𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟑𝟒
𖤓
ET DANS LES LARMES DE CEUX QUI
VIVENT, JE LAVE LE SANG DES
▬▬ MARTYRS ▬▬
Un mois plus tard
Le son des sabots cognant le sol se voyait supplanté par celui, tremblant, de la voix d’Edward. Le grand frère d’Emeraude, promue un mois auparavant et devenu alors son supérieur, affrontait aujourd’hui sa première situation de crise. Et celle-ci était apparue au travers de quelques phrases délivrées par un messager qui venait tout juste de les rattraper durant leur entrainement.
— Où se trouve l’escouade d’élite ? demanda le blond tandis que tous autour d’elle écoutaient attentivement le gringalet couvert de sueur qui leur livrait les informations.
L’escouade d’élite. Celle du caporal Ackerman. Depuis la matinée tumultueuse où elle avait demandé à être changée d’escouade et s’était retrouvée sous les ordres de son frère avec ses compagnons de la 104ème brigade d’entrainement — à l’exception d’Eren —, aucun d’entre eux n’avait daigné prononcer le nom du noiraud.
Qu’il s’agisse de Jean, Conny, Sacha, Marco, Christa, Ymir, Reiner, Marcel, Edward ou même la réservée Mikasa, tous avaient fait en sorte de taire son existence. Bien sûr, lorsqu’ils avaient dû agir professionnellement, ils n’avaient pas continué leur petit jeu. Mais, depuis la catastrophe survenue à Stohess, ils n’avaient eu aucune expédition extra-muros requérant une collaboration avec une autre escouade et n’avaient donc été contraints de travailler avec lui.
Emeraude en avait d’abord été surprise puis, se rappelant le dédain que lui avait réservé le noiraud tandis que tous les soldats autour d’elle se moquait de leur nuit passée, elle avait compris. Car autour d’elle se trouvaient de véritables amis, des gens sur qui elle pouvait compter. Des personnes qui n’avaient pas digéré ce qu’il s’était passé. Y compris Edward, pourtant un bon ami du caporal-chef.
Seulement, aujourd’hui, les conversations allaient devoir s’engager. Car l’heure était grave.
— Nous n’avons aucune information là-dessus, caporal Edward.
— Les murs Maria et Rose viennent d’être brisés et personne ne sait où connard-en-chef et ses champions sont allés se fourrer !? s’indigna le blond tandis que leurs chevaux ne cessaient d’avancer à vivre allure en direction du Mur Sina. Vous vous fichez de moi, soldat !?
— Navré, je…, commença le soldat.
— Qui était à la base ? Qui va patrouiller ? Et où ? Est-ce qu’on doit garder notre cap sur le mur Sina où se diriger vers le mur Maria !? s’époumona-t-il, des veines pulsant sur son front.
Située juste derrière son frère, entre Conny et Jean, la jeune femme ne fut pas surprise par la colère qu’elle entendait chez son supérieur. Des titans avaient été repérés, fonçant sur la base des bataillons d’exploration située dans l’enceinte du mur Rose. Cela signifiait qu’ils avaient passé le mur Rose mais aussi le mur Maria – celui qu’ils avaient réussi à sauver au prix de la vie de soixante-deux pourcent des brigades d’entrainement, deux mois plus tôt.
Un messager. Voilà ce qu’il avait fallu pour réduire leur combat de ce jour-là à néant. A l’époque, ils étaient parvenus à sauver Maria, ne perdant que Shiganshina et ainsi la maison d’Eren où se trouvait une mystérieuse clé capable de les sauver. Mais, aujourd’hui, ils semblaient sur le point de perdre le secteur Maria et Rose.
L’humanité ne pourrait jamais se retrancher derrière Sina. Ils mourraient tous à cause de la famine, de la surpopulation et du climat de terreur habitant les rues. Seuls les plus tordus pourraient survivre.
Et, faisant face à ce sinistre avenir, ils devaient maintenant ne compter que sur eux-mêmes. Car le caporal-chef et sa brigade d’élite n’avait pas daigné signaler où ils se trouvaient auprès de leurs collègues avant de s’en aller.
— Là est le plus étrange, caporal, répondit l’homme tandis qu’ils ne cessaient tous de cavaler avec hargne, ignorant les vastes plaines s’étendant à perte de vue autour d’eux. Des titans ont été repéré dans le secteur Rose mais aucun dans le secteur Maria.
Les sourcils d’Emeraude se froncèrent, quelques regards étonnés furent échangés autour d’elle. Les titans mesuraient minimum quatre mètres de hauteur et maximum — pour ce qu’ils en savaient maintenant — quinze comme le titan d’Eren, celui d’Annie ou encore le titan cuirassé ayant brisé le mur de Shiganshina d’un coup d’épaule.
Comment de tels êtres auraient pu pénétrer le mur Maria et rejoindre Rose sans se faire remarquer ?
— Le mur a été brisé la première fois par le titan cuirassé, résonna la voix de Marco derrière elle. J’ai vu un autre, celui qu’on a appelé le Mâchoire, tenté de briser la deuxième porte menant au secteur Maria avant qu’Edward ne l’arrête.
L’intéressé hocha la tête.
— Aucun témoin n’a vu ces deux titans aux portes ? demanda-t-il en se tournant vers le messager.
Celui-ci nia de la tête.
— Les premiers à avoir vus des titans étaient les membres des bataillons restés à la base, ils sont d’ailleurs partis les traquer, répondit-il.
— Mais ça n’a aucun sens ! s’écria Christa derrière elle, à droite de Marco. Ils sont apparus comme par magie dans le mur Rose ? Sans passer par le secteur Maria !?
Emeraude sentit un frisson courir le long de sa colonne vertébrale. Elle était restée silencieuse. Trop silencieuse. Situés deux rangs dans son dos, Reiner et Marcel échangèrent un regard appuyé. Lorsque cette soldate se taisait, cela ne présageait rien de bon.
Soudain, comme si elle avait senti leur intérêt pour elle, la jeune femme lança un regard dans leur direction. Ses iris vinrent trouver les leurs instantanément, s’accrochant à eux comme le grapin de son système tridimensionnel et, lorsqu’ils se retrouvèrent confronter à ses pupilles ardentes, malgré les soldats les séparant de leur collègue, ils déglutirent péniblement.
Il y avait dans ses prunelles quelque chose de noir. De la haine. Savait-elle quelque chose ? Avait-elle compris ?
— La magie n’existe pas, répondit fermement Ymir d’un ton un peu trop rude pour ne pas cacher un certain embarras.
Affutés par ses cils pointant en leur direction, les iris d’Emeraude ne les lâchèrent pas un seul instant. Scrutant leur peau comme si un feu la faisait fondre, elle les observa minutieusement, leurs cheveux galopant toujours avec ferveur. Ils déglutirent péniblement et Marcel alla même jusqu’à ôter sa main droite de la rêne qu’il tenait, prêt à y planter ses dents.
Là seulement, elle se détourna d’eux. Reprenant une position plus droite sur son fauteuil, elle leur présenta leur dos, comme si rien ne s’était passé. Mais ils sentaient toujours leurs cœurs battre avec force dans leur cage thoracique.
Que savait-elle ?
— Où est le groupe qui se trouvait à la base ? Et qui sont-ils ? demanda Edward.
— L’escouade de Mike et Hanji. Tous patrouillent pour sécuriser le mur et repérer une brèche mais Mike a quitté le groupe plus tôt pour les aider à fuir, répondit le messager.
Les muscles d’Emeraude se raidir et son cœur rata un battement. Le caporal Mike avait quitté les bataillons pour s’élancer seul face à des titans. Même s’il était le second soldat le plus doué des bataillons, le fait était qu’ils ne savaient pas combien de monstres les guettaient. Il s’était jeté dans la gueule du loup.
La jeune femme se souvint de sa première lutte contre les titans. Ses sabres s’enfonçant dans leurs nuques, ses larmes de désespoir dévalant ses joues tandis qu’elle les voyait réussir à pénétrer Shiganshina. Ce jour-là, soixante-deux pourcent des recrues des brigades d’entrainement avait péri. Et elle aurait dû en faire partie.
Jamais elle n’oublierait le moment où, ses bouteilles de gaz vidées, la corde de ses grappins cisaillée et ses lames émoussées, elle s’était élancée sur le titan lui faisant face. Pour toujours, elle conserverait le souvenir du chagrin immense qu’elle avait ressenti en devinant les pertes dans les rangs de ses compagnons, du peu de réconfort que lui avait apportée l’idée de sauter dans le vide après avoir tranché la nuque de ce monstre.
Et, ce jour-là, tandis qu’elle murmurait les paroles d’une triste berceuse, alors que ses bras étendus autour de son corps lâchaient leurs armes, au moment où une dernière larme roulait sur sa joue, à l’instant même où elle regardait le ciel, prête à rejoindre ses compagnons, Mike Zacharias s’était élancé vers elle et l’avait sauvée.
Elle lui devait la vie.
Surtout maintenant qu’elle entendait nettement la voix fluette qui hantait son esprit murmurer : Mike ou Nanaba. Tu ne pourras pas sauver les deux. Elle avait un choix à faire. Et, aussi rude son bref temps de réaction lui parut-il, elle sut rapidement vers qui elle s’élancerait. Nanaba était aux côtés d’une escouade entière et celle d’Edward s’apprêtait à la rejoindre. Mike était seul.
De plus, elle avait une dette.
— Je vais chercher Mike, dit-elle d’une voix confiante à son frère.
Celui-ci se tourna à peine vers elle avant d’acquiescer. Voilà ce qui le changeait principalement de son ancien supérieur. Là où Ackerman ne croyait pas en elle et préférait la traiter de menteuse ou traitresse, Edward la savait sincère.
Et, si elle annonçait si solennellement devoir partir aider un frère d’arme, cela signifiait qu’elle était son unique chance de survie.
— Merci, caporal, répondit-elle avant de tirer sur les rênes de son cheval, l’orientant vers l’Est, là où était arrivé le messager, là où Mike avait quitté leur groupe.
Lorsqu’elle quitta son escouade, cavalant en une direction opposée à la leur, elle sentit les regards de tous rivés sur son dos. Ils croyaient en elle, en son don et en cette voix murmurant dans sa tête. Ils savaient qu’elle disait vrai lorsque, implicitement, elle affirmait que Mike se trouvait en mauvaise posture. Alors ils se sentaient aussi nauséeux à l’idée qu’elle s’en aille le rejoindre.
Mais il ne fallait pas confondre les ordres et la bêtise. Elle n’avait pas le droit de faire passer ses besoins personnels avant l’Humanité. Si Mike avait été un ami qu’elle tentait de protéger inutilement, oubliant les soldats qu’elle se devait d’aider, Edward l’aurait empêché de quitter les lieux. Seulement la situation était différente.
Elle lui devait la vie, soit. Mais, là où il était, il y avait fort à parier qu’il ne survive pas seul et que sa mort ne serve à rien, même pas à ralentir les monstres. Alors mieux valait lui offrir un peu d’aide et tenter d’occire ces bêtes aux côtés de Mike.
Qu’importe si elle y laissait sa peau.
Tirant le canif de son frère de la poche de sa cape, la jeune femme l’ouvrit d’un geste aisé tandis que le cheval qu’elle montait ne cessait de galoper toujours plus vite, faisant du vaste paysage autour d’elle un simple amas de lignes verdâtres indiscernables à cause de la vitesse. Bientôt, elle aurait rejoint la route d’où venait le messager. Et, à partir de là, elle allait avoir besoin d’aide pour s’orienter.
Lorsqu’elle fit glisser la lame du canif dans sa paume, entaillant profondément sa chair, un grognement de douleur franchit ses dents serrées et elle sentit son cœur battre un peu plus fort. Mais l’immédiate sensation d’énergie qui parcourut soudain ses membres et atteignit son crâne, y délivrant une impulsion revigorante, la fit tout de suite taire.
Le Chemin.
La douleur l’y connectait. Plus elle était grave, plus elle s’enlisait dans le Chemin. Là, seulement superficielle, elle lui permettait de se connecter à Armin sans se retrouver réellement face à lui.
— Tu es là ? demanda-t-elle, sa main blessée se refermant sur les rênes de son cheval tandis qu’elle atteignait la route indiquée par le messager.
Une fois qu’elle y serait, seul Armin allait pouvoir la guider.
— Oui, répondit une voix à l’intérieur de son crâne, résonnant en volutes sonores sous sa peau.
La sensation était étrange mais pas gênante ni douloureuse.
— Edward et l’escouade vont voir Nanaba, j’ai préféré rejoindre Mike, dit-elle simplement. Où se trouve-t-il ?
— Maintiens ton cape, répondit la voix, il a rejoint un village.
— Il est à l’arrêt ? demanda-t-elle tandis qu’elle franchissait la route désignée par le messager et s’enfonçait dans les plaines, suivant les indications d’Armin.
Un bref silence.
— Oui.
La voix se fit hésitante, saisissant Emeraude. Quelque chose n’allait pas.
— Il est vivant ?
— Oui.
Elle avait compris.
— Pour combien de temps encore ?
— Il va falloir que tu te dépêches, répondit-il simplement, faisant augmenter la cadence des pulsations cardiaques de la jeune femme.
Combien de temps lui restait-il avant qu’elle ne puisse plus rembourser sa dette ? Un frisson parcourut son échine, la monture qu’elle grimpait faisait de son mieux, dépassant les quelques arbres qu’elles croisèrent à vive allure.
Bientôt, ses yeux remarquèrent au loin quelques bâtisses blanchâtres aux toits rouge brique. Trop petit pour être une ville, tout juste assez grand pour être un village. Le cœur d’Emeraude rata un battement.
— Dis-moi qu’il est là, demanda-t-elle d’une voix qui sembla plus sèche qu’elle ne l’aurait voulu.
— Oui.
Les bâtiments grandissaient à mesure qu’elle s’en approchait. Mais elle ne distinguait toujours pas Mike. En revanche, ses yeux ne pouvaient manquer les hautes silhouettes de chair encrassées amassées en une boule de terreur.
Une dizaine de titans de titans semblaient afférés autour d’un point qu’elle ne parvenait à discerner. Mais elle le devinait très bien. Une bile remonta le long de sa gorge. Dans quel état allait-elle retrouver Mike ?
— Entier ? demanda-t-elle.
— Non.
Son souffle se fit haletant. Elle approchait. Quelques mètres seulement la séparaient du village. La bâtisse à côté de laquelle ils se trouvaient ne cessait de grandir à mesure qu’elle les rejoignait. Et, en voyant cet amas de titans collés les uns aux autres, tellement occupés par ce qu’ils entouraient qu’ils ne la regardaient pas, elle eut soudain envie de tourner les talons, effrayée de devoir affronter le corps démembré de l’homme à qui elle devait la vie.
Mais elle se ravisa. Elle avait une dette.
— Vivant ? demanda-t-elle.
— Pour l’instant.
Aussitôt, comme si elle n’avait eu besoin que de la certitude que le cœur de Mike battait encore pour agir, elle saisit les deux boomerangs accrochés à sa ceinture. Et, tandis que son cheval cavalait encore, alors que les titans n’avaient même pas remarqué sa présence, elle abattit ses bras, fendant les airs d’un mouvement rageur.
Ses armes brillèrent un instant dans le ciel, leur sifflement transperçant la voûte céleste. Puis, soudain, deux titans basculèrent en arrière, leur nuque entaillée profondément tandis que du sang en giclait avec force. Les autres se tournèrent vers leurs deux semblables s’effondrant, soudain alertés.
Mais Emeraude n’avait même pas attendu que ses boomerangs atteignent ses deux cibles pour envoyer son grappin en direction de la nuque d’un autre. Et, avant même que le corps de ses deux premières victimes ne touche le sol, ses lames vinrent trancher la nuque de trois autres titans, les faisant s’effondrer dans son sillage.
D’un geste habile, elle se retourna dans son saut, faisant face aux neuf encore debout qui s’étaient soudain tournés vers elle, oubliant leur précédente occupation gisant sur le sol. Le jour où Shiganshina avait été envahi, elle avait abattu quarante-deux titans. Lors de sa première expédition et de son combat contre Annie, quinze étaient tombés sous ses lames. Puis, alors qu’elle s’élançait pour rejoindre Levi alors perché sur le crâne du titan féminin, ses boomerangs avaient tranchés seize nuques.
Elle avait déjà abattu soixante-treize titans. Elle était prête à en ajouter quatorze à sa liste.
Avec force, elle projeta ses sabres vers l’avant, appuyant sur le mécanisme de ses pommeaux pour qu’ils libèrent ses lames. Celles-ci allèrent se projeter droit devant elle, visant la nuque du titan le plus proche. Puis, sans se laisser le temps de réfléchir, elle envoya sa main vers la gauche, tendant ses doigts qu’elle referma immédiatement, rattrapant le boomerang qui revenait vers elle. Son bras s’abattit alors dans une autre direction, relançant sans trêve l’arme qu’elle venait d’attraper et, se tournant dans les airs, elle fit de même avec l’autre projectile qui repartit en direction de ses assaillants.
Lorsque, saisissant son grappin, elle l’envoya se planter dans la chair d’un des monstres lui montrant son profil, cinq des bêtes s’effondrèrent sur elles-mêmes sans avoir le temps de bouger pour l’attraper. Elle était trop rapide. Après tout, il fallait bien qu’elle justifie la place controversée que certains lui attribuaient parmi les meilleurs soldats de l’Humanité.
Tous n’étaient pas d’accord pour dire qu’elle méritait sa place sur le podium aux côtés de Mike, Hanji, Mikasa, Edward et, surtout, Levi. Mais la vérité était là. Mikasa avait tué, à l’heure actuelle, cinquante-deux titans, Hanji, soixante-cinq, Edward, soixante-neuf et Mike, soixante-dix. Même si elle trouvait stupide de tenir les comptes, seul le noiraud et les plusieurs centaines de monstres qu’il avait abattu se trouvait devant elle.
Elle était une machine de haine. Lorsqu’on la lâchait devant ces monstres, elle ne pouvait se contenter de n’en occire qu’un seul. Et, aujourd’hui, son compte s’apprêtait à passer à quatre-vingt-sept.
Ses lames transpercèrent la nuque de deux monstres situés côte à côte, projetant une quantité astronomique de sang sur son uniforme tandis qu’une main démesurée se tournait vers elle, prête à se refermer autour de son corps en mouvement.
— DÉGAGE ! rugit-elle, ses sabres tranchant nettement l’index et le majeur de la bête.
Aussitôt eut-elle fendu la chair du titan qu’il se mit à beugler. Un grondement sourd et grave. Terrifiant. Saisissant. Mais elle ne trembla pas. Elle savait ce qu’elle devait faire.
Lâchant ses sabres qui vinrent s’effondrer en contrebas, elle tendit les mains devant elle, ouvrant les doigts. Ils allaient venir. Elles les sentaient arriver. Ses bijoux de terreur. Les armes qui faisaient d’elle un soldat encore plus compétent. La preuve que son frère connaissait ses aptitudes.
Ses boomerangs.
Aussitôt ses doigts se refermèrent-ils autour de leur surface planes et tranchantes qu’elle propulsa de nouveau ses mains dans les airs, envoyant les projectiles refendre l’atmosphère jusqu’à la nuque des titans.
Et, dès qu’elle les vit voler, elle plaça ses mains sur ses pédales de gaz, diminuant drastiquement la pression des bouteilles. Son corps vint s’effondrer brutalement mais sûrement, accompagnant le geste des trois derniers survivants qui s’écroulaient, la nuque tranchée. Elle tombait aussi. Mais elle, elle savait ce qu’elle faisait.
Lorsque la semelle de ses bottes rencontra le parterre d’herbe, ce fut en douceur. Droite comme un I, les genoux légèrement pliés pour mieux se réceptionner, elle se contenta de tendre de nouveau ses bras et attraper au vol ses boomerangs qui revenaient. Un sifflement retentit dans l’air avant qu’elle ne les saisisse puis les range à sa ceinture.
Elle l’avait fait.
Autour d’elle, quatorze corps de titans gisaient. Ils avaient péri sous ses lames. Quatorze monstres qui s’en étaient pris à Mike. Quatorze bêtes s’ajoutant au nombre important de celles qu’elle avait déjà occis.
Seulement aucun sourire n’ornait son visage, aucune exaltation ne franchit ses lèvres, aucune lueur victorieuse n’illuminait son regard. Elle avait fait aussi vite qu’elle le pouvait, mais ne savait encore si cela avait suffi.
Dans son dos, étendu dans une mare de son propre sang, elle devinait Mike. Le soldat qui l’avait sauvée de la mort, quelques mois plus tôt. Celui à qui elle devait la vie. Mais, les mains soudain tremblantes et l’estomac se tordant, elle réalisa avec un haut-le cœur qu’elle ne savait pas s’il était encore vivant. Et qu’elle allait devoir se retourner et regarder elle-même ce qu’il était devenu pour le savoir.
Le vent soufflait autour d’elle, amenant une odeur de sang mélangé à celui de l’herbe fraîche. Le parfum de la guerre ne lui avait jamais plu, qu’importe combien le champ de bataille pouvait avoir l’air paisible sans la faucheuse y rôdant. Ce village était charmant. Mais la mort l’avait pourrie.
Mike était-il vivant ? Si oui, à quel point était-il blessé ? Et parviendrait-elle à les ramener au mur sans qu’il ne décède sur son cheval ? Allait-elle pouvoir honorer sa dette ? Il n’y avait qu’un seul moyen de le savoir et le temps pressait.
Alors, la lèvre tremblante, elle se retourna vers l’homme.
⏂
c'est le début de la saison 2 hehehe
à votre avis, qu'est-ce qu'il va se passer ?
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