chapitre 14 ◌ flashback (2)

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— Reiner !

Alerté par l'immobilité de son camarade, Bertholdt se mit à courir dans sa direction, le souffle court. Le Titan Cuirassé gisait sur le sol détruit de ce qui avait un jour été une ville, une partie de son armure naturelle détachée de son visage. Bertholdt s'empressa de se poser sur sa nuque pour en extraire Reiner qui semblait encore bien déstabilisé par son récent combat.

— J'ai gagné, tonna la voix du Bestial.

Les dents serrées, le détenteur du Titan Colossal leva la tête en direction du capitaine de leur équipe qui s'accroupit nonchalamment à côté d'eux, les privant de la lumière du soleil.

— Le sauvetage d'Annie attendra. Priorité à la récupération de l'Axe, comme c'était prévu.

Bertholdt ne dit rien, peu satisfait de cette conclusion mais conscient que la remettre en question ne changerait rien. En contrebas, Ophelia croisa les bras devant elle tandis que Sieg quittait enfin son Titan pour nettoyer ses lunettes, encore perché sur son épaule poilue.

— Il suffit de l'attendre ici. Il viendra à nous de lui-même.

— Évidemment, puisque c'est sa ville natale et qu'ils veulent tous atteindre la cave de sa maison, soupira l'adolescente. En attendant, il nous faut quand même une stratégie, non ? Ils viendront nombreux, c'est sûr.

Sieg descendit sans difficulté de son perchoir et se posta face à elle, le corps encore fumant de sa transformation récente.

— Sans vouloir t'offenser, je pense que tu ne seras pas d'une grande utilité quand ils arriveront. Tu devras surtout te débrouiller pour te mettre à l'abri. Mais ce ne sera pas un problème, pas vrai ? Tu es douée pour faire les choses discrètement.

En pleine réflexion, Ophelia fronça les sourcils.

— Je serai seule ?

— Si tu veux vraiment te rendre utile, tu seras du côté de Bertholdt. Il y aura peut-être quelques survivants à achever.

Elle déglutit discrètement, veillant à ne pas exposer ses réactions à celui qui était le plus à même de deviner ce qu'elle préparait. Se retrouver seule durant la bataille était certainement la meilleure chose qui pouvait lui arriver.

— Comme je le disais, reprit Sieg sans la quitter des yeux, tu ne seras pas la plus utile pour les combattre. Ton rôle se joue ailleurs, et avant ça.

— Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? s'enquit-elle.

— Retourne t'infiltrer parmi eux. Essaie de ramener des informations importantes, leurs effectifs, un jour approximatif où ils risquent de passer à l'attaque... C'est ton truc, l'espionnage, débrouille-toi pour trouver des infos utiles. Tu devrais aussi penser à te procurer un de leurs équipements, que tu ne sois pas condamnée à te balader au milieu du chaos si ça tourne mal.

Ophelia acquiesça sans un mot, soulagée d'apprendre qu'elle allait passer du temps loin des guerriers. Néanmoins, le comportement de Sieg l'agaçait. Il ne voulait pas lui parler de leur stratégie, elle l'avait bien compris. Sans informations véridiques et claires, elle n'avait aucun intérêt à trahir Mahr au profit des démons de l'île du Paradis, puisqu'ils en savaient autant qu'elle : les guerriers cherchaient à récupérer l'Originel. Et, si elle revenait les mains vides, ils sauraient qu'elle n'était pas en faveur d'un massacre. Il était plus malin que prévu.

L'adolescente n'eut alors d'autre choix que de rejoindre le mur Rose, après avoir traversé l'immensité désertique du mur Maria et vu tous les villages abandonnés et détruits. Peu de Titans rôdaient dans les parages, puisque Mahr n'en avait pas envoyés depuis longtemps et qu'ils avaient été éliminés en grand nombre lors de l'attaque à Trost quelques semaines auparavant. Lorsqu'elle aperçut le mur qui démarquait ce fameux district, Ophelia indiqua à Pieck de s'arrêter et se mit à réfléchir.

— Je peux pas me contenter de les regarder de loin si je veux en savoir plus, donc je vais devoir être prudente.

— Qu'est-ce que tu veux faire ? lui répondit la voix du Titan Charrette.

— Entrer par la ville directement serait trop dangereux, alors... Le mieux, c'est que tu passes le mur Rose et que tu te fasses discrète jusqu'à ce que je revienne. Je peux me débrouiller pour la suite.

— Tu es sûre ?

— Certaine. Mais je sais pas combien de temps ça prendra. Tu vas pouvoir rester comme ça et ne pas te faire remarquer ?

— Tu sais que c'est pas un problème pour moi.

La jeune espionne esquissa un sourire que sa camarade ne put que deviner. Le plan se déroula comme prévu. Pour avoir déjà passé le mur Rose avec Sieg, Pieck sut se faire discrète. Fermement accrochée à la structure en bois posée sur le dos du Titan, Ophelia ne descendit que lorsqu'elles furent de l'autre côté, pas trop éloignées d'un village banal.

— Fais attention à toi, prononça alors la guerrière.

— T'en fais pas, je suis douée pour survivre, ironisa Ophelia avant de tapoter sa grande joue une dernière fois.

Puisque le soleil se couchait, il n'y avait personne dans les environs. Une bonne chose. Ainsi, elle n'eut aucun mal à se faufiler jusqu'aux écuries communes du patelin. Là, elle dut se concentrer pour se rappeler ce que Reiner et Bertholdt avaient dit à propos de monter à cheval - ce qu'elle n'avait jamais fait, mais il y a bien une première fois à tout. Elle parvint à équiper l'animal tant bien que mal, néanmoins agacée par sa tendance à vouloir manger ses cheveux ou frapper le bout de sa grande tête brune contre la sienne.

Le cheval la suivit docilement lorsqu'elle le conduisit hors du village avec discretion. Elle attendit d'être sûre de ne pas pouvoir être aperçue pour passer un pied dans l'étrier et se hisser sur la selle comme elle pouvait. Un hoquet de surprise lui échappa quand l'animal se mit à avancer, mais elle s'accrocha et parvint à tenir en place. Ce n'était pas si compliqué que ça, finalement. Un léger sourire aux lèvres, Ophelia offrit une caresse à un son nouveau compagnon avant de lui indiquer de se mettre en marche pour de bon.

C'était apparemment son jour de chance, à en juger par le groupe de soldats qu'elle aperçut en rejoignant la route principale reliant le district de Trost à celui de Hermiha. Tous parés du même blason, une aile bleue, une aile blanche.

Esquissant un sourire satisfait, Ophelia rabattit sur sa tête la capuche de son propre uniforme qu'elle avait dérobé à l'armée de Paradis lors de sa dernière visite et se fit la plus discrète possible pour s'ajouter au peloton. Son cœur battait vite. Elle n'était pas certaine de vouloir être démasquée maintenant, alors qu'elle n'avait rien à offrir en contrepartie de sa survie. Quelques regards croisèrent le sien mais personne ne dit rien, ils étaient bien trop détendus pour se douter de quoi que ce soit. Une femme fronça pourtant les sourcils dans sa direction, sans cesser d'écouter le garçon au crâne rasé qui parlait sans s'arrêter à ses côtés.

Elle crut un instant que cette soldate allait dire quelque chose, mais elle n'en eut pas le temps.

— Lieutenant ! l'interpela un homme depuis sa position. Excusez-moi, on vous demande en première ligne.

La brune sembla agacée, mais elle acquiesça et adressa un sourire à l'autre bavard avant de partir au trot pour rejoindre les plus haut-gradés de la formation. Ophelia laissa échapper un soupir de soulagement tandis que le garçon entamait une conversation incompréhensible avec une autre soldate, une adolescente qui sortait des morceaux de pain de sa poche sans explication logique. Ces deux-là n'auraient certainement pas la concentration nécessaire à se rendre compte de sa présence.

Il ne lui restait plus qu'à suivre le troupeau.

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Dans le couloir de ce bâtiment qui servait de refuge aux soldats pour la nuit, puisque le district n'était qu'un arrêt entre leur point de départ et leur véritable destination - la capitale - Ophelia pressa le pas et serra dans sa main la sangle de la mallette qu'elle avait dérobée. Un équipement complet se trouvait dedans, ce qui lui serait vital si elle devait être présente lorsque les hostilités seraient lancées. Elle n'avait encore aucune idée de comment ces trucs fonctionnaient, mais elle apprenait vite et savait que Bertholdt serait assez pédagogique pour lui apprendre sans difficulté.

Il n'y avait plus grand monde dans les parages, c'était l'heure du dîner. Pourtant, Ophelia dut s'arrêter lorsqu'elle entendit des voix, de l'autre côté du virage qu'elle devait emprunter pour sortir. Méfiante, elle colla son dos au mur et jeta un coup d'œil à la femme qui se trouvait en pleine conversation avec un adolescent, au milieu du couloir. C'était encore cette lieutenante au regard curieux, et Ophelia n'avait pas l'intention de passer devant elle une nouvelle fois. Celle-là serait capable de la piéger même dans chercher à le faire, elle en était certaine.

L'infiltrée se prépara alors à faire demi-tour pour chercher une autre issue lorsque des bribes de leur conversation lui parvinrent.

— T'es pas obligé de te renfermer sur toi-même, Eren. Mais si tu veux pas en parler, d'accord, ajouta la brune avec bienveillance. Parle-moi au moins des tests avec Hanji. Est-ce que tout se passe bien ?

— Oui, on progresse.

Curieuse, Ophelia revint sur ses pas. Il ne devait pas y avoir beaucoup d'Eren possédant une place importante dans l'armée sur cette maudite île, si ?

— Je maîtrise pas encore assez la rigidification pour combler la brèche dans le mur Maria, mais Hanji dit qu'on sera prêts d'ici quelques semaines. Il faut que je sois sûr de pouvoir tout bien contrôler. Parce qu'ils seront là, ajouta-t-il d'un ton monocorde après une seconde de silence.

Elle haussa un sourcil dans un rictus ironique. Ce garçon détenait le Titan le plus puissant de tous et se retrouvait encore à travailler sa rigidification. C'en était comique.

— Tu te sens prêt à les revoir ? questionna la femme. C'étaient tes camarades, je comprendrais si tu-

— Ce sont des traîtres, coupa Eren. Et l'humanité sera en danger tant qu'ils seront en vie. Je sais ce que j'ai à faire.

Ophelia ne put s'empêcher de secouer la tête, frustrée par l'ignorance des deux camps qui s'affrontaient depuis des siècles. Elle aurait voulu sortir de sa cachette pour le contredire et lui expliquer que tuer Reiner et Bertholdt ne changerait rien à la situation, mais elle ne pouvait pas.

Ils le découvraient de toute façon d'eux-mêmes un jour ou l'autre, lui et tous les habitants de cette île.

⋇⋆✦⋆⋇ 

Ce jour-là marqua Ophelia pour une raison précise.

Elle avait beau avoir fait face à des horreurs inimaginables, avoir été victime de tant d'injustice que son sang semblait se mettre à bouillir à la simple prononciation de ce mot, elle n'avait jamais fait face à la mort.

Elle avait déjà cru mourir, oui.

Elle avait vu sa grand-mère mourir.

Mais jamais encore la mort n'avait pris possession de sa main pour exercer son devoir et faire tomber la sentence qui pesait sur chaque humain depuis leur naissance.

La nuit était tombée pour de bon quand elle rejoignit l'extérieur.

Ophelia se sentit suivie, peu après avoir dépassé un petit groupe de soldats à la sortie du bâtiment. Il faut dire qu'elle avait bien l'air suspect, avec sa capuche rabattue et sa mallette à la main. On l'interpella. Une fois. Deux fois.

Refusant de s'arrêter, l'adolescente s'assura du coin de l'œil qu'il n'y avait qu'un homme derrière elle. C'était le cas, et ses collègues étaient désormais loin.

— Hey, arrête-toi ! Pourquoi tu transportes un équipement ? Qui t'en a donné l'ordre ?

Lorsqu'elle cessa d'avancer, toujours à la recherche d'un moyen de se sortir de là, l'inconnu pressa le pas pour la rattraper. Il s'arrêta pourtant à quelques mètres d'elle, méfiant. Ophelia jeta un coup d'œil aux escaliers qui se trouvaient à côté d'elle. Ils menaient à un passage sous-terrain.

— Retourne-toi.

— Je dois apporter cet équipement à...

Elle déglutit bruyamment. À qui ? Elle n'avait aucun nom à fournir et savait que toutes les personnes à qui cet équipement aurait profité se trouvaient au même endroit. Loin d'être dupe, le soldat lui ordonna une nouvelle fois de lui faire face et avança de plusieurs pas quand elle le fit, dévoilant son visage à l'expression neutre et son regard anxieux.

— T'es pas des nôtres, devina-t-il. Donne-moi l'équipement.

— Viens le chercher, lança Ophelia, consciente de l'impasse dans laquelle elle se trouvait bien qu'elle n'eût aucune idée de la manière dont elle pouvait s'en sortir.

Cette provocation agaça son interlocuteur plus qu'autre chose. Elle n'eut pourtant pas de mal à l'esquiver lorsqu'il s'avança pour récupérer la mallette. À plusieurs reprises.

Elle ne fut plus sûre de suivre correctement ce qu'il se passait, après ça. Après le geste qu'il amorça dans sa direction et qui la fit réagir instinctivement.

L'homme eut comme premier réflexe de l'immobiliser à la vue de la lame brillante qu'elle sortit de sous sa cape. Ce réflexe ne leur valut qu'une chute douloureuse. Ils dévalèrent l'escalier menant sous terre, se cognèrent et luttèrent pour l'arme tandis que l'objet coupable de cette rencontre glissait jusque dans l'obscurité du couloir froid.

Il lui fallut un moment pour comprendre ce qu'elle avait fait, pour identifier le regard terrifié qui croisa le sien, pour entendre vraiment le dernier souffle dont elle fut témoin. Elle se demanda longtemps pourquoi ce soldat avait eu peur. Cet ultime regard ne lui était pas adressé, elle le savait, il était pour la mort elle-même. Était-elle si affreuse ? Existait-il un humain capable de la dévisager sans faiblir, au moment où elle apparaissait à lui ?

C'est le son que fit le couteau en quittant la poitrine de sa victime qui ramena Ophelia à la réalité. Le sang, aussi, rougeâtre contre ses mains pâles. Celui qui coulait le long de son front depuis la blessure que sa chute avait causée n'était pas assez important pour qu'elle en prenne conscience tout de suite.

Elle versa bien des larmes pour cette vie qu'elle avait arrachée, même après avoir quitté ce maudit passage souterrain, la mallette à la main et le cadavre abandonné sur la pierre froide.

Cet homme avait sûrement des amis, une famille.

Et s'il avait des enfants ?

Qu'est-ce que j'ai fait ?

Comment pourrais-je encore prétendre être différente après ça ?

Les questions infinies et sans réponses animèrent son esprit durant tout le trajet du retour. Néanmoins, elle ne laissa aucun des guerriers apercevoir sa culpabilité. Il fallait qu'elle garde son sang-froid, comme toujours.

Si elle avait eu de quoi écrire à disposition et la certitude que personne ne pourrait lire ses pensées, Ophelia l'aurait fait, mais c'était une prise de risque bien trop grande alors, une fois à l'abri des regard, elle prit le temps de fermer les yeux pour penser à ce qu'elle voulait dire.

Si elle avait eu de quoi écrire à disposition et la certitude que personne ne pourrait lire ses pensées, voilà alors ce qu'elle aurait écrit :

« Grand-mère,

Leçon du jour, tu te souviens ?
Aujourd'hui, j'ai encore compris quelque chose.

Chaque être humain a un monstre.

La plupart choisissent de l'ignorer ou de se soumettre à lui pour vivre une vie la plus paisible possible. Les risques, c'est trop pour eux.

D'autres préfèrent l'affronter.

Mais qui pourrait battre un monstre sans en devenir un ?

Grand-mère, aujourd'hui, j'ai compris que je ne suis pas une fille qui se bat pour ce en quoi elle croit. Je suis un monstre qui combat son monstre.

Je suis aussi le monstre de quelqu'un.

C'est inévitable, et ceux qui pensent pouvoir préserver leur humanité face aux horreurs du monde font erreur. »

。・:*:・゚★,。・:*:・゚☆

je sais pas trop quoi penser de ce chapitre, j'ai tenté un truc un peu différent au niveau du rythme et tout pour la dernière partie, je sais pas 😭

et désolée pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre, j'ai pas mal galéré donc voilà voilà
si vous voulez donnez votre avis ne vous gênez pas, comme d'habitude !

je vais sûrement poster un autre chapitre demain pour me faire pardonner du retard 😎

tchuss

Zoé

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