𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝐗𝐗𝐈𝐗
— S A N S M A N I E R E S —
負けるが勝ち
6 MOIS PLUS TARD
A PEINE VETUE, je traverse en courant l’appartement. Ne cessant de tournoyer sur moi-même, je dépasse l’ilot central, pénètre la chambre d’Eren avant d’en ressortir et trouver le large salon, regardant partout autour de moi.
— Qu’est-ce qu’il t’arrive ? résonne la voix féminine de Mikasa, depuis la cage d’escalier.
Levant les yeux vers la noiraude je surprends le haussement de sourcil qu’elle esquisse en remarquant les simples sous-vêtements que je porte.
— T’inquiète pas, les garçons ne sont pas là, j’assure. J’ai perdu ma robe noire.
— Ta robe ? Pourquoi faire ?
— J’ai un entretien d’embauche. Même si Eren refuse de me faire payer un loyer, maintenant que mon année est finie et que les vacances d’été commencé, je dois me trouver un job.
Depuis la froide nuit de décembre où Sieg m’a ordonné de prendre la porte, son frère m’a accueilli chez lui aux côtés de ses deux plus proches amis. D’abord décontenancée et mal à l’aise compte tenu des douloureuses conversations que nous avions eues, il a finalement su me convaincre assez aisément.
Je n’avais pas d’argent, il ne me ferait pas payer de loyer, je pourrais rester ici jusqu’aux vacances d’été. En échange, jamais je ne parlerai de son lien avec le Serpent à la police dans le cadre du procès sur le décès d’Esther Andrews — car certains éléments, selon l’inspecteur Church, prêtaient à croire que tout était lié.
L’affaire n’a pas avancé. Pas plus que ma relation avec Sieg, d’ailleurs. Deux semaines après notre dispute, le soir de Noël, je me suis rendue chez lui comme nous l’avions convenue — il n’avait pas annulé son invitation — dans l’objectif de m’excuser et aussi prendre mes affaires.
Il n’a jamais ouvert la porte. J’ai toqué, ai entendu ses pas derrière la surface plane, ai senti son parfum au moment où il s’est placé devant moi, dissimulé par cette fermeture et ai alors présenté mes excuses.
Moi. Celle qui ne faiblit devant personne. Je lui ai demandé pardon.
Il ne m’a même pas répondue.
Tout d’abord, j’ai placé cela sur le compte de mon imagination, me suis dit qu’il n’était pas réellement derrière la porte, que j’avais inventé les sons de ses pas entendus puis qu’il était normal que son odeur embaume son appartement. Mais le parquet a de nouveau craqué sous ses pieds quand il est reparti. Alors j’ai tenté de me convaincre que Nicole avait fait exprès de se déplacer plus lourdement pour me faire croire qu’elle était Sieg et m’ignorait.
Mais je l’ai croisée en partant, dans le hall d ‘immeuble. Elle a fait semblant de ne pas me reconnaitre et j’ai fait de même.
— Un entretien où ? demande Mikasa en s’approchant de la chambre d’Armin pour m’aider à chercher.
D’ordinaire, il serait étrange de retourner les piaules d’hommes pour trouver mes affaires mais la dernière fois qu’ils se sont défoncés, j’ai retrouvé Eren et Jean — un de ses amis — en train de se battre avec l’armature de deux de mes soutien-gorge qu’ils avaient arraché.
Ma fureur était telle qu’ils m’en ont racheté quatre.
— Une université. Il y a des conférences l’été et ils recherchent une assistante et coordinatrice. Mon emploi de serveuse et celui de secrétaire font de moi un bon candidat pour ce job.
— Tu as raison, elle lance en ôtant les coussins du canapé avant de se redresser, me lançant un bref regard. Pas trop nerveuse ?
Prenant une grande inspiration, je tourne la tête vers la baie vitrée donnant sur la ville. Contrairement à son frère, Eren s’est installé dans le quartier des affaires. Souvent quand j’observe les immeubles et gratte-ciels, la nostalgie du vieux quartier que je pouvais regarder depuis la fenêtre de ma chambre chez Sieg me serre le cœur.
Sieg… Je persiste à sentir ma gorge se serrer dès que j’y pense. Il a été la première personne en qui j’ai eu confiance et ce, depuis longtemps.
Mais tout est fini, maintenant.
— Il sera toujours plus cool que mon ancien patron, je lance en grommelant.
— Arrête, on sait toutes les deux que personne ne sera plus cool que lui, me charrie-t-elle.
Mikasa, Armin et Eren sont un vent frais après ce que j’ai pu connaitre. Malgré les mois de colocation avec eux, je me sens mal à l’aise. Mais cela n’est du qu’au nombre astronomique de personnes m’ayant déçue. Car de ce qu’ils ont pu me montrer jusque-là, ils sont vraiment gentils et accueillants.
Mikasa est plus froide qu’Ymir et son caractère rude. Eren, bien plus stupide et insouciant que son frère tandis qu’Armin est profondément gentil. Cela ne me suffit pas à leur faire confiance ou les considérer en amis.
Pourtant, quand les soirées s’éternisent, je découvre une facette d’eux qui me rassure. Par le passé, j’ai toujours été celle m’occupant de mes amis. J’ai passée des soirées à chercher Ymir dans les rues quand elle est sombrée dans la drogue, j’ai fait semblant de ne pas remarquer qu’elle me volait de l’argent pour acheter sa dose, je l’ai poussé en cure de désintoxication et me suis considérablement endettée à cause de ses nombreuses rechutes.
Alors ma surprise a été grande quand, après avoir vu un article sur une conférence qu’avaient donné ensemble Nicole Wong et Sieg Jäger, j’ai bu à ne plus savoir marcher, seule, sur un banc. Une heure plus tard, ils m’ont trouvée, essoufflés et alarmés.
Ils m’avaient cherchée toute la soirée.
Je n’ai aucune idée de ce qui peut bien les pousser à m’aider. Après tout, nos rares conversations se sont mal déroulées. Peut-être les quelques mois passés en colocation les avaient alors poussés à m’apprécier. Ou peut-être sont-ils simplement très gentils.
— Sieg m’a virée de son appartement en pleine nuit parce que je m’étais légèrement emporté, je lâche en attrapant enfin ma robe. Tu pourras dire à Eren que son caleçon et ma robe n’ont rien à foutre dans le lave-vaisselle ?
— N’essaye pas de changer de sujet, rétorque-t-elle tandis que j’enfile le tissu sec. Et tu t’es un peu plus que légèrement emportée.
— Il aurait dû essayer de me comprendre, je peste en refermant les attaches sur mon flanc. Je t’ai juste raconté cette soirée mais lui connait d’autres choses qui expliquent ma réaction. Il…
Ma voix se fait plus faible. Ma gorge s’est serrée. Comme à chaque fois.
— …Il aurait dû me laisser rentrer.
Mikasa ne répond pas. Elle sait, je crois, que je n’ai jamais cessé de m’en vouloir, que mon cœur se serre à la pensée du visage de Sieg, que j’évite soigneusement les quartiers où nous avions l’habitude d’aller car il me manque.
Levant les yeux vers elle, je la vois réordonner le bazar laissé par les garçons. A genoux sur le parquet, elle époussète les coussins de canapé anthracite tandis que, derrière elle, un écran plat diffuse, le son coupé, un épisode d’une télénovela. A sa droite et dans la cuisine ouverte, derrière l’ilot central noir, je l’observe faire. A sa gauche, la baie vitrée s’étend.
Derrière la télévision, deux portes mènent à la chambre d’Armin et d’Eren et une cage d’escalier marque la césure entre le rez-de-chaussée où vivent les garçons et l’étage où moi et la noiraude passons nos soirées. Le premier est toujours désordonné tandis que le second est soigneusement rangé.
— Qu’est-ce que tu en penses ? je demande en me tournant.
Elle jette un coup d’œil à la jupe arrivant au-dessus de mes genoux ainsi qu’au décolleté portefeuille. Le tissu fluide est particulièrement léger mais le soleil tapant justifie ce choix.
— Tu es très belle, lance-t-elle simplement. Bonne chance pour ton entretien.
La remerciant, je saisis mon sac.
— Si j’ai le poste, je t’invite à un barbecue coréen !
ꕥ
Mes cuisses collent à la chaise de métal sur laquelle je poiraute depuis longtemps maintenant. Cela doit faire une quarantaine de minutes que je suis arrivée et je n’ai cessé de regarder le couloir s’étendant autour de moi.
Cette université m’est inconnue. Les murs de mosaïque, les posters à l’effigie de divers évènements, les silhouettes défilant dans le couloir ne me sont pas familiers. Enfin, maintenant que j’ai passé plus d’une demi-heure à observer ce simple corridor, assise sur l’une des trois chaises bordant une porte brune à attendre qu’on l’ouvre, je commence à connaitre les lieux par cœur.
La femme au carré plongeant blond qui m’a menée ici n’est pas revenue depuis qu’elle m’a annoncée qu’elle le ferait. Je commence à croire qu’on m’a oubliée.
— Mademoiselle ? m’interpelle soudain une voix.
Levant la tête vers le bout du couloir, je hausse les sourcils. Un homme au crâne dégarni habillé d’un polo me sourit. Une dizaine de mètres nous séparent et il tient un téléphone allumé dans la main.
A sa position, légèrement penchée sur le côté, je devine qu’il vient juste de quitter son bureau à cause de l’appel qu’il est en ce moment même en train de passer.
— Ma collègue vient de m’appeler. Elle est rentrée et a oublié de vous prévenir que vous pouviez y aller. Le professeur sait que vous devez venir donc toquez et annoncez-vous !
Sans même me laisser le temps de protester, l’homme fait demi-tour. Hébétée, je le regarde disparaitre derrière l’angle du mur.
Ai-je bien entendu ? Cette pétasse est rentrée chez elle sans même finir son boulot ? J’attends depuis quarante minutes pour rien ?
Furieuse, je ne contrôle pas bien mes gestes quand, me redressant, je frappe trois coups distincts à la porte. Aussitôt, elle s’ouvre sur un homme qui me montre le dos, visiblement au téléphone et ne voulant me laisser l’occasion de l’interrompre avec des salutations.
Mes muscles se raidissent en remarquant le gilet gris d’un costume trois-pièces onéreux ainsi que quelques boucles blondes.
— Non, Nicole, nous verrons cela à la maison. Ecoute, j’ai un entretien à faire passer, tu peux me laisser ? Nicole, non…. Nicole !
Sa voix. C’est lui. Sieg Jäger est devant moi et il n’a même pas remarqué ma présence, trop occupé à discuter avec elle.
Exactement comme le soir où il m’a renvoyée de chez lui.
Tétanisée, je ne parviens à faire le moindre mouvement. Mes jambes sont liquéfiées et mon cœur bat avec tant d’ardeur dans ma poitrine que je n’entends plus que lui. Mes pensées s’embrument, mon regard demeure rivé sur la nuque hâlée de l’homme.
— Nicole, ne me force pas à raccrocher… Oui, faisons cela… Mais oui, on lui dira, oui. Nicole, tu commences à m’agacer, je raccroche, lance-t-il en arrivant à hauteur de son bureau.
Là-dessus, il baisse son téléphone et appuie sur l’icône rouge. Puis, se retournant vers moi, il lâche :
— Navré que vous ayez dû assister à cela. Quoi qu’il en soit, si vous êtes prê…
Sa voix meurt dans sa gorge à l’instant où ses yeux se posent sur mon visage.
— (T/P) ? Je… Je ne savais pas que tu cherchais un emploi.
La chaleur est étouffante et il me faut prendre une profonde inspiration avant de parvenir à parler :
— Je ne savais pas que tu étais l’employeur.
— Je ne le suis pas, l’employeur est l’université. Je me contente de passer les entret…
— Je vais y aller.
Sans plus de cérémonie, je me retourne pour quitter la pièce. Mais aussitôt, sa main se referme sur mon poignet. Fermement, il me tire vers l’arrière et claque la porte me faisant face sous mes yeux de ses doigts libres.
Atterrée, je n’ose faire le moindre mouvement.
Debout, son torse frôle mon dos. La chaleur est étouffante, presque électrique et l’air crépite. Sa main est posée à plat sur la porte fermée devant moi, m’empêchant de sortir de la pièce. Il me tient. Ma respiration se fait sifflante.
Soudain, son index et son pouce quittent mon poignet pour se poser sur mon menton, me forçant à tourner la tête. Aussitôt, mon regard croise le sien derrière ses lunettes dorées. Il n’a pas changé, sa beauté est toujours aussi percutante.
La gorge serrée, je peine à déglutir. Nos nez se frôlent. Ses yeux louchent sur mes lèvres avant de se reconcentrer sur mes iris.
Je ne peux nier la tension érotique entre nous.
— Allons, (T/P)... Agissons en adultes.
負けるが勝ち
2047 mots
et on commence doucement
cette deuxième partie...
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