𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟓𝟐
𖤓
ET DANS LES LARMES DE CEUX QUI
VIVENT, JE LAVE LE SANG DES
▬▬ MARTYRS ▬▬
‣ S03E11
aucun spoiler
Tu as intérêt à tenir ta promesse, Levi Ackerman.
Elle chutait à présent. Malgré ses bras qu'elle avait positionné de sorte à freiner sa course, elle chutait. A une vitesse vertigineuse, elle voyait les étages de l'immeuble devant ses pieds défiler à toute vitesse. Et aucune ombre aux alentours ne signalait un potentiel sauveur.
Ses cheveux ainsi que l'étoffe de la cape pointaient le ciel, comme pour désigner ceux qu'elle allait rejoindre. Elle regarda alors plus intensément la toile céleste, sentant un très maigre sourire étirer ses lèvres à l'idée de pouvoir saluer de nouveau ses vieux compagnons.
Aucun nuage n'en perturbait la régularité mais le soleil aussi semblait s'être quelque peu retiré. Au lieu d'être azur, il était donc simplement pâle. Mais d'une pâleur qui ne signifiait pas l'ennui. Plutôt un état proche de la paix.
Oui. Tandis qu'il ne restait plus qu'un étage à son corps avant de s'écraser contre la rue bétonnée, que sa masse tombante s'agitait d'un vent nouveau, que ses yeux fixaient cette étendue lactée face à eux et que son cœur battait avec ferveur à la simple idée d'arrêter de le faire, elle se sentait bien.
Bien. Car elle avait compris que le caporal ne tiendrait pas sa promesse. Et, au bout du compte, c'était la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Elle était en paix. Enfin.
— Merci, murmura-t-elle.
Le corps en croix, son étoffe s'élevant quelque peu, laissant une trainée d'émeraude dans les airs, elle s'apprêtait à mourir comme tous ceux qu'elle avait connu. En sacrifiée. Peut-être fut-ce la raison pour laquelle elle eut une si étrange dernière pensée.
Et dans les larmes de ceux qui vivent, je lave le sang des martyrs.
Elle ne prit pas la peine d'ouvrir les paupières pour regarder une dernière fois autour d'elle. Les plus belles choses étaient celles qui ne se voyaient pas. A l'exception peut-être d'une mais celle-ci ne semblait de toute évidence pas prête de venir. Elle aurait aimé entendre sa voix agacée une ultime fois. Mais il était trop tard. Elle venait de dépasser le premier étage.
Soudain, sa main droite fut violemment tirée vers le ciel, la forçant à se surélever dans les airs. Son corps suivit le mouvement et ses pieds ainsi que son bras gauche pointèrent soudain le sol qui s'éloignait rapidement d'elle. Elle leva la tête vers ses doigts pointant le ciel, surprise, et eut un sourire.
Il avait tenu sa promesse.
Le regard dur et sévère fixé au loin, il tenait son corps d'une poigne ferme, sa main solidement enroulée autour de son poignet. Ses jambes légèrement reculées et son dos, avancé, il avait opté pour la position qui lui permettrait de se déplacer le plus rapidement possible et, l'expérience aidant, il n'avait eu aucun mal à s'accommoder du nouveau poids que représentait Emeraude et qui aurait dû bouleverser son équilibre.
Ils ne dirent mot. Ils n'en avaient pas besoin. Ils se comprenaient très bien. Il avait vu la plénitude sur ses traits ainsi que le petit sourire en coin qu'elle avait affiché face à la mort. Elle sentait le sang afflué à toute vitesse dans les doigts qui enserraient son poignet. Il savait qu'elle avait apprécier l'idée de mourir. Elle savait qu'il avait été terrifié à l'idée qu'elle le fasse.
Ils étaient maintenant, par rapport à l'immeuble, à trois étages au-dessus du sol et se dirigeaient vers une bâtisse voisine, là où le toit était un peu plus bas. Sous leurs pieds, les soldats les suivaient en s'hurlant mutuellement des instructions et ordonnant aux civils de rentrer se protéger dans leur maison ou boutique.
Le caporal fut soudain pris d'un frisson qu'il ignora. Peut-être en prise de conscience tardive ou pour lui montrer sa reconnaissance de l'avoir sauvée, Emeraude venait de raffermir sa prise. En effet, jusque-là, seule la main du noiraud tenant son poignet l'empêchait de tomber. Mais elle venait, elle aussi, de refermer solidement ses cinq doigts sur son bras.
Malgré leur position plus qu'étrange, elle se sentait bien. De son corps, il la protégeait. Penché au-dessus d'elle de sorte à ce que même les cieux ne la voient pas, la rendant impossible à distinguer et ainsi enlever par la faucheuse elle-même, elle se sentait invincible. Mais une idée la taraudait tout de même.
Pourquoi diable des soldats souhaitaient-ils s'en prendre à elle ? Elle pensait que plus personne ne l'aurait prise en chasse après le coup d'état et que ceux encore adeptes de l'ancien monarque auraient visé tous les membres du gouvernement provisoire —ceux ayant précédés Historia. Or ni Erwin, ni Pixis, ni Zackley n'avaient reçu de lettres. Seulement elle. Elle était la seule visée.
Lorsqu'elle vit qu'un mètre les séparait maintenant d'un autre toit, elle tendit les jambes, sachant pertinemment ce qui était sur le point de se produire. Et, en effet, Levi recula soudainement sa main, emportant Emeraude dans son mouvement et l'avança tout aussi brutalement en la lâchant pour la projeter.
Son corps parcouru de lui-même l'espace entre le caporal et le toit, survolant le vide comme si elle était dotée de capacité hors-de-commun. Puis, calculant assez rapidement la position qui lui faudrait adopter afin d'atterrir dans la position la moins risquée possible —ou plutôt, ne suivant que son instinct— elle posa ses mains devant elle et tendit le plus possible ses jambes.
Sa tête manqua de percuter en premier le toit mais ses paumes amortirent la chute. Lorsque celle-ci entrèrent en collision avec la surface pleine de gravier, elle s'en aida pour faire basculer le reste de son corps au-dessus de sa tête, exécutant une roulade. Dans son mouvement, elle plia les jambes pour mieux se réceptionner sur ses pieds.
La seconde d'après, elle se trouvait debout, les jambes légèrement fléchies. Levi était reparti. Sa main gauche tenait toujours son sabre qui miroitait sous le soleil timide. Et, en promenant ses yeux autour d'elle, elle constata qu'elle n'avait pas eu tort de garder son arme. Un soldat était là.
Il avait dû sauter depuis le toit voisin ou peut-être était-il extrêmement rapide. Elle ne le savait pas. Quoi qu'il en soit, il se trouvait debout, à deux mètres d'elle, deux pistolets en main. Et il la fixait d'un regard bleu et féroce. Elle fut prise d'un frisson de dégoût. Il ne comptait pas la laisser repartir d'ici en vie et cela se voyait dans ses prunelles.
Elle ne perdit pas une seconde et sauta sur son pied droit afin d'arriver juste devant lui. Ceci fait, elle s'aida de sa jambe gauche, encore levée, pour donner de l'impulsion à son mouvement et abattit la lame du sabre de Levi dans un geste franc.
Elle vint couper sa chair au niveau de son torse, déchirant sa veste ainsi que le blason de brigade spécial et creusant un sillon peu profond sur sa poitrine. Sa course se finit dans son bras qu'elle entailla bien plus profondément, le forçant à lâcher un de ses pistolets dans un hurlement de douleur.
Dès lors qu'elle le vit tomber, elle ne perdit pas une seconde. Elle ne savait pas se servir de ce genre d'arme, la laisser sur le toit reviendrait donc à laisser à son assaillant une possibilité de la saisir de nouveau et s'en servir. Naturellement, elle envoya donc son pied dedans et la projeta hors de l'immeuble, la faisant chuter jusqu'au pavé de la rue.
Seulement elle n'eut le temps de reporter son attention sur l'homme qu'un coup violent au niveau des cervicales la saisit durant un instant, la forçant à se raidir pour accuser le choc. Son corps momentanément paralysé, elle tomba à genoux sans ne rien pouvoir faire et écarta les doigts. Son sabre tomba au sol dans un bruit métallique. Elle pinça les lèvres.
Quelques secondes. Il ne lui faudrait que quelques secondes pour être capable de refaire un mouvement et se défendre. Mais son assaillant le savait et ne comptait donc pas les lui laisser. Elle sentit une poignée de racines de ses cheveux se soulever, lui tirant la peau et l'arrachant pour endroit. Il avait saisi ses mèches et la trainait ainsi.
Elle n'arrivait toujours pas à bouger et c'est en sentant son cœur s'affoler dans sa cage thoracique qu'elle constata qu'il la trainait au bord du toit. Il comptait l'y jeter. Mais elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas mourir comme ça.
Levi venait de la sauver. Elle ne pouvait pas mourir maintenant. Elle n'était ici pas maitresse de ses derniers souffles mais contrainte de les pousser. Elle ne pouvait pas mourir ici.
Ses membres furent soudain parcourus d'une force nouvelle, comme insufflée de l'au-delà lui-même et elle sentit sa peau s'échauffer. Une vibration agita ses nerfs et sa poitrine se gonfla d'un air semblant être venu d'ailleurs.
Il la tenait toujours par les cheveux et se trouvait derrière elle, la forçant à avancer en lui donnant des coups. A genoux, ces derniers pendaient à présent dans le vide, le bord du toit lui arrivant à mi-mollets. Mais elle n'avait pas peur.
Elle allait remporter ce combat.
Dans un hurlement de rage, elle se redressa et, profitant de la poigne solide de son assaillant sur elle, se plia violemment vers le vide, le forçant à suivre son mouvement et basculer au-dessus d'elle. Il traça un arc de cercle au-dessus de sa tête avant d'atterrir de l'autre côté, son corps pendant au-dessus de la rue.
Elle avait saisi son bras pendant qu'elle le faisait basculer et sa prise sur celui-ci était bien la seule chose qui l'empêchait de chuter. Elle plongea ses yeux brûlant sur sa face tordue en une moue apeurée. Il était sous elle, ses traits tirés couverts d'une épaisse pellicule de sueur et ses yeux ne cessaient de passer du vide sous ses pieds au visage de la jeune femme.
Il était terrifié. Elle n'en avait que faire. Il s'en était pris à la mauvaise personne.
Elle resta penchée au-dessus de lui, se demandant ce qu'elle pouvait bien en faire, maintenant. Il était à sa merci mais elle ne comptait pas le tuer. Elle ne souhaitait pas s'en prendre à des humains. Soit, elle avait déjà assassiné l'un d'entre eux mais il s'agissait d'un mutant, un être de la pire espèce. Un traitre.
Elle comptait donc simplement lui soutirer des informations. Ensuite, elle savait pertinemment que Levi ne rechignerait pas à le mettre en cellule. Même s'il y avait été contraint ces derniers jours et qu'au final, il le faisait depuis des années étant donné la véritable nature des titans, il n'appréciait pas l'idée de tuer des humains.
— Que me voulez-vous ? demanda-t-elle d'une voix rude.
Malgré la position dans laquelle il était et la peur qui semblait encore l'animée, quelques secondes auparavant, il s'autorisa un sourire. Goguenard, il la narguait. Il ne comptait pas répondre. Celui lui plaisait de la voir taraudée par l'ignorance.
— Réponds, dit-elle simplement en se penchant un peu plus, le rapprochant davantage du sol.
Mais il n'abandonna pas son rictus enfantin et s'autorisa même à lui tirer la langue. Malgré son âge semblant avancé —il devait avoir dix ans de plus qu'elle— il parvenait ainsi à donner l'illusion de n'être qu'un gamin puéril.
Même si ce genre de comportement lui tapait sur les nerfs, cela ne suffisait pas à lui faire perdre patience. Le soldat dut le deviner et être déterminé à la pousser hors de ses gongs car il adopta une autre tactique. Bien plus efficace.
— Vaut mieux mourir le sourire aux lèvres que comme une merde. Enfin, après ton frère et les empotés qui servaient de sous-fifres à ton mec, tu dois le savoir.
Aussitôt, le ton de la conversation changea. Elle ne put se retenir et ne contrôla d'ailleurs rien de son corps lorsque, ses yeux agités d'une rage encore plus vive et puissante que les autres, elle écarta les doigts. Tout simplement.
Sans aucune once de remord, elle observa le visage de la pourriture qui avait osé salir la mémoire de ses amis s'éloigner d'elle à mesure qu'il chutait le long de l'immeuble. Mais, avant de trop s'éloigner et s'écraser, il eut le temps de déclarer cette dernière phrase.
Capitale.
— On te tuera comme on a tué ton père.
⏂
hey ! petite info sur le tome 2 !
je vais résumer tout en une phrase : vous voyez toutes les larmes que vous avez lâchées devant l'anime ?
croyez-moi vous allez les essuyer bien vite.
PS : isayama tu me dois de la thune pour la thérapie grand fou.
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