𝐏𝐑𝐎𝐋𝐎𝐆𝐔𝐄

















P  R  O  L  O  G  U  E





































           Lorsque le sol se retire sous nos pieds, la quintessence se fait reflet de nos âmes.

           A la manière de mille pétéchies jalonnant une jeunesse qui s’étiole, les étoiles constellent au-dessus de ma tête. Depuis quelques heures maintenant, la nuit est tombée. Que je l’admire, ce voile dense. Bien que certains tentent de le dissiper en brandissant quelques torches, murmurant des prières à l’intention de Nyx.

           Il y a pourtant quelque chose de réconfortant dans les ténèbres que laisse derrière lui le soleil lorsqu’il se couche. Chaque soir, mes lèvres murmurent quelques gratitudes quand de la main, je salue Hélios.

— Quel est ce fâcheux pli, entre tes sourcils ? résonne une voix, dans mon dos.

           L’ombre de Mora s’étire sur la lueur orangée des torches. Puis, du pas lent et calme qui la caractérise, elle apparaît. Je ressens sa chaleur lorsqu’elle se place à ma droite. M’imitant, la doyenne pose ses mains abimées sur la rampe devant nous avant de porter son regard sur l'horizon.

           Aucune parole n’est prononcée. Aucun geste n’est fait. Seule l’ondoyante flamme des torches fixées au mur vacille, produisant un bruissement continu. Sa lueur chaude éclaire à peine le couloir dans lequel nous nous trouvons. 

           Au-delà de la rampe sur laquelle nous avons posé nos mains s’étend le désert. Plongé dans la nuit noire, il ne ressemble qu’à un amas de ténèbres, pour l’instant.

           Bientôt, la voix de Mora résonne dans un murmure : 

Je me suis toujours demandée… Peux-tu voir ? Lorsqu’il fait nuit, parviens-tu à voir dans l’obscurité ?

           Le coin de mes lèvres s’ourle et je contemple un instant la candeur de cette question.

— Je ne possède pas de tels pouvoirs, non. Et je plains celui capable de voir dans les ténèbres.

— Tu sais pourtant voir dans l’obscurité de l’esprit humain.

           A nouveau, un rictus me prend sans que je ne le contrôle. Comme un spasme, il sursaute sur mon visage.

— Les Hommes ne sont pas aussi profonds qu’ils le prétendent.

— Alors pourquoi, quand tu observais leurs tréfonds, la chute que tu y as fait t’a été mortelle ? 

— Je ne suis pas morte, Mora.

— Mais es-tu vivante ?

           Mes sourcils se haussent et je souris doucement. La langue de cette femme est aussi acérée que les lames sur son dos. Et nul ne sait mieux porter ses coups qu’elle.

           Son regard perçant coule le long de mon corps, détaillant ce dernier dans un silence contemplatif. Quelques pétéchies brunes parsemant ses joues se haussent lorsqu’elle fronce le nez. Puis, dans un bruissement, elle secoue la tête, faisant tomber un pan du foulard blanc noué autour de ses cheveux.

           Accompagnant ce geste, elle esquisse un mouvement en ma direction, me désignant de sa frêle main : 

— Parce que, ma chère, je n’appelle pas cela vivre.

           Délicatement, je saisis le tissu blanc tombé de sa coiffe. Plissant les yeux avec douceur, je réajuste son foulard avant de poser une main sur sa joue. Mon pouce lisse les rides soulignant son regard fatigué.

— Mora, je ne devrais pas être l’objet de vos inquiétudes, je chuchote doucement avant d’inspirer son parfum. Je ne sens pas l’odeur de thym qui devrait se dégager de vous si vous aviez pris votre traitement. Le soleil s’est couché. Vous devriez l’avoir avalé depuis plusieurs heures.

           Ses doigts parés de bagues balayent mon commentaire d’un geste agacé. Sa bouche tique avant de soupirer. Son regard tombe sur le sol quand ses épaules s’affaissent.

Tu ne médites plus. A la place, cela va faire plusieurs nuits que tu viens ici.

— Les pratiques changent.

— Tu peux tenter d’oublier celle que tu étais avant d’arriver ici, mais pas à ce point. Méditer fait partie de ton identité.

           Me tournant à nouveau vers l’horizon plongé dans la nuit noire, je souris. Qui sait ce qu’il se passe, là-bas, dans le désert obscur ? Pour sûr, je ne l’ignore.

           Et cela est reposant, de ne pas savoir.

— Pourquoi tu ne médites plus ? insiste-t-elle devant mon silence recueilli. 

           L’un de mes sourcils s'arque sans que mes yeux ne quittent l’horizon. Lui cacher la vérité n’aurait aucune utilité. La lui révéler non plus. Mais elle semble vouloir savoir ce qu’il se passe.

— Il… y avait quelqu’un.

— Quelqu’un ? répète-t-elle en se redressant.

— Lorsque… les gens comme moi méditent, ils visualisent. Ils ferment les yeux et visualisent un monde qui n’appartient qu’à eux. Il s’agit de leur esprit. Et ce dernier est sous leur contrôle entier.

— Je le sais bien. Crois-tu que les humains ne pratiquent pas la visualisation ?

           Un rire délicat et sympathique secoue sa poitrine.

Je le sais. Comme nous, quand vous visualisez, vous choisissez ce que vous représentez dans votre esprit. Les arbres, les montagnes, les fleurs, le ciel… Vous avez le contrôle absolu. Parce qu’il s’agit de votre imagination.

           La flamme de la torche crépite en un bruissement hâtif. 

— Et bien… Il y avait quelqu’un. Quelqu’un que je n’avais pas choisi de visualiser, d’imaginer. Un intrus… Dans mon esprit. Quelqu’un se trouvait dans ma méditation.

— Que les Moires m’éclairent… Comment est-ce possible ?

           Mora fronce les sourcils comme si les réponses à ces questions se lisaient dans le pli de sa peau. Cependant, aucune grimace ne peut résoudre cette énigme.

Et cet intrus… A quoi ressemblait-il ?

           Il me faut quelques instants avant de répondre.

Des yeux semblables à des célestines, brillant à la manière du reflet du soleil sur l’océan. Des cils taillés dans de la glace afin de mieux complimenter ce regard froid. Et des cheveux… 

           Ma voix ne va pas au bout de cette phrase. La façon qu’a ma gorge de se serrer soudainement l’en empêche.

— Des cheveux de givre, plus clair encore que la diaphane lune.

           La main de Mora se referme brutalement sur mon épaule, comme le feraient les serres d’un aigle. Je croise son regard tourmenté quand sa bouche s’ouvre et se referme à toute vitesse. Elle aimerait parler, de toute évidence. Mais les mots ne lui viennent pas.

           Alors je souris avec douceur. Car je sens sa peur. Mais elle n’a aucune raison de s'inquiéter. Elle ne craint rien.

— Je… Je… L’intru dans ton esprit est… C… C’est…

— Oui.

           Sa main se pose sur son cœur quand un hoquet la prend. Craintive, elle recule d’un pas. 

— Ce… Ce n’est pas possible.

           Mon sourire ne faiblit pas. Bien sûr, je n’approuve pas la peur qu’elle ressent. Il n’y aucune raison de craindre l’inévitable. Cependant, je ne peux rien faire pour remédier à sa terreur, changer ses émotions. Alors je ne vais pas me tracasser à ce sujet.

Je…

           Observant l’horizon, je chérie cette obscurité. Une bouffée de gratitude gonfle ma poitrine face aux ténèbres pénétrantes.

— Comment peux-tu sourire ? éclate-t-elle, effarée devant la sérénité que j’affiche. Tu… Tu as vu l’unique survivant de la dynastie Gojo !

           Brandissant les mains au-dessus de sa tête, la doyenne semble chercher quelque chose, n’importe quoi pour se raccrocher.

— Te rends-tu compte de ce que cela signifie ?

           J’acquiesce doucement. Puis, reportant mon attention sur l’horizon de ténèbres devant moi, je soupire dans un souffle soulagé : 

— Cela signifie que l’heure est venue pour moi de mourir.





















• NDA •

ça fait partie des projets que
je tease depuis si longtemps
que peu de personnes sont
vraiment sûres qu'il sort enfin.

mais je suis fière de vous
montrer le prologue de cette
nouvelle fanfiction, en
espérant que l'attente aura
valu le coup.

nous nous retrouverons
tous les lundis à 18h00 !

merci énormément de
m'avoir soutenue et poussée
pour la sortie de ce projet.

je suis véritablement
honorée quand je vois les
messages et commentaires
qui se réjouissent de la
sortie de cette fanfiction.

merci.





































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