𔘓
C H A P I T R E 3 O
𔘓
La portière de la voiture s’ouvre et un vent frais s’engouffre dans l’habitacle. James Harold s’assoit à ma gauche, derrière le volant, en se raclant la gorge.
— Les archives seront envoyées à mon entreprise d’ici ce soir. Nous pourrons plancher dessus. Je vous propose qu’on mange dans mon entreprise puis qu’on…
La voix de James meurt brutalement dans sa gorge. Je me tasse sur mon siège, les yeux écarquillés, et déglutis péniblement.
— Non mais ce n’est plus possible, là. Vous vous foutez de ma gueule !? tonne-t-il brutalement.
— Quoi ? Mais j’ai fait quoi encore ?
James hausse un sourcil interloqué, me fusillant du regard. Les bras écartés, j’affiche une mine abasourdie, outrée d’être prise à partie de cette façon.
— Vous osez prendre cet air outré en plus !?
Hébétée, je le dévisage. Ouvrant agressivement les yeux, il désigne mon ventre du menton. L’un de mes sourcils se hausse, absolument hébétée par sa réaction.
— Enfin ! Me prenez-vous pour un abruti ? Je vois que vous avez caché quelque chose sous ce tee-shirt !
Les lèvres pincées, je pose mes paumes dessus et secoue la tête de droite à gauche, niant sans trop de conviction.
M’observant quelques instants, il me fusille du regard avant de soupirer, pinçant l’arête de son nez de ses doigts. Mes joues se gonflent et je détourne les yeux, prétendant ne rien savoir.
— Vous avez volé la torture qui était dans le bureau du PDG ?
Je ne réponds pas, gardant mes mains posées sur la cage, sous mon tee-shirt. Hésitant quelques instants, je finis par murmurer sans aucune assurance :
— Non ?
Il lâche un soupir.
— Je pensais que vous ne l’aviez même pas remarquée… J’aurais dû m’en douter dès que je suis entré dans cette pièce… Bon sang, je me fais encore avoir !
— Mais, je n’allais pas la laisser toute seule dans cette cage minuscule ! je m’exclame.
Il soupire en levant les yeux au ciel, abasourdi.
— Mais quoi !? j’insiste, abasourdie.
— « Mais quoi euuuuh ? »
— Vous savez que vous êtes sexy à mourir là ? je lâche sarcastiquement en le voyant m’imiter.
Il ne répond pas, souriant. De mon côté, j’ôte le récipient, à peine plus grand que mon avant-bras, du dessous de mon tee-shirt. Un sourire étire mes lèvres et j’ouvre la boîte.
Soulevant l’animal, j’observe ses petites pattes s’agiter dans les airs avant que je ne la pose sur le tableau de bord. La carapace de la tortue remue à peine tandis qu’elle s’avance.
Nous la suivons des yeux quelques instants.
— Vous n’êtes décidément pas finie, comme nana.
— Et c’est pour ça que vous m’aimez, je le provoque dans un rire.
— Effectivement, soupire-t-il en attachant sa ceinture.
Me figeant, je laisse mes yeux s’arrondir comme des soucoupes et me tourne vers lui. Il ne semble pas avoir réalisé ses paroles. Ou peut-être s’en fiche-t-il.
Sans prêter attention à mon air effaré, il allume le moteur de sa main valide, tapotant son crochet sur le levier de vitesse.
— Je pense que nous pouvons repousser l’interview, le temps de nous occuper de no…
— Je veux mon argent.
Levant les yeux au ciel, il soupire. Les bras croisés, je fais la moue, catégorique.
— M’offrir 15 000 € par interview, c’est bien beau mais repousser toujours la date est assez ressemblant à une arnaque en bonne et due forme.
Il ne répond pas tout de suite, s’arrêtant au feu rouge. Puis, se tournant à peine vers moi, il me jauge quelques instants.
— 15 000 € ? répète-t-il seulement.
Mes épaules se haussent.
— Tout travail mérite salaire…
— Et c’est moi, l’arnaqueur…
Je ne tiens pas une seule seconde de plus et éclate de rire face à son air déconfit. Dans le rétroviseur, je le vois m’observer faire, un rictus étirant ses lèvres.
Cependant, quand je me tourne vers lui, il prend bien soin de cacher son amusement. Arborant une mine affligée, il lève les yeux au ciel.
— Ca sert à rien de faire semblant, je sais que vous m’aimez bien, je lance dans un soupir désabusé.
— Evidement, que je vous aime bien.
Là-dessus, il redémarre. L’observant, médusée, je ne sais pas quoi dire. Les rues défilent sans que je ne le lâche du regard, interloquée. Il s’arrête quelque fois aux feux rouges et je devine qu’il m’ignore sciemment.
Alors je continue de le fixer. Il craquera en premier.
Les secondes deviennent bientôt des minutes et la voiture poursuit sa route. Les yeux ambrés de James demeurent attentifs au moindre obstacle sur le chemin, fixés entre ses longs cils. Ceux-là propagent une ombre plutôt tenue qui s’étire de façon presque invisible au-dessus de ses pommettes. Lesquelles sont d’ailleurs…
— Bon, vous allez me dire ce que vous voulez au lieu de me fixer comme une abrutie ? tonne-t-il soudain, frustré de perdre à ce jeu.
— Une Ferrari.
— Allez voir ailleurs soi j’y suis.
— Vous n’êtes vraiment pas constant, comme type ! je lâche dans un sourire benêt.
Profitant que l’on soit sur une longue avenue, il risque un regard loin de la route. Ses yeux s’attardent sur moi quelques instants, se perdant dans les miens. Puis, s’arrachant à notre contact visuel, il secoue la tête dans un soupir.
— Vous êtes décidément irrécupérable.
— Mais c’est vous ! Vous me faites de grandes déclarations d’amour avant de me traiter avec cruauté et mépris !
Haussant un sourcil, il ne prend même plus la peine de se tourner vers moi pour que j’admire son air consterné et atterré.
— Vous n’êtes jamais fatiguée par vos propres conneries ?
— La seule chose qui me fatigue sont mes insomnies. Mais mon humour légendaire, ça, jamais ! je lâche avec fierté.
Il ne répond pas tout de suite, laissant un silence flotter quelques instants. Son regard s’attarde sur la tortue qui avance de quelques minuscules pas sur le tableau de bord.
Puis, dans un murmure à peine audible, il demande :
— Depuis combien de temps n’avez-vous pas dormi ?
Je dodeline de la tête. Peut-être car je songe à mon oreiller, un bâillement déchire ma mâchoire et j’écarquille mes yeux humides.
— Je dors. Mal. Mais je dors. Aucun rêve, dans le meilleur des cas.
— Et dans le pire ?
Ma gorge se serre. Il est des sujets dont on n’aime pas parler. Je hausse les épaules.
Soudain, l’atmosphère légère de cette conversation s’est tendue. L’air se fait plus épais et je me tasse sur mon siège.
Pourquoi a-t-il fallu qu’il ruine ce moment ?
— Le mental qu’il faut avoir pour sortir son zizi en public et faire pipi dans la rue, quand même.
Dans le rétroviseur, je le vois hausser les sourcils face à cette phrase tout à fait inattendue. Il ouvre la bouche, hésitant un instant, mais finit par déclarer dans un rictus :
— Le mental en question s’appelle la crasse.
J’acquiesce, légèrement embarrassée. Mais il brise le silence s’installant à peine en déclarant d’une voix douce :
— Vous n’êtes pas obligée de faire ça avec moi, vous savez ?
Mes sourcils se froncent et je me tourne vers lui. Il étaye alors son propos :
— Choquer afin de divertir. Dites-moi simplement quand vous n’êtes pas à l’aise avec un sujet et je ne le prendrais pas mal.
Les bras croisés, j’acquiesce simplement. Il a compris que la plupart du temps, je sors ce genre de phrase afin d’espérer changer de sujet.
— Faut quand même un sacré mental pour sortir son zizi dans la rue.
Il éclate de rire. Un de ces rires sonores et presque violents que l’on ne contrôle pas. Quelque chose que je n’ai jamais entendue chez lui.
Quelque chose qui me gonfle de fierté.
Je n’arrive pas à réprimer le sourire qui étire mes lèvres. Alors, profitant qu’il se gare, je tourne la tête vers la rue pour faire mine d’être obnubilée par la portière que je m’apprête à ouvrir.
Quand sa voix résonne, dans mon dos :
— On passe chez vous pour que vous vous changiez et on va manger au bureau ?
Hébétée, je me tourne vers lui.
— Pour que je me change ? Mais vous disiez que ces vêtements me donnaient l’air plus professionnelle…
Ses épaules se haussent tandis qu’il me regarde.
— Peut-être, mais je préfère vous voir dans les autres. C’est plus vous. C’est mieux.
Là-dessus, il sort de la voiture, claquant la porte derrière lui. Je le regarde faire, mon cœur battant à tout rompre.
Je ne sais pas pour quelle raison mais je me sens infiniment bien, soudainement.
𔘓
j'espère que ce
chapitre vous aura
plu !!
la correction de ce
chapitre fut...
particulière
𔘓
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