♪ 𝐋𝐄 𝐌𝐈𝐑𝐎𝐈𝐑
TW : mention d'expérimentation
Évidemment, tous les coms constructifs sont plus que bienvenus.
Bonne lecture ! ☀️
A. Willows
*
— Tyr ? T'es là ?
Comment veux-tu que je parte, idiot.e ?
— Par la porte.
Un éclat de plumes qui étaient froissées tandis que l'hybride quittait sa chaise pour s'asseoir devant la silhouette recroquevillée résonna dans toute la cellule. Ses yeux aux teintes mauves, qui passèrent rapidement au jaune, puis au turquoise, læ regardèrent tandis que sa main se posait sur sa chevelure rousse.
Je m'casserai pas d'ici sans toi.
...
L'autre ne répondit pas, marmonnant silencieusement un « mais tu pourrais » que l'hybride fit semblant de ne pas comprendre et s'affaissa sur le sol froid, laissant sur sa joue l'impression d'une étreinte glacée.
Tu as pris tes médicaments d'aujourd'hui ?
À peine la phrase avait été prononcée par la jeune femme mi-oiseau, læ prisonnier.e était relevé.e et la fixait, les yeux écarquillés. Ses poings s'étaient serrés instinctivement. Son coeur cognait, cognait dans son corps, frappait, criait, hurlait qu'iel en avait marre, qu'iel voulait sortir.
Mais, contrairement aux réactions qui laissaient deviner ce qu'iel ressentait réellement, iel n'hurlait pas et concentrait sa colère sur ses poings serrés, qui auraient sûrement des marques par la suite. S'iel hurlait, ça éveillerait l'attention des gardes, qui se feraient un plaisir de... de...
— Non, j'ai pas pris leurs foutus médocs. Qu'ils se les bouffent là où je pense.
Ils te feront vivre, tu sais bien qu'eux ne sont pas là pour te drainer de ton énergie.
— Ah, parce que tu crois que me torturer puis me caresser dans le sens du poil en faisant mine de me soigner comme des hypocrites, puis de recommencer le lendemain et le jour d'après, c'est... c'est humain ? C'EST HUMAIN ?
Je pense sincèrement que tu es plus humain.e que ces fous qui s'en qualifient à tort et à travers, Shae. Ou alors, les humains sont des créatures bien aberrantes, ces expériences sont bien « humaines » et ça signifie que toute foi en l'humanité est à reconsidérer...
— À ce stade, je vais finir par me dire que t'as raison.
Ce n'est que mon avis, Sha'.
— Il est quand même mieux que le leur, Tyr.
L'hybride læ fixa avec affection, lâchant les cheveux de læ prisonnier.e pour s'affaisser sur le sol de la cellule, ses longues boucles vertes basculant avec elle et lui retombant sur les yeux.
Au même moment, la porte s'ouvrit sans prévenir, laissant deux gardes armés jusqu'aux dents pénétrer dans la prison et læ prendre par les bras violemment sans qu'iel ne tente de protester. Pourquoi s'accrocher à la vie si c'était... pour ça ?
Tyr, horrifiée, hurla des paroles qui lui parurent sans sens, tendant la main vers ellui sans qu'iel ne réponde, les yeux dans le vide, se laissant tirer et balloter dans tous les sens. Iel tenta de lui sourire, mais ses lèvres ne collaborèrent pas, s'ouvrant à la place pour vomir du sang dans une quinte de toux.
— Laissez... crever...
Pas de réponse. Comme toujours.
Juste le silence, ce silence qui était sa seule compagnie.
*
Des ventilateurs étaient rivés sur ellui tandis qu'ils nettoyaient ses plumes, les examinant avec attention, comme toujours. Mais leurs doigts n'étaient pas ceux de quelqu'un d'attentionné, c'étaient ceux de personnes s'apprêtant à l'achever sans læ tuer. Jamais en læ tuant.
Le grand miroir accroché au mur du laboratoire lui aussi était rivé sur ellui, lui renvoyant son reflet d'éclopé, celui d'une créature aberrante, comme ils aimaient à dire. Ses ailes reptiliennes, sans aucune plume, contrairement à celles de Tyr qui étaient douces et de toutes les couleurs possibles, étaient ternes, ne læ laissant pas voler.
Même si iel les cachait, sa sclère couleur encre et sa pupille d'un jaune-vert pétant trahissaient le fait qu'iel était quelqu'un d'affreux. De différent. D'anormal.
Les machines avaient déjà démarré leur litanie de « bips ».
Comme d'habitude, iel ferma les yeux malgré les voix qui lui disaient de les garder ouverts et rêva. Se bouffa des rêves dans la gueule pour se distraire de ce monde écorché, histoire de pouvoir au moins se dire qu'iel n'était pas avec ses tortionnaires.
Le miroir qui était devant lui était celui du cours de danse classique qu'iel avait vu dans un des magazines qui traînaient ci et là. Les ballerines le regardaient tout en décrivant des pirouettes sans aucun effort, se laissant aller avec la musique entraînante.
Le miroir qui lui renvoyait son reflet n'en était pas un, il était une flaque dans laquelle jouaient deux bambins aux lèvres charnues et au sourire jusqu'aux oreilles, s'amusant de la boue qui pourtant souillait leurs bottes comme si c'était le meilleur jour de leur vie.
Le miroir qui lui montrait à quel point iel était seul.e était un miroir à main d'un jeune noble à la cape bouffante qui examinait maladroitement son reflet en replaçant une broche précieuse pour lui sur son manteau avant d'aller rejoindre sa petite sœur qu'il n'avait pas revue depuis longtemps.
Le miroir était tout ce qu'il n'était pas et c'était ce qu'iel voulait pour pouvoir supporter et s'absenter pour quelques secondes. Pour quelques battements de cœur, clignements d'yeux, au moins, iel n'était plus là. C'était déjà beaucoup.
*
Les gardes l'encadraient à nouveau, bien qu'avec moins de violence que pour le trajet jusqu'à la salle du miroir, læ remirent dans sa cellule et, tandis que l'une d'entre eux prenait déjà place sur un tabouret, l'autre sortit les clés et croisa le regard de Shae.
— Bon, voilà, on est devant ta porte, comme d'hab'. Ils te ramèneront tes médocs et ta bouffe plus tard.
Juste avant de fermer la porte, un sourire moqueur naquit sur son visage tandis qu'il secouait avec amusement ses clés qui émirent un tintement désagréable aux oreilles de læ prisonnier.e.
— Oh, et... avant que j'oublie, arrête de parler tout.e seul.e. On t'entend hurler jusqu'aux couloirs, ça fait chier.
Bam.
La porte était fermée à nouveau. Iel était plongé.e dans le noir à nouveau. Mais au moins, Tyr était avec ellui... pas vrai ?
— Tyr ?
...
— Tyr ?
Je suis là.
— Tyr !
La jeune femme mi-oiseau passa ses bras autour d'ellui pour lui offrir une étreinte réconfortante, læ faisant sursauter, mais lui rendant son câlin malgré tout.
Ça va aller. Je te promets que tout va s'arranger.
— Je me demande ce que ça fait d'être dans un monde où tout est arrangé.
C'est joyeux.
Shae tenta de sourire, s'apprêtant à lui répondre, mais une brèche s'ouvrit et cassa leur bulle rien qu'à eux. La lumière artificielle s'infiltra dans la cellule tandis qu'une grande main passait dans le trou prévu à cet effet un plateau, avec ses médicaments et sa nourriture dénuée de goût.
Il se referma rapidement, mais lorsque ses yeux se posèrent sur ses médicaments, la femme oiseau n'était plus là. Son cœur commençait rapidement à battre à tout rompre tandis qu'iel vomissait à nouveau un liquide noir-rouge.
Ça faisait combien de temps qu'iel avait arrêté de prendre son traitement, déjà ?
Oh, c'est vrai.
Le temps n'existait pas dans une prison isolée du monde extérieur. Pour ellui, le monde extérieur, c'était le couloir qui menait sa cellule jusqu'à la salle du miroir, maintenant. C'était le seul moment où iel avait un peu de répit. Et iel n'y restait jamais longtemps.
Son énergie avait quitté son corps, mais ses mains ne tentèrent pas d'attraper les pilules et le verre d'eau. Iel restait juste couché.e là, sans rien dire, sans rien faire, sans rien penser. Sans rien penser ?
— Tyr.
...
— Tyr.
...
— Tyr, je vais mourir.
...
— Tu sais ce qu'ils me disent ? Que je parle seul.e. Que t'es qu'un rêve, comme les ballerines, la flaque et les enfants, le miroir et le monsieur noble qui est heureux de revoir sa petite sœur. C'est faux, hein ? Tu existes. Je sais que tu existes. Je t'ai vue, pas vrai...?
...
— TU EXISTES. JE SAIS QUE TU EXISTES ! JE MENS PAS ! ARRÊTE ! JE SAIS ! JE SAIS...
...
— C'est faux, hein ?
Iel fut pris.e d'une quinte de toux qui l'empêcha de continuer. Le sol n'était plus froid, il lui semblait chaud, maintenant. Ses mains devaient être froides. Iel devait être froid.e. Son être devait être froid.
— Tu peux dire mon nom ? Comme ça j'entends ta voix. Je m'en souviens plus, de ta voix, pourtant je dois l'avoir entendue des milliers de fois.
Iel n'avait d'autre choix que de rester couché.e, ses muscles étant comme détendus. La douleur sifflante, notamment à ses ailes, restait, mais iel serra les dents et ne protesta pas. Les gardes seraient sans doutes ravis d'apprendre qu'ils auraient moins de boulot dès le lendemain.
Il n'y avait rien, juste le silence. C'était juste du silence. Juste du silence qui voulait dire qu'iel était seul.e, juste du silence qui voulait dire qu'il n'y avait pas Tyr, juste du silence signifiant que les gardes, fatigués, n'avaient pas suffisamment d'énergie pour parler de ragots insignifiants.
Juste du silence.
Puis plus rien.
Au moment où iel s'apprêtait à fermer les yeux et à lâcher prise, une petite plume atterrit devant son nez, une plume couleur turquoise comme les yeux de l'hybride qui avait gardé le silence.
— Tyr ?
...
— Shae.
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