──── 𝐂𝐡𝐚𝐩𝐢𝐭𝐫𝐞 𝟓𝟏
L E J E U D E
— C A R T E S —
Comme en suspens, l’air s’est figé autour de nous. Jusque dans les profondeurs de nos êtres, le temps s’immobilise. Le sable cristallisé dans le sablier ne tombe plus. Le temps s’est tu.
Eren ne bouge pas.
— JE SAIS QUE T’ES LA, OUVRE CETTE PUTAIN DE PORTE ! OUVRE AVANT QUE JE LA CASSE !
Mais le brun demeure figé, atterré.
Je peux lire la terreur dans la façon qu’ont ses pupilles de se dilater brutalement. Semblables à deux tâches d’encre tomber sur un tissu, s’élargissant, elles engloutissent son iris. Laquelle fixe un point dans le vide.
Que je devine être celui de son passé.
— T’ES AVEC TA POUFFE, HEIN ? C’EST POUR CA QUE JE TE TROUVE PLUS AU DORTOIR ?
Mon sang se glace. Je comprends.
Charlotte. La maudite garde qui lui a fait tant de mal.
Parle-t-elle de la maison qu’il occupait, sur la partie village du campus, avec ses amis ? Allait-t-elle le chercher jusque là-bas ?
Qu’importe, toutes ces questions ne sont pas le plus important. La seule chose qui compte, maintenant, est Eren.
Mon regard trouve aussitôt son visage. L’estomac noué, j’observe les ombres défilant ses sur traits figés, seul mouvement sur son faciès.
— OUVRE CETTE PUTAIN DE PORTE OU JE L’OUVRE MOI-MÊME ! hurle-t-elle à nouveau.
Aussitôt, ses paroles sont suivies d’un bruit sourd. Un coup. Elle a donné un coup de pied dans la surface, suivi d’un autre et un autre.
A chaque coup je vois Eren sursauter légèrement. Comme s’il était celui que l’on frappait.
— PUTAIN, OUVRE !!
Je n’ai aucune idée de comment réagir. Si j’ouvre cette porte, elle verra Eren, derrière moi, et cela la rendra plus furieuse encore. Il n’a pas l’air dans l’état de réfléchir à une cachette convenable. Mais si la situation reste ainsi, son état empirera.
— OUVRE !
Sans réfléchir, j’enroule mes bras autour du torse d’Eren. Aussitôt, il me sert avec force contre lui. Nos poitrines se plaquent l’une à l’autre et je peux sentir la cadence anormalement rapide de ses battements de cœur. La gorge serrée et les yeux brillants, presque clos, je frissonne.
Elle le met dans un état de panique, a un ascendant sur lui qu’aucun humain ne devrait avoir sur un autre.
— SI J’OUVRE CETTE PORTE MOI-MEME, TU VAS LE REGRETTER !
Dans mes bras, il sursaute à nouveau en entendant ses coups. Son visage se loge dans le creux de mon épaule et il se tasse afin de se réfugier contre moi.
Le sentant trembler, je ne peux réprimer une larme qui coule sur ma joue. Seulement je ne peux pas m’y attarder. Pour l’heure, l’urgence n’est pas aux pleurs.
Je dois virer connasse-en-cheffe de ce couloir.
— Chut, chut, je murmure son oreille en caressant son dos d’une main. Concentre-toi sur le sol de ma voix, pas sur cette abrutie. Tu m’entends, Eren ?
— OUVRE, BORDEL, OUVRE !
— Eren, écoute-moi, s’il-te-plaît. Tu m’entends ?
Il acquiesce doucement dans le creux de mon épaule. Des coups retentissent et il sursaute à nouveau. De ma main livre, je dégaine mon téléphone.
Au même moment, j’aperçois un message entrant d’Aïsha, qui loge dans le même couloir.
« De : Aïsha.
Elle veut quoi, la tarée qui frappe à ta porte ? »
Génial. Je vais pouvoir lui demander de m’aider.
Mes lèvres se posent sur le crâne d’Eren que j’embrasse tandis qu’à une main, derrière lui, je tente de taper un message. Mais chaque lettre est compliquée à atteindre et Charlotte a le temps de frapper à nouveau que je n’ai pas écrit le moindre mot.
Mon estomac se noue. Bon sang, que cette situation se termine au plus vite. Je ne suis pas sûre qu’Eren tienne longtemps.
— TU CROIS QUE TU PEUX ME DEFIER COMME CA ?
— Charlotte ? Que fais-tu ici ? résonne soudain une voix, derrière la porte.
Je me fige, cessant de pianoter quelques mots sur ce téléphone. La voix de Noor. Aisément reconnaissable.
— N… Noor ? Qu’est-ce que tu fais là ?
— Et bien j’habite ici, rit doucement la femme.
— Pardon ? Mais je croyais que tu ne vivais plus avec l’autre salope ?
Aussitôt, comme si ce mot avait été un déclic, Eren se redresse brutalement. Cessant de trembler, il se tourne vers la porte, commençant à marcher vers elle.
Je me jette sur lui, l’empêchant de sortir.
— Non, Eren, je murmure tout bas pour qu’elle ne puisse pas nous entendre.
— Elle t’a traitée de salope, tu crois que je vais laisser passer ça !?
Je le serre mieux contre moi. Il est hors de question que cette garce ait ce qu’elle veut et puisse le revoir. De plus, je ne veux plus jamais qu’il soit obligé de faire face au visage de ses cauchemars.
— Eh bien… Je ne vis plus avec elle. Elle a déménagé.
— Quoi ? s’exclame Charlotte. Mais je croyais que c’était toi qui étais partie !
— Tu rigoles ? J’ai tout investi pour décorer cette chambre, je la garde ! Et puis, avec l’argent qu’il a, tu crois réellement qu’Eren se faderait les chambres les moins chères du campus ?
Contre moi, je sens mon petit-ami se détendre. Mon cœur aussi, prend une cadence plus lente, tandis que je pousse un soupir de soulagement.
— Mais… Le gardien m’a dit qu’elle habitait ici avec quelqu’un.
— Elle fait chier, grommelle Noor dans un vocabulaire qui ne lui ressemble pas mais avec un ton très réaliste. Ca, c’est la fameuse flemme de (T/P) ! Elle est censée dire à l’administration qu’elle a déménagé mais je pense que dans dix ans, ce sera toujours pas fait. Je vais prévenir le gardien.
Un silence s’ensuit. De plomb.
Nos souffles se coupent, sachant pertinemment que tout se joue maintenant. Si Charlotte la croit, nous resterons tranquillement ici. Sinon, nous allons devoir nous en aller.
— Charlotte, tu as une fortune équivalente à celle d’Eren, tu habiterais réellement une chambre aussi petite, toi ?
Un rire répond.
— Tu as raison… Navrée, je me suis laissée emporter par la colère. Tu comprends, se faire remplacer par ça quand on est moi…
La mâchoire d’Eren se contracte et je le serre plus fort contre moi. Il fait mine de se lever mais se ravise aussitôt quand je lui murmure de rester avec moi.
— En tout cas, c’est un plaisir de te rencontrer pour de vrai, Noor ! Je ne pensais pas qu’on pourrait s’apprécier mais au final…
— Pourquoi ? répond l’autre d’une voix qui me laisse entendre qu’elle sourit. Parce que je suis amie avec Eren ?
— Non, parce que je suis féministe.
Je me fige et Eren fait de même. Atterrés, nous échangeons un regard, peinant à nous dire que nous avons bien compris.
Des bruits de talons résonnent, s’éloignant. Les secondes s’écoulent et le silence revient. Nous comprenons que Charlotte est partie, sans même lui dire au revoir.
Aussitôt, Eren ouvre la porte. Noor se tient sur le perron, hébétée, le regard fixé au loin. Là où Charlotte se trouvait, avant de s’en aller, je suppose.
— Noor ? Je suis vraiment désolée, je chuchote en lâchant Eren, m’approchant de la fille. Je ne sais pas comment tu as su mais tu nous as sauvé la mise. Je te remercie tellement de…
Ma voix meurt dans ma gorge.
— Je suis vraiment désolée qu’elle t’ait insultée, je…
A ma grande surprise, Noor éclate de rire. Sa main se pose sur ses lèvres tandis qu’elle s’esclaffe, tentant de rester silencieuse.
Eren et moi, plutôt surpris, échangeons un regard. Je vois dans son air consterné qu’il ne saisit pas non plus ce qui lui prend.
— Noor ? Tu vas bien ? demande-t-il en penchant la tête sur le côté.
— Non mais je rêve où la miss je profite des gens quand ils sont sous substance me tient des discours sur le féminisme ? lâche-t-elle entre deux gloussements.
Je lance un regard au brun qui éclate aussi de rire. Je n’ose pas le faire, le sujet étant douloureux pour eux deux.
Quand Noor lâche :
— « Le GHB, oui mais le voile, jamais ! »
Là, je n’arrive pas à me retenir. Un rire franchit mes lèvres et je saisis ma tête de mes mains. Mes épaules se secouent sans que je ne les contrôle.
Eren enroule son bras autour de moi, m’amenant dans son étreinte sans cesser de rire. Mes gloussements deviennent incontrôlables et je n’arrive même plus à tenir debout.
Les jambes flageolantes, je m’appuie sur lui de tout mon poids et il se laisse tomber contre le mur. Je ne parviens pas à m’arrêter de rire, prise d’un fou rire intense. Il me sert contre lui, le son de sa voix saccadée échouant dans mes oreilles.
Ses bras me serrent davantage encore et il chuchote :
— J’adore t’entendre rire.
je suis vraiment désolée
pour le retard !
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