𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝐗𝐈𝐕
— S A N S M A N I E R E S —
負けるが勝ち
JE DOIS ME TROUVER un nouvel emploi de toute urgence.
L’enquête étant toujours en cours, le club de striptease ne va, pour l’instant, pas rouvrir de sitôt. Les managers, danseuses et moi-même ne sont sans nul doute pas payés à ne rien faire donc l’urgent est que nous trouvions un emploi.
De plus, suite à mon altercation avec Sieg, je ne peux que difficilement espérer garder le travail d’assistante ou même mon rôle dans sa thèse. Un rire triste me prend quand je resonge à mon excitation, il y a quelques semaines, lorsque je croyais que je toucherais deux salaires et une compensation.
Aujourd’hui, il ne me reste rien. Pas même l’ombre d’un ami.
Le ventre se tordant, je resonge à mes actions, il y a quelques jours. L’envie de me claquer à plusieurs reprises et ce, très violemment, démange ma main. Perdre le contrôle de soi de cette façon n’est pas digne d’une personne travaillant son intelligence, un individu fort et doué d’esprit.
Il ne m’a fallut qu’une seule vision. Des iris émeraudes et cheveux bruns pour entièrement perdre tout sens commun. Mon habituel froideur et intellect se sont envolés face au visage d’Eren Jäger.
Un seul battement de cil et je suis redevenue celle qu’Han avait enfermé dans cette salle de bain, menottée au radiateur.
A l’époque, diverses silhouettes se sont succédées dans la maison pour me garder quand il n’était pas là. J’entendais divers programmes télévisés ou des silences laissant supposer qu’un tier trainait sur son téléphone, des langues et voix étrangères à chaque fois lorsqu’ils téléphonaient.
Au bout du compte, je me souviens nettement qu’il existait, en plus de mon ravisseur, cinq géôliers.
L’un d’entre eux faisait toujours tomber des élastiques à cheveux que j’apercevais en collant ma joue au carrelage et observant le minuscule salon à travers l’interstice de la porte. Il avait remarqué que je l’observais mais feignait le contraire.
Il était le seul à déposer des plats devant ma porte ainsi que de l’eau fraiche qui avait séjourné dans le réfrigérateur. Parfois, tard la nuit, quand il pensait que je dormais, il déposait une serviette et du savon dans la salle de bain pour que je puisse faire une rapide toilette. Je sentais nettement sa présence dans la même pièce que moi, entendait le bruit de ses pas. Mais je gardais les yeux clos.
Aussitôt partait-il que je bondissais sur le nécessaire de toilettes, pleurant presque à la vue de ces affaires qui m’avaient tant manquée.
A chaque fois qu’il venait, il mettait toujours la radio. Plus ou moins longtemps. Dès que le chroniquer annonçait la date du jour et l’heure qu’il était, il la coupait. J’ai rapidement compris qu’il ne faisait cela que pour que j’ai un repère temporel, que je ne devienne pas complètement folle en me demandant depuis combien de temps j’étais enfermée.
Han n’a pas agis de la même façon. En l’espace de ce que je savais être un mois, il est venu trois fois me voir en me tendant des vêtements pour prendre une douche puis en m’attachant dans le salon pour manger un véritable repas devant la télévision. Et, toutes ces fois, il m’a assuré qu’il faisait cela pour fêter la nouvelle année que j’avais passée à ses côtés.
Si Eren n’avait pas allumé la radio deux fois par semaine pour m’informer du véritable temps s’écoulant, j’aurais sincèrement cru avoir passé trois ans dans cet enfer. Cet homme a tenté comme ceci de me détruire profondément de l’intérieur, bouleversant même ma vision de la chronologie.
Il s’agit d’une tactique assez fréquente de manipulation. Mais néanmoins cruelle.
Alors, rapidement, celui que j’avais mentalement rebaptisé « l’homme à l’élastique » est devenu mon unique raison de me réveiller le matin. Car s’il devenait mon géôlier pour la journée, j’allais pouvoir me laver sommairement, manger à ma faim et savoir la date du jour.
Seulement, un jour que Han me narguait, accroupi devant mes yeux pendant qu’Eren pliait bagages, sa main posée sur ma joue et son pouce s’égarant sur mes lèvres, me terrorisant, il s’est rendu compte de la vérité. Qu’Eren me nourrissait convenablement. Car de la sauce brune était restée sur la commissure de ma bouche.
Ses yeux se sont alors écarquillés de fureur et, avant que je ne réalise ce qu’il se passait, il a refermé sa main sur ma gorge, m’empêchant de respirer convenablement. Quand mes yeux ont commencé à se révulser dans leurs orbites, il a usé de cette prise pour me projeter au sol et me rouer de coups de pieds. Je me souviens encore du sang s’écoulant de mon nez et mes lèvres, des tâches noires obstruant ma vision.
Quand Eren est passé devant la porte de la salle de bain pour partir, celle-ci était ouverte. Et il m’a vue.
Alors que Han, pris d’une colère noire, appuyait rageusement ma tête sur le sol, m’insultait de tous les noms en me donnant toujours plus de coups, sa silhouette s’est découpée à mes yeux. Trop blessée, je n’ai pu voir son visage qui m’est alors apparue flou. Mais je savais qu’il me regardait.
J’ai donc tendu la main en sa direction.
Je le savais. Ce serait la fin. Soit mon bourreau m’achèverait. Soit Eren ferait un pas dans cette salle de bain et me tirerait de cet enfer. Il ne pourrait pas y voir d’autres choix.
Le brun a opté pour la première option dès qu’il a tourné les talons, m’abandonnant à mon sort.
Quand le bruit de la porte d’entrée se refermant a retentit, Han a éclaté d’un rire froid tandis que des larmes dévalaient mon visage baigné de sang. Il venait de m’abandonner. Lui. Le seul que j’avais perçu en allié. Le seul que j’estimais.
Il venait de me laisser pour morte.
Mais la tristesse n’a pas fait long feu en moi. Car, tandis qu’Han s’imaginait l’amplifier en se moquant de moi, il n’a fait que la muer en une rage retentissante. Une rage telle que, malgré mes blessures, lorsque j’ai entendu le bruit de la boucle de sa ceinture qu’il défaisait et se redressant, je n’ai pu me contenir.
« Je vais m’amuser comme j’ai toujours voulu le faire et je me débarrasserai enfin de cette histoire de merde. »
Allongée sur le ventre, la joue collée au sol, le visage couvert de sueur et de larmes, des cotes cassées et hémorragies internes parcourant sûrement l’intégralité de mon corps qui me brisait de douleur à chaque respiration j’ai pris pleinement conscience de ses paroles. De son plan.
Après m’avoir séquestrée, torturée psychologiquement, humiliée, battue quasiment à mort, il comptait maintenant me violer et me tuer.
Il s’est redressé pour aller dans le selon, riant sur le fait qu’il devait trouver un préservatif car il n’était pas un sauvage.
Toute retenue a alors quitté mon corps. Ces mots venaient d’être ces derniers.
Je l’avais décidé.
Sans même me soucier de la douleur, j’ai tiré sur ma main afin de délivrer mon poignet entouré par les bracelets. Quand ma peau s’est éraflée, que des coupures l’ont parcourue et que mon pouce s’est disloqué, j’ai continué mon geste, sachant que ma vie ne tenait que dans l’aboutissement de celui-ci.
Lorsque je suis parvenue à délivrer ma main, j’ai d’abord cru à un effet de mon imagination. Mais le bruit de mon ravisseur farfouillant ses affaires m’a ramenée à la réalité. Et je n’ai pas perdu un seul instant.
Difficilement, je me suis levée, mes mouvements rendus compliqués par le mois que j’avais passé assise sur le sol. Une fois debout, j’ai marché avec peine jusqu’au salon, légèrement intimidée.
Mais quand mon regard est tombé sur cette pierre décorative issue d’un terrain religieux qu’il s’était targué d’avoir pillé, que j’ai remarqué que je pourrais la prendre sans qu’il ne le voie, je n’ai pas hésité une seule seconde.
Ma main s’est posée dessus. A ce contact, ma rage s’est décuplée. Car il s’agissait de mon seul accès à la liberté. Et il était hors de question que je le laisse s’échapper. Alors, comme si mon corps, en ses plus profonds recoins, l’avait saisi, une vague d’adrénaline s’est déversée en moi.
Ses omoplates roulaient sur sous sa chemise à mesure qu’il la retirait, un préservatif posé à côté de lui. Un cri a déformé ma gorge.
Et, tandis que je le poussais, j’ai abattu la pierre de toutes mes forces sur son crâne. Il s’est écroulé mais j’ai recommencé, terrorisée à l’idée qu’il puisse se relever et achever ses plans. Puis encore pour m’assurer qu’il était bien mort. Et à nouveau pour Marie. Et à nouveau pour l’enlèvement. Et à nouveau pour les tourments. Et à nouveau pour Eren. Et à nouveau pour les coups. Et à nouveau pour les menaces.
Incapable de m’arrêter, partagée entre la rage et la peur qu’il puisse se relever, je n’ai cessé de le frapper. Et lorsque, essoufflée, j’ai lâché cette pierre sur le sol, j’ai réalisé.
Mon regard est tombé sur son crâne défoncé, le sang s’écoulant de celui-ci, les morceaux de son cerveau éparpillés sur le sol. Mon cœur s’est soulevé. J’ai plaqué ma paume sur mes lèvres, tentant de m’empêcher de vomir.
L’atrocité de mon acte m’a sauté aux yeux.
Je venais de tuer un homme.
Alors je ne sais si la fatigue, la faim, la douleur ou l’horreur m’ont mené à reculer lentement en pleurant mais je n’ai fait que deux pas avant de sombrer dans l’inconscient, m’évanouissant à un mètre seulement de son cadavre.
Je ne sais réellement ce qu’il s’est passé ensuite.
Je me suis réveillée dans mon lit, chez moi. Tout d’abord, j’ai cru à un cauchemar. Un soupir de soulagement s’est même échappé d’entre mes lèvres. Mais mon corps m’a tiraillé dès ma première respiration et, regardant sous les couvertures, j’ai réalisé que mon corps avait été solidement bandé.
Je n’ai jamais su comment j’avais été transportée de cette scène de crime à chez moi et soignée. D’abord, j’ai cru l’avoir fait seule et que le choc en avait effacé les souvenirs. A présent et suite au message d’Olympe, je me demande plutôt si elle n’est pas responsable de cela.
Quoi qu’il en soit, elle a réussi — et je ne sais comment — à faire classer cette affaire comme un accident. Je suis demeurée libre.
Encore à ce jour.
Mais un poids demeure, une peur persistante qui m’oblige à observer tout le monde dans ses moindres détails pour ne plus me faire avoir de la sorte, une crainte qui me mène à manipuler les autres afin d’être sûre que nul ne prendra jamais plus l’avantage sur moi.
Et même si cela a un côté autant grisant que dévastateur, que je souffre parfois de n’avoir aucun proche, je ne me sens que davantage en sécurité.
— Mademoiselle (T/N) ?
Une voix grave me tire de mes pensées. Je réalise tout juste où je suis. Debout dans l’un des couloirs aux murs orange de mon université. Le bâtiment où j’ai mes cours de méthodologie. Cette classe à laquelle je redoute d’assister, demain.
Me retournant, je tombe sur deux yeux gris plantés sous quelques mèches noir corbeau. Je reconnais rapidement cet homme. Habillé aujourd’hui d’un simple sweatshirt noir et ayant rangé ses lunettes dans sa poche, le médiateur me dévisage.
— Oui, monsieur Ackerman ? je réponds.
— Le professeur Jäger se demande où est passée son assistante, lâche-t-il simplement. Votre boulot c’est d’être avec lui quand vous n’êtes pas en cours, pas de bailler aux corneilles.
Mes yeux s’écarquillent.
— Le professeur Jäger vous a demandé de m’appeler ? je m’étonne, saisie.
— Ouais et en y allant, dites-lui que je suis pas un messager, vous serez gentille.
Sans un mot de plus, il tourne les talons tandis que, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine, je le regarde disparaitre au détour d’un couloir. Mes entrailles se tordent
Pourquoi souhaite-t-il me voir ? Pour me virer en personne ? Un mail nous aurait épargné à tous les deux une discussion embarrassante. Et, de toute façon, je n’ai strictement aucune envie d’être renvoyée.
Tout d’abord parce que mon gaz a déjà été coupé ce mois-ci et que je dois me magner si je veux garder mon électricité. Mais aussi car, bien que les tensions soient vives entre nous, m’en aller de ce poste me priveraient de raison de le voir.
Et, aussi bête cela soit-il, cette situation ne me conviendrait pas. Il est ce qu’il se rapproche le plus d’un ami, à mes yeux.
Un soupir traverse mes lèvres. Que puis-je espérer, de toute façon, après ce que j’ai fait dans la maison de ses parents ?
Alors, mon pas se faisant aussi lourd que celui du condamné, je me mets enfin en route. Le cœur gros.
ꕥ
— Entrez.
Mon poing encore en suspens, un frisson me parcourt lorsque la voix chaude et grave de Sieg retentit depuis l’autre côté de la porte de bois. Je n’ai aucune envie d’affronter son regard empli de déception en l’entendre me dire que ma période de travail à ses côtés est révolue.
Mais chaque bonne chose a sa fin.
Alors, mes entrailles se tordant et ma gorge se nouant, je pose la main sur la poignée dorée de la porte en me disant que cela fait longtemps que je n’ai pas eu peur de perdre quelqu’un. A vrai dire, il m’est même arrivé de me demander si je fonctionnais normalement.
En cours de route, nombreuses de mes connaissances se sont effacées. Jamais elles ne m’ont manqué. J’ai toujours peiné à m’attacher aux autres. Parfois même, j’éprouvais du soulagement face à leur long message expliquant pourquoi ils ne voulaient plus m’avoir dans leur vie.
Cependant aujourd’hui, tout est différent.
Car Farlan a dit vrai, je l’aime. Non pas comme il l’entendait, ceci dit. Le mot amitié prend juste son sens quand je suis en sa présence ou du moins, je le croyais. Même s’il n’a jamais cessé de me percevoir comme une élève, je l’ai vu en austère professeur, puis en visage rieur et, finalement, en agréable compagnie.
Qu’importe s’il n’a pas ressenti la même chose à mon égard. Il a été mon premier ami et ce, depuis très longtemps.
Je ne l’oublierai pas.
Pénétrant enfin les lieux, je suis surprise par l’obscurité de ceux-là. A ma droite, un feu crépite dans la cheminée. Au fond, la silhouette du professeur apparait en contrejour. Il semble regarder un point au travers de la fenêtre.
Il porte, comme à l’accoutumé, un costume trois pièce. Son pantalon et le gilet gris tranche avec la cravate rouge qu’il me laisse voir lorsqu’il se tourne ne ma direction. Je déglutis péniblement en fermant la porte derrière moi.
— Vous m’avez appelée ? je demande.
— En effet.
D’un signe de main, il m’invite à prendre place sur l’une des chaises devant son bureau. Mais je ne parviens à bouger mes jambes et, plantée à l’autre bout de la salle, reste cloitrée devant la porte.
Il remarque ma réticence.
— Mademoiselle, je ne compte pas vous faire de mal.
Il me vouvoie. Mon cœur se serre.
— Je n’ai pas envie de m’installer confortablement pour mieux me faire virer, navrée.
Ses sourcils se haussent légèrement tandis qu’il glisse ses mains dans ses poches, demeurant debout à côté de son large bureau. Ses lunettes brillent sur son nez. Et, en le voyant imposant de cette manière, je réalise une nouvelle fois sa beauté.
Mais mes pensées divergent très vite.
— Vous virer ? répète-t-il.
— Après ma petite…scène chez vous…, je lâche, ne pouvant m’empêcher de bégayer tant la honte me cuit.
— Après votre « petite scène » comme vous dites, j’ai demandé des explications à Eren. Il vous a bien entendu traitée de folle. Mais quand je lui ai dit que je vous connaissais assez pour savoir qu’il n’était pas dans vos habitudes de craquer de la sorte et montrer vos émotions, que je savais donc que vous étiez sincère, il m’a tout expliqué, lâche-t-il.
Son ton est sérieux et son visage, ferme. Mes yeux s’écarquillent en se posant sur ses traits. Mes entrailles se tordent davantage.
Eren lui a-t-il réellement tout dit ? Non. Ce n’est pas possible. Jamais il ne balancerait son implication dans des crimes de la sorte. Il a dû lui servir un mensonge que le professeur croit être la vérité.
Oui. Aucune raison de paniquer. Il ne connait pas mon crime. Même si je le lui ai avoué en partie, il n’a pas de quoi me dénoncer.
— Je ne suis pas aussi observateur que vous, mademoiselle (T/N), dit-il en retroussant les manches de sa chemise. Mais je me défends.
Ma gorge se serre. Mes jambes se font flageolantes. Un mauvais pressentiment me prend.
— J’ai été le premier à remarquer les problèmes de drogue d’Eren et le seul à être au courant de son séjour en désintoxication. J’ai aussi malheureusement été témoin de ses trois rechutes, et trois autres séjours, explique-t-il. Je n’ai jamais fermé les yeux sur ses moindres faux-pas.
Mes entrailles se tordent à la mention de son addiction. Les visages de Conny, Ymir et Marie me viennent en tête.
— Oui, je n’ai jamais fermé les yeux, reprend-t-il en fixant un cadre sur son bureau que je sais être une photo de son demi-frère. Sauf quand je me suis rendu compte qu’il était membre d’un gang. Car je ne savais pas comment le tirer de là et… J’ai honte de le dire mais il avait une place assez importante dans cette hiérarchie pour que je parvienne à me convaincre qu’il ne craignait rien.
Il ferme les lèvres mais je devine que d’autres mots retentissent encore dans sa tête après sa prise de parole. Car je me les suis murmurés à moi-même des centaines de fois.
« Mais ce n’était pas le cas. Personne ne craint rien. »
— Hier, quand j’ai entendu tes accusations, je suis allé le confronter une nouvelle fois à propos de ce gang. La deuxième, explique-t-il.
Mon sang afflue dans mes tempes à une vitesse presque douloureuse tandis que je le fixe, la gorge sèche. Et s’il savait ?
— Il n’a pas mis beaucoup de temps à avouer.
Là, il retire ses lunettes avant de se pincer le nez d’un air soucieux.
— Son chef, un certain Han, est tombé amoureux d’une femme avec qui il passait ses journées. Elle semblait vraiment l’avoir changé. Il était doux en sa compagnie et, d’après les sources les plus intimes de cet homme, il ne l’avait jamais frappée et avait accepté de ne pas coucher tout de suite avec elle, ce qui était rare pour lui, explique-t-il.
Mes yeux me brûlent. Mon esprit est vide. La stupeur me frappe.
Il sait.
— Mais il a découvert que cette femme lui mentait et réunissait des preuves pour le faire tomber. Alors il l’a enfermée dans la salle de bain d’un appartement miteux. Pendant un mois. Incapable de se décider. Il faut croire qu’il l’aimait vraiment car il n’a pas pu se résoudre à la tuer durant cette période.
Il ne me regarde pas. Comme s’il ne souhaitait pas assister aux tumultes d’émotions passant sur mon visage.
— Eren a été un de ses géôliers et l’a prise en pitié. Mais, quand Han a découvert qu’un autre homme s’était bien occupé d’elle, il est devenu fou de rage et a battu cette femme sous les yeux de mon frère. Quasiment à mort, explique-t-il.
Mes mains tremblent. La sensation de son pied s’enfonçant dans mes cotes me revient. Le sang s’échappant de ma bouche me salit à nouveau.
— Et, alors qu’elle subissait ses coups, qu’il était la seule autre présence dans cet appartement, elle a fait ce que n’importe qui aurait fait et tendu la main en sa direction, implorant de l’aide, poursuit-il. Seulement Han l’a remarqué et, se tournant vers mon frère, a articulé ces mots de sorte à ce que personne d’autre ne puisse les entendre, que seul Eren les comprenne…
Mes yeux s’écarquillent. En effet, je n’avais pas conscience qu’il s’était adressé au brun, ce jour-là. J’étais trop obnubilée par ma douleur.
— Il lui a dit « elle ou ta mère ». Eren a peut-être hésité quelques secondes mais il savait de quoi Han était capable alors il a quitté les lieux.
Des larmes coulent sur mes joues. Je crois que je comprends cette explication mais je n’ai pas envie de le faire. J’ai besoin d’accuser quelqu’un. Car même s’il est logique de préférer un proche à une inconnue, il m’a tout de même abandonnée, ce jour-là.
Aussi stupide cela puisse paraitre, même si la logique voudrait que je le comprenne, je ne sais pas si je pourrais lui pardonner.
— Mais, alors qu’il rentrait chez lui, Eren s’est senti travaillé par cette histoire et terriblement coupable. Peut-être après deux minutes de marche, il a fait demi-tour en courant, espérant qu’il ne soit pas trop tard. Mais il était trop tard.
Les bandages sur mon corps. Le réveil dans mon appartement. Alors c’était lui ? Ce garçon que j’ai copieusement insulté ?
— Il l’a trouvée évanouie à côté de son chef qui avait le crâne sérieusement défoncé et était mort. Sa boucle de pantalon était défaite et il avait sorti un préservatif. Il n’a pas mis longtemps à réaliser qu’après tant de souffrances, il avait décidé de lui faire en plus subir une agression sexuelle et qu’elle avait craqué à cette idée, poursuivit-il.
Mes mains sont parcourues de fourmillements au souvenir de la pierre pleine de sang sous elle. Sa fraicheur contre ma peau. Les mouvements brutaux sur sa tête.
— Alors il a appelé deux amis, deux personnes de confiance. Une femme travaillant en tant que consultante pour la police et un blond qui avait fait de la médecine, par le passé. Olympe et Edward. La première a arrangé la scène de crime. Le deuxième a soigné les blessures de la femme. Et ils l’ont reconduites dans son appartement, conclut-il.
Mon corps entier tremble. Seule ma prise ferme sur la poignée de la porte m’empêche de m’effondrer. Des larmes dévalent mes joues. Mon cœur bat avec force dans ma poitrine.
Et je ne compte plus sur aucune fierté quand, le dos courbé par le poids de mes actes et le souffle court, je le supplie d’une voix faible :
— Je ferais tout ce que vous voulez mais ne me dénoncez pas je… Je survivrai pas à un séjour en prison, je peux pas être enfermée à nouveau, vous comprenez pas je… J’avais le choix, je ne voulais pas… J’avais peur… Je croyais que…
Je me tais soudain lorsqu’une paume chaude entre en contact avec ma joue. Fébrile et apeurée, je ne me suis pas rendue compte qu’il a marché jusqu’à ma position. Et il se tient là, maintenant. Debout devant moi.
Son visage sans lunettes se découpe sous mes yeux. Deux iris de lumière fixent les miennes. Une profonde douceur les habille. Aucune déception comme je le craignais. Simplement de la tendresse.
Sa main sur mon visage est chaude. Son pouce essuie une de mes larmes et ma poitrine tremble d’apaisement.
Il ressemble à un allié.
— Pourquoi je vous dénoncerai ? me demande-t-il d’une voix douce.
Le silence est réconfortant et mes peurs s’effacent sous son regard, à son contact. Son toucher réchauffe mon cœur refroidi depuis plusieurs années.
— Vous êtes mon amie.
負けるが勝ち
3910 mots
la relation commence
à nettement
s'améliorer hehe
j'espère que ça vous
aura plu
:)
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