle simplement du bon côté pour combattre ? Où était le champ de bataille, et où était l'ennemi ?
- Je veux juste que tout ça s'arrête enfin...
Il plaça diaboliquement la paume de sa main derrière sa nuque, sans douceur, il rapprocha un peu plus leurs visages. Dans un rictus amusé, il alimenta les battements du coeur de cette pauvre jeune fille et murmura près de ses lèvres :
- Ça ne s'arrêtera jamais, Allanah.
Il tira un peu plus sur la racine de ses cheveux pour garder le plus possible sa tête en arrière, la tension avait changé. L'air s'électrifiait tout autour d'eux mais ne semblait plus pouvoir les atteindre. La seule chose qui permettait leur respiration était le contact de leurs corps. Allanah ne savait pas ce qu'elle faisait, elle semblait avoir besoin de cela. Une pulsion poussait ses lèvres aux siennes, une obsession, une maladie détruisant toutes ses luttes. Il y avait Tom, et le reste brûlait.
- Tu es spéciale, Allanah, essentielle.
- Pour toi, ou pour le monde ?
Il sourit, encore plus, tendant encore plus sa bouche à la tentation de la sienne.
- Le fait que tu sois cruciale pour moi te place au sommet du monde, Allanah, susurra-t-il, doucereusement, ne tombe pas.
Jamais elle n'avait cru pouvoir ressentir une si forte passion pour un être, cela dépassait l'entendement. C'était immoral tant elle aimait Tom, et tant il aimait posséder cette femme entre ses mains. Ils étaient contre-nature, et leurs luttes et leurs haines égalaient le désir qu'ils vouaient l'un pour l'autre. Une sensation grisante les possédait lorsqu'ils s'approchaient du danger, un frisson et un besoin de s'approcher encore.
Allanah posa ses lèvres sur celles de Tom, mais ce fut lui qui plaqua leurs corps violemment sans écouter la douleur de son amante. Ils étaient au milieu de la salle de balle, et leurs corps se mouvaient dans une danse diabolique. Elle ignorait encore beaucoup de choses, mais elle savait à quel point elle le voulait.
Ils reculèrent, et le dos fragile de la jeune Green rencontra violemment l'un des murs de cette salle. Elle aimait la douleur que Tom lui infligeait, elle aimait perdre ce contrôle avec lui, le laisser décider de qui elle était. Elle sentait les bras puissants du jeune homme l'entourer et contracter son frêle corps contre le sien. Leurs baisers se mouvaient dans l'espace comme un contact nécessaire à leurs vies. Allanah n'avait jamais autant souffert que cette nuit-là, elle décida dans le creux de l'Enfer de souffrir un peu plus encore.
Elle repoussa le torse du sorcier pour enlever la chemise qui ne lui permettait pas de plus sentir les muscles de son amant. Elle embrassa chaque parcelle de peau qui se présentait à elle, la chérissant avec toute la tendresse que ses morsures pouvaient accordées. Leur enlacement était violent, brutal, mais d'une si divine violence qu'ils ne sentaient que le plaisir. Tom délaissa les pauvres lèvres gonflées par la force de leurs baisers pour rencontrer l'étalement de chair que présentait la nuque de la jeune fille. Allanah était délicieuse, à jamais coincée dans des flammes tortueuses avec lui. Il embrassa son cou, le creux de son oreille, la naissance de sa poitrine, ses épaules. Ses baisers laissaient milles traces rougeâtres qui se teinteraient vite de bleuté étincelante.
Les gémissements d'Allanah résonnaient dans le vide, et s'enfermaient dans la peau de Tom lorsqu'elle mordait l'épaule du sorcier, aussi violemment qu'il lui donnait le plaisir qu'elle avait toujours souhaité. Le laps de temps où les lèvres de l'autre ne rencontraient pas une parcelle de peau les faisaient se regarder si violemment, leurs iris brûlaient d'envie. Céder à la tentation n'avait jamais été aussi délicieux, leurs deux corps créaient un cataclysme, mais ils s'étaient accommodées à la chaleur de l'Enfer.
Sans un bruit, les ailes d'Allanah glissèrent le long de son corps et emportèrent la fine robe qui couvrait encore son corps.
La poitrine de la jeune fille frappa le torse de son amant avec le désir de plus encore sentir son corps contre elle. Les yeux de Tom s'animait d'une violence inouïe, alimentée par la vision de cette femme contre lui, plus à lui qu'elle ne pouvait être à elle. Il voulait intensément dire que la créature qui se mouvait contre lui ne serait que sa possession, qu'aucun autre ne goûterait jamais à l'indécence de ses lèvres et à la chaleur de ses mains sur son corps. Les courbes de sa silhouette avaient été dessiné par les dieux pour montrer au monde à quel point la femme possédait la tentation et la perdition.
L'impatience fit disparaître rapidement les vêtements du jeune homme. Allanah n'avait jamais senti une chose aussi grisante que de sentir le corps de Tom, nu contre le sien. Elle percevait les fluctuations du corps de Tom, les muscles de ses bras, de son dos. Elle sentait distinctement la bosse de son bassin venir se mouver plus prêt d'elle encore pour atteindre l'apothéose que l'union de leur deux corps représentaient. Ils étaient tout deux novices dans chaque chose qu'ils faisaient et pourtant l'expérience baptisait leurs gestes. Comme s'ils savaient quoi faire à chaque instant, que le corps de l'autre devenait une part du leur.
Allanah se sentait si ivre de chaque instant où les lèvres de Tom découvraient une nouvelle parcelle de peau à posséder, à sublimer de ses marques. Comme si la vengeance découlait des pores de sa peau, Allanah se donnait tout entière à la seule chose qui pourrait un jour l'avoir, devant tous les démons qui auraient pu la souhaiter. La langue du diable glissait sur sa peau dans une caresse qu'elle se plaisait à demander plus.
Dans un excès d'impatience, il arracha la dernière parcelle de vêtements qui couvrait le corps de l'américaine et ancra son regard dans le sien. Ils étaient à l'instant avant la tempête, ils pouvaient sentir la déflagration prendre possession de leurs corps. L'envie tordait leurs corps pour plus encore n'être qu'un, Tom voulait la posséder, Allanah voulait sentir ce que le pouvoir et la damnation pouvait lui offrir de plus beau. Elle cédait mille fois à l'amour, rien d'autre n'avait d'importance. Elle observa les sombres iris de Tom, dans l'exaltation et le mensonge de cet instant, elle voulut lui promettre le monde, mais elle ne dit rien.
Dans les énièmes gémissements de plaisirs qu'ils provoquèrent, ils se promirent un tout bordé d'éternité. Alors que le monde se transformait sous le flou de leurs actions, ils se permirent l'impossible, ils se donnèrent l'osmose. Ils atteignaient le plus haut point du monde, et leurs corps ravageaient le reste de l'humanité. Leur puissance était démentielle, leurs plaisirs brûlaient la Terre. Tout explosa, l'obscurius d'Allanah se déplaça dans l'espace, entourant les deux amants, poussant à la débauche. Les vitres de cette salle se brisèrent, et un énième coup de rein fit percé le cri de la jeune fille dans la nuit.
Tom et Allanah étaient des puissantes entités de destruction, et leurs plaisirs tendaient à l'apocalypse le droit de ravager le monde. Ils se donnaient la permission de danser, le chaos et le diable, comme une même personne damnée. Les deux grands sorciers étaient obsédés par ce désir, par le plaisir dont découlait leurs emprises sur l'autre. Allanah agrippait l'arrière de la nuque de Tom, et son épaule, la tête en arrière, elle savourait sa douleur plus qu'elle ne l'avait jamais fait. De la même manière, Tom gardait le corps de la jeune fille si proche que son bras laisserait les marques de cette nuit sur son corps. Il l'embrassait, il la mordait et la possédait avec une puissance indescriptible. Les mouvements de leurs bassins étaient brutaux, et les grognements de Tom alimentaient les gémissements d'Allanah. Les coups de reins du jeune homme détruisaient autant qu'ils faisaient vivre le corps tremblant de son amante. Les deux démons connaissaient la luxure dans le vice mutuel de leurs regards.
Elle caressait son dos, des douceurs qui laissaient le sang perler sur celui-ci après son passage. Elle agrippait ses épaules encore plus fort si cela était possible. Tom enroula diaboliquement sa puissante main autour du cou de la jeune fille, et il serra, exaltant du désir grandissant qu'il voyait dans ses iris. Leurs premières fois n'avaient rien de banales, elle était bordée de la même substance qui les faisaient se haïr. Leur première fois symbolisait tout le pouvoir qui bataillait en eux, et entre eux. Elle s'écoulait de violence, de haine, leur perdition était incroyable.
Ces deux jeunes dieux, sur le toit du monde, voyaient s'étendre leur puissance dans les creux si malsains des bras de l'autre. Ils atteignirent l'orgasme dans un même puissant étalement de plaisir, l'un contre l'autre. La violence contre la brutalité, ils étaient similaires et leur opposition donnait cette guerre qui les faisait s'affronter, la même qui les faisait agripper le corps de l'autre.
Leurs souffles respectifs se fracassaient contre les lèvres de l'autre, tout était bouillant près d'eux. La nuit était marquée d'une trace irrémédiable de l'Enfer sur Terre. Allanah avait les yeux clos, tandis que Tom l'observait, elle était haletante et toujours accrochée à lui, comme si sa vie en dépendait. Le jeune homme avait le plaisir de croire que cela était vrai. Son corps tremblait légèrement, du à la sensation de plaisir qui ne quittait pas son être. La jeune fille voulait tout sauf quitter les bras de Tom. Comme cela, elle eut presque l'impression que rien n'avait changé, que tout était calme, quand Amérique le soleil ne s'était pas levé sur le décès d'un enfant.
Pourtant, Tom s'éloigna d'elle, la laissant lentement glisser sur le sol. Après l'acte, les sentiments retombent brusquement, on se sent affublé de tant de sentiments qu'on n'est en capacité de contenir. En particulier, la tristesse. Les larmes s'écoulèrent sur les douces joues rougies de d'Allanah, elle avait bien trop ressentie. Son corps tremblait encore, de désarroi. Elle ne savait plus quoi penser, ni quoi faire.
Elle avait couché avec Tom, cela avait été incroyable, elle n'avait jamais autant sentie son être en ébullition constante. Elle s'était sentie pleinement en vie. Elle avait arraché la vie cette même nuit, et la culpabilité rongeait ses os. Elle avait perdu son frère. Allanah avait tant d'information qui enfermaient son cerveau dans une incompréhension constante. Elle aurait aimé s'échapper de ce monde, et avoir le répit qu'elle méritait. En vérité, elle voulait rester dan cette salle de balle à jamais, danser encore et encore avec l'homme qu'elle aimait, comme si ce n'était pas le diable qui enserrait sa taille.
Elle voulait mentir, encore, mais ce n'était plus possible. Elle ne pouvait plus mentir aux autres, encore moins à elle-même.
- Je vais partir, murmura-t-il, mais sa voix fit l'effet d'un tremblement dans les oreilles de la jeune fille, sois toujours prête à me revoir.
Tom s'était habillé, il avait tourné le dos à son amante et commençait à s'éloigner. Elle enserra violemment ses jambes contre le haut de son corps, elle s'exclama :
- Pourquoi ?!
- J'ai beaucoup de choses à faire, Allanah, je te laisse vivre ses quelques années, répondit-il simplement, comme s'il n'était pas celui qu'il était, celui qui la faisait vivre.
Elle ravala ses bruyants sanglots et finit par avouer :
- Je te déteste...
- Je te laisse ma place, douce némésis, apprends à te venger, prends les reines du royaume, prends place au sommet du monde, deviens le monstre que tu crains d'être.
Ses paroles brusquèrent le coeur de la jeune fille, sa bouche était légèrement entrouverte. Elle gardait ses ongles enfoncés dans la paume de sa main pour ne pas hurler de détresse. Elle ne souhaitait pas qu'il parte, mais elle n'avait aucune envie qu'il reste.
- Je ne te laisserais pas revenir..., clama-t-elle, d'une petite voix brisée.
Sans qu'elle ne le sache, il sourit légèrement, il avait hâte de voir cela. La lutte était plus douce lorsqu'il connaissait l'ampleur de lâcher prise. Il lécha doucereusement sa lèvre supérieure.
- Si tu veux devenir le roi, Allanah, il va falloir tuer le roi d'abord. Profite du trône, et n'oublie pas, ne tombe pas.
Tom partit, tout simplement.
Il laissa son cœur se briser un peu plus à chacun de ses pas, mais il ne se retourna pas, jamais. Allanah resta abasourdie des derniers instants qu'elle venait de voir. C'était irréel, tout s'était enchaîné sous la symphonie sinistre de la soumission. Elle avait regardé s'étaler la fatalité sans oser entreprendre le moindre geste. Statique, comme elle avait laissé partir Isaac, la main de Tom s'était échappée de la sienne.
Est-ce que tout le monde fuyait le monstre ?
Elle se releva, les bretelles de sa robe glissèrent à nouveau sur ses frêles épaules pour s'en aller. Et elle quitta ce théâtre de la guerre amoureuse. Elle quitta le dernier souvenir qu'elle aurait de Tom durant tant d'années.
[...]
Le soleil frappait cette terre maudite d'Amérique, il irradiait chaque parcelle d'ombre et ne laissait de répit à quiconque. Allanah se tenait devant son immense manoir mais n'osait franchir le seuil de sa porte sachant ce qu'elle trouverait de l'autre côté, et qui elle ne trouverait pas. Elle avait cessé de pleurer depuis le départ de Tom, son visage dévoilait une parfaite et si mensongère apathie.
Les bras ballants, elle respirait à peine, son teint confondait la pâleur même. Cette fine robe de chambre qui couvrait encore son corps paraissait au similaire drap blanc qui se disposait sur le cadavre livide de son petit frère. Elle pinça ses douces lèvres, fortement, les faisant même perdre leur doux rose.
Devant sa maison, tout devenait réel, bien trop réel. C'était douloureux à quel point elle ressentait la perte et le vide. Elle entendait pourtant au plus profond les rires perdus d'Isaac, l'écho de ses sourires éteints, le cri de sa douleur reformait tous ses souvenirs pour accentuer sa perdition, son âme prenait feu dans son propre corps. Elle ferma également les yeux tant la vision de sa propre demeure lui était difficile, étrangère à ce qui était sien. Elle serra ses ongles contre ses pauvres mains. La douleur physique lui était préférable à cette destruction progressive de son esprit.
- Allanah..., clama tendrement une voix devant elle, mon enfant...
Cette jeune fille ouvrit brusquement les yeux et ses pupilles brisées rencontrèrent celles brillantes de sa grand-mère, Isabella Green. Cette femme, mère de Magnus, ainsi que de Théodore et Cassius, se tenait devant sa première petite fille, le premier joyau de sa vie qu'elle chérissait et n'avait jamais cessé de voir grandir pour tendre vers la puissance qu'elle avait connu de son mari.
Et ce jour-ci, cette grande héritière n'avait plus cette puissante lumière qui irradiait le reste du monde, elle était éclairée comme l'humanité, par cette même douleur que les humains, la déesse avait quitté l'Olympe, écrasée contre la surface bouillonnante du Tartare. Ici, elle était éclairée par le soleil, mais restait pourtant si sombre.
- Ils sont tous là ?
La faible voix d'Allanah brisa un peu plus cette femme qui voyait sa famille se détruire avec plus de vice à chaque seconde, par les seules erreurs de son fils. Elle avait élevé ses trois fils par le souvenir de la force de son mari qui, avec les années, était devenue la sienne. Mais cet enfant, cet héritier, grandissant sans père, avait trouvé en une figure réelle, cet homme malsain et, il était tombé, s'était égaré. De la même façon, cet égarement d'un père avait conduit sa petite fille à voir en ce même monstre la figure présente d'un père qui ne l'était pas assez. Gellert Grindelwald avait manipulé père et fille, une immense tare avait rejoint le cœur de cette famille pour la détruire à la racine.
- Tu n'es pas obligé d'endurer cela, Allanah, avoua-t-Elle, voulant ménager l'horreur de cette situation, tu peux rejoindre ta...
- Je ne peux pas...grand-mère, pas sans lui...
Isabella s'approcha doucement de sa petite fille, elle posa une tendre main sur sa joue et essuya de son pouce ses larmes invisibles mais si présentes à travers ses yeux. Elle lui adressa un sourire réconfortant d'une force chaleureuse qu'elle n'avait plus la capacité d'avoir.
- Tout va bien aller, ma chère enfant, tu as été incroyablement forte, je vais m'occuper de tout.
La douceur de la voix de sa grand-mère apaisa quelque peu le cœur meurtri de la jeune fille et servit à la faire respirer plus convenablement.
- Rejoins ce banc en pierre où tu tissais des colliers de fleurs étant enfant, observe ce que tu as et que tu aimes tant, regarde les montagnes, je te rejoindrais avant que le soleil ne te quitte.
Elle lui tourna ensuite le dos et la quitta alors que cette jolie princesse déchue avançait déjà dans l'herbe claire de son domaine, à travers les rayons du soleil et la fatigue qui obstruait sa vue. Elle glissait sur le sol tel un automate, comme si son esprit guidait son corps sans qu'elle ne le sache. Elle rejoint le fin fond de son jardin, affrontant les hauteurs vertigineuses des montagnes, sur la glace de la pierre, elle observa le vide. Ses yeux papillonnèrent, luttant contre les larmes.
Cette herbe éclairée par le puissant soleil tendait à brûler sous cette violente chaleur. Son corps bouillonnait mais sa peau était gelée. C'était son sang qui frappait les faibles parois de son âme, elle tendait vers la rage, un peu plus à chaque instant. Elle était amenée par sa propre douleur à se transformer en ce monstre qu'elle était si honteusement. Cette forme abstraite et destructrice de son propre être, elle ressentait le dégoût s'inonder dans chacun de ses pores. C'était si violent comme elle haïssait sentir son être vivre, se sentir respirer en sachant tout bonnement que ce n'était pas le cas de son frère, et que c'était de sa faute.
Ses yeux lui brûlaient mais elle avait du mal à en discerner la raison, était-ce les larmes qui restaient au coin de ses yeux ou la fatigue tortueuse. Allanah ne se souvenait plus la dernière fois qu'elle avait dormi, ni même la sensation de repos que peut connaître un être humain. Elle n'avait cessé durant toutes ses dernières heures de ressentir, mille fois trop, les pires émotions. Elle avait connu et aspirait toute la rage qui avait happé sa vitalité, et la tristesse malmenait continuellement son corps.
Elle n'avait eu aucun répit, elle avait tant sommeil. Et pourtant, elle craignait de s'endormir. Elle craignait les monstres qu'elle retrouverait dans les tréfonds de ses cauchemars. Il y aurait Gellert, Tom, mais bien trop, elle savait qu'il y aurait Isaac. Ce jeune ange se représenterait une fois que ses paupières seraient closes, et il serait plus vivant qu'il ne le sera plus jamais.
Elle ferma les yeux, et confronta la noirceur. Comme si lorsqu'elle faisait cela, elle voyait finalement le reflet de son âme. Entièrement assombrie par son existence. Elle sanglota légèrement, elle aimait tant venir se réfugier ici étant petite. C'était vrai, elle tissait des colliers de fleurs, tout en pleurant. Car personne ne venait aussi près des montagnes, aussi loin du manoir, elle était seule et elle pleurait. Elle avait tellement peur, Allanah avait dû grandir bien plus vite que les autres enfants mais son coeur et ses émotions étaient restés meurtris par tous ses changements si violents. Elle était cette petite fille qui apprenait à tuer, à tenir cette baguette avec toute sa force pour rendre le sort parfait. Allanah redevenait pourtant cette entière enfant sur ce banc en pierre, où les fins colliers s'étaient entassés, comme les traces de ses larmes sur ses joues.
Elle observait les montagnes, et espérait des miracles. Elle espérait l'enfance, et le calme. La douceur de sa mère et l'attention de son père, elle avait tant attendu ce miracle là. Elle avait aussi souhaité voir un éboulement destructeur effacé toute trace de sa personne, sur ce banc, aux fils des années, elle avait tant souhaité mourir.
Aujourd'hui, elle se sentait déjà morte, mais elle ne l'était pas, pas elle. Tom avait peut être raison, cela aurait été mieux. Car elle brûlait de haine, jusqu'au plus profond d'elle, cette grande sœur voulait venger le meurtre d'Isaac. Elle observait les hauteurs des montagnes, en sachant qu'à ce jour, elle pourrait être l'éboulement qui détruirait tout.
Elle songea aux meurtres, elle pensa à la mort et à ce pouvoir bouillonnant en elle. Durant des heures, encore et encore, sans connaître la faim ni la fatigue, son esprit était déconnecté de la réalité. Allanah avait détruit toutes les étapes possibles d'un deuil, elle voulait simplement se venger.
- Allanah ?
Sa grand-mère se tenait à quelques mètres d'elle et observait déjà depuis plusieurs minutes sa petite fille qui ne bougeait pas. Elle fixait le vide et attendait de voir le temps s'évaporer. La voix d'Isabella rappela à la réalité la jeune fille qui tourna ses yeux vers elle, ses iris exprimaient l'envie violente de son corps de dormir enfin. Elle se décala mécaniquement pour laisser à sa grand-mère la place de s'asseoir.
- Tout le monde est partit, l'enterrement se déroulera dans quelques jours, certaines personnes du MACUSA voudraient t'interroger, avoua-t-elle tout en s'installant à ses côtés, ils ne comprennent pas ce que Grindelwald pouvaient vouloir en faisant tout cela...
- Évidemment, ricana-t-elle faussement, qu'est-ce que ce diabolique mage noir voudrait à une famille parfaite comme la nôtre ?
Le cynisme d'Allanah démontrait toute la rage qui avait reprit l'assaut à l'intérieur de son être. C'était bien plus facile pour elle d'être enrager, que de laisser le désespoir la guérir avec lenteur. La colère servait à sa cause, elle ne pleurait plus désormais.
- Et qu'est-ce qu'une petite fille pourrait bien avoir à faire avec ce même homme, toute son enfance ?!
- Allanah..., tout ça, c'est du passé désormais, essaya-t-elle d'apaiser cette colère qu'elle ne connaissait pas en sa petite fille.
Allanah serra brutalement les dents jusqu'à en souffrir, elle rétorqua tout aussi violemment :
- Pour vous, oui ! Pour vous, tout est fini, mais moi je vais continuer de vivre avec tout ça, avec la mort de mon frère, avec du sang sur les mains, et avec la vengeance comme seule et unique issue !! Donc, nan..., nan, ce n'est pas du passé.
- Du sang sur les mains ? questionna-t-elle, d'une voix tremblante et effarée.
Allanah fut quelques secondes surprise mais évidemment, sa grand-mère ne connaissait pas toute la terrible vérité sur cette nuit de chaos. La famille Green avait continué de camoufler les erreurs, détruit les preuves. Plus aucun cadavre n'ornait le sol, la forêt avait cessé de brûler et l'odeur du cataclysme avait quitté l'air. Jamais ils n'allaient avouer que leur chère fille faisait partie des monstres à craindre.
- Qu'est-ce que tu as fais, ma chère enfant...
Allanah se redressa du banc en pierre et fit quelques pas loin de celui-ci. Elle passa longuement sa main dans sa chevelure emmêlée, et soupira, de toutes ses forces. Lorsqu'elle se tourna vers sa grand-mère, elle vit la crainte dans ses yeux. Cette désillusion qu'elle avait tant vu dans les iris de sa famille, dans ceux qui voyaient enfin ce qu'elle était, celle qu'elle n'avait jamais aperçu dans les yeux de Tom.
Elle murmura :
- J'ai fait ce que j'avais à faire pour protéger ma famille...
- Mon dieu, Allanah..., comment est-ce que tout cela a pu arrivé...
Cette petite fille aurait souhaité être apaisée par la détresse de sa grand-mère, mais elle ne ressentit qu'un peu plus de colère contre cette famille qui l'avait laissé à son triste sort. Une âme damnée pour la gloire de tous, elle avait intégré cette manière d'agir. Tous l'avait manipulé chacun leur tour, mais ils agissaient comme si ce n'était l'œuvre que d'un seul, lâches et hypocrites comme le sont tous ces humains qui cherchent la rédemption dans le vice.
- Tu n'étais jamais là pour voir la vérité, grand-mère, comme chacun d'entre eux.
Elle prit une pause, était-elle sûre de vouloir poursuivre ses paroles ?
- Ma tante Cassiopeia n'a jamais voulu voir le mal intentionnel que j'ai infligé à Julian, pourtant durant des mois, les brûlures ne quittèrent pas son corps. Toute la famille a bien voulu croire que ce stupide arbre avait brulé, soudainement, sans jamais plus laisser de trace. J'étais absente aux noëls, aux anniversaires, aux vacances, j'étais occupée, comme si une enfant avait d'autres choses à faire que s'amuser, et grandir auprès de sa famille...Tout est arrivé sous vos yeux, sous ceux de mes parents, grand-mère, sous les tiens aussi...
Elle s'approcha légèrement de cette femme, tremblotante, elle était si désolée de lui infliger cela. Après tout ce qu'elle avait déjà vécu, la famille de son défunt mari restait une dure entrave à porter. Elle attrapa doucement sa main dans la sienne.
- Ce n'est pas de ta faute, la rassura-t-elle, le coeur meurtri de toute cette discussion, personne ne veut voir sa petite fille se battre pour le plus grand bien...
Elle s'agenouilla devant elle, et posa sa tête sur son genoux, tant de fois elle l'avait fait lorsqu'elle n'était pas plus grande que leur table. Elle pensait écouter son coeur à travers ce genoux lui servant d'oreiller. Elle était innocente à cette si lointaine époque.
- Grand-mère, je suis l'héritière d'une puissante et estimée famille de sang-pur américain, je ne suis jamais née pour être aimée. Je suis née pour me battre pour cette famille, aujourd'hui, j'ai échoué, mais ça n'arrivera plus.
Elle paraissait si sûre d'elle tant le court de ses paroles n'émettaient aucun tremblement, mais elle sentait bien la peur enserrait sa gorge. Elle connaissait ce sentiment, elle avait peur, était même terrifiée. Allanah avait le devoir de protéger sa famille, et l'interdiction de échouer, puisque échouer signifier tout perdre, tout le monde. Tom était partit, en lui laissant le choix de l'attente, ou celui de se tenir au dessus de tout, et de tout le monde.
- Je ne te remercierai jamais assez, à chaque fois que je t'ai vu, j'ai ressenti toute la tendresse que j'aurais du avoir de leur part, j'aurais aimé que tu ne partes jamais à chaque instant.
Les paroles de sa petite fille touchèrent plus profondément encore Isabella, elle sentit son coeur se serrer et s'apaiser à la fois. Jamais elle n'aurait cru que cette enfant avait autant souffert devant leurs yeux, à l'insu de leurs propres consciences. Elle serra plus fort sa main dans la sienne, et elle restèrent quelques instants de plus comme cela, à observer le soleil s'éloigner derrière leurs montagnes. C'était le premier jour qui venait de s'écouler sans que la vie ne se propage dans le corps d'Isaac Green, mais elle ne savait combien elle en supporterait encore.
Au loin, elle vit également sa mère approcher mais rester à l'écart de cette enlacement, les traces de larmes demeurant encore sur ses joues. Pourtant, Allanah se redressa et s'approcha de Daphné Green, les deux sorcières se faisaient face et la plus âgée, la mère, ne trouvait quoi dire à cette enfant qu'elle avait vu détruite, se détruire et tout anéantir quelques heures auparavant. À cet instant, elle lui apparaissait incroyablement calme, presque sereine, tant cela se voyait qu'elle mentait. Cette mère de famille se demandait quand est-ce sa fille était devenue la même qu'elle. Cette même femme qui ment, et trompe tout son entourage, qui se tient droite avec le monde qui pèse sur son frêle corps, quand avait-elle perdue le contrôle sur sa propre famille.
Les yeux perçants d'Allanah frappaient sa mère avec une telle force qu'il était dur pour elle d'affronter son regard. Elle n'eut le temps de chercher ses mots qu'Allanah s'exclama :
- Je sais que tu n'as jamais voulu tout ça..., je sais que tu souffres même si je n'ose imaginer ta douleur, mais, maman, plus rien ne sera jamais pareil désormais...
Allanah pinça avec violence ses lèvres, elle retenue toutes ses larmes en elle.
- Parce que personne n'était censé souffrir, tu m'avais promis la gloire, et il m'avait promis la puissance, je n'ai eu que la douleur durant toutes ses années, et j'ai perdu mon frère cette nuit. Peu importe au combien j'ai pu me battre en luttant pour demeurer du bon côté, ça n'a plus de sens...
Sa mère entourait les lèvres mais elle la laissa pas s'exprimer.
- Je ne te demande pardon d'être ce que je suis, je te pardonne d'avoir cru que tout cela serait bien pour moi, mais...
Elle serra les dents mais ça ne suffit pas à empêcher ses larmes de couler.
- Je ne me pardonnerais jamais de l'avoir laissé partir..., marquant une pause, une part d'elle regretta ce qu'elle dit par la suite, mais jamais je ne pourrais vous pardonner d'avoir fait de moi une arme.
Elle contourna le cœur meurtri de sa mère, et avança à nouveau vers son manoir, elle s'en voudrait un jour peut être de ces paroles prononcées, mais elles étaient vraies. Au fond, cela n'avait plus d'importance, il n'était plus question d'être l'arme de quiconque désormais. Elle était sienne et s'armerait de sa propre magie.
Rien n'était fini. Une trêve avait été signé avec le diable, mais un autre avait déclaré la guerre.
Le chaos se balançait sur le toit du monde, rien pour la retenir, si elle tombait, tous mourrait.
.
Bonsoir !!
excusez-moi de l'heure tardive à laquelle je poste ce chapitre mais avec la fin des cours j'ai pris un peu de retard sur l'histoire ! j'essaierais d'écrire cette semaine pour poster sans faute samedi prochain !
alors, j'espère sincèrement que ce chapitre vous a plu !! j'ai décidé de ne pas décrire dans une entièreté profonde l'acte entre Tom et Allanah puisque je ne jugeais pas cela cruciale, j'espère que ça vous a tout de même plu !
tout d'abord, avez-vous aimé ce chapitre ?
qu'avez vous pensé de toute la scène entre Allanah et Tom, de leurs « adieux » ?
et finalement, sur cette scène finale entre Isabella Green et Allanah ?
merci d'avoir lu, à la semaine prochaine !
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