𝟷𝟷 ¦ 𝙱𝙰𝚃𝚃𝙴𝙼𝙴𝙽𝚃𝚂 𝙳𝙴 𝙲𝙾𝙴𝚄𝚁¹
𝙲𝙷𝙰𝙿𝙸𝚃𝚁𝙴 𝟷𝟷
ᴘᴀʀᴛɪᴇ ⒈
« La chose la plus apaisante
en ce monde, c'est quand
quelqu'un embrasse vos blessures
en ne les voyant pas comme
des catastrophes dans votre âme
mais simplement comme des fissures
dans lesquelles mettre son amour. »
— Eᴍᴇʀʏ Aʟʟᴇɴ
Mɪ-Jᴀɴᴠɪᴇʀ
Sous ses genoux, Marco pouvait sentir la dure surface du bitume sur lequel il se trouvait prostré. Les minuscules cailloux qui lui griffaient la peau à travers son pantalon avaient également laissé leur empreinte sur les paumes de ses mains meurtries. Son corps entier le faisait souffrir et il avait un horrible goût de fer dans sa bouche. À peine eut-il redressé la tête pour tenter d'apercevoir son agresseur que celui-ci lui asséna un nouveau coup de pied dans l'estomac. La respiration coupée, le garçon gémit de douleur et toussota avec peine. Un rire mauvais s'éleva au-dessus de lui et résonna dans la nuit tel un écho perpétuel. Il provoqua chez Marco un violent frisson qui se répandit jusqu'au bout de ses orteils recroquevillés. D'une poigne ferme, on lui agrippa ses cheveux qui furent tirés en l'air. Le brun ferma les yeux sous l'inconfort du geste qu'il ne pouvait qu'endurer, ses forces l'ayant depuis longtemps abandonné. Les traits d'Arashi se dessinèrent devant lui, sa fossette gauche bien visible en raison du rictus malsain qui déformait sa mâchoire. Marco cligna des yeux et quand il les ouvrit de nouveau, le japonais avait inexplicablement disparu. À la place, c'était son propre visage qui lui faisait face.
Marco se réveilla brusquement dans un sursaut de terreur, les yeux grands écarquillés et la respiration saccadée. Il ne distingua rien d'autre que l'obscurité autour de lui, ce qui ne l'aida pas à oublier le cauchemar qu'il venait d'imaginer. Conscient que son cœur battait bien trop fort dans sa cage thoracique, il essaya de réguler ses inspirations. Le souvenir était parfaitement net dans son esprit et la peur pulsait encore dans ses veines. Dépliant son bras hors des couvertures, il attrapa son téléphone et découvrit qu'il avait encore quelques heures de sommeil devant lui. Il passa une main tremblante dans les mèches de cheveux humides qui collaient sur son front, ses tempes et sa nuque. Ses membres se cachèrent soigneusement sous les draps alors qu'il enfouissait son visage dans son oreiller. Marco ferma les yeux, espérant qu'il parviendrait à ignorer ce mauvais rêve pour se rendormir au plus vite. Malheureusement, il ne retomba pas dans les bras de Morphée qui lui refusa l'accès dans son jardin secret. Il se tourna et retourna dans son lit qu'il quitta au petit matin, les traits tirés par une nuit déplorable.
Sitôt debout, il se rendit dans la salle de bain annexe pour s'asperger le visage d'eau froide. À défaut de pouvoir remédier à sa mine affreuse, le liquide glacé aida ses paupières à s'ouvrir. Son corps ne désirait rien d'autre qu'un peu de repos, mais son égoïste de cerveau ne daignait guère le lui accorder. Il s'essuya vigoureusement à l'aide d'une serviette, sachant pertinemment que cela ne suffirait pas à cacher sa fatigue au reste du monde. Il soupira bruyamment en songeant à la longue journée de cours qui l'attendait en ce début de semaine. Puisqu'il se trouvait contraint par la nécessité d'y faire face, Marco descendit dans la cuisine pour prendre un petit déjeuner qu'il eut du mal à avaler. Son père le rejoignit plus tard, alors qu'il s'employait à mastiquer une tranche de pain beurrée sans ressentir la moindre saveur. À l'instar de son fils, Gabriel donnait l'impression d'avoir vécu plusieurs vies en l'espace de quelques jours seulement.
— T'as une sale tête, lança Marco sans réfléchir.
— Merci, ironisa son paternel en souriant, toi aussi. Mauvaise nuit ?
Le garçon haussa mollement les épaules dans un geste qui ressemblait à une sorte d'acquiescement, mais qui n'en était pas vraiment un. Il termina prestement sa tartine et quitta la table sous le regard navré de Gabriel qui ne pu que l'observer s'éloigner avec regret. Quand bien même il devinait aisément qu'un incident s'était récemment produit, il ne s'estimait pas suffisamment légitime pour exiger de Marco une explication quelconque. Le revirement de bord qu'il avait enclenché prendrait un certain temps avant de produire les effets qu'il attendait, il s'en trouvait bien conscient. Dans l'immédiat, il ne pouvait que s'en prendre à lui-même, à ses décisions passées et à leurs conséquences qu'il avait amplement méritées.
Une vingtaine de minutes plus tard, Marco descendit d'un pas lourd les escaliers. Il enfila son épais manteau, laça ses chaussures et pris une grande inspiration avant d'ouvrir la porte derrière laquelle il disparu, affrontant sans ciller le vent glacial de janvier. À bien y penser, le froid qui piquait son nez fragile constituait certainement la moins désagréable des épreuves qu'il aurait à traverser aujourd'hui. Une fois arrivé face au portail sombre qui le séparait encore de l'enceinte de son lycée, Marco se demanda s'il n'allait pas faire machine arrière et rentrer chez lui en prétextant un rhume, une migraine ou n'importe quelle autre raison susceptible de justifier son absence. Sa bonne volonté mise à l'épreuve, il ne remarqua pas le garçon qui s'approchait furtivement et qui lui sauta dessus en guise de salutation matinale. Marco laissa échapper un juron étranglé quand Jean s'accrocha à son cou, manquant de les faire tomber tous les deux sur le sol humide.
— Bonjour ! ria justement celui-ci dans son oreille.
Malgré lui, Marco sentit ses lèvres s'étirer devant la bonne humeur de son ami. Déjà, le châtain l'entraînait à sa suite en direction de l'établissement scolaire, ce qui mit fin au dilemme qui lui rongeait pourtant l'esprit quelques secondes auparavant. Il le suivit sans broncher dans les escaliers qu'ils montèrent difficilement jusqu'au sixième étage où se déroulaient les cours d'histoire de ce cher Monsieur Shadis. Durant les premières minutes, Marco tenta de ce concentrer sur les explications de l'enseignant qui incarnait sa matière favorite. Seulement, la tension qu'il ressentait dans son front se transforma en un vilain mal de tête dont il ne parvint pas à se débarrasser. Ce fut frustré contre lui-même de n'avoir pas compris, ni même véritablement écouté, qu'il sortit de la salle une fois l'heure écoulée en lâchant un énième bâillement.
— Eh, l'interpella Jean dans le couloir. Tout va bien ?
— Je suis claqué, lui répondit son ami avec mollesse. J'ai mal dormi.
Sans se presser, ils rejoignirent la salle de leur prochain cours au quatrième étage. Comme à leur habitude, ils s'installèrent dans les derniers rangs pour pouvoir assister passivement à la leçon. À peine fut-il assit que Marco bailla de nouveau, ses yeux chocolat se plissant sous l'effet de la fatigue.
— Fait une sieste, lui proposa Jean. Ce n'est pas comme si ce cours de chinois allait soudainement devenir plus intéressant que celui de la semaine dernière.
— Tu as raison.
Le châtain fut un peu surprit de le voir céder aussi facilement, mais il n'allait certainement pas s'en plaindre. Marco posa son écharpe sur la table qu'il modela grossièrement pour former un coussin plus ou moins confortable sur lequel il posa sa tête brune. Ses paupières s'affaissèrent légèrement sans se fermer, comme s'il résistait encore au sommeil. Le remarquant, Jean baissa son visage à sa hauteur tout en glissant sa main gauche dans la sienne.
— Dors. Je vais tout noter, promis.
Marco lui sourit et ferma enfin les yeux, resserrant sa prise sur les doigts de son ami. Quelques minutes plus tard, sa poigne se relâcha petit à petit, signe qu'il s'était enfin endormi. Rassuré, Jean se concentra pour ne pas l'imiter en se laissant lui aussi sombrer dans une petite sieste régénératrice. De sa main droite, il griffonna les mots et morceaux de phrases que leur professeur inscrivait au tableau. Sous la table, la gauche ne quitta pas un seul instant sa partenaire qu'elle caressait parfois inconsciemment. Ce fut finalement la sonnerie stridente qui tira Marco de son demi-sommeil. Il étira ses membres engourdis sous le regard inquisiteur de Jean.
— Tu devrais rentrer chez toi.
Le brun grimaça, peu convaincu par cette idée qu'il jugeait excessive dans le cas présent. Cependant, son ami ne semblait pas être du même avis. Attrapant sa chaise, il la tourna pour que son détenteur se retrouve face à lui.
— Je dirai à Monsieur Pixis que tu ne te sentais pas bien, il comprendra. Et Madame Bretzenska ne fait jamais l'appel, insista-t-il.
Il vit Marco hésiter un instant, avant de pousser un soupir résigné.
— Bon, d'accord.
— Je peux venir ce soir, si tu veux, suggéra Jean.
Mais le brun secoua négativement la tête en se relevant.
— Inutile, je vais simplement dormir.
En son for intérieur, le châtain songea que ce ne serait pourtant pas la première fois qu'ils dormiraient ensemble. Bien qu'un peu déçu, il ne s'entêta pas, conscient que son ami avait peut-être envie de se retrouver seul pour se reposer. Il le raccompagna jusqu'au portail sombre de leur lycée et l'observa s'éloigner, puis disparaître au coin de la rue. Tandis qu'il faisait volte-face, Jean s'efforça de chasser le mauvais pressentiment qui grandissait dans sa poitrine.
Malheureusement, le lendemain matin, l'inquiétude de Jean ne fit que redoubler. En plus de paraître encore plus fatigué que la veille, Marco avait perdu des couleurs et il toussotait régulièrement. Il lui arrivait de fixer le vide pendant des moments d'absence dont il sortait en sursautant, ce qui eut le mérite de préoccuper ses amis. Tout au long de la journée, il eut droit à des coups d'œil perplexes qu'il ne remarqua même pas, trop soucieux de la migraine qui lui rongeait le crâne. Au détour d'un couloir, il manqua de bousculer Mikasa lors d'un énième instant d'inattention.
— Eh bin, siffla-t-elle, te voilà plus blanc que le fantôme de ma grand-mère. J'en connais un qui a attrapé froid samedi dernier.
À ses mots, Jean fronça les sourcils. Il posa immédiatement une main sur le front de Marco afin de constater la chaleur qui en émanait.
— Merde, tu as de la fièvre.
— Rien d'étonnant, grimaça Mikasa, il pleuvait à torrents. Même en prenant le bus, on ne pouvait que finir trempé. Soigne-toi correctement, enjoignit-elle à Marco, il ne faudrait pas que ton état s'aggrave bêtement.
La jeune fille reprit le chemin de son prochain cours et disparut dans la masse des élèves. Tout en tirant son ami vers un coin plus tranquille, Jean réfléchit à ce qu'il convenait de faire.
— Il ne nous reste qu'une heure de cours. Ensuite, poursuivit-il en pointant son front du doigt, on rentre pour soigner ceci. D'accord ?
Comprenant l'inquiétude qui se lisait sur les traits de son ami, Marco acquiesça sans discuter. Il s'en voulait de lui causer quelque souci que ce fut, mais il avait bien du mal à se débarrasser de cette vilaine habitude. Grimaçant sous l'inconfort que lui procurait son corps malade, il laissa reposer sa tête contre l'épaule de Jean pour un court instant. Une fois de plus, le châtain dénicha ses doigts tachetés qu'il attrapa entre les siens, craignant un peu de le voir s'effondrer à tout moment. Il dut lutter contre l'envie furieuse de partir immédiatement pour mettre au lit son humain favori et s'assurer personnellement de son bon rétablissement. Au lieu de cela, il descendit tranquillement les escaliers à sa suite pour assister à un cours dont il se contrefichait au vu des circonstances. Ignorant royalement leur professeur, ses iris ambrés restèrent figés sur Marco qui somnolait à ses côtés.
Sitôt qu'il leur fut donné la permission de quitter les lieux, Jean s'empressa de ranger ses affaires et d'ébouriffer les cheveux de son ami pour le réveiller. Celui-ci baillait encore lorsqu'il se fit entraîner dans les couloirs par le châtain qui lui tenait encore la main. Arrivé au dehors, il s'arrêta cependant dans son élan pour réajuster sa capuche qu'il enfonça sur sa tête brune. En dépit de la situation, Marco s'amusa de son comportement si protecteur et si sérieux, ce qui lui valut de se faire gentiment pincer le nez. Il laissa son ami le conduire chez lui, puis dans sa chambre où il se retrouva mis au lit en un claquement de doigts, ses draps soigneusement bordés. Jean allait et venait dans la pièce, rangeant ses affaires dans les tiroirs de son bureau et sortant tous les plaids qu'il pouvait trouver. Il s'agitait tellement autour de lui que Marco en eut presque le tournis et ferma les yeux un instant. Quand il les rouvrit, le châtain avait disparu en coup de vent à l'étage inférieure duquel il revint rapidement, un verre remplit d'un liquide très douteux à la main.
— Bois ça d'un coup. Et surtout, ne pose pas de questions.
Marco analysa d'un œil suspicieux le contenu étrangement orangé qu'on voulait lui faire avaler. Priant pour que Jean ne soit pas en train de l'empoisonner, il obtempéra finalement et ingurgita le mélange sans prendre le risque de le respirer. Son visage se tordit aussitôt en une grimace de dégoût alors qu'il attrapa précipitamment le verre d'eau que son ami lui tendait.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Du citron, de l'ail et du piment, révéla-t-il avec un sourire en coin. Tu risques de transpirer, ce qui va aider ton corps à rejeter plus vite les toxines.
— Génial, marmonna le malade, peu ravi à la perspective de ressembler prochainement à une limace gluante et puante.
Prisonnier des draps dans lesquels Jean l'avait soigneusement enroulé tel un rôti, il dut se contorsionner pour en sortir un bras. Non sans difficulté, il attrapa son ordinateur portable qui chargeait au sol sous le regard désapprobateur du châtain.
— Il est dix-sept heures. Si je m'endors maintenant, prépare-toi à être réveillé aux aurores demain matin.
Étudiant la question, son ami réalisa qu'il s'emportait peut être un peu trop vite. Marco tapota le matelas du plat de la main, l'invitant à venir s'asseoir à ses côtés. Jean s'exécuta de bonne grâce et glissa son bras derrière la nuque du brun pour qu'il puisse s'installer contre lui. Ils regardèrent quelques épisodes de leur série, une activité plutôt reposante à laquelle Jean ne pouvait guère s'opposer. Plus tard dans la soirée, ils descendirent manger seuls, Gabriel s'étant rendu à une réunion de dernière minute. Marco, qui découvrait les effets déplaisants de la drôle de potion qu'il avait avalé, insista pour prendre une bonne douche avant de se coucher. Une fois propre, il éteignit les lumières et il se faufila à tâtons sous la couette, rejoignant Jean qu'il s'y trouvait déjà. Celui-ci pris soin de réajuster les couvertures après son passage, remontant celles-ci jusqu'à son menton. Il posa ensuite une main sur son front pour en vérifier la chaleur qui restait relativement stable à son sens.
— Et maintenant, décréta-t-il, on dort.
Marco rit devant son air sérieux mais il ferma néanmoins les yeux, faisant ainsi preuve de sa bonne volonté. Fidèle à lui-même, Jean s'endormit en une petite quinzaine de minutes seulement. Malheureusement, le brun rencontra plus de difficultés dans sa quête de sommeil. Les paupières grandes ouvertes, il s'amusa à retracer les traits de son ami de ses doigts, ne craignant que peu de voir s'éveiller le gros dormeur qu'il était. Dans l'obscurité, alors qu'il ne discernait rien, il retraça les lignes de sa mâchoire, puis remonta jusqu'à sa joue, il effleura le bout de son nez, chatouilla ses sourcils et enroula ses mèches claires autour de son index. Marco avait le sentiment de se livrer à un acte interdit dont l'impudence le fit rougir. Les heures passèrent en silence et il finit par s'endormir, une main posée sur le cœur de Jean qui battait paisiblement.
𝟸𝟻𝟺𝟶 ᴍᴏᴛs
ᴀ̀ sᴜɪᴠʀᴇ...
𝘰𝘶𝘪, 𝘮𝘰𝘪 𝘢𝘶𝘴𝘴𝘪 𝘫𝘦 𝘷𝘦𝘶𝘹 𝘶𝘯 𝘮𝘦𝘤 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘫𝘦𝘢𝘯 !!
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