𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝐗𝐗𝐗𝐈
— S A N S M A N I E R E S —
負けるが勝ち
LA CHALEUR EST ETOUFFANTE, je peine à respirer convenablement. L’air est si épais que la sensation d’être prisonnière d’un voile de coton me prend à chaque pas. Mais, attrapant la bière fraiche posée sur la table basse du salon, je la pose sur mon front en lâchant un soupir de soulagement.
— Hé ! s’exclame Eren.
— Va t’en chercher une autre, je crève de chaud.
Il soupire mais préfère se laisser aller entièrement dans le canapé, s’étendant de tout son long. Son torse musclé suinte sous une épaisse couche de sueur et quelques mèches de ses cheveux bruns sont plaqués à son front luisant. La canicule est insupportable, en ce début d’été.
Armin et Mikasa étant encore au travail, nous sommes seuls. Cela arrive relativement régulièrement et nos après-midis ont tendance à être assez relaxantes. Depuis le jour où je me suis réveillée dans son lit, paniquée à l’idée d’avoir couché avec lui et qu’il m’a assuré dans un rire gêné qu’il s’était contenté d’aller me recueillir dans la rue après avoir reçu un appel paniqué de Sieg, la tension entre nous est bien moins vive.
Ce soir d’hiver que j’ai passé à vider des bouteilles, le blond est resté aux côtés de Nicole pour l’aider à panser ses plaies. Mais, me sachant seule dans le froid, il a demandé à son frère de me recueillir et me prêter un toit pour la nuit.
Puis, Eren ayant définitivement un plus grand cœur que son frère, il a accepté de m’héberger même si je n’ai jamais payé de loyer.
Aujourd’hui, je compte bien lui rendre la pareille.
— Putain, j’ai aucune envie d’aller bosser demain, je soupire.
— Alors, n’y vas pas, répond-t-il simplement d’un air lasse.
Je lève les yeux au ciel.
— Tu sais, Eren. On ressent souvent le fait que t’as été élevé par des gosses de riche.
— Pauvre de moi, si seulement on ressentait mon passé de bad boy dans un gang, je chopperais plus de nanas ! soupire-t-il d’un air dramatique en posant le dos de sa main sur son front.
J’éclate de rire. Parler de son passé ne nous fait plus autant de mal qu’auparavant. Depuis une soirée où, complètement torchée, je me suis excusée en pleurant de l’avoir tenue responsable de ma captivité alors qu’il voulait juste protéger sa mère et qu’il m’a répondu en pleurant lui aussi qu’il se pardonnerait jamais — une scène tellement ridicule que nous préférons vivre comme si elle n’existait pas — l’abcès a été crevé.
— Plus sérieusement, je soupire en me laissant tomber sur le canapé, ouvrant la bière avant de la tendre à Eren qui ne la bois même pas et la pose sur son front, j’angoisse.
Il ne répond pas tout de suite, comprenant que sa réponse doit être à la hauteur du sérieux de la conversation.
— Sieg ne va pas t’harceler pour te faire payer, si c’est ce qui t’inquiète, commence-t-il.
— Non, je réponds en secouant la tête. Je le démonise pour m’aider à aller de l’avant et pas trop me dire que j’ai perdu quelqu’un de génial mais…
Un sourire amer étire mes lèvres.
— Je sais que c’est quelqu’un de bien.
Nier ne servirait à rien. Il m’a tendu la main quand je n’allais pas bien, s’est montré prévenant avec moi, a été à mes côtés durant mes pires moments… Sincèrement, il est ce que je peux qualifier le plus franchement d’ami.
Ymir est quelqu’un de bien mais la drogue a détruit son rapport aux autres. J’ai longtemps tenu le coup, me disant qu’elle était ma seule amie et qu’elle ne faisait pas exprès de mal agir, qu’elle ne m’en voulait pas réellement et était juste une pauvre nana dépendante. Mais un soir, j’ai craqué. Et ses bras se sont refermés sur mon corps, il a été celui qui m’a soutenue dans cette épreuve.
Il est vraiment un bon ami.
Sans doute est-ce ce qui m’a fait le plus de mal. Afin de le blesser dans son égo, je l’ai traité de prédateur mais je sais pertinemment qu’il n’a jamais souhaité abuser de ma faiblesse psychologique. Nous le voulions tous les deux et pouvions le sentir.
Cependant là où il désirait quelques orgasmes facilement oubliables, je crois que moi, je ne faisais que tomber bêtement amoureuse de lui.
Là est la raison pour laquelle je le hais tant, à présent. Il a trouvé une femme idéale, de son âge, ayant un emploi stable, un santé mentale équilibré, polyglotte, admirée dans le monde, acclamée sur les réseaux sociaux… Il a ce qu’il mérite et je devrais me sentir heureuse pour lui.
Mais la jalousie me dévore. Car je ne mérite sûrement pas Sieg, de mon côté. Cependant il m’a manqué. Alors ma seule issue reste de me réfugier dans ma propre colère à son égard et de m’y oublier.
Même si cette haine s’est évaporée, le temps d’un baiser.
— Evidemment, que c’est quelqu’un de bien. Mais t’as pas à te forcer, (T/P). Si tu veux pas travailler pour lui, ne le fais pas.
Je secoue la tête. Plus jamais je n’aurais de contact déplacé avec le blond et tout ira pour le mieux. Enfin, je n’y crois absolument pas mais j’ai besoin que ce travail se déroule sans accroc.
— Je peux pas éternellement vivre à tes crochets, Eren.
— Tu vis pas du tout à mes crochets, répond-t-il en se redressant enfin pour boire sa bière.
Un rire franchit mes lèvres.
— Ecoute, je sais que tu m’aime bien mais nier ne sers à rien. Depuis combien de temps je vis chez toi ?
– Six mois ?
— Et donc je te dois combien de mois de loyer ?
— Aucun.
Un sourire me prend.
— C’est très gentil de ta part et généreux, Eren, mais je compte bien te rembourser et…
— Me rembourser quoi ? lâche-t-il, visiblement sincèrement pris de court.
Désarçonnée, je me tourne vers lui. Et, à ma grande surprise, constate la pure consternation dans ses yeux émeraudes. Mais de quoi parle-t-il ? Je vais bien devoir rembourser tant de mois impayés, quoi qu’il n’en coûte !
Soudain, les sourcils d’Eren se haussent tandis qu’il semble réaliser quelque chose.
— Oh, je vois…
Je tourne la tête, ne saisissant rien de ce qu’il se passe.
— Je suis généreux, mais pas à ce point, (T/P).
Ne comprenant toujours pas ses dires, je persiste à le fixer.
— C’est Sieg qui paye ton loyer et ta bouffe depuis six mois, pas moi.
ꕥ
— Que ce soit clair, je n’étais pas du tout au courant et je compte bien te rembourser jusqu’au dernier centime !
Assis à son bureau, Sieg lève les yeux de son ordinateur. Les verres de sa monture dorées brillent le temps d’un instant avant que ses iris ne se posent sur moi. Refermant la porte dans mon dos, je maintiens une certaine distance entre lui et moi.
Son office diffère de celle de l’université. Plus moderne. Moins personnelle. Des étagères gris métallisé, aucun globe terrestre ou feu de cheminée… Plus rien n’a de semblable à ce que j’ai connu, par le passé.
Tout cela ne reflète rien de sa personnalité. C’est idéal.
— Bonjour à toi aussi, (T/P).
— Ouais, c’est ça, je tonne. Si tu as fait ça pour que je me sente redevable, tu te fourre le doigt dans l’œil jusqu’au c…
— Tu pourrais t’assoir, je te prie, et m’expliquer de quoi tu parles ?
Prise de court, je fixe le fauteuil qu’il désigne avant d’obtempérer dans un geste agacé. Il me regarde faire sans piper mot.
— Je ne savais pas que tu payais mon loyer, chez Eren, je déclare d’une voix bien plus calme après quelques secondes d’hésitation.
— Tu n’étais pas censé le savoir.
— Mais bien sûr ! je lève les yeux au ciel. Parce que tu ne t’attendais pas à ce que je le découvre comme par magie et accoure pleurer dans tes jambes et arracher mes vêtements.
— Tu sais très bien que je ne suis pas comme ça.
Sa voix est ferme et le sérieux de son ton, absolument désarçonnant. Tant et si bien que, de cette seule phrase, il est parvenu à faire retomber toute ma colère.
— Tout comme je sais que tu n’es pas du genre à… Comment c’était, déjà ? Ah oui ! « Pleurer dans mes jambes et arracher tes vêtements ». Quoi que je te remercie pour cette image très sensuelle.
Je m’efforce de ne pas laisser un sourire étirer mes lèvres face à sa blague. J’aime son humour et ses provocations.
Mais je lui en veux.
— Soit…, je lâche d’une voix plus calme.
— Alors, tu es prête à commencer cette journée calmement ? Parce que j’ai du vrai travail d’assistante pour toi, cette fois. Il s’agira pas d’une couverture pour ma thèse où tu te la couleras douce en réalité.
— Evidemment, que ce sera du vrai travail, je crache.
Me penchant légèrement en avant, je le foudroie du regard, menaçante. Mais il parvient presque à me faire vaciller lorsque ses iris louchent sur mes lèvres. Je me contiens néanmoins, stoïque.
— Et ça vaut aussi pour toi. N’espères pas pouvoir remettre le couvert.
Un sourire plisse ses yeux. Haussant un sourcil, il lâche ensuite un rire court et sec. Je m’en veux de trouver ce son érotique et plaisant. Je dois sérieusement songer à apprendre à dompter mes pulsions.
Sieg est comme une bouffée d’air après une trop longue apnée. Vivre sans lui a été si éreintant que, maintenant retrouvé, je peine à lutter. Mais me jeter dans ses bras après l’injustice avec laquelle il m’a traitée serait une insulte envers ma propre personne. Et je m’y refuse.
— Bien, (T/P), je ne t’embrasserais plus, susurre-t-il tandis que ses iris descendent sur mes lèvres.
Je déglutis péniblement et il se lève. Malgré moi, la cadence de mon cœur augmente quand je le suis du regard et l’aperçois contourner la table. Il s’arrête juste à côté de moi et la chaleur émanant de notre proximité rend l’air quasiment irrespirable.
J’inspire profondément tandis que, penchant la tête sur le côté, il m’observe depuis sa hauteur. Je m’efforce de maintenant le contact visuel, ne voulant lui faire le plaisir de fixer mes genoux.
— Ne t’en fais pas, chuchote-t-il dans la tension vive, je ne remonterai pas non plus ta jupe pour attraper tes cuisses.
Empoignant un accoudoir, il me tourne brutalement vers lui. Un cri manque de franchir mes lèvres quand je me retrouve soudain devant lui. La tête basculée en arrière pour pouvoir l’observer depuis sa hauteur, je manque de m’étouffer quand il se penche sur moi, posant les paumes sur chaque accoudoir.
— Ne t’inquiètes surtout pas car je ne me mettrais pas à genoux devant toi pour pouvoir t’admirer en entier.
Je déglutis péniblement. La distance entre nous se réduit au fur et à mesure des secondes s’égrenant.
— Je n’attraperai pas ta culotte entre mes dents pendant que tu gémiras pour que j’aille plus vite.
Il me faut faire preuve d’un effort surhumain pour ne pas presser mes cuisses violemment l’une contre l’autre.
— Je ne te prendrais pas sur mon bureau et te murmurant que j’ai rêvé de faire ça depuis la première fois où tu m’as sourie.
Nos nez se frôlent et je louche sur ses lèvres. L’air est irrespirable.
— Je ne te doigterai pas en te forçant à répondre au téléphone car tu dois à tout prix rester professionnelle et prendre les appels, qu’importe les circonstances.
Son eau de Cologne emplie mes narines et il glisse son visage dans le creux de mon épaule. Sa barbe griffe ma joue. Mon ventre tremble sous mon teeshirt et il susurre contre ma peau, projetant son souffle brulant sous mon oreille :
— Je ne te lècherai pas en me délectant des petits cris que tu pousseras en me suppliant de te faire jouir.
Ma gorge est sèche. Droite, je m’efforce de ne rien laisser voir. Mais l’épreuve est rude et l’envie de me jeter sur lui, retirant mes vêtements, me démange presque autant que mon entrejambe.
Il attrape mon lobe entre ses dents avant de le lâcher. Je ferme les yeux et pince les lèvres pour ne pas gémir.
— Non. Je ne ferais rien de tout cela.
Là-dessus, il se redresse et quitte la pièce sans un mot.
負けるが勝ち
2061 mots
là on peut dire que ça
s'intensifie
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top