Chapitre 42
— J'ai gagné, Eileen ! Je vous l'avais dit.
Il s'en est fallu de peu. Le combat entre Ander et Rewind a été plus que serré. Ils se sont tous les deux montrés prétentieux, Rewind encore plus. Finalement, il a réussi à maîtriser Ander et l'a fait sortir du cercle. À la fin, ils se sont serrés la main mais une hostilité était clairement visible entre eux. Cecilia a accueilli Ander qui avait l'air énervé, elle a tenté de le calmer puis il a fini par rigoler de nouveau avec elle.
Et moi, je suis assise sur ce banc en compagnie de Rewind. Bianca nous a rejointe accompagnée de Julio, assis sur ses genoux, qui semble lui vouer une grande admiration.
— Tu m'en veux encore, Bee ?
Bee ? Bianca hausse les épaules et finit par avouer :
— Non, je m'en fiche. Tu aurais pu juste me dire avant que tu préférais les hommes. Je n'aurais pas mal réagi !
— Mais j'avais oublié ce que cela faisait d'être désirable, soupire Rewind en jouant avec une balle.
Je le regarde bizarre.
— Tu es sûr de préférer les hommes ?
— Peut-être qu'il préfère les pommes, intervient Julio. J'ai toujours aimé les pommes.
D'un air rêveur, il fixe sa pomme qu'il tient dans les mains. Il ne ressemble vraiment pas à Ander, sur aucun point. Il a l'air... perché. Comme un oiseau dans un arbre qui ne veut pas être dérangé.
— Si je préférais les pommes, cela se saurait !
— Va-t-on vraiment continuer cette discussion de pommes qui n'a aucun sens ? m'agacé-je. L'épreuve de tir à l'arc commence dans dix minutes et je ne sais toujours pas ce que je dois faire !
— Tu prends un arc d'abord, commence Bianca.
— Et tu tires ! rajoute Rewind avec un grand sourire aux lèvres.
Je les fusille tous les deux du regard alors qu'ils se mettent à rire. Et Julio rigole aussi, mais cinq minutes après tout le monde. Il finit par lancer sa pomme en l'air pour la voir tomber par terre. Super. Entre deux idiots qui ne m'apprennent rien et un qui découvre la gravité, je ne vais jamais m'en sortir.
— Tu prends ton arc, tu bandes –avec la corde bien sûr–, tu vises et tu tires. Cela ne sert à rien que je t'explique tout en détail puisque Cecilia gagnera l'épreuve à coup sûr. On ne peut que miser sur mon âme de guerrier pour remporter ce tournoi !
C'est à ce moment-là que Sebastian passe devant nous et raille :
— Quelle âme de guerrier au juste ?
Je me retiens de le baffer. Il est toujours là pour causer le malheur autour de lui.
— Et le forceur est dans la place, souffle Bianca en regardant ailleurs.
Sebastian lui jette un coup d'œil discret, curieux puis Rewind lance d'une voix moqueuse :
— Tu n'as même pas participé au tournoi. Mais c'est compréhensible, si j'étais un gringalet comme toi moche comme un pou, jamais je n'oserais me frotter aux plus beaux, aux plus grands, aux plus compétents.
Je lève les yeux au ciel. Il ne manque pas de confiance en lui, celui-là. Sebastian ne répond rien, lui lance juste un regard méprisant et s'en va.
— Tu avais besoin de prendre le melon comme ça ? l'interroge Bianca.
Il prend une mine surprise, haussant les sourcils et répond en levant les mains :
— Je n'ai fait qu'énoncer une simple vérité, enfin !
Un silence s'écoule durant lequel aucun ne parle. Bianca fait sautiller Julio sur ses jambes qui a l'air pris dans une contemplation de pommes. Je pousse un soupir. Je suis en tenue, prête depuis quelques dizaines de minutes et maintenant, j'ai le trac.
— Ah, tiens, frère chiant numéro deux à trois heures, je répète, frère chiant numéro deux à trois heures.
Je relève la tête. Ander avance vers nous, les cheveux humides, l'air sérieux. Il ne me regarde même pas, il se contente juste de fixer un point derrière moi.
Comblant bientôt la distance, il se poste devant nous et dit d'une voix plutôt calme :
— Julio, maman veut que tu ailles un peu la voir. Elle s'inquiète.
Je le hais. Je suis assise juste à côté de son petit frère et à aucun moment il ne me prête attention. À ses mots, Julio descend des jambes de Bianca, ramasse sa pomme et se tourne vers nous :
— Je reviendrai dès que possible !
Rewind lui fait un signe de la main avec un grand sourire de psychopathe et ils s'en vont tous les deux. Bianca me donne un coup de coude. Je tourne la tête et dévisage le dos d'Ander. Je brûle d'envie d'aller le voir. J'ai besoin de lui parler, de le toucher, de faire je ne sais quoi.
Sous les encouragements de Bianca, je me lève et les rattrape tous les deux. Ma main se pose sur son avant-bras et c'est avec une expression de surprise au visage qu'il se tourne vers moi.
Et c'est pile à ce moment que les mots de Cecilia me reviennent à l'esprit. Il ne m'aimera jamais, il ne m'a jamais aimée.
— Eileen, qu'est-ce que tu veux ? Nous n'avons plus rien à nous dire.
Je lève les yeux vers lui. Les siens n'expriment rien. Alors je réfléchis. Et rien ne vient. Je dois lui dire un millier de choses mais rien ne vient. À part une seule question.
— As-tu déjà, une seule fois, ressenti quelque chose pour moi ?
Il a l'air troublé. Ses yeux ne cessent d'alterner entre mes yeux et ma bouche et j'attends la réponse, le cœur battant.
— Eileen...
Il souffle, regarde ailleurs, reporte son attention sur moi puis hausse les épaules, l'air nonchalant.
— L'épreuve va bientôt commencer, tu devrais aller te préparer.
— Je suis déjà prête mais j'ai besoin d'une réponse. Cecilia m'a dit des choses et j'ai besoin de savoir si elles sont vraies ou pas.
— Cecilia est l'une des personnes les plus honnêtes et sincères que je ne connaisse, si elle t'a dit quelque chose, c'est forcément vrai. Je ne répondrai pas à ta question parce que c'est juste idiot. Maintenant, tu m'excuseras mais j'ai autre chose à faire que de rester ici à te parler.
Bouche bée, je le regarde s'en aller. Non, il ne partira pas comme ça, pas maintenant. Je le rattrape et lance, foudroyante :
— Tu es injuste, Ander. Tu agis égoïstement et tu ne me laisses même pas m'expliquer concernant tout ce que tu as vu !
Furieux, il se tourne vers moi et s'exclame :
— Eh bien vas-y, je t'en prie, explique-toi ! Qu'est-ce qui changera au final, d'une version à une autre le fond sera toujours le même. Peu m'importe que tu aimes Sebastien ou non, Eileen, dans tous les cas je ne veux pas de toi.
— Alors c'est ça ? Tu vas juste abandonner comme ça ?
— Je n'abandonne pas, Eileen, je n'ai jamais rien tenté.
— Mensonges !
Et on reste là à se fixer. Bien sûr qu'il n'a jamais rien tenté, il a lui-même dit qu'il ne me courtiserait jamais mais il n'a pas le droit de faire ça.
— Entre les choses que tu dis et comment tu agis Ander, tu es injuste.
— Soit, je suis injuste, qu'est-ce que cela peut bien te faire ?
— Peu importe que j'aime Sebastien ou non soit... Et si mes sentiments t'étaient voués, la donne serait toujours la même ?
Et il se fige. Se crispe. Fronce les sourcils, m'analyse, ne comprend pas. Ses yeux se mettent à briller mais il se retient. Il me repousse.
— Laisse tomber, Eileen. Nous ne partagerons jamais le même sentiment l'un envers l'autre.
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Hey!
Je posterai le prochain chapitre vers 21h je pense ou un peu après si j'ai oublié.
N'hésitez pas à commenter et à voter surtout, on se retrouve bientôt :)
Bizz bizz
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