𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟖
𖤓
ET DANS LES LARMES DE CEUX QUI
VIVENT, JE LAVE LE SANG DES
▬▬ MARTYRS ▬▬
‣ S01E15
petit spoiler
Le soleil s’était couché depuis quelques temps lorsque Emeraude franchit le pont-levis. Ses cheveux mouillés dégoulinaient sur la cape verte que Petra lui avait donnée, la faisant quelque peu grelotter. Mais, même si la fraicheur de la nuit n’était qu’accentuée par ses mèches gorgées d’eau, elle se sentait bien.
Plus tôt, après avoir fini de récurer chacune des chambres comme le caporal le lui avait demandé, elle ne l’avait pas averti du fait qu’elle avait accompli sa tâche afin qu’il ne lui en assigne pas une autre. Puis, s’emparant d’une brosse jamais utilisée qu’on lui avait fournie pour se débarrasser de la crasse incrustée, d’un savon qu’elle avait fauché au tribunal en pensant qu’il s’agissait de nourriture ainsi que de l’uniforme de l’escouade qu’Hanji avait dégoté pour elle, elle avait rejoint la rivière qui se trouvait tout de même assez loin.
Voilà pourquoi elle avait disparue depuis plusieurs heures maintenant. Là-bas, profitant du fait que personne ne viendrait l’importuner, elle avait frotté avec soin chaque parcelle de peau de son corps, frictionnant celui-ci si vigoureusement qu’elle était ressortie du point d’eau avec la sensation d’être une femme nouvelle. Après s’être séchée à l’air libre en admirant le coucher de soleil, elle avait revêtu les vêtements de la brigade.
Sa cape descendant jusqu’à ses pieds et la capuche de celle-ci étant rabattue sur sa tête, on ne voyait de la jeune femme que cette étoffe vert émeraude. Da la même couleur que ses rêves de liberté. Une nuance qu’elle aurait aimé découvrir avec son frère.
— Je suppose qu’on va devoir patienter un peu mais j’ai entendu parler d’une grande expédition dans trente jours.
Au détour d’un couloir sombre, elle entendit nettement la voix de Erd. Suivant l’origine du son des yeux, elle tomba nez à nez avec une porte entrebâillée. La salle à manger. Diverses tables de bois étaient entreposées sur les dalles sombres, à égal distance les unes des autres. Cela ressemblait à une cantine. Ni plus ni moins.
Siégeant autour de celle à proximité de sa position, la jeune femme put aisément voir les six soldats sans pour autant entrer dans la salle. Illuminés par deux bougies disposées devant eux, ils discutaient autour d’une tasse de thé.
— De nouvelles recrues seraient à même intégrées à nos rangs.
Au plus loin d’elle en bout de table, Eren lui faisait face. Concentré sur les propos du blond, il ne la remarqua pas une seconde. A sa droite se trouvait Gunther et à sa gauche, regardant le brun, Petra écoutait attentivement Erd. Celui-ci se trouvait devant Auruo qui siégeait sur la chaise voisine de la rousse. Finalement, au plus proche de la jeune femme mais dos à elle, Levi présidait la petite conversation.
— Est-ce que c’est vrai, Erd ? C’est un peu précipité, non ? retentit la voix de Gunther. Les nouveaux viennent à peine d’endurer le dernier assaut des titans.
Emeraude hésita à entrer. C’est une conversation de soldats, ça ne me regarde pas. D’autant plus qu’elle ne se sentait pas forcément de bonne humeur et ne voulait pas aggraver son état en abordant des sujets aussi graves que le récent assaut de Trost.
C’était assez égoïste de sa part et elle en avait conscience. Mais elle ne pouvait s’empêcher de penser à ses problèmes personnels. Quand bien même le brun venait de mentionner un évènement qui avait bouleversé la vie du plus grand nombre, elle n’avait en tête que l’idée qu’elle allait passer la nuit seule.
La veille, elle ne s’était endormie sans sentir son ventre se tordre douloureusement en songeant à Eddie. Mais elle avait tout de même réussi à trouver Morphée en sachant Hanji et Petra avec elle. Ce ne serait pas le cas ce soir.
Le château étant vaste et les pièces, multiples, le caporal leur avait déclaré qu’ils allaient enfin pouvoir, après des années entassés dans des dortoirs, avoir des chambres individuelles. Si tous avaient bondi de joie à cette nouvelle, elle s’était quelque peu renfrognée. Levi s’en était aperçu mais n’en avait rien dit, n’étant pas spécialement intéressé par ses états d’âmes.
Elle détestait la solitude. Plus particulièrement quand le soleil s’en allait. Contrairement à ce qu’elle avait fait croire à son frère, ce n’était pas l’obscurité qu’elle craignait mais sa propre compagnie. Elle ne savait réellement pourquoi mais était terrifiée à l’idée de demeurer seule avec ses pensées.
Ainsi, Emeraude ne s’attarda pas plus longtemps devant la porte et continua sa route dans ce couloir faiblement éclairé de torches. Elle ne comptait pas aller se coucher. Elle savait qu’elle ne parviendrait pas à dormir. En revanche, les autres le feraient. Et elle comptait bien en profiter pour s’entrainer à l’insu du caporal qui l’avait défendue d’oser utiliser le matériel des véritables soldats.
— Ces morveux ont dû être pétrifiés de peur.
Si le caporal ne rappela pas à l’ordre Auruo en lui remémorant sa première mission, c’est parce qu’un bruit très léger attira son attention derrière lui. Il ne se retourna pas. C’était inutile. Il savait qu’il s’agissait d’Emeraude.
Levi savait qu’elle se préparait à désobéir à une de ses injonctions mais ne fit rien pour l’en empêcher. Après tout, si elle n’enfreint pas au moins une règle en vingt-quatre heure, peut-on vraiment dire que vous ayez le même sang ? songea-t-il lascivement à l’attention de celui qui ne l’entendait plus. Il n’eut le temps de se remémorer l’anecdote à laquelle il faisait allusion que Petra attira son attention en lui posant une question.
Et en effet, au même moment dans une autre des pièces que desservait le couloir, Emeraude sanglait solidement un appareil tridimensionnel sous sa cape. Elle comptait s’en servir dehors mais n’était pas dénuée de toute capacité de réflexion. Si elle croisait le caporal tandis qu’elle s’y rendait en étant équipée, elle ne donnait pas cher de sa peau. Aussi valait-il mieux qu’elle dissimule cet attirail.
Ainsi parée, elle s’en alla aussi vite qu’elle était venue et continua son chemin afin d’accéder à une autre aile du bâtiment, là où se trouvait ce qui deviendrait bientôt les dortoirs et qu’elle avait passé la journée à récurer de fond en comble. Elle avait donc fréquenté chacune des chambres et trouvé différents objets datant de l’époque où la base de bataillons d’exploration était au château.
Une découverte particulière l’avait quelque peu alarmée. En constatant qu’un des matelas était un peu plus haut que les autres et surtout plus dur, elle avait décidé de jeter un coup d’œil attentif à celui-ci. En ôtant le drap d’un coup sec, elle avait déplacé le lit, l’éloignant quelque peu du mur. Là, son attention avait tout de suite été attirée par le côté du matelas que la façade cachait avant.
Le rembourrage en plume de l’objet s’échappait en quantité astronomique d’une énorme déchirure visiblement pratiquée avec un sabre. L’ancien propriétaire du lit avait tranché son matelas en son centre. Et, lorsqu’elle avait vu plusieurs ronds de verre se dessiner par l’interstice de l’ouverture, elle avait réalisé pourquoi le matelas était si dur. Le soldat l’avait rembourré de bouteilles d’alcool.
Celui-ci était une denrée rare et chère. Alors, lorsqu’elle avait arraché le reste de l’objet pour en dévoiler le contenu et y avait vu tous les récipients vides, elle avait péniblement dégluti. C’était soit un alcoolique, soit un contrebandier. Dans tous les cas ça ne me plait pas de savoir que le destin de l’humanité a été entre les mains d’une personne comme celle-ci.
Mais elle se réjouissait maintenant de sa trouvaille. Une fois devant elle, elle saisit l’extrémité de sa cape et la ramena devant son visage, créant une sorte de sac avec le tissu qui pendait jusqu’à ses genoux. Elle y disposa les bouteilles pour les transporter plus facilement et quitta la salle en sifflotant.
Le verre produisait un bruit particulièrement sonore à chacun de ses pas et elle craignait d’attirer l’attention du reste de l’escouade. Elle avait beau être dans une aile différente de la leur, elle ne pouvait s’empêcher de s’inventer que ces légendes vivantes devaient peut-être avoir des super-pouvoirs et une ouï surdéveloppée. Alors, songeant qu’Eddie lui collerait une tape à l’arrière du crâne en entendant de telles fabulations, elle se pressa de rejoindre le jardin.
Une fois en dehors de la bâtisse, elle poussa un soupir de soulagement. L’air était frais et elle grelottait quelque peu mais elle savait que l’exercice finirait par la réchauffer. Elle en avait l’habitude. Il fallait juste qu’elle décide comment le mettre en place.
Elle fronça quelque peu les sourcils face à la vaste pleine recouverte d’herbes sauvages s’étendant devant elle. Elle n’avait que peu de parois où planter son grappin. A l’exception d’un puit et des façades de la bâtisse, rien ne jaillissait du sol.
C’est à cette pensée qu’elle se raidit. Mais oui, le château. Levant la tête derrière elle en avançant de quelques pas, elle prit soin d’examiner l’endroit. La pierre étant particulièrement dure, elle ne pouvait y planter sa prise, contrairement à ce qu’elle avait coutume de faire dans la forêt ou encore ce que, d’après la légende, Levi faisait dans la chair même des titans.
C’est un grand malade, tout de même, se dit-elle en se remémorant les dernières vingt-quatre heures. Malgré une très bonne première impression, il était parvenu par la suite —et en l’espace d’une journée seulement— à briser ses rêves d’une phrase, se moquer ouvertement d’elle et tenter de la tuer à deux reprises. Elle n’avait vraiment pas hâte d’être au lendemain.
Le caporal l’avait énormément déçue. Après toutes les histoires qu’elle avait entendues sur les bataillons d’exploration, elle s’était attendue à rencontrer un homme foncièrement bon et chaleureux, désireux d’aider l’humanité avant tout. Or celui qu’elle avait croisé semblait haïr les humains. Ou peut-être était-ce elle qu’il détestait ?
Elle secoua la tête, se disant que tenter de cerner le noiraud était mission impossible et que perdre du temps pour cette tâche était aussi inutile que stupide. Pour l’heure, seul son entraînement devait lui occuper l’esprit.
Emeraude allait devoir utiliser son grappin comme la plupart des soldats s’entrainant sur les toits. Elle ne pouvait le planter dans la pierre mais le coincer solidement lui permettrait une prise assez solide pour qu’elle décolle. Elle s’attarda sur la façade et identifia divers objets dont elle pourrait se servir : une gargouille, élément des moins sûrs car rien ne garantissait sa solidité, un porte-drapeau, choix posant encore plus de problème du point de vue de sa sécurité et finalement, l’option la plus évidente, les remparts.
— Bon. Je commence par la prise la plus facile, je rejoins la statue puis je termine sur ce truc, déclara-t-elle dans un murmure avant de baisser les yeux vers les bouteilles. Seize essais.
C’est en répétant cet exercice qu’elle avait appris, dans le passé, à compter. Elle ignora en bloc un souvenir du blond qui lui revenait et saisit un des objets. C’est pas le moment, songea-t-elle. Il fallait qu’elle parvienne à l’oublier un peu. Comment ferait-elle sinon lorsqu’elle deviendrait soldat ?
Prenant une grande inspiration, elle ferma les yeux avant d’ouvrir ses bouteilles de gaz. Elle prit pleinement conscience de chacune de ses sensations, humant l’air frais. Un léger vent agitait quelque peu l’étoffe de sa cape qui caressait ses jambes dans un mouvement continu. Le verre froid de la bouteille atrophiait quelque peu ses doigts. Son corps était détendu, habitué à porter l’équipement tridimensionnel qui concentrait tout son poids sur sa hanche. Si ses débuts avec cet attirail avaient été compliqués, elle y était maintenant habituée.
Se concentrer ainsi sur ses sensations était une manie qu’Emeraude avait depuis bien longtemps. Cela l’obligeait à ne pas se focaliser que sur sa vue. Elle avait quatre autres sens et se devait de savoir les utiliser à bon escient. Beaucoup d’évènements peuvent rendre prisonnier d’une lourde cécité durant un combat. Et elle refusait que cela l’arrête.
Soudain, elle actionna sa bombonne de gaz en ouvrant les paupières et rejoignit le ciel en une fraction de seconde. Puis, sans s’arrêter dans sa montée malgré le fait qu’elle était maintenant bien au-dessus des remparts, elle lança la bouteille de verre qu’elle tenait en direction d’une fenêtre et coupa le gaz, provoquant consciemment une chute de plusieurs mètres.
Tout en regardant la bouteille progresser en direction de la façade à une vitesse ahurissant, elle lança avec grande précision son grappin sur l’un des toits protégés par les remparts. Puis, étant donné qu’elle chutait très rapidement, il suivit le mouvement de son corps auquel il était relié et glissa jusqu’au bord de la surface, menaçant de quitter celle-ci et ainsi ne pas empêcher Emeraude de s’écraser au sol.
Seulement, alors que le grappin allait finir de glisser le long du toit et quitter celui-ci, sa course s’arrêta brutalement lorsqu’il rencontra un rempart dans lequel il se coinça. Cette interruption brutale donna une impulsion au corps de la jeune femme, ce qu’elle avait anticipé.
Usant de sa prise pour se balancer, elle se dirigea vers la bouteille qui allait s’écraser contre le mur, jambes devant. Puis, arrivée à hauteur de celle-ci, elle lança son pied avec précision dans l’objet, l’envoyant valser plus loin.
Elle l’observa alors pour évaluer sa nouvelle trajectoire et, s’aidant de ses simples sensations, ôta son grappin d’un geste sec sans un regard pour celui-ci. Tout aussi naturellement et sans avoir recours à sa vue, elle le lança sur la gargouille située au-dessus d’elle à gauche, s’empêchant à nouveau de chuter.
Comme juste avant, elle s’aida de sa prise pour balancer son corps jusqu’à sa cible qui s’apprêtait à retomber sur l’herbe en contrebas. Et, se dirigeant à toute vitesse sur lui, elle le frappa d’un violent coup de pied pour l’expédier à nouveau sur la façade, cette fois-ci près du porte-drapeau.
Continuant d’utiliser la même technique, elle attendit que l’élan qu’elle avait donné à son corps ne la ramène près du château pour ôter son grappin auparavant rendu prisonnier par sa position. Elle l’envoya alors se planter dans son nouveau point d’accès dont la bouteille approchait à grands pas.
Là, la jeune femme dégaina ses deux sabres pour achever l’exercice. Avec un sourire victorieux, elle fixa l’objet d’un regard attentif pour mieux viser et leva ses lames, prête à donner le coup de grâce. Sa fenêtre d’attaque serait très courte. Une seconde trop tôt et elle ne serait pas assez proche de sa cible, une seconde trop tard et celle-ci serait éclatée contre la façade.
Elle abaissa son bras pour briser l’objet d’un geste habile mais comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas. Elle était légère. Très légère. Trop légère.
Le porte-drapeau se brisa soudainement en un craquement sinistre tandis qu’elle venait de sabrer habilement la bouteille. Elle n’eut pas le temps de crier victoire qu’elle sentit son cœur remonter jusqu’à sa gorge. Elle chutait et n’avait absolument aucune prise à laquelle raccrocher son grappin.
Ses cheveux remontèrent autour de son visage et elle constata avec effroi qu’elle venait déjà de dépasser un étage en une fraction de seconde. Elle allait trop vite. Beaucoup trop vite. A ce rythme, elle allait s’écraser avant même de trouver une issue. Il fallait qu’elle fasse quelque chose pour sauver sa peau. N’importe quoi.
Soudain, le vent cessa de siffler dans ses oreilles et sa cape ainsi que ses cheveux retombèrent brutalement le long de son corps. Ses pieds pendaient toujours dans le vide. Elle venait de s’immobiliser en plein air.
Levant lentement la tête au-dessus d’elle, elle constata que la lame de son deuxième sabre était plantée dans un dense lierre qui grimpait le long de la façade. J’ai réussi, songea-t-elle en peinant à y croire, ayant réellement pensé que sa lame allait se briser sur les pierres. Mais il n’en avait rien été et, n’écoutant que son instinct, elle était parvenue à se sauver d’une chute mortelle.
Réalisant le coup de maître qu’elle venait d’exécuter, elle éclata d’un rire partagé entre la nervosité et l’amusement. Puis, levant de nouveau les yeux vers sa prise, elle lâcha un sonore :
— C’était moins une, putain ! Allez, on recommence, y’en a quinze autres !
⏂
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top