𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟔𝟔
𖤓
ET DANS LES LARMES DE CEUX QUI
VIVENT, JE LAVE LE SANG DES
▬▬ MARTYRS ▬▬
‣ S04E07
aucun spoiler
La nuit était tombée mais le feu de la guerre l’illuminait. Ondulantes, des flammes s’élevaient dans les rues de Mahr et s’agitaient au rythme de cris assourdissants. Entre elles, nombreuses étaient les personnes qui, le visage tordu par l’effroi, tentaient de fuir le cauchemar qu’était devenu leur paisible soirée.
Dans leur course, sans même s’en rendre compte, elles piétinaient les corps de leurs voisins tombés en se déplaçant ou assommés par les chutes de pierre provenant des immeubles que l’apparition d’Eren avait abimés. Ils n’avaient plus conscience de rien à part du danger.
Derrière eux, s’élevant dans le ciel tel un être des enfers, le titan pointa son nez droit en direction du ciel et, de sa bouche composée uniquement de dents, poussa un cri violent. Face à lui, un nouvel assaillant se tenait.
Couverte d’une épaisse couche blanche qui ne laissait voir que sa bouche au travers de quelques trous, le titan marteau s’élevait. Immense, il dévisageait Eren Jäger, prêt à l’affronter. Et celui-ci, figé dans la nuque de son autre corps, esquissa un faible rictus en regardant son ennemie.
Je vais te bouffer comme Emeraude a décapité ton frère, se dit-il intérieurement au souvenir de Brown Teyber, l’ancien détenteur du titan marteau que la jeune femme avait éliminé, quatre ans plus tôt. Le pouvoir de celui-ci, au lieu de renaitre chez un nouveau-né comme l’aurait cru la tradition, était allé se figer chez le plus intime de ses proches. Celui-là même qui lui faisait à présent face.
Un peu plus loin, Levi poussa un juron. Comme tous l’avaient imaginé, le Mâchoire et le Charrette n’étaient pas restés longtemps enfermés. Et, si Dan était bel et bien parti à la poursuite du second, Bosuard avait abandonné son poste qui consistait à surveiller le premier, contraignant le noiraud à s’occuper de lui en plus du bestial.
Mais l’adolescente partait du principe que d’excellentes raisons la motivaient. Face au carnage orchestré par Eren, elle n’avait pu se résoudre à se plier à son plan et s’en était tout simplement allée mener la mission que, de par son influence, Emeraude lui avait confié.
Oui, tout comme la jeune femme l’aurait fait à sa place, elle avait décidé de venir en aide aux civils.
Fendant l’air glacé au-dessus des têtes courantes, elle analysait les alentours. Au sol, les survivants étaient peu nombreux. Mais, si elle pouvait trouver la moindre parcelle de vie parmi les êtres piétinés, elle n’hésiterait pas une seconde à les secourir.
Soudain, au sol, une tête blonde attira son attention. Recroquevillée en une position de prière, elle présentait son dos au ciel, comme pour se protéger de la foule courant autour d’elle. Laissant son instinct prendre le dessus, elle avait adopté la meilleure stature qu’il soit.
Etant donné sa vitesse de déplacement, Bosuard l’atteindrait dans une dizaine de secondes. Mais beaucoup de choses pouvaient se dérouler durant ce laps de temps. Et elle en prit d’autant plus conscience lorsque, hurlante de terreur, le pied d’une femme courant s’écrasa bientôt sur sa tête, la cognant contre les pierres.
Sans réaliser ce qu’elle venait de faire, elle poursuivit sa course. Mais l’adolescente sentit son sang ne faire qu’un tour à cette scène. Et, ignorant sa gorge qui venait de se serrer, elle appuya rageusement sur sa pédale de gaz.
Orientant son visage vers le sol, elle approcha de celui-ci, feignant de pas voir les personnes la cognant par intermittence du fait de leur proximité. Tendant la main vers l’avant, elle se concentra de toutes ses forces. L’enfant était là et elle n’aurait qu’une seule chance de la secourir.
Alors, comme pour se donner du courage, elle hurla d’une voix blessée tandis qu’une larme de culpabilité coulait sur sa joue :
— JE N’AI PAS REJOINS LES BATAILLONS POUR ÇA.
Là, sa main agrippant fermement la ceinture de la fillette, elle la ramena vers elle et, afin d’éviter que le tissu craque et qu’elle ne tombe, sécurisa son corps en glissant son autre main qu’elle plaqua sur son ventre. Puis, elle modifia l’orientation de son être afin de s’élever un peu plus du sol.
Tout en filant par-dessus les civiles à une vitesse ahurissante, elle sentit son estomac se soulever. Le corps dans ses mains était frêle, trop frêle. Elle ne devait pas être âgée de plus de neufs ans et, aux vues de ses blessures, jamais elle ne soufflerait la dixième bougie.
Une autre larme coula sur sa joue et son regard tomba sur le crâne enfoncé de la gamine. La pierre avait cassé sa tête comme s’il ne s’agissait que d’une sphère de plâtre. De la plaie coulait une dose importante de sang. La blessure était trop grave. Elle souffrait sans doute énormément. Alors, simplement par peur qu’elle ne se réveille un jour avec un handicap trop important qu’elle ne pourrait éviter et qui lui gâcherait la vie, Bosuard pria sincèrement pour qu’elle meurt au plus vite.
Partout, le feu et le sang avaient envahis les rues. Elle ne pourrait pas la déposer dans un endroit calme mais ne voulait non plus qu’elle pousse son dernier soupir au milieu de tant de panique. Elle comprit alors très vite ce qu’elle avait à faire et, suffoquant dans un sanglot de culpabilité, bascula sa tête en arrière ainsi que son buste. Son dos se retrouva parallèle au sol, l’enfant allongée sur son torse et elle se mis à voler en direction de l’endroit que tous fuyaient.
Pourquoi nous avoir forcé à faire ça, Eren ? pleura-t-elle intérieurement tandis qu’à mesure qu’elle rejoignait le lieu où les différents titans se battaient, la foule se faisait moins nombreuse. Et bientôt, elle trouva une rue déserte. A l’exception de tous les cadavres piétinés inertes sur le sol.
Dans une roulade sur le côté, elle se mit de nouveau face au sol et, coupant son gaz lentement, bascula ses pieds en sa direction. Là, la plante de ceux-ci vint se poser sur le bitume doucement tandis que, dans ses bras tendus devant elle, la blessée gisait telle une princesse portée par son prince. Bosuard eut un pincement de cœur. Au moins, elle s’en allait à l’âge le plus doux, celui où l’on croyait aux contes de fées.
La foule s’étant allée, l’endroit semblait presque paisible. Les cris étaient lointains mais on pouvait voir le ciel étoilé au-dessus des immeubles. A travers les larmes, elle esquissa un faible sourire. C’était le meilleur endroit qu’elle pouvait offrir à la jeune mourante.
Alors, la déposant délicatement sur la route, elle attarda quelques instants ses yeux sur son visage. Elle ne souhaitait pas laisser ces traits s’évanouir dans l’oubli. Imprimant ses yeux noisette, son nez retroussé, ses tâches de rousseur ainsi que ses longs cheveux bouclés blonds et tâchés de sang dans son esprit, elle ramena sa main gauche derrière son dos et cogna son cœur de la droite.
Puis, ignorant la voix en elle qui lui criait que la poitrine de l’enfant se soulevait encore, que ses yeux noisette demeuraient habités par la vie, elle lui montra le dos. De son bras musclé, elle projeta ensuite son grappin sur une façade à sa droite avant d’ouvrir son gaz. Elle ne pouvait se permettre de s’attarder plus longtemps.
Et, tandis qu’elle filait, se décidant à chercher d’autres victimes, elle ne put entendre la douce voix de la fillette qui murmura soudain :
— Je t’en supplie, ne me laisse pas.
Quelques pâtés de maison plus loin, Dan avait fait taire ses scrupules et, tentant d’ignorer les hurlements de la population, avait pourchassé le titan charrette. Maintenant, il pouvait dire qu’il était maitrisé. Du moins, presque.
A côté de lui, le visage taillé de façon symétrique et couvert d’une fine barbe de Jean rivait ses yeux bruns vers la bête. En contrebas, elle ne pouvait plus avancer et semblait attendre qu’on l’achève. Eux deux l’avaient prise en chasse sur une assez longue distance et ils s’apprêtaient à s’en débarrasser.
Une lance foudroyante à la main, le châtain semblait déterminer à en finir avec cette créature. Et, sachant qu’elle avait été présente lors de la mission où Emeraude avait perdu la vie, Dan était aussi encouragé que son compagnon.
A l’entrée de cette même rue, quelques mètres plus loin, le corps hirsute du titan bestial s’effondra sur lui-même. L’énorme singe, inerte, riva ses yeux dépossédés de vie en direction de son allié qui s’apprêtait à se faire exécuter par les deux soldats.
Debout sur le crâne du bestial, ses chaussures enfoncées dans sa dense fourrure et ses lames tendues au bout de ses mains, Levi poussa un soupir las tandis qu’à quelques pas à peine, un jeune garçon blond venait de s’interposer entre le titan charrette et le duo de soldats qui s’apprêtait à l’abattre.
Mais il ne prêta pas une seule seconde attention à cela. Aujourd’hui, se devant d’obéir à Eren, il avait trahi deux de ses amis. Tout d’abord, l’acte qu’il venait de commettre allait à l’encontre du tout dernier souhait d’Erwin. Ensuite, si elle l’avait vu prendre part à cette tuerie de masse, Emeraude lui aurait sûrement craché des insultes au visage.
Le visage de la jeune femme l’avait hanté durant ces quatre dernières années. En rentrant de la mission à Shiganshina sans elle, il avait préféré dire à Dan et Bosuard qu’elle y avait péri en combattant vaillamment, se doutant qu’elle ne survivrait pas à la traverser du mur Maria jusqu’à la mer et voulant leur épargner un espoir inutile.
Et, en effet, lorsqu’ils avaient atteint le monde extérieur plus tard, malgré les trois années de recherche intensives de Levi et Hanji, jamais ils n’avaient retrouvé la trace de la jeune femme. Ils avaient dû se faire une raison.
Seulement, en cette nuit enflammée, les armes figées dans ses mains et ses yeux posés sur des civiles morts lui rappelant le paysage qui s’offrait à lui lorsqu’Edward était décédé, il ne cessait de penser aux mots de Jelena. Si jamais il se retrouvait en mauvaise posture, il pourrait toujours faire appel aux renforts.
Son cœur se fit lourd dans sa poitrine et il tenta d’oublier la douleur paralysante qui l’envahissait à chaque fois qu’il se disait combien les chances qu’Emeraude soit morte étaient élevées. Et, même s’il jurait de rester debout jusqu’à avoir personnellement vu son cadavre, plus les jours passaient loin d’elle, plus il se sentait faiblir.
Basculant la tête en arrière tout en fermant les paupières, il murmura dans un soupir las d’une voix étranglée par ses souffrances :
— Je dis jamais ça mais…
Il sentit un spasme le prendre. Le vent frais vint s’échouer sur sa peau.
— …j’ai tant besoin des renforts, aujourd’hui.
Là, il ouvrit les yeux. Et, aussitôt, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Au-dessus de lui, filant telle une tâche brune dans le ciel noir, une forme se découpait. Mais nul parmi eux n’était paré du vieil uniforme marron des bataillons d’exploration. Ce soldat était de Paradis, mais pas des nouveaux bataillons. Ses pupilles suivirent la silhouette.
Celle-ci, méconnaissable de par sa rapidité, fondait sur le titan charrette. Face au visage allongé de celui-ci, un petit garçon aux cheveux blonds se tenait, rivant ses yeux tétanisés de terreur vers les toits. Et, debout sur ces derniers, une dizaine de soldats observaient l’ombre brune filante dans les airs.
Mais il était trop tard et Levi le vit clairement. Avant même que Dan, partageant les mêmes suppositions que le caporal, ne se rue devant Jean pour l’empêcher de projeter sa lance foudroyante, celui-ci l’envoya avec force en direction de la tête du titan inerte, sur le visage de l’enfant.
Dans quelques secondes, le projectile atteindrait le marmot qui n’aurait d’autre choix que de partir en fumée, brûlé vif. Et la silhouette brune, qui qu’elle soit, ferait de même. Alors, dans un geste désespéré, Levi quitta le crâne du titan bestial pour s’élancer vers les trois futures victimes.
Seulement il ne parcourut qu’une très infime distance lorsque l’inconnu, tendant ses pieds devant lui, envoya sa chaussure cogner avec force le projectile. Sous les regards éberlués des soldats alentours ainsi que du noiraud qui s’immobilisa aussitôt dans sa course, la lance foudroyante vit sa trajectoire déviée.
Et, à l’instant même où l’ombre brune atterrit devant l’enfant et l’entoura fermement de ses bras, le protégeant de l’onde de choc, le missile alla s’écraser une dizaine de mètre plus loin, explosant dans un bruit assourdissant.
Un éclair déchira la rue tandis que son souffle fort balayait quelques détritus sur son passage et faisait pencher un peu plus l’inconnu sur l’enfant. Celui-ci avait d’ailleurs l’attention de toute la rue, les soldats se demandant qui pouvait être assez fou pour donner un coup de pieds dans une bombe.
Mais certains d’entre eux comme Dan, Levi ou Jean se dirent qu’ils n’avaient jamais croisé qu’une seule personne aussi téméraire, qu’un seul être qui coupait son gaz à cinquante mètres du sol ou même qu’une unique femme qui s’était permise d’insulter le caporal-chef en face.
Et, comme pour corroborer leurs pensées, l’ombre brune se redressa soudain sous le regard admiratif de l’enfant et reconnaissant de la femme figée dans la nuque du titan. Là, dans un geste brusque qui fit virevolter ses cheveux autour de son visage sévère, elle se tourna vers les soldats.
Quelques-uns la reconnurent et se figèrent. Ses traits étaient tordus en une expression furieuse tandis que des tâches de poussière se faisaient voir sur l’ancien uniforme des bataillons qu’elle portait.
Elle ouvrit la bouche, faisant briller la tâche de sang située sous sa lèvre inférieure.
— ET DEPUIS QUAND DIRIGEONS-NOUS NOS ARMES SUR DES ENFANTS ? rugit-elle en direction des soldats.
A quelques mètres d’elle, ses hématites ne pouvant se détourner du visage d’Emeraude, Levi sentait son cœur battre avec ferveur dans sa poitrine. Autour de ses lames, ses mains se faisaient moites et un torrent de chaleur et alégresse se rependait dans son ventre. Jamais il n’avait ressenti ça auparavant.
Elle était là, vivante. Et, de toute évidence, encore plus belle et emmerdante qu’avant. Sa gorge se fit sèche.
Les renforts sont arrivés.
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