𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟑𝟕









𔘓

C  H  A  P  I  T  R  E    3 7

𔘓















































































































— Il faut tout de même avoir les nerfs solidement accrochés pour marcher en public avec toi.

           Outrée, je me retourne brutalement sur James Harold. Les mains enfoncés dans les poches, il m’observe en gonflant les joues, visiblement médusé par mon accoutrement.

           Je tire sur le tee-shirt brutalement, tendant au maximum le tissu afin de mettre en évidence le motif.

— Mais ! C’est toi qui me l’a offert ! je m’exclame, outrée qu’il fasse une remarque sur mon tee-shirt à l’effigie Kylie Jenner.

— Je ne parle pas de cela et tu le sais.

           Faisant la moue, je prétends ne pas réaliser avec quelle force Hermès tire sur sa laisse, fatigué de devoir nous attendre pendant sa promenade. Après tout, lorsque je l’accompagnais seule, il pouvait gambader comme bon lui semblait.

           Cependant, depuis quelques jours, James s’est fait promesse de me suivre absolument partout. Le chambrer là-dessus me fait particulièrement plaisir.

           Mais pas autant que le fait qu’il soit là.

— Quoi !? je m’exclame en croisant les bras. Qu’est-ce qui ne va pas avec ma tenue !?

— Absolument tout, déclare une vieille dame en passant derrière, s’appuyant sur sa canne et me gratifiant d’un regard réprobateur.

           Scandalisée, je me retourne sur la silhouette avançant lentement et considère un instant l’éventualité de faire une remarque extrêmement déplacée. Car aucune répartie ne me vient à part… son âge.

           James me connaît définitivement trop bien car il gronde soudain : 

— Le silence est la meilleure réponse. Alors évite de dire ce que tu penses.

           Me retournant vers l’homme, je feins l’innocence en haussant les sourcils. Il penche la tête sur le côté, plissant les lèvres et remettant sérieusement en question la sincérité de mon expression outrée.

— Parce que tu ne comptais pas faire une réflexion sur sa capacité à juger ta tenue quand sa garde-robe est restée coincée à une période où la Russie s’appelait URSS et un mur fendait Berlin ?

— Euh…, j’hésite longuement, enregistrant ses paroles. Non, pas vraiment, mais toi, ça a l’air de t’avoir traversé l’esprit à une vitesse anormalement fulgurante.

           Aussitôt, il hausse les sourcils violemment, réalisant ses dires. Des rougeurs ornent ses joues et il détourne brutalement le regard : 

— Dans ce genre de moments, je me dis que je passe bien trop de temps avec toi.

— Mais tu adores ça.

           Il n’a pas à cœur de nier inutilement et se contente de hausser les épaules. J’éclate de rire en reprenant ma marche.

           Hermès grogne alors, l’air de soupirer que nous avons pris notre temps.

           Reprenant notre route, nous franchissons le parc dans lequel nous nous sommes engagés. Mon regard s’attarde sur quelques personnes jouant aux échecs, à l’ombre des arbres, et je médite sur les paroles de James.

           Là, je déclare :

— Et puis, c’est facile de blâmer tes paroles sur ta rencontre avec moi… Tu as toujours été une chipie. 

— Une… quoi 

— Une chipie, je réponds dans un sourire satisfait de sa réaction.

           Cet homme a l’art et la manière d'exagérer quand la situation ne s’y prête pas.

           Il y a quelques jours, il m’a confié l’histoire particulièrement violente et sanglante de sa tentative de suicide qui a résulté en l’amputation d’un membre. Ses traits étaient alors immobiles, figés. Seules les larmes qui coulaient de temps à autre dans ses yeux traduisaient sa profonde douleur.

           Tandis qu’aujourd’hui, pour un simple surnom, il s’arrête brutalement de marcher. Hermès tape alors violemment sa patte arrière sur le sol, outré, en nous gratifiant d’un regard exaspéré.

           Me tournant vers James Harold, je le surprends à prendre une profonde inspiration, les mains sur la taille. Je m’apprête à ouvrir la bouche — pour, bien entendu, me foutre royalement de lui — mais il lève la main, m’interrompant avant même que je ne dise quoi que ce soit.

           Là, levant le nez vers le ciel, il prend une inspiration.

— Laisse-moi un instant, chuchote-t-il théâtralement. Je vais devoir digérer cela.

— De quoi… De “chipie” ?

— MAIS CELA VA-T-IL FINIR UN JOUR ? s’exclame-t-il dans un hurlement de douleur, présentant ses paumes au ciel dans un geste théâtrale.

           Hébétée, j’aperçois alors l’intégralité du parc se tourner vers nous. Des yeux écarquillés se font voir parmi les joueurs d’échecs, couple de retraités et parents accompagnant leurs enfants.

           Une dizaine de personnes se trouvent disséminées sur les bancs et dans les aires de jeu. Et pas une seule ne nous regarde pas.

           Cependant, James Harold reprend sa route comme si de rien n’était, s’en fichant royalement.

           Je le regarde, atterrée, quelques secondes. Il s’éloigne et je suis si stupéfaite que ce n’est que lorsque Hermès tire violemment sur la laisse afin de me faire avancer que je reviens à moi.

           Là, je le suis.

— Putain, j’y crois pas, je chuchote, scandalisée.

           James ne répond pas, me laissant simplement lui emboîter le pas.

— Putain, t’as réussi à me foutre la honte ! Moi qui n’ai honte de rien !

— Il faut croire que l’élève dépasse le maître.

— Tu reconnais donc que je suis ton maître ? je conclus aussitôt, non sans une moue victorieuse.

           Il fronce brutalement les sourcils, réalisant tout juste ce qu’il vient de dire. Ravie d’avoir pu tirer une victoire de cette conversation, je lâche un rire victorieux.

           Hermès tire sur sa laisse et j’accélère le pas. Me voyant le dépasser, James annonce précipitamment : 

— Attends tout de suite ! Cette conversation n’est pas terminée !

— Bien sûr que si elle l’est ! je m’exclame en courant, hurlant de rire en le voyant m’imiter aussitôt.

           Hermès, satisfait de passer enfin à l’action, part au quart de tour. Le corps athlétique du chien s’active à grande cadence et une bouffée de joie me prend en réalisant combien il a fait de chemin, depuis son opération.

           Cependant, celle-ci l’a tout de même marquée alors le canidé ralentit bien vite la cadence. James m’emboîte aussitôt le pas, soupirant.

— Qu’est-ce que tu as encore ? je tonne en levant les yeux au ciel.

— Je n’ai rien d’autre que de l’embarras. Pourquoi dois-je marcher dans un quartier où se trouvent mes proches quand tu es habillée comme ça ?

           Indignée, je lui lance un regard particulièrement dramatique.

— Mais tu as dit que j’étais belle dans ce genre de vêtements !

— Pas dans un legging imprimé à cinquante-huit reprises du visage de Kanye West et encore moi dans une perruque reproduisant la coupe de cheveux d’Einstein. 

           Je lorgne sur mes jambes, fronçant les sourcils.

— Tu brides ma liberté artistique.

— Je n’aurais jamais cru dire cela un jour mais je crois que la censure peut avoir du bon, assure-t-il aussitôt, laissant couler un regard sur les épaisses touffes blanches constituant ma coiffure.

           Je soupire en secouant la tête mollement.

— T’es vraiment une sacrée chipie.

— Mais je ne te permets pas ! s’exclame-t-il, scandalisé.

— Je me permets toute seule. T’as une tête à juger chaque personnage de la série Desperate Housewives, emmitouflé dans un peignoir de soie avec des bigoudis flanqués dans les cheveux.

           Absolument outré, James ne répond pas tout de suite. Indigné, il lui faut quelques secondes pour se rassembler.

           Là, me pointant de l’index, il déclare avec un sérieux que je ne lui ai jamais vu : 

— Ecoute-moi bien, (T/P), moi vivant, jamais tu ne me verras dans une telle posture.



— Tom est vraiment le roi des cons. La charge mentale de dengue qu’il impose à Lynette, quand même, soupire James en croquant dans une chips.

           Je ne peux m’empêcher de me dire que, contre toute attente, il est particulièrement beau, habillé d’un peignoir de soie et avec des bigoudis flanqués dans les cheveux.

           Je souris en le regardant froncer les sourcils avant de pester contre l’homme. Hermès, allongé à ses pieds, regarde distraitement l’écran en laissant ses yeux se fermer.

           Je ne parviens même pas à prêter attention à la teneur de l’épisode.

           La seule chose qui me vient à l’esprit est que si l’avenir ressemble à cela, j’ai réussi ma vie.
























































𔘓

j'espère que ce
chapitre vous aura
plu !!

𔘓









































































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