𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟑𝟏















𔘓

C  H  A  P  I  T  R  E    3 2

𔘓




















































































































           Assise sur le sol dans mon tee-shirt Kylie Jenner, je mâche un bout de pizza tandis que James passe une main dans ses cheveux. Un soupir franchit ses lèvres lorsqu’il lit le énième journal contenu dans les archives que l’agence nous a fourni.

           Je ricane face à son air éreinté. Me fusillant du regard par-dessus le journal, il l’abaisse violemment tout en veillant à plaquer un air furieux sur ses traits.

— Vous pourriez au moins faire semblant de lire au lieu de vous empiffrer !

— A quoi bon faire semblant ? J’aime la sincérité, la droiture et l’intég…

— Vous avez volé une tortue à vos anciens employeurs et m’avez rendu complice de votre crime.

           Gonflant les joues, je laisse ma tête tomber sur ma poitrine dans un soupir rauque.

— Sérieusement, vous n’êtes pas fatigué ?

— De vous ? Absolument. Vous m’ennuyez comme ce devrait être illégal, soupire-t-il en reprenant sa lecture.

           Un rictus amusé étire mes lèvres et il fronce les sourcils, se tournant vers moi. Ses yeux ambrés analysent ce dernier et il souffle une énième fois, agacé.

— Quoi ?

— Je rêve où vous avez tenté de faire une petite formulation stylée et vous vous êtes complètement foiré ?

           Il nie de la tête, catégorique. Cependant sa façon de se taire et reprendre sa lecture, comme si de rien n’était, ne me trompe pas. J’ai sans doute passé trop de temps avec lui.

           Mais je peux aujourd’hui affirmer que je le connais.

— Vous vouliez dire « comme c’est pas permis » mais vous trouviez que « ça devrait être illégale » sonnait mieux donc vous avez fait un mélange des deux ?

           Balayant ma question d’un soupir, il tonne soudain :

— Mais vous avez pas quelque chose à faire, vous ? Un emploi ? Un patron ?

— C’est vous mon patron.

           Un soupir franchit sa bouche tandis qu’il secoue la tête, doutant visiblement sérieusement de cette déclaration. Puis, soudain, ses sourcils se haussent violemment.

           Il se redresse presque avec brutalité, outré.

— Mais oui ! Je suis votre patron ! J’avais pas réalisé !

— Alors ça veut dire que votre complexe de supériorité est naturel, alors ?

— Dit-t-elle.

           Outrée, je me tends de tout mon long et il fait semblant de ne pas me voir, reprenant sa lecture. Arquant un sourcil, j’émet un claquement de langue.

— Vous voulez jouer à cela ?

— J’ai mieux à faire, raille-t-il sans manquer d’émettre un rictus condescendant. Je bosse, moi, madame.

— Mais moi aussi ! je m’exclame en saisissant un journal au hasard, le brandissant fièrement avant de faire semblant de le lire. Je parcours assidument un journal datant de… Putain mais qu’est-ce qu’il s’est passé, avec cette archive ?

           L’intérêt de James s’en voit aussitôt piqué. Il s’assoit plus droitement, attentif. Je lui montre alors l’intérieur des pages, badigeonnées de traces de surligneur.

           Le regard de l’homme se plisse et son crochet se décale légèrement, laissant tomber les papiers qu’il tenait. Ceux-là glissent jusqu’au sol sans qu’il ne réagisse.

           Là, il se lève, les yeux comme aimantés par l’article que je lui montre. Il marche jusqu’à ce dernier en le fixant ardemment.

— Je connais cet article… Enfin, ce sujet.

           Fronçant les sourcils, il arrive à ma hauteur. Comme obnubilé par la vision s’étendant sous ses yeux, il m’arrache le papier des mains.

— Et merci, c’est pour les ch…

— Chut.

           Outrée, je lui lance un regard des plus noirs, levant le menton en guise de provocation. L’homme se contente de m’ignorer et continuer sa lecture, découvrant ligne après ligne le contenu.

           N’appréciant guère son manque de réaction, je lâche :

— D’où tu me dis « chut », toi ?

— Chut.

— Mais je vais le…

           Ma voix meurt quand son crochet se pose sur mes lèvres, les scellant presque l’une à l’autre. Atterrée, j’écarquille les yeux, encaissant ce geste.

           Gelée, la surface caresse ma bouche. Mes lèvres enflent quelques instants tandis que mon cœur bat plus vite. Le contraste entre le métal si froid et mon corps s’échauffant fait que mon esprit ne sait plus où il en est.

           Mon regard s’attarde sur James Harold. Le visage abaissé, une ombre plane sur ses traits reposés en un masque mystérieux. Quand, soudain, une mèche brune s’échappe de sa crinière, tombant devant ses yeux.

           Mon souffle se coupe un instant à cette vision.

— L’affaire Arfina Bohara, grommelle-t-il en analysant les paroles sous son nez.

           Je ne réponds pas, saisie.

           Je suppose que mon silence — si exceptionnel —l’intrigue car, tout en continuant de regarder l’article, il tourne la tête vers moi. Puis, son regard se pose sur mon visage et ses yeux s’écarquillent un instant.

           Pourtant, il n’abaisse pas son crochet. Le gardant sur mes lèvres, il semble figé. Quelques rougeurs ornent ses joues tandis qu’il détaille les moindres traits de mon visage.

           Finalement, son crochet glisse le long de ma bouche, la libérant. Là, ses yeux descendent pour la regarder.

           Le temps se suspend quand l’encre de son iris grave de mots invisibles sur la chaire de mes lippes.

— Je…, lâche-t-il la gorge sèche, ne semblant pas parvenir à s’arracher de cette vision.

           Peinant à le faire, je me force à inspirer une bouffée d’air. Celui-ci est tellement chaud, épais, vaporeux que je coagule presque dans les volutes de cette torpeur.

— Je…, tente-t-il à nouveau, prisonniers des capitons tortueux.

— Vous parliez d’Arfina Bohara…

           Mon chuchotement se fait à peine entendre. Mais il suffit à James. Ce dernier bat des cils, revenant à lui et recule aussitôt, reprenant le papier qu’il lisait.

           Prétendant que rien ne s’est produit, qu’il ne s’est pas laissé suspendre à mes lèvres, à l’instant, il déclare simplement :

— Arfina Bohara a fait scandale, il y a quelques années. Vous devez vous en souvenir.

           Médusée, je ne réponds pas. Observant mon allure hébétée, il se tait durant un temps. Ses traits s’affaissent tandis qu’il réalise doucement.

— Non mais c’est une blague ! s’exclame-t-il soudain, atterré. Et vous osez vous prétendre journaliste ?

— J’étais pas née !

— Ça date d’il y a huit ans.

           Les lèvres pincées, j’émets quelques bruits de bouche, réfléchissant au meilleur moyen de me dédouaner. Atterré, il me regarde faire, les sourcils haussés.

           Soudain, je trouve l’excuse parfaite. Un sourire fend mon visage et je commence :

— Je…

— Non, m’interrompt-il d’un ton cassant.

— Mais…

— Non plus.

— Vous allez me laisser parler, oui !? je m’agace, furieuse, croisant les bras.

           Mes joues se gonflent quand je réprime une insulte. Il détourne les yeux, tentant de dissimuler le rictus amusé sur ses lèvres.

— Bon, pour en revenir à ce journal, il est particulièrement intéressant qu’il ait crayonné de rouge une affaire de dissimulation médiatique alors qu’il enquêtait sur S. Ralyk…

           Reprenant le journal, il le brandit fièrement tandis que je me noue. Régulièrement, nous avons mentionné S. Ralyk. Il a même eu tendance à se montrer plutôt admiratif du travail de ce journaliste.

           De mon travail.

           Seulement, plus l’étau se resserre autour de cette identité, plus les chances qu’il découvre que je me cache derrière grossissent. Je me suis longuement crue intouchable. Jamais je ne cillais ou ne sourcillais à l’évocation de mon pseudonyme, je demeurais de marbre car je pensais impossible l’idée qu’on me découvre.

           Cependant, j’étais sur les photographies de Richard Dumas. Peut-être quelqu’un avait-t-il percé mon identité à jour, finalement ?

— Pourquoi cela compterait-t-il ? je demande, mes sourcils se fronçant.

— Mais, parce que S. Ralyk faisait partie de l’équipe d’Arfina Bohara ! Des outils ont repéré une similarité d’écriture entre le journaliste et certain rapport anonyme venant d’eux ! N’avez-vous jamais entendu parler de cela ? Il s’agit d’une grande théorie, sur internet.

           Je me fige.

           Arfina Bohara était une télé-réalité à laquelle je n’ai jamais prêté la moindre attention. Bien sûr, je sais qu’un scandale a éclaté, il y a quelques années. Mais j’étais davantage occupé à lire des webtoons dans les toilettes d’une agence de presse insalubre.

           Jamais je n’ai été liée d’une quelconque manière à cet endroit. Et S. Ralyk non plus.

— Je pense que vous vous trompez, je tonne d’un air sérieux qui ne me ressemble pas.

— Sûrement…

           Surprise de le voir abandonné si facilement, je ne réponds pas. De son côté, James continue de lire l’article, la tête baissée sur le papier.

           Et ce, même lorsqu’il demande :

— Après tout, vous ne connaissez même pas le scandale Arfina Bohara. Alors comment pouvez-vous être lié à lui ?

           Une pierre tombe dans mon estomac. Je me raidis. Je ne saurais dire si mon cœur bat trop vite ou plus du tout. Il me semble simplement que ma poitrine est vide, là-bas.

           Douloureuse.

— De quoi parlez-vous ?

           La tête toujours baissée sur le papier, ses yeux se lèvent seulement. Se posant sur moi, ils brillent de leur écart ambré, telles deux billes étincelantes au milieu d’un océan d’ombre.

           Quand sa voix gronde des mots que je n’aurais jamais voulu entendre :

— Je parle du fait que vous êtes S. Ralyk.























































𔘓

j'espère que ce
chapitre vous aura
plu !!

𔘓







































































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