chapitre 36 ◌ adieux
Le soleil était déjà levé quand Ophelia ouvrit les yeux ce matin-là, et la main chaleureuse qui caressait distraitement son dos lui fit comprendre qu'elle n'était pas la première à se réveiller. Un soupir d'aise lui échappa lorsqu'elle s'étira, laissant les draps glisser sur elle et dévoiler temporairement une partie de son corps dénudé. À ce geste, elle sentit le jeune homme à ses côtés se figer un instant et ne put retenir un sourire moqueur lorsqu'elle tourna la tête vers lui, une main contre ses yeux pour les frotter en grimaçant d'une manière qu'il jugea adorable - bien qu'il n'en dirait jamais rien.
— Une personne normalement constituée est gênée par la nudité de quelqu'un d'autre avant de lui faire l'amour, ricana-t-elle. Pas après la... quatrième fois ?
— Je suis pas...
Agacé, Eren ne prit pas la peine de finir sa phrase et secoua la tête. Sa nudité ne l'avait pas mis mal à l'aise, contrairement à cette réplique. Ophelia sembla le comprendre puisqu'elle lui offrit un sourire plus grand encore tandis qu'il détaillait son visage à peine réveillé et ses cheveux emmêlés qui lui barraient la vue.
— Idiote, marmonna-t-il.
— Je t'ai entendu.
Elle ne lui en tint cependant pas rigueur et se contenta de se réinstaller confortablement, la tête sur son épaule. Son bras s'enroula autour d'elle avant même qu'il n'y pense et il la laissa s'emparer de sa main qu'elle observa comme si elle la voyait pour la première fois. Pour passer son temps à prêter attention aux détails les plus minimes, la jeune femme était habituée à laisser ses yeux glisser en direction des mains de ses interlocuteurs. On en apprenait beaucoup sur l'état d'esprit d'une personne ainsi. Il suffisait de vérifier si les doigts tremblaient pour déceler un brin d'anxiété et d'analyser la manière dont les mains bougeaient pour comprendre les véritables intentions de mots hypocrites.
Mais elle s'intéressait à celles d'Eren pour des raisons bien différentes, puisqu'elle les aimait. Elle portait leur toucher sur sa peau pâle même des heures après leur passage sur son corps et commençait à vivre avec la conviction que les creux entre ses propres doigts avaient été créés dans l'unique but de laisser Eren y caler les siens. Et bien qu'elle n'en saurait rien, il se plaisait à le croire aussi.
Il n'y eut longtemps que le silence alors qu'Ophelia s'amusait à coller et décoller leurs paumes l'une de l'autre comme les pièces d'un puzzle trop simple à résoudre. Le regard rivé au plafond et l'esprit étonnamment calme, Eren ne réagit que lorsqu'elle effleura du bout de son doigt une zone bien précise de sa main. Il y avait assez planté ses dents pour la reconnaître sans même voir ce que la jeune femme fabriquait. En l'occurrence, elle songeait seulement au fait que sa peau demeurerait lisse et dénuée de cicatrices tant qu'il vivrait, malgré le nombre de blessures qui lui seraient infligées, le nombre de membres qu'il perdrait.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Comment tu peux te mordre si profondément en un seul essai ? Je me suis toujours posé la question. Le corps humain est censé avoir un blocage qui l'empêche de se faire du mal, non ?
— C'est... instinctif, je suppose, hésita-t-il. Et puis, ce blocage finit certainement par disparaître quand tu as la faculté de te régénérer à volonté.
Ses yeux s'écarquillèrent quand il vit Ophelia délaisser sa main pour porter la sienne jusqu'à sa bouche. Incrédule, il la retint avant que ses dents ne se referment dessus, ce qui lui arracha un nouveau sourire amusé. Elle se moquait de lui, bien sûr.
— Peur que je me fasse mal ? ironisa-t-elle. C'est mignon. Mais j'ai déjà connu pire, tu sais ?
— Je sais, avoua Eren.
Il avait assez vu et touché la large marque qui s'étalait dans son dos pour ne pas l'oublier. Comprenant qu'il n'était pas d'humeur à plaisanter, Ophelia retrouva son sérieux et se redressa pour approcher son visage du sien, de cette manière qui lui faisait prendre conscience de sa propre vie. Trop concentré sur ses futurs actes et crimes, il songeait peu au temps qu'il lui restait vraiment et au fait que s'il avait eu l'occasion de vivre plus longtemps et différemment, il l'aurait fait sans hésiter. Pour elle, principalement. Parce que tout chez elle était si envoûtant à ses yeux qu'il parvenait à la laisser le hisser temporairement vers le haut et le tirer hors de l'océan de responsabilités et de remords dans lequel il finirait par se noyer.
En grandissant, Eren n'avait jamais envisagé une quelconque relation plus qu'amicale - celles-ci étaient déjà assez compliquées comme ça. Pour lui, cela n'avait toujours représenté qu'une perte de temps et d'objectivité, d'efficacité, et quand il avait appris qu'il ne vivrait pas au-delà de vingt-trois ans, il avait été conforté dans l'idée qu'il ne connaîtrait jamais cette expérience.
Et puis, il avait embrassé la main d'Historia durant cette maudite remise de médailles et tout avait changé. D'un seul coup, l'inconnue enfermée dans le sous-sol du site militaire pour être venue tout droit de l'autre côté de la mer avec leurs ennemis lui était devenue familière, quand bien même il ne savait rien d'elle. Elle s'était automatiquement retrouvée associée à une sensation agréable dans la poitrine du jeune homme, qui se déclenchait dès qu'il la voyait ou lui parlait même s'il jurait pouvoir garder le contrôle malgré l'influence de sa mémoire future. Un tel sentiment aurait été difficile à expliquer et, visiblement, impossible à combattre.
Elle n'en saurait jamais rien, mais lui avait toujours su.
— À quoi tu penses ? questionna Ophelia, comme à son habitude.
Silencieux, Eren l'incita à poser son front contre le sien et ferma péniblement les yeux. Il aurait pu tuer pour être capable de ne pas penser au moment où ils se feraient leurs adieux à chaque fois qu'ils se retrouvaient ainsi. Il pouvait se consoler avec la pensée qu'elle vivrait après lui, qu'elle aurait l'occasion d'exister sans le poids de l'injustice du monde sur ses épaules, mais l'imaginer continuer à avancer comme s'il n'avait jamais compté ne faisait que lui apporter une égoïste frustration qu'il ne pouvait réprimer. C'était leur évidence à eux, son évidence à lui.
L'imaginer mourir restait néanmoins le pire scénario. Si odieux qu'il ne se permettait pas de l'envisager.
— À la mort, devina-t-elle. La tienne ou la mienne ?
— Arrête de parler.
— Avec plaisir. Mais j'ai peut-être besoin d'un peu d'aide pour ça, tu sais...
Il n'eut qu'à incliner son propre visage vers le haut pour attraper ses lèvres des siennes. Les doigts tièdes d'Ophelia effleurèrent sa mâchoire tandis qu'elle répondait allègrement à son baiser, le cœur mis à rude épreuve par ce contact pourtant devenu familier. Néanmoins vite lassée de cette position, elle ne tarda pas à encadrer son buste de ses jambes et afficha un nouveau sourire narquois en le voyant écarquiller brièvement les yeux lorsqu'elle se redressa. Trop fier pour montrer sa nervosité, Eren détourna le regard et se trouva soulagé de remarquer le carnet posé sur la table de nuit, sautant sur l'occasion pour lancer une nouvelle conversation.
— Tu m'as jamais dit ce qu'il y avait dans ce carnet.
— Tu peux regarder, si tu veux.
Surpris, le jeune homme leva les yeux vers Ophelia qui haussa simplement les épaules. Elle suivit ses mouvements de son regard attentif et l'observa ouvrir son bloc-notes à une page aléatoire. Au début, Eren ne vit que des notes de musique qui lui étaient indéchiffrables, des idées pour les soirées où elle jouait un ou deux morceaux au piano dans la salle de réception de l'auberge. Ensuite, il trouva des pages plus remplies, couvertes de vrais mots. L'écriture d'Ophelia était fine mais pas délicate, peu soignée mais parfaitement lisible. Il fronça les sourcils alors que ses yeux glissaient le long des phrases.
— Pourquoi est-ce que t'écris tout ça ?
— Et bah, en te racontant certaines choses, je me suis rendue compte qu'en mourrant, j'emporterai tout avec moi, dit-elle avec sérieux. Sans laisser aucune trace de tous ces souvenirs, de tout ce que j'ai pu faire ou de ce qu'on m'a fait. J'aime pas vraiment cette idée, le fait que je me contenterai de disparaître et qu'après, le monde continuera de tourner comme si j'avais jamais existé. Du coup... J'ai commencé à écrire quelques trucs. C'est pas grand chose mais je me sens plus importante comme ça. Quand on partira d'ici, je laisserai ce carnet quelque part et je me dis qu'avec un peu de chance, quelqu'un le trouvera et lira les quelques aventures que j'ai racontées là-dedans.
— Tout ne peut pas reprendre comme si t'avais jamais existé, rétorqua Eren. Il y a toujours des gens pour se souvenir de toi après ta mort.
Elle choisit le bon moment pour lui reprendre gentiment l'objet puisque son regard venait de se poser sur le prénom d'un certain guerrier dont il connaissait la place dans la vie d'Ophelia. Il ignora tant bien que mal son agacement et releva les yeux dans sa direction, mécontent de constater que leur discussion s'orientait à nouveau vers un sujet qui ne lui plaisait pas.
— Pour quelqu'un comme moi, que seules deux personnes connaissent vraiment, j'en doute. Même si d'autres se souviennent de moi, ce sera uniquement la version que je leur aurai donnée.
— T'as le temps, de toute façon. Tu devrais pas penser à ta mort, toi.
— Tout le monde pense à sa propre mort, Jaeger, répliqua Ophelia. C'est humain. Et j'ai jamais eu l'intention de vieillir et de vivre très longtemps, alors ne t'avance pas trop là-dessus.
— Pourquoi ? questionna-t-il, confus.
— Qu'est-ce que je ferais d'une longue vie ? rit la jeune femme comme si la réponse était évidente. Je suis née parce que j'ai un rôle à jouer quelque part, mais une fois ce rôle rempli... ce sera fini.
Refusant de prendre un seul de ses mots au sérieux, Eren secoua la tête et, évidemment, elle l'ignora et se contenta de se lever pour partir à la recherche de ses vêtements. S'il pouvait parfois se surprendre à suivre des yeux les courbes de sa silhouette charnue dans des situations comme celle-ci, il n'en fit rien cette fois-ci, trop contrarié par ce qu'elle osait dire.
Non, il devait partir avec la pensée que tous ceux auxquels il tenait continuerait à vivre convenablement. Elle ne pouvait pas lui faire ça.
C'était bien le problème lorsqu'on s'attachait à quelqu'un. Les bons côtés étaient si présents qu'on en oubliait l'étape finale et qu'on la niait, quand bien même elle était inévitable.
Parce que si toute chose a une fin, une relation ne peut mener qu'à des adieux.
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Ils le savaient, maintenant. Ils y étaient.
Silencieuse depuis de longues minutes, Ophelia observa son partenaire rassembler ses cheveux en un nouveau chignon tout aussi négligé que le précédent. Elle enfila sa veste sans le quitter des yeux, à la fois mécontente et peinée de constater qu'il fuyait délibérément son regard.
— Où sont les autres ? Conny, Jean, Mikasa, Armin, lista-t-elle comme pour lui rappeler qui exactement traitait-il comme ses ennemis.
— En cellule, répondit froidement Eren. Ils risquent rien.
— Et le major Hanji ?
— Partie avec un groupe pour leur montrer où est Sieg.
— Monsieur est organisé, ironisa-t-elle d'un ton plus amer qu'elle ne l'avait voulu.
Elle regretta ses mots dès que leurs regards se trouvèrent. Si elle l'avait trouvé distant, fatigué et difficile à comprendre lorsqu'ils étaient à l'auberge, elle n'avait aujourd'hui plus aucune idée de la manière dont elle pouvait le qualifier.
— Tu peux encore les rejoindre, si tu veux.
— Et tu peux encore changer de stratégie, rétorqua Ophelia. L'idée d'un Grand Terrassement partiel a bien plus d'avantages ! s'empressa-t-elle d'ajouter en le voyant secouer la tête. Si tu te débarrasses de ceux qui sont en chemin pour détruire l'île, on aura plus de temps pour réfléchir à une solution sur le long terme. Il y a toujours d'autres options.
— Lesquelles ? On a cherché pendant trois ans, Ophelia. Le Grand Terrassement partiel forcerait le monde extérieur à reculer pour réfléchir à un meilleur plan, mais comment savoir quand ils reviendront et avec quelles forces ? Sans compter que garder un Titan de sang royal sous la main en attendant la prochaine déclaration de guerre serait assez compliqué. Je t'ai déjà dit que je sacrifierai pas Historia. C'est une impasse.
— Et combien d'impasses vous avez surpassées, le Bataillon et toi ? Ça a pris des années, parfois, mais vous vous en êtes toujours sortis ! C'est pareil, là !
Frustré de ne pas pouvoir lui faire comprendre son point de vue à cause de son manque d'objectivité, Eren secoua une énième fois la tête et soupira bruyamment. La jeune femme le dévisagea avec nervosité, incapable de le regarder comme s'il ne s'agissait pas de la dernière fois qu'elle le voyait ainsi. Humain. Comme le Eren qu'elle connaissait et qu'elle aimait.
— Tu n'es pas responsable de moi ou de ce que je fais, dit-il alors. Peu importe ce qu'il se passe, rien n'est de ta faute et tu aurais été incapable de l'empêcher. C'est tout ce que tu as besoin de te dire.
— Et tu crois que ça me suffit, souffla Ophelia dans son désespoir.
— T'as pas vraiment le choix.
Elle dut détourner le regard durant une poignée de secondes pour retrouver son sérieux. Attentif à son expression, il vit le moment précis où elle érigea un nouveau mur mental, relayant ses émotions au second plan pour se concentrer sur ses responsabilités comme elle avait été forcée de le faire toute sa vie. Extérieurement, elle redevenait la même Ophelia qui avait été enfermée en arrivant sur l'île, celle qu'il avait mis trop de temps à comprendre, mais il était désormais bien placé pour savoir que froide et insensible étaient deux mots qui ne lui allaient pas.
— Quel est le plan, alors ?
— Il y a des infiltrés au sein des murs, avoua Eren après un bref silence.
L'expression trop étonnée d'Ophelia la trahit et il se félicita intérieurement de si bien la connaître.
— Mais tu le savais déjà, je me trompe ?
— J'allais te le dire, se défendit-t-elle.
— Laisse-moi deviner, le Mâchoire fait partie des fameux infiltrés ?
— J'ai vu Porco, oui.
— Et tu l'as laissé partir.
— Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? On peut pas tous se transformer en Titan à la moindre attaque, je suis qu'une humaine, moi. Tu voulais que je prenne le risque de le blesser pour qu'il se transforme et me tue au passage, peut-être ?
— Comme si, lui, il prendrait ce risque-là, ironisa-t-il.
Agacée, Ophelia le fit taire d'une chiquenaude sur la joue, ce qui lui valut en retour un regard noir.
— On a compris, monsieur est jaloux, mais ça répond toujours pas à ma question. On fait quoi, maintenant ?
Eren se retint de relever cette accusation malgré le flot d'injures envers le guerrier qui animait son esprit et ne demandait qu'à sortir. Il prit alors le temps d'enfiler son sweat devant le regard ennuyé de la jeune femme.
— On va se servir de la gamine pour les forcer à se montrer.
— Gabi ? s'étonna-t-elle. Et Falco, où est-ce qu'il est ?
— Enfermé avec tous ceux qui ont bu le vin venu de Mahr, répondit Eren avant de voir son visage pâlir un peu plus. Celui qui contient le liquide cérébro-spinal de Sieg.
— C'est qu'un enfant, s'indigna Ophelia. Comment...
— C'était un accident, apparemment. Et de toute façon, Sieg est encore loin d'ici.
Incapable de ne pas s'inquiéter pour le garçon qui lui rappelait parfois sa propre sœur, elle acquiesça à contrecœur et sans un mot de plus. Avec un peu de chance, il serait à l'abri quand les transformations seraient déclenchées. L'idée qu'un gamin de tout juste douze ans puisse être sacrifié ainsi lui donna la nausée. Les enfants subissaient toujours les conséquences pour les actes des plus grands, elle était bien placée pour le savoir, mais l'injustice n'en était pas plus facile à digérer.
— Si c'est tout, on ferait mieux d'y aller maintenant, conclut-elle.
Prête à tout pour oublier qu'il ne s'agissait pas d'une conversation banale, Ophelia tourna les talons avec l'espoir de pouvoir s'en aller ainsi, avec l'idée qu'ils pouvaient se séparer en mauvais termes pour arranger les choses plus tard. Mais Eren, lui, savait que ce n'était pas le cas et, malgré sa reluctance à l'avouer, elle en était consciente aussi. Alors, quand l'une de ses mains toujours chaudes la rattrapa par le poignet, irradiant sa peau toujours gelée, elle ne fit rien pour lui échapper et fit face au jeune homme avec émotion.
Elle le découvrit plus tiraillé qu'elle ne l'était encore, l'air épuisé et, l'espace d'un instant, elle vit les regrets passer sur son visage. Parce qu'au fond, même en ayant accepté ses responsabilités, Eren aurait voulu pouvoir suivre une autre voie. Cet aveu, elle le sentit à la manière dont ses lèvres trouvèrent les siennes et quand sa main glissa le long de sa taille avec la seule intention de l'approcher un peu plus de lui. Ils avaient toujours été voués à l'échec. Ophelia y songea en refermant ses bras autour de lui pour l'étreindre comme si sa vie en dépendait - et c'était bien l'impression qu'elle avait. Tous deux avaient su dès le départ que la fin ne serait pas bonne pour eux, mais comme deux bons humains, ils n'avaient pas pu s'empêcher d'essayer quand même.
Aucun mot ne fut échangé entre eux, mais ils prirent chacun bien soin de mémoriser chaque trait du visage de l'autre pour en garder une image convenable malgré tout ce qui suivrait. Ophelia et son aura mystérieuse, ses yeux océaniques déstabilisants et ses cheveux noirs aux pointes inégales. Eren et ses iris d'un vert incandescent, son expression contrariée et toute sa complexité. Ce serait toujours ce qu'ils retiendraient. Elle se chargea de sceller cette promesse tacite d'un ultime baiser, dans l'incapacité de partir sans se laisser le temps d'ancrer ce contact dans sa mémoire aussi.
— On en a fait du chemin depuis le jour où vous avez repris le mur Maria, plaisanta-t-elle lorsqu'il fut temps de s'écarter. Tu sais, quand tu m'as collé une lame sous la gorge.
Elle n'eut droit qu'à un vague marmonnement agacé en guise de réponse. Ophelia esquissa alors un sourire fatigué et jeta un regard au chat paisiblement endormi dans un fauteuil, à quelques mètres de là. Il était trop tranquille et elle avait trop à faire pour se permettre de l'emmener partout avec elle, alors elle se contenta de suivre Eren quand il ouvrit la porte et rejoignit le couloir à contrecœur. Il n'y avait personne dans cette partie du bâtiment, puisque la plupart des gardes surveillaient les cellules occupées par leurs propres camarades.
Toutes les cellules sauf une, dans laquelle était enfermée Gabi Braun.
Recroquevillée dans un coin de la pièce, les bras autour de ses genoux, la gamine ne pouvait que visionner encore et encore les événements des jours passés sans parvenir à les comprendre. Paradis n'était pas hostile envers elle, même après ses crimes. Pourquoi est-ce que tout le monde paraissait si normal, ici ? Ils étaient censés être démoniaques, d'horribles personnes responsables de tous les maux de son peuple. Mais ils étaient eux-mêmes son peuple, malgré tous les conflits, d'une certaine manière.
— Hey, la petite meurtrière.
Trop à fleur de peau pour se montrer courageuse, Gabi releva les yeux pour voir la porte s'ouvrir sur plusieurs personnes. Un garde se positionna dos au mur, mais elle le remarqua à peine, focalisée sur le jeune homme qui venait de l'interpeller. Elle l'avait plus vu Titan qu'humain, mais oublier le visage de celui qui avait détruit sa ville natale et bousculé toute son existence lui aurait été impossible.
— Qu-Qu'est-ce que tu me veux ? bafouilla-t-elle.
L'enfant écarquilla les yeux lorsque son regard en croisa un autre, familier lui aussi mais bien moins malveillant.
— Ophelia ?
— Si tu veux sauver Falco, tu vas devoir coopérer, reprit Eren.
— Coopérer ? répéta Gabi, figée malgré ses mains tremblantes. C-Comment ?
— Tu vas lancer un appel de détresse avec la radio, histoire de faire réagir les potentiels espions infiltrés au sein des murs.
Assez en retrait pour voir venir l'action avant lui, Ophelia recula d'un pas au moment où le garde posté près du mur laissa échapper un hoquet de surprise. Il s'écroula dès que la lame quitta sa gorge tandis que sa meurtrière pointait le canon de son arme à feu droit vers Eren. Ce dernier ne bougea pas d'un millimètre, les mains encore enfouies dans les poches de son sweat.
— Pas un geste. Ça vaut pour toi aussi, Ophelia. Tu tiens à ce que sa cervelle reste intacte, n'est-ce pas ? Gabi, reste silencieuse.
— Pieck, salua la jeune femme avec ironie. Moi qui pensais être la meilleure espionne de notre unité.
— Tu sous-estimes souvent les autres, toi aussi. Gabi, récupère ce fusil et pointe-le vers Ophelia.
Secouée par toute l'agitation, l'enfant fut d'abord incapable d'obéir. Son attention passa de la guerrière à la traîtresse, plusieurs fois, puis se porta brièvement sur Eren qui lui offrit un regard noir après l'ordre qu'elle venait de recevoir.
— C'est vraiment nécessaire ? lança Ophelia avec ennui.
— Je te connais. Gabi, maintenant.
— D'accord ! s'écria enfin la gamine avant de se précipiter vers l'arme pour en vérifier les munitions dans un réflexe militaire.
— Eren, reprit Pieck. Sors tes mains de tes poches.
— Sinon quoi ?
— Sinon, je presse la détente et j'envoie ta cervelle gicler sur le sol. Tu visualises la scène ? Tu n'aurais même pas le temps de te transformer.
— Qu'est-ce que tu attends, alors ? insista-t-il, l'atmosphère rendue plus lourde par les sons que faisait l'arme de Gabi tandis qu'elle l'inspectait. Qu'est-ce que tu es venue faire ici, si tu tires pas ? Qu'est-ce qu'il se passera si je garde mes mains dans mes poches ?
La réponse de la guerrière ne lui parvint qu'à moitié, son attention détournée par le fusil que la jeune Braun releva enfin vers Ophelia qui, évidemment, ne cilla pas. Les dents serrées, Eren approcha jusqu'à coller son front contre l'arme de Pieck. Ce geste les surprit toutes les trois.
— Non, je sais que tu ne tireras pas. Tu n'as pas reçu l'autorisation de me tuer. Tes ordres sont de ramener le Titan Originel, coûte que coûte. Tout ce que tu peux faire, c'est te transformer en Titan et t'arranger pour me gober en gardant en vie. Et tu chargerais jamais la gamine de tuer Ophelia parce que tu tiens à elles et que tu sais que ce serait un sacrifice inutile parce que ça changerait rien à mes actes. Je me trompe ?
Terrifiée, Gabi changea de cible sous le regard agacé d'Ophelia. Elle ne rêvait que d'enlever cette arme des mains de l'enfant et d'aller lui acheter des bonbons à la place. Elle n'avait que douze ans et elle obéissait lorsqu'on lui ordonnait de menacer quelqu'un, Ophelia n'aurait pas dû être la seule à trouver ce fait plus que dérangeant.
— Gabi, enlève ton doigt de la gâchette, dit Pieck.
— Sans compter que si tu venais à commettre une infraction si grave au règlement, tes proches restés au camp en paierais le prix avec toi.
— D'accord, tu as raison, je peux pas tirer ! Et honnêtement... je me vois pas te bouffer.
Le visage impassible, Eren observa la guerrière lâcher son revolver et mettre les main en évidence. Ophelia fronça les sourcils, consciente de l'intelligence dont son ancienne camarade pouvait faire preuve. Sa capacité à s'adapter à toute situation avait toujours été son atout premier. Sa nonchalance naturelle servait seulement à ce trait, puisqu'on en oubliait sa dangerosité bien plus facilement.
— En fait, vous saviez que je m'étais introduite dans la ville, pas vrai ? Vous avez sûrement trouvé les empreintes de mon Titan, devina Pieck. C'est pour ça que j'ai décidé de prendre les devants. J'ai réussi à m'infiltrer jusqu'ici mais... pour tout te dire, il y a une autre raison qui me retenait de presser la détente. Je me dis que grâce au pouvoir de l'Originel, tu peux certainement vaincre Mahr.
。・:*:・゚★,。・:*:・゚☆
heyyy
désolée pour la petite absence, mais le chapitre est enfin là !
il était pas censé se terminer ici, mais il est quand même pas mal long donc ça me paraît pas plus mal
n'hésitez pas à me donner vos petits avis comme d'habitude 🥰
par contre, j'aimerais bien clarifier certaines choses qui me turlupinent un peu, parce que sur wattpad c'est assez facile d'oublier qu'il y a bel et bien des gens derrière les œuvres
je n'ai jamais eu de planning spécial pour poster, je poste quand j'ai envie de poster et quand j'ai quelque chose à poster. je refuse que l'écriture devienne une corvée donc je ne me mets pas la pression (en vrai si un peu mais c'est juste pcq je suis perfectionniste)
bref, c'est pas parce que je mets + de temps à poster que d'habitude que j'ai oublié la fic parce que croyez-moi je compte bien la terminer !
cependant,
j'ai aucun problème avec le fait qu'on me demande quand la suite sera postée, au contraire dans des moments où je bloque un peu niveau écriture ça peut être réconfortant de voir que des gens ont hâte de lire :) mais le minimum serait quand même un peu de politesse, surtout si je vous vois pratiquement jamais dans la section commentaires
je suis pas un robot, j'apprécie un petit bonjour !
ceci étant dit, la suite ne mettra normalement pas autant de temps que cette fois-ci à arriver :)
j'espère que ce chapitre vous a plu !
à bientôt ✨
Zoé
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