Chapitre 32

J'ai donc été proclamée gagnante puisque Sorya a triché et que j'étais la deuxième a avoir terminé le puzzle. Ander est venu m'expliquer qu'elle m'avait fixée pendant deux bonnes minutes dans l'attente d'assembler les pièces et que la seule que je n'étais pas capable de placer, elle l'a fait.

J'hérite ainsi d'un dîner romantique avec Eros, ce soir, juste avant le début des festivités dehors. Pour l'occasion, il y aura un buffet à l'extérieur, mais j'ai entendu dire que Rewind voulait s'enfuir du palais faire la fête ailleurs.

Quand je rejoins les autres dans le petit salon un peu plus tard, je tombe sur un Rewind affalé dans un sofa, Ander et Bianca en pleine partie d'échecs et Eileen le nez plongé dans un bouquin. Morgan et Erkel sont là, eux aussi et... ils sont en train de faire un bras de fer.

Je manque de ricaner devant la grimace qu'esquisse Erkel. Le combat a l'air serré. Morgan a un sourire machiavélique aux lèvres, mais elle est plus proche de perdre que son époux.

Je pose mes yeux sur Rewind et ses lunettes de soleil, et il les repousse quand il me voit entrer dans la pièce.

— Tu n'es pas supposée te préparer pour ton dîner romantique ? s'offusque-t-il en me dévisageant ouvertement.

— Il n'est que dix-sept heures, je réplique.

— Et alors ? Tu es censée prendre un goûter avec Roméo, un apéritif, un pré repas, bref passer du temps avec l'élu de ton cœur.

— Laisse-la tranquille, soupire Eileen. Tu es agaçant, Rewind.

— Je me renseigne quant à la relation que mes deux petits protégés sont en train de développer, réplique-t-il. Agaçant n'est pas le mot que j'utiliserais. Prévenant plutôt.

— Chiant aussi, ricane Ander à l'autre bout de la pièce.

Rewind hausse un sourcil, remonte ses lunettes de soleil sur sa tête alors qu'Ander se met à bouger un pion.

— Je vais te faire bouffer tes dames si tu continues de me provoquer.

— J'enverrai mon armée t'égorger.

— Les garçons ! s'exclame Bianca.

— Mon abeille adorée, c'est Ander qui a commencé.

Discrètement, je vais pour m'assoir dans un fauteuil quand la porte s'ouvre de nouveau. Une voix masculine retentit :

— Eh bien, il y a de l'agitation ici. Rewind, pourquoi tu as des lunettes de soleil à l'intérieur ?

Je pivote. Eros s'avance, un bol de raisins dans la main. Il a l'air plutôt... joyeux ? Je ne saurais déterminer son humeur.

— Ma beauté m'éblouit moi-même, il faut que je me protège des rayons Rewind.

— Les « rayons Rewind », n'importe quoi. Les rayons narcissiques oui !

— Ander, tais-toi par pitié.

— Quelle répartie ! Je t'ai connu dans de meilleurs jours.

— Dit le type qui ressemble à un chamallow grillé à force d'écraser ses neurones. Jour après jour, tu deviens de plus en plus bête, c'est fascinant.

Rewind lui offre un sourire colgate tandis qu'Eros s'approche, me tend son bol. Je prends un raisin que je fourre dans ma bouche et la voix geignarde de l'être le plus insupportable de la pièce résonne de nouveau :

— Vous croyez que toutes les histoires d'amour ont commencé avec du raisin partagé ?

— Je crois surtout que les histoires d'amour n'ont pas besoin d'un Cupidon dans ton genre, soupire Eileen. Tu vas les faire fuir à force.

— S'ils ne fuient pas avant la semaine prochaine, c'est déjà un miracle, rit Bianca.

— J'ai gagné ! s'exclame Morgan en criant de sa victoire.

Je regarde le bras d'Erkel retomber brutalement contre la table. Il pousse un grognement et se renfrogne. Erkel et Morgan ont tout deux des biceps bien trop proéminents.

— Ouah, la sorcière de Meridia a enfin vaincu son mari l'ours des forêts. On n'y croyait plus !

Morgan l'assassine du regard et Rewind écarquille des yeux en portant sa main à sa bouche. Un silence de plusieurs secondes s'écoulent, on entend passer un ange.

— Elle fait presque aussi peur que Mamie, articule-t-il.

— Je crois qu'elle te jette un sort avec ses yeux, là, rit Eileen.

Morgan revient à elle, et lâche d'un ton glacial :

— Mon fil étrangleur est sagement plié dans ma poche. Une seule moquerie de ta part, Rewind, et je te coupe les oreilles.

— Ah, non ! Pas mes oreilles. Celles de Bianca, si tu veux. Les miennes sont bien trop belles.

— Pardon ? s'offusque la concernée. Ah, bien ! Deux ans de mariage pour que tu me vendes de la sorte.

Mais Rewind se lève et s'approche de Bianca. Il se penche pour la prendre dans ses bras.

— Je plaisante, Bee. Je ne laisserai personne prendre tes oreilles. J'ai encore tant de mots salaces à leur susurrer...

— Tais-toi, grogne-t-elle en s'extirpant de son étreinte.

Eileen est hilare et même Ander ne peut s'empêcher de sourire.

— De toute façon, le temps que Momo déroule son fil étrangleur, Arynn et Eros auront déjà fait des bébés.

— Momo ? Je ne te permets pas, vieille limace moisie par ta modestie inexistante, je vais te faire avaler des...

Morgan n'a pas le temps de finir sa phrase. La porte s'ouvre d'un coup d'un seul et un soldat s'écrie :

— Au feu ! Au feu ! Il faut sortir !

Rewind se lève, avec toute la grâce qu'il possède et glisse ses lunettes de soleil sur le bout de son nez.

— Comme si on allait rester ici. Dehors, camarades !

Il saisit Bianca par la hanche, même pas affolé de la situation et moi je me tourne vers Eros, paniquée. Il glisse sa main dans la mienne et s'empresse de sortir de la pièce.

Le garde continue de s'exclamer :

— Au feu ! Au feu !

— Sortez les extincteurs, non ? s'étonne Rewind.

Le palais n'est pas en feu. J'ignore d'où le départ vient ni quel endroit du château est touché mais il n'y a que Rewind pour faire des plaisanteries à un moment pareil.

— Comme c'est malin, on n'y aurait pas pensé sans toi.

Eros roule des yeux et Rewind l'ignore volontairement. Sans un mot, et d'un pas pressé, nous sortons du palais pour attendre patiemment dans le jardin royal. Des domestiques nous rejoignent bientôt, et quand je lève les yeux vers le palais, je ne vois aucun dégât.

Quelques minutes s'écoulent avant que Kereya ne sorte à son tour, un air moqueur au visage. Elle tient les pans de sa robe, alors que Mamie boîte derrière elle.

— Que s'est-il passé ? s'enquit Ander d'un ton inquiet.

— Demandez ça à la vieille folle derrière moi.

Kereya nous ignore volontairement et s'en va je-ne-sais-où faire je-ne-sais-quoi. Mamie s'approche alors, et avoue d'une voix basse :

— Elle est derrière tout ça. Elle n'a pas supporté notre altercation tout à l'heure. Quand je suis revenue plus tard, les rideaux de ma chambre étaient en feu.

— Je vais le lui faire payer, articule Rewind.

— Elle est ta tante, soupire Mamie. Parfois, il n'y a rien à faire contre les membres de sa propre famille.

— Je m'en fiche ! Elle t'a agressée, Mamie, c'est grave. Nous saurons lui rendre la pareille, ne t'en fais pas pour ça.

Mais elle hausse les épaules d'un air vague. On dirait bien que cette situation l'a attristée. Quand je vais pour m'avancer près d'Eros, un raclement de gorge se fait entendre dans mon dos.

Je pivote et tombe nez à nez avec Therys. Therys, qui me dévisage d'un air bizarre.

— Arynn, je peux te parler quelques minutes ?

Je me tourne. Eros ne me regarde même pas. Sans un mot, j'avance avec Therys et nous nous éloignons du petit groupe. Nous marchons sur un petit chemin, et un silence éclate entre nous.

— Est-ce important ?

— Ça l'est, je pense. Avant toute chose, ne t'énerve pas.

Je m'arrête nette. Je lève les yeux vers son visage, qui a l'air troublé ou... navré ?

— Va droit au but, Therys.

— Toi et moi... Nous allons nous marier.

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top