℘𝐀𝐑𝐓𝐈𝐄 𝟓 (6k)












𝐏𝐀𝐑𝐓𝐈𝐄 𝟓 : 𝐋𝐄 𝐍𝐎𝐔𝐕𝐄𝐋 𝐀𝐑𝐑𝐈𝐕𝐀𝐍𝐓
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어찌어찌 걸어 바다에 왔네
이 바다에서 나는 해변을 봐
무수한 모래알과 매섭고 거친 바람
여전히 나는 사막을 봐






























             Lourd, un silence est tombé sur la salle. 

             Les muscles se sont raidis et les yeux, écarquillés. Plus personne ne respire ni ne bouge. Tout n’est plus que suspens.

             Quelques secondes, aucune parole n’est prononcée. Bientôt perturbé par un raclement de gorge.

— Vous comptez me répondre un jour ou continuer à me considérer comme un abruti ?

             Les bras d’Edward ne me lâchent pas. Toujours solidement enroulés autour de ma taille, ils se sont figés à la manière d’une statue qu’aucun vent ne saura faire remuer. Il est pourtant bien vivant.

             Je peux le sentir à travers la cadence folle des battements de cœur martelant mon dos.

— OH ! tonne à nouveau la voix, commençant à perdre patience. EDWARD !

             Soudain, comme s’il ne lui avait fallu qu’entendre son nom, le blond se redresse. Ses bras me quittent et j'ignore la désagréable fraîcheur qui se répand en moi à ce geste.

             De toute façon, mes entrailles me cuisent aussitôt d'appréhension, contrebalançant ce changement de température soudain.

             Nous venons d’être surpris. Et pas par n'importe qui.

Je suis désolé, chuchote le blond en glissant devant moi pour me vacher à la vue de son bras droit.

— Parce que tu t'imagines que j’en ai pas déjà assez vu ? réagit-il aussitôt face à la tentative d’Edward.

             Les sourcils broussailleux de monsieur Abd Allah se froncent et il pince l'arête de son nez. Basculant la tête en arrière, il laisse jaillir de ses lèvres un long râle et ses paupières se ferment. Visiblement exaspéré, il tente de reprendre contenance.

             Mais sa gestuelle, ses muscles tendus et les mouvements secs de ses moindres sursauts en disent long sur son agacement.

—  Bon sang, mais mes soupçons sont fondés ! Tu couches avec une employée !

— On ne couche pas ensemble ! je proteste aussitôt.

             Se tordant le cou, mon petit ami me lance un regard par-dessus son épaule : 

— À ce propos…

— Edward, ce n'est vraiment pas le moment, mon cœur.

             Pinçant les lèvres, il acquiesce, l’air de dire qu’il comprend ce que je veux dire par là. Pour ma part, je ne saisis même pas pourquoi je suis obligé de lui préciser que la situation est trop délicate.

— Bon sang, mais à quoi tu pensais ? finit par céder son ami, rattrapant notre attention.

             Les épaules d’Edward se haussent.

— Mais, je… Je pensais à… Mais de quoi je me mêle, d’abord ? il se reprend aussitôt, réalisant l’incongruité de la situation. Tu rentres dans mon bureau sans toquer et tu as le culot de te plaindre de ma compagnie ?

             Même s’il me montre le dos, il tend son bras en arrière et pose une main sur ma hanche. Je frissonne quand son pouce frictionne ma chair avec tendresse.

             Cependant, le brun ne compte visiblement pas se laisser faire.

— De quoi je me mêle ? répète-t-il d’un air ulcéré. Mais, de ton entreprise ! De son bien ! Bon sang, t’as pensé aux répercussions, si cela venait à se savoir ?

             Edward lâche un soupir.

Je me fiche de ma réputation.

— Ce n’est pas de ta réputation que je parlais.

             Je sens mon petit ami se figer devant moi. Les lèvres closes, j’essaye de me faire la plus invisible possible. Je n’oublie pas que je suis la source de cette dispute et je comprends, qui plus est, ses différents points de vue.

             Je dois d’ailleurs avouer partager d’une certaine façon celui de monsieur Abd Allah.

             Parfois, tard le soir, je m’allonge sur mon lit et ris bêtement aux moments que nous avons passés ensemble. Je les repasse en boucle dans ma tête, planant dans un nuage d’euphorie.

             Puis, brutalement, d’odieuses images s'imposent à mon esprit. Celles de ce que deviendrait ma vie, si cette relation venait à être connue.

— Tu es le dirigeant d’une entreprise cotée en bourse de plusieurs milliards de dollars. Tu auras littéralement toujours de quoi te retourner. Mais elle, elle aura quoi ? 

             Mon cœur bat si fort dans ma poitrine que je peux le sentir pulser jusque dans mes bras. Ma gorge est sèche tandis que j’essaye de faire abstraction de l’océan de ténèbres qui monte en moi quand j'entends les paroles de Karim.

À part des collègues qui passeront leur temps à dire qu’elle a couché pour en arriver là où elle est ? À part des collaborateurs qui ne la respecteront pas et qui feront du moindre jour de travail un calvaire ? À part des…

— Boucle-la.

             Je sursaute presque. Jamais je n’avais entendu une telle obscurité dans la voix d’Edward.

             Je suis derrière lui et ne peux donc pas voir son visage. Mais, je sais que ce dernier est terrifiant. Je devine aisément le jeu des ombres valsant avec menace sur ses traits fins. 

             Sa mâchoire s’est contractée.

Je crois que tu as oublié quelle était ta place.

             Sa voix est vrombissante, comme si des braises incendiaient ses cordes vocales. Rocailleuse, elle s’écorche sur les mots cassants qu’il assène.

Tu es mon employé. Pas mon supérieur hiérarchique et encore moins ma nounou. Tes conseils, tu te les gardes.

             Je crois que jamais je n’avais vu Edward en colère. Et quelque chose me dit que je n’ai encore rien vu de ce qu’il peut faire.

— Et tes menaces aussi, gronde-t-il presque, sa main se raffermissant sur ma hanche.

             L’autre ne semble pas surpris par ce brusque revirement de situation. Sa mâchoire se contracte légèrement et un éclat illumine son regard.

             Haussant le menton, il esquisse un faible sourire.

— Ce n’était pas des menaces. Mais continue à me parler comme ça et tu vas en entendre.

             Un rire franchit les lèvres d’Edward. Malin, il tangue dans l’air épais, sifflant contre mes tympans.

             L'atmosphère est si lourde que je peine à respirer convenablement.

— Oh oui, vas-y, fais-moi le plaisir de les dire.

             La conversation prend une tournure que je n’aime pas. Mon cœur bat à tout rompre et je salive difficilement. 

             Je ne connais quasiment pas monsieur Abd Allah. Il a l’air d’être un honnête homme. Pourtant, rien ne me garantit qu’il ne me fera pas payer la colère d’Edward en révélant notre relation.

             Et je dois dire que je ne comprends rien à la scène qui se joue actuellement. Je les croyais amis.

             Le brun s’ennuie avant le blond. Secouant la tête, il lâche un soupir et considère simplement mon petit ami un moment. Puis, résigné, ses épaules se relâchent.

— Je ne suis pas là pour te faire peur ni lui faire du mal. Mais ce genre d’histoire finit toujours par être sue et tu le sais.

             Il pousse un soupir.

—Fais juste attention, car elle a plus à perdre que toi, c’est tout.

             Puis, sans nous laisser le temps de rétorquer quoi que ce soit, il projette une pile de dossiers kraft sur le bureau d’Edward. Ceux-là s'éclatent contre le verre et glissent, chutant même au sol. Mais, le brun n’esquisse pas le moindre geste pour les ramasser.

             À vrai dire, une lueur étrange habille son regard. Je réalise alors que même s’il n’en a rien laissé paraître, l’agressivité d’Edward l’a blessé.

J’ai laissé les stats du mois dernier sur ton bureau, lâche-t-il sans un regard pour nous, désignant la pile échouée du menton. À l’origine, j’étais venu discuter de cela, mais on sait jamais, tu pourrais être pris d’une envie de m’insulter, là aussi.

— Ne dis pas n’importe q…

— Débrouille-toi pour les lire.

             Là-dessus, il quitte la pièce. Aussitôt, les épaules d’Edward se relâchent et son regard tombe au sol. 

             Reprenant enfin mon souffle, je profite de l’atmosphère moins lourde et contourne l'homme. Me glissant devant mon petit ami, je croise son regard peiné.

J'ai fait de la merde, là. Hein ?

             Je ne réponds pas.

             J’en ignore la raison, mais Edward a perçu les remontrances de son ami comme une menace. Il a dû croire que ce dernier laissait entendre qu’il révélerait notre relation et cela lui a fait perdre pied.

             Quelque chose d'incertain brille dans son regard. Comme une lueur fragmentée du passé, elle oscille dans sa pupille noire.

             Je devine là une douleur violente, une plaie passée et non guérie. Oui, assurément, ce n’était pas juste une histoire de menace de révélation. Je l’ai entendu dans la voix rocailleuse qu’a adoptée Edward.

             Il était terrifié.

— Edward, je chuchote en posant une main sur sa joue.

             Ses yeux se plantent aussitôt dans les miens.

— Dis-moi ce qui a pu te faire croire qu’il comptait te faire du mal ainsi ? Il est pourtant ton ami, non ?

             Ses yeux glissent, fixant soudain le vide.

— Il est comme un frère, admet-il d’une voix serrée.

Et tu n’as pas confiance en ta famille ?

             À nouveau, le même éclat le traverse. Vif et particulièrement douloureux, il est aussi rapide qu’intense. Je le manque presque.

             Une ombre traverse son visage. Ses traits se raffermissent.

— Elle est même ce en quoi j’ai le moins confiance.






















































— Je vous demanderai donc de réserver un accueil chaleureux à Dimitri.

             Debout devant nos bureaux, nous sourions tous aux paroles de Monsieur Kanté. L’homme, les mains dans le dos, accorde un regard presque paternaliste au nouvel employé que nous accueillons ce matin.

             Dimitri Stanlov. Il remplace Arthur. Ce dernier ne nous a donné aucune nouvelle depuis sa discussion avec Edward.

             Ma gorge se serre soudain.

             Maintenant que j’ai pu apercevoir quelques prismes du comportement du PDG lorsqu’il est en colère, je dois m’avouer plutôt désarçonnée par ce souvenir.

             Cela remonte à longtemps… Il était tard, le soir. Arthur venait de me gifler et je nous croyais seule. Prise de panique, j’ai rampé à reculons, tentant de m’éloigner de lui, quand mon dos est entré en contact avec deux jambes.

             Edward.

             Il a invité Arthur à la suivre jusque dans l'ascenseur. Les portes de ce dernier se sont fermées et je n’ai plus jamais revu le blond.

             Ma gorge se serre. Où est-il passé ?

— (T/P) ? (T/P) ?

             Je reviens soudainement à moi. Tous les employés de l’openspace me fixent tandis que monsieur Kanté m'interpelle.

             Un sourire paternaliste étire ses lèvres.

— Enfin, ma grande, tu es avec nous ?

— Oui, navrée, j’ai… Je suis un peu fatiguée.

— Petite nuit ? répète-t-il avec douceur.

             J’acquiesce doucement, riant d’un air embarrassé. Mes collègues ne s’en préoccupent pas, ne trouvant rien d’intéressant dans cette conversation.

             Cependant, quelque chose me dérange soudain. Le nouveau. Dimitri. Une lueur vient de traverser son regard. Quelque chose de mauvais.

             Je déglutis péniblement. J’ai un mauvais pressentiment.

             Il me fixe. Comme s’il avait deviné mes pensées, son rictus sombre s'agrandit.

— Je te demandais de bien vouloir l’accueillir. Tu es la plus ancienne de l’équipe, il me semble naturel que tu le fasses.

             Je force un sourire : 

— Mais bien sûr !

             Monsieur Kanté acquiesce à cette réponse et émet quelques remarques supplémentaires sur les projets en cours et la refonte du service. Je fais mine de l’écouter, un sifflement désagréable perçant mes oreilles tandis que j’acquiesce au bourdonnement incompréhensible de l’homme.

             Dimitri Stanlov. Il me fixe. Il ne prend même pas la peine de prétendre qu’il prête l'oreille aux paroles de Kante. Sans sourciller ni ciller, il me dévisage.

             Mon cœur bat à tout rompre et ma gorge se serre. Je fais mine de n’avoir rien remarqué. Cependant, cela devient compliqué au fur et à mesure des secondes.

             Quelques collègues finissent même par se tourner vers moi, suivant le regard du nouvel arrivant.

— Il veut quoi, lui ? demande Daryl à Noor, désignant l’homme d'un geste du menton.

             La femme hausse les épaules, me lançant un regard interrogatif que je feins de ne pas avoir remarquer.

             Les minutes s’écoulent incroyablement lentement. Finalement, monsieur Kanté nous libère, acquiesçant dans un sourire doux.

— Bien, au travail ! 

             Là-dessus, il tourne les talons. Chacun retourne à ses préoccupations et je m’empresse d’aller à mon bureau, feignant de ne pas avoir remarqué Dimitri qui marche vers moi d'un pas résolu.

             Je tire mon fauteuil, mais je n’ai pas le temps de m'asseoir.

— (T/P) ? retentit une voix que je devine aussitôt être celle du nouvel arrivant.

             Mes lèvres se pincent et mes dents se serrent. Je n’y aurais pas échappé, finalement.

             Forçant un sourire, je me redresse de tout mon long en me restaurant : 

— Oui ?

             Son regard. Là est la première chose que je remarque. De froids iris qui transpercent sa sclère, plantés au milieu de sa peau de marbre. 

             Ses lèvres aussi fines que des lames de rasoir s’ouvrent à la manière d’une plaie animée : 

Je vais être claire. Le poste qu’ils t’ont promis. Celui de monsieur Kanté. C’est moi qui l’aurai. Je sais que je suis plus compétent.

             À ces paroles, un silence tombe sur l’openspace. Atterrée, les doigts se suspendent au-dessus des claviers. Quelques silhouettes se retournent, lançant un regard ahuris à l’homme.

             Ce dernier ne leur prête aucune attention, préférant me fixer, moi.

             Un rictus malin étire ses lèvres.

— Alors ? Incapable de réagir ?

             Pour toute réponse, je pousse un long soupir en levant les yeux au ciel. L’ignorant royalement, je fais face à mon ordinateur que je déverrouille. 

             Puis, comme s’il n’était pas là, je commence à taper sur mon clavier, entamant mon travail.

Je vois… Tu te la joues trop cool pour me répondre ?

             Je soupire à nouveau, comprenant qu’il ne va pas me lâcher. Comme un chien ronge son os, il est décidé à aller jusqu’au bout de sa petite scène pathétique.

             Posant mes mains sur mon bureau, je m’éloigne juste assez pour pouvoir mieux regarder Dimitri. Cependant, je ne me lève pas.

             Tous les regards sont rivés sur  nous. Plus personne ne parle. Je le sais, il ne s’agit pas d’un simple échange de méchancetés.

             Dans ma façon de répondre, cette équipe saura si j’ai le cran de prendre leur tête.

— Bien, monsieur Stanlov. Monsieur Kanté m’a demandé de vous guider au sein de cette entreprise, alors commençons par les bases, à savoir les présentations.

             Je plante mon regard dans le sien, arborant un air sévère, mais non énervé. Je ne veux pas lui faire le plaisir de s’imaginer qu’il a le pouvoir de me mettre en colère. Car, il ne l'a pas.

             En revanche, en m’abordant de la sorte, il m’a conférée une certaine puissance. Car, cette simple rencontre m’a permis de saisir quelque chose de fondamental.

             Il me considère comme une menace.

             Et il a raison de le faire.

Je vais donc commencer par me présenter. Vous avez devant vous la future manager de cette équipe. Et je vous conseille de ne plus recommencer ce genre de sottises à l’avenir. Car, croyez-moi, je ne les oublierai pas quand je prendrai mes fonctions. 

             Il est vrai, rien n’est encore dit. Personne n’a ratifié et signé un papier affirmant que je prendrais la suite de monsieur Kante.

             Mais pas une seule seconde, je n’offrirais à un petit con arrogant à peine arrivé la satisfaction de voir que je doute.

             Sans un regard de plus, je retourne à mon ordinateur. Comme s’il s’agissait d’un matin normal, je trie mes mails et prends connaissance des divers projets nous attendant.

             Tandis que j’exécute cette tâche, je vois du coin de l'œil que Dimitri ne bouge pas. Planté là, il ne doit pas savoir quoi répondre pour garder la face après avoir été remis en place de la sorte.

             Je ne sais trop si cela est pour marquer le coup ou parce que le fait qu’il reste ici m’agace, mais j’ajoute : 

— Oh, et à l’avenir…

             Mes yeux se posent sur lui. Il soutient ce contact visuel.

— Ne vous avisez plus de me tutoyer.

             Là-dessus, je retourne à mes occupations. Il me semble que le nouveau s’apprête à tourner les talons et à rejoindre son bureau quand une voix résonne soudain : 

— Mademoiselle (T/N), pourrais-je vous parler ?

             Me tournant, je découvre la silhouette d’Edward, debout là où se trouvait monsieur Kanté, il y a quelques minutes. Son visage est ferme et son regard, presque froid.

             Je me lève. À l’instant où je passe devant Dimitri, ce dernier susurre : 

— J’en connais une qui va se faire taper sur les doigts pour avoir menti sur sa future promotion et avoir tenté d’intimider son nouv…

— Monsieur Stanlov, je vous paye à bosser ou à jacter ? l’interrompt aussitôt le blond.

             Un sourire lumineux étire soudain les lèvres du nouvel arrivant. Se tournant vers Edward, il lui montre un visage si radieux que je crois un instant avoir rêvé le rictus méchant qu’il m’a accordé, tout à l’heure.

J’y vais de ce pas, monsieur !

             Si j’ai pu croire avoir imaginé son sourire mesquin en voyant son attitude envers notre patron, je me ravise aussitôt. Dès qu’il se retourne, montrant le dos à Edward, il m'accueille d'un autre regard mauvais.

Bonne chance pour justifier ç…

— Oh, ta gueule.

             Ignorant le hurlement de rire que pousse Daryl, je dépasse Dimitri sans un regard. Edward me fixe tandis que je l’approche.

             Aucune émotion ni sourire ne traverse son visage. Ses traits sont serrés et durs, il ne réagit pas au léger rictus que je lui offre. Quelque part, il me semble presque en colère.

             Il n’est pas agacé par la façon dont j’ai parlé à Dimitri, si ?

             Lorsque j’atteins la hauteur de mon petit ami, c’est d’un ton glacial qu’il tonne : 

— Bien. Suivez-moi, nous devons discuter.


















































             Depuis plusieurs minutes maintenant, Edward n’a pas décroché le moindre mot.

             Nos pas résonnent dans le silence mordant planant sur nous. Partout où nous passons, des têtes se tournent et des salutations polies sont lancées. Il ne répond à aucune d’entre elles.

             Dans l’ascenseur, il a ignoré le regard curieux des employés habitués à le voir jovial. En traversant un open space, il s’est contenté d’un hochement de tête à l’égard d’un manager s’approchant pour converser.

             Je déglutis péniblement.

             Je ne sais pas ce qu’il se passe, mais il semble furieux. Je ne l’avais jamais vu ainsi. Mes entrailles se soulèvent.

             Enfin, nous atteignons le couloir menant à l’une des portes de son bureau. Je ne sais si je suis soulagée ou non de la voir. Soit, il va enfin m’expliquer ce qui ne va pas.

             Mais là est aussi l’exacte raison pour laquelle je sens une certaine inquiétude monter en moi.

             Quand Edward attrape la poignée, j’ai presque un hoquet. Il ouvre et s’arrête sur le seuil, me faisant signe d’entrer. Déglutissant péniblement, je m’exécute.

             À l’instant où le bruit de la porte se fermant résonne derrière moi, j’éclate aussitôt : 

Écoute, si tu es furieux à cause de ce que j’ai dit à l’autre, le fait que j’ai affirmé de façon péremptoire que j’aurais une promo…

             Ma voix meurt quand ses lèvres s’écrasent brutalement contre les miennes. Ses mains prennent mon visage en coupe tandis que sa langue s’enroule autour de sa jumelle.

             Un instant, je me fige. Puis je fonds dans cette étreinte irrésistible. 

             Mes doigts glissent dans ses cheveux et je gémis contre lui. Ses mains caressent mon corps, me plaquant toujours plus dans sa chaleur, et ses lèvres glissent sur les miennes.

             Je frissonne, ne pouvant réprimer le soupir d'exaltation qu’il avale aussitôt.

             Au bout d’un long moment, son front se pose sur le mien. Les yeux clos, je peine à reprendre ma respiration. Ma poitrine tremble tandis que je gonfle ma poitrine.

— Et c’était en quel honneur ? je chuchote fiévreusement.

— Ce que tu es sexy quand tu remets quelqu’un en place.

             J’éclate de rire. Reculant, il laisse couler sur moi un regard d’une infinie douceur.

Bon sang, est-ce que tu as la moindre idée de la peur que tu m’as faite à débarquer comme ça dans l’openpsace ? je demande en haussant les sourcils. J’ai cru que tu étais en colère.

— Et tu aurais peur si je me mettais en colère ?

             Sa question me prend au dépourvu. Surprise, j’écarquille les yeux un instant.

Je… Oui. Enfin, non… Je veux dire, ce qui me fait peur c’est d’avoir pu te blesser.

             Il ne répond pas. Soucieux, ses yeux sondent mon visage, cherchant les tréfonds de mes pensées. Je ne mets pas longtemps à comprendre ce qui le tracasse.

             Edward est un homme solaire et souriant. Ce que j’ai aperçu de lui, ce matin, n’est sûrement pas une vision que beaucoup ont croisée. Et il doit se demander si ma vision a changé, maintenant.

Edward, je n’ai pas peur de toi, je chuchote en posant une main sur sa joue. Je sais que tu ne me ferais jamais aucun mal.

             Ses traits s’adoucissent. Je lisse sa pommette, détaillant la pointe de soulagement qui apaise son regard.

— Tu es humain. Tu sais cela, n’est-ce pas ? Tu as le droit d’être en colère. Tu n’es pas obligé d’être un rayon de soleil permanent.

             Il acquiesce doucement. Je dépose un baiser chaste sur ses lèvres.

             Puis, dans un sourire doux, je change de sujet : 

— Bon, du coup, tu comptes m’expliquer ce que c’était, ce petit numéro dans l’open space ?

             Ses yeux s’illuminent et un sourire fend son visage : 

— Oh ! Ça ? C’était mon plan ingénieux pour que personne ne se doute de ce qu’il se passe entre nous !

             Il me faut quelques secondes pour réaliser ce qui vient d’être dit. Puis, un sourire fend mon visage.

Donc tu veux faire croire qu’on se hait pour cacher le fait qu’on s’aime.

C’est tellement poétique quand tu le dis, minaude-t-il tandis que ses mains se posent sur mes hanches. Tout est poétique quand tu parles.

             Je ne réagis pas à son compliment, trop perplexe par la révélation de son plan. Alors, lorsqu’il se penche pour déposer un baiser sur mes lèvres, je le coupe en m’exclamant : 

— Mais, enfin, Edward !

             Entendant mon air outré, il se redresse : 

— Je… J’ai fait une bêtise, c’est ça ?

             Mes yeux s’écarquillent. Parfois, il présente quelques traits ingénus qui me déconcertent.

Edward, qu’il s’agisse de haine ou d’amour, si tu montres des émotions fortes à mon égard, tu te rends bien compte que cela suscitera de mauvaises réactions chez mes collaborateurs ?

             Un éclat traverse son regard. Je réalise qu’il n’avait pas réfléchi aussi loin.

Oh.

             Là est la seule réponse que j’obtiens.

             Secouant la tête dans un rire, je frotte affectueusement son bras. Il a gaffé, soit, mais il pensait bien faire. Il ne se rendait pas compte de l’essentiel.

             Il est sympathique et charismatique. Il ne déteste personne.

             S’il m’aime, les gens diront que j’ai eu une promotion canapé. S’il me hait, les gens diront que je dois être une sacrée vipère pour avoir suscité de telles émotions chez lui.

— Que dois-je faire alors ? demande-t-il, sincèrement déboussolé.

Il n’y a qu’une solution. L’indifférence.

— Impossible. Tu ne réalises pas que mon corps réagit indépendamment de ma volonté quand tu es là.

— Et qu’est-ce que je suis censée comprendre ? je pouffe face à son air résolument sérieux.

Mon cœur bat vite, je sue, je bégaye et pour ne pas faire attention à toi, je vais être obligé de me répéter en boucle de ne pas faire attention à toi, ce qui va me pousser à faire attention à toi. Et le serpent se mord la queue. Et c’est contreproductif.

             Médusée, je le fixe quelques secondes. Il a débité cette logorrhée à une vitesse telle que même moi en suis essoufflée.

             Haussant les sourcils, je finis par déclarer : 

Je suis quasiment sûre que tu peux m’ignorer trente secondes quand d’autres personnes sont présentes.

(T/P), tu n’as aucune conscience de ton charme.

             Je pouffe doucement.

— Non, mais c’est vrai ! réagit-il très sérieusement. Je…

             Sa voix est interrompue par trois coups secs frappés à la porte. Aussitôt, nous reculons l’un de l’autre. Nos sourcils se froncent et je devine à l’air circonspect de mon copain qu’il n’attendait personne.

             Nous échangeons un regard surpris.

Oui ? finit par demander le blond.

Monsieur Cumberg. Je suis Dimitri Stanlov, retentit d'une voix étouffée, derrière la porte close.

             Je souris quand le blond lève les yeux au ciel, visiblement exaspéré.

Vous voulez quoi ?

             Il ne cache même pas son agacement. Mais cela ne décourage pas Dimitri qui poursuit d’une voix mielleuse : 

— Vous parlez d’une de vos employés. (T/P) (T/N).

             Je me tends. Edward aussi. Son regard se durcit et sa mâchoire se contracte. Il ouvre la bouche et je devine que sa réponse va être particulièrement violente.

             Aussitôt, je pose une main sur son épaule, l’arrêtant. Le blond se tourne vers moi et je murmure d’une voix à peine audible : 

Laisse-le, je veux entendre ce qu’il a à dire.

             Les sourcils de mon copain se froncent.

Il a une stratégie pour me prendre ma place et je dois la connaître.

             Edward n’hésite que peu de temps. Dans un soupir, il acquiesce, me désignant la salle de bain adjacente où je pourrais les écouter en toute discrétion.

             Le remerciant, je dépose un baiser sur ses lèvres. Puis, me tournant, je rejoins en toute hâte l’autre pièce. Une fois sur le seuil, je m'apprête à refermer la porte quand la voix de l’homme retentit à nouveau : 

— Je me permets d’insister, monsieur. J’ai des informations extrêmement intéressantes sur elle.

             Je me fige. Mes sourcils se froncent. Me retournant, je croise le regard d’Edward qui me fixe aussi, visiblement intrigué.

             Et, sans rompre notre contact visuel, il finit par déclarer : 

— Dans ce cas, entrez, je vous en prie.


































































































바다 갖고 싶어 널 온통 들이켰어
근데 그 전보다 더 목이 말라
내가 다 아는 것이 진정 바다인가
아니면 푸른 사막인가

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