𔘓
C H A P I T R E 1 1
𔘓
Les derniers mois ont été plutôt agréables pour Hermès. L’opération a été suivie de rééducation donnée à domicile et mon chien s’est doucement remis.
De mon côté, j’ai pu reprendre du poil de la bête. Bien sûr, l’autre abruti de James Harold a su me griller dans le métier. Partout où j’ai déposé mon curriculum vitae, les journalistes du lieu ont posé une main devant leur rictus ou lever les yeux au ciel.
Me voici donc maintenant derrière un comptoir, écoutant les clients me dicter quelles garnitures ils aimeraient voir dans leur yaourt. Je ne m’en plains pas. Ici, au moins, Hermès a le droit de venir.
— Attends, mon beau, je lâche en contournant le molosse allongé sur le sol, atteignant une table où je dépose le contenu de mon plateau.
Le couple cesse de parler, me laissant poser deux chocolats chauds, deux yaourts garnis de chocolat ainsi qu’une crêpe.
— Bon appétit, je souris.
Ils ne répondent pas, attendant que je parte.
— Je rectifie : choppez une indigestion.
Leurs yeux s’écarquillent et je tourne les talons, calant le plateau sous mon aisselle. Derrière le comptoir, ma patronne, une femme aux yeux de chat et sourcils ébènes devant être de la même couleur que ses cheveux, dissimulé sous un voile, me jauge.
— Non mais sérieux, ils ont jamais appris à dire « merci » ?
Elle tente de me fusiller du regard mais finis par éclater de rire.
Le Comptoir de Nadia, avec ses murs roses pastel, ses glycines de différentes couleurs envahissant le plafond, ses tables parcourues de napperons de dentelle, ses arcades de verre est le repère de tout amateur de photographies. Elle se fiche bien de rappeler à l’ordre des clients : il y en aura toujours.
— Tu me tueras un jour, (T/P), rit-t-elle. Bonjour, qu’est-ce que je vous sers ?
Nadia prend directement les commandes au comptoir tandis que je sers à table. Deux de mes collègues s’occupent de l’étage.
— Bonjour ! je m’exclame dans un sourire en arrivant à hauteur d’une femme. Vous avez fait votre choix ?
Dans mon dos, j’entends la porte s’ouvrir. Un nouveau client arrive. Je vais prendre la commande de la rouquine avant d’aller accueillir le nouveau client.
Elle sourit en tournant la carte et hausse les épaules.
— Vous pourriez revenir dans quelques minutes ?
— Mais bien sûr ! Prenez votre temps ! je m’exclame.
Elle me sourit et je me retourne.
— Bonjour, qu’est-ce…
Brutalement, mon sourire retombe. Un instant, lorsque je croise deux yeux ambrés, je me dis que ma colère ne pourrait être plus grande. Enfin, ceci est sans compter sur le bruit que j’entends, dans mon dos.
Hermès vient de se lever et marche jusqu’à l’homme.
— Hermès ! Pas bouger ! je gronde en fusillant l’immense PDG du regard.
Mais le chien poursuit sa route, m’ignorant royalement. Mes poings se serrent et je le fixe, courroucée, tandis qu’il laisse sa tête glisser sous la paume du PDG.
— Hermès ! je lâche, outrée.
Les cheveux de James Harold voltent autour de lui lorsqu’il s’abaisse à hauteur du chien, grattant l’arrière de son oreille. Le traitre frappe le sol de sa patte arrière à plusieurs reprises, marquant son contentement.
Je soupire en secouant la tête, dépitée.
— Cassez-vous. Vous êtes pile dans le courant d’air donc ça m’apporte votre odeur qui pue.
Il pousse un soupir, sa poitrine s’abaissant.
— Pourquoi suis-je étonné ? Ces mois de paix loin de vous m’ont fait le plus grand bien, j’avais oublié votre débilité légendaire.
— Venez vous battre, je lâche sans chercher davantage de répartie, mes bras pendant le long de mon corps.
Il hausse un sourcil dubitatif face à mon manque d’action. M’empressant de le convaincre de ma puissance, je balance tout mon poids sur un pied et lève le deuxième tout en repliant son genou. Hissant mes bras pour qu’ils soient perpendiculaire au sol, j’abaisse mes paumes seulement pour qu’elles lui soient parallèles, mes doigts pointant l’homme.
— Affronte ma puissance.
Déconfis, il me dévisage. Les secondes s’égrènent et je peine à garder mon équilibre. Son regard s’échauffe en me voyant me replacer sur mon pied et il croise les bras, affichant un sourire goguenard.
— Qu’est-ce qui vous fait rire ? je crache.
— Je me demande combien de temps vous allez mettre avant de vous viander sur le sol.
S’asseyant, Hermès pose les fesses non loin des chaussures de James Harold et il penche la tête sur le côté, m’observant.
— Traitre, je siffle en le voyant faire.
— Oh ! Pas la peine de s’en prendre au chien !
Je fusille James Harold du regard qui attend ma réaction. Je demeure droite, remuant faiblement. Il ne faut surtout pas que je tombe.
— Je rêve où vous vous concentrez vraiment pour ne pas tomber ? lâche-t-il.
— Ce serait ridicule.
— Oh oui ! C’est sûr que c’est le seul truc ridicule dont vous êtes capable…
Je distingue une pointe de sarcasme dans sa voix… Je n’ai pas le temps de le questionner sur le sujet qu’une voix résonne dans mon dos :
— (T/P) ! Qu’est-ce que tu fous encore !?
Me retournant, je croise le regard de Nadia. Mais, surtout j’aperçois le rouleau à pâtisserie dans sa main et sa mâchoire qu’elle avance d’un geste menaçant.
— Arrêtes d’hypnotiser les clients et va travailler !
Aussitôt, je file à l’autre bout de la salle. Mon instinct de survie se manifeste et je réalise qu’il me faut m’éloigner le plus loin possible de cette femme.
Atterrissant devant une petite famille, je risque un regard au loin et aperçois Nadia installer James Harold. Ce dernier ne m’accorde aucun regard, commandant.
— Bonjour, vous avez fait votre choix ? je demande.
— Je…, demande la mère en regardant autour d’elle. Oui ?
Les deux enfants et le père acquiescent.
— Alors, je vous prendrai deux yaourts petits garnies aux coulis de chocolats avec des morceaux de pommes. Et mon mari et moi allons prendre un americano et un italiano.
Je note en toute hâte.
— Des boissons ?
— Deux expressos et deux jus d’orange.
J’ajoute les références et leur promets que la commande arrivera bientôt. Puis, tournant les talons, je marche jusqu’au comptoir, prête à préparer les commandes.
Enfin, cela est sans compter sur Nadia.
— Tu prends ta pause ? lance la femme en s’arrêtant à ma hauteur.
— Non.
— Ce n’était pas une question.
D’un geste de la tête, elle désigne une table. Je n’ai pas besoin de me retourner pour comprendre de laquelle il s’agit. Mes yeux se ferment et je soupire.
Je m’apprête à me plaindre quand elle me devance :
— Je m’occupe de la famille mignonne, lâche-t-elle en s’emparant du papier. Va le voir, il est venu ici spécialement pour discuter avec toi.
— Mais je n’ai aucune envie de discuter avec lui !
Nadia hausse un sourcil.
— Crois-moi, il m’a expliqué de quoi il comptait te parler et tu as envie de discuter avec lui. J’adore travailler avec toi mais tu risques de passer à côté de la chance d’une vie.
Mes sourcils se froncent. Mais de quoi elle parle ?
L’envie d’envoyer chier James Harold est avalée par la curiosité née des paroles de Nadia. Je lutte quelques instants avant de me tourner vers lui.
Avalant une gorgée de café, il m’adresse un clin d’œil. Je brandis mon majeur et Nadia claque l’arrière de mon crâne :
— Dis. Tu veux que je t’aide ?
Je fais la moue mais elle ne se laisse pas attendrir. Ne voulant rester dans les parages et subir une colère de Nadia, je m’empresse de marcher jusqu’à l’homme.
Il émet un sourire satisfait en me regardant m’assoir, boudeuse.
— Qu’on soit clair, c’est simplement pour pas rester à côté de Nadia et subir sa colère que je viens.
— Mais bien sûr, lâche-t-il dans un sourire.
— Bon. De quoi vous vouliez me parler ?
Il me jauge quelques instants.
— J’imaginais que vous seriez au courant… Vous n’êtes pas sur les réseaux sociaux ?
Je nie de la tête. Il soupire avant de tirer son téléphone de sa poche qu’il me tend. Je saisis l’objet en question que je range dans ma propre poche sous son regard médusé.
Il finit par lâcher, acerbe :
— Je ne vous le donne pas, espèce d’abrutie. Je veux que vous le regardiez.
— Mais oui, je savais, je lâche, de mauvaise foi.
M’emparant à nouveau du téléphone, je déverrouille ce dernier qui n’a pas de mot de passe et tombe directement sur un réseau social. La page des sujets les plus débattus s’affiche.
« James Harold » « Lilith » « Interview » « Loufoque » « Drôle ».
Mes sourcils se froncent et j’ouvre l’une de ces pages au hasard. Aussitôt, mon estomac tombe. Une image de moi. En premier plan. Dans une publication qui semble faire le sujet d’énormément interactions.
Il s’agit de mon interview avec James Harold. Elle a été mise en ligne. Et elle semble faire le buzz.
Atterrée, je regarde l’homme qui observe ma réaction.
— Mon équipe de communication l’a mise sur mon site et les gens l’ont adorée. Ils en réclament une autre.
Je ne sais pas quoi dire et me contente de le regarder, médusée.
— J’aimerais que vous m’interviewiez à nouveau et de façon plus… systématique.
Il hésite un instant :
— Je suis venu vous proposer un contrat de travail.
𔘓
coucou !
alors ? ces retrouvailles ?
j'espère que ce
chapitre vous aura
plu !!
𔘓
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