𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟏

𖤓

ET DANS LES LARMES DE CEUX QUI
VIVENT, JE LAVE LE SANG DES
MARTYRS









S01E13
aucun spoiler










              Le soleil ne se coucherait que dans plusieurs heures alors, avec un sourire, la jeune fille se dit qu’elle pouvait encore profiter de cette après-midi paisible en compagnie de son frère durant quelques temps. Celui-ci, dans de multiples cris d’encouragement, la pressait d’accomplir la mission qu’il venait de lui donner.

             Il était son meilleur ami, son confident et sa seule famille. Ensemble, ils avaient fait les quatre cent coups. Ils s’étaient promis de ne pas s’arrêter à ce chiffre et ce, même lorsqu’ils deviendraient soldats. Car tel était leur rêve.

             Né dans ce petit village de campagne loin de toutes villes, le blondinet s’était longtemps senti seul, étant l’unique enfant du village. Jusqu’à ce que sa mère donne naissance à sa jeune sœur. Ce jour fut à la fois le plus beau et le plus rude de sa vie. S’il avait maintenant une amie, c’est aussi cet évènement qui conduisit sa génitrice aux portes du paradis, suivant son père de près.

             Aujourd’hui, des années plus tard, tous deux pouvaient affirmer que, si la vie les avait marqués, elle ne leur avait pas pour autant ôté toutes chances d’être heureux. Tant qu’ils étaient ensemble, rien ne semblait pouvoir les atteindre.

— Allez ! Allez ! Tu peux le faire !

             Les sourcils froncés et poings serrés, l’ainé encourageait énergiquement sa cadette qui, avec toute la hargne dont elle était capable, tentait de se défaire des liens qui la retenaient prisonnière. Ceux-ci étant bien ficelés, ce n’était pas là une mince affaire.

             Les deux frères et sœurs connaissaient bien des mythes et légendes sur les titans. Mais les personnages qui les marquaient le plus dans ces histoires n’étaient nul autre que les êtres humains qui, animés par la seule force de leur courage, s’élançaient par-delà les murs à l’encontre des créatures pour les affronter. On les appelait le bataillon d’exploration.

             Nul ne suscitait plus leur admiration que ces soldats. Même s’ils ne connaissaient que quelques noms célèbres parmi tous ceux œuvrant pour leur liberté, ils n’en respectaient pas moins ceux qui leur étaient inconnus. Ils espéraient même apprendre à les connaitre en devenant un jour leurs camarades et frères d’arme.

             Voilà pourquoi ils s’entrainaient quotidiennement depuis quelques temps maintenant. Grâce au matériel qu’ils avaient récupéré chez un ancien membre du bataillon d’exploration habitant leur village, ils avaient appris très tôt à manier tous types d’armes blanches ainsi qu’un accoutrement un peu plus compliqué à appréhender : le système tridimensionnel.

             Celui-ci se portait par-dessus les vêtements. Cinglé solidement à la taille et aux jambes, il était constitué d’un réacteur leur permettant d’être projeté dans les airs et de grappins qu’ils utilisaient pour se déplacer sans ne jamais toucher le sol, les plantant dans des troncs d’arbres ou, en de très rares occasions, sur les toits des maisons du village.

             Seulement manier ces deux instruments ne suffirait pas à faire d’eux des guerriers endurcis et ils le savaient. Il leur fallait plus. Beaucoup plus. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils s‘entrainaient dans des domaines divers et variés.

             Aujourd’hui, il s’agissait d’une épreuve d’agilité et de force. Eddie venait d’attacher solidement sa sœur à un arbre massif à l’aide d’une corde. Il lui fallait, le plus rapidement possible, se défaire de ses liens.

             Si la tâche était rude, elle n’en était pas pour autant infaisable. Et c’est ce pourquoi la jeune fille ne paniquait pas plus que ça face aux exclamations de son frère qui la mettaient pourtant, à l’ordinaire, dans un état de panique hors du commun.

             Le nœud se situait derrière le tronc et était donc inaccessible. Réfléchie, la jeune femme ne s’était donc pas lancée dans une quête débile de celui-ci ou n’avait pas fait la pire des actions possibles dans ce genre de situation : n’importe quoi.

             Prenant une grande inspiration, elle avait gonflé ses poumons à bloc et, ainsi, augmenter quelque peu taille de sa poitrine qui avait exercé une pression sur la corde. Celle-ci s’était donc décoller de l’arbre, laissant un espace assez conséquent à la jeune fille pour qu’elle ôte ses bras de sa cage.

             Libre de ses mouvements sur la partie supérieure de son corps, elle n’avait plus qu’eut à prendre appui de ses mains sur les liens pour séparer ceux-ci du bois et l’aider à hisser son corps hors de la prison qu’était la corde. Elle atterrit donc bientôt sur ses deux pieds, devant le regard fier de son frère.

— Bravo je…

             Malgré le ton enjoué qu’il avait utilisé pour débuter sa phrase, le sourire du garçon se fana subitement et il se tut. Elle adopta la même expression terrifiée. Ils échangèrent un regard entendu. Tous deux l’avaient compris.

             Sous leurs pieds, le sol s’était soudainement mis à trembler. Et, même s’ils n’avaient jamais dû faire face aux créatures hantant les cauchemars de l’humanité, ils savaient pertinemment ce que cela signifiait. Ce que tous redoutaient venait de se produire.

             Lorsqu’elle leva la tête, elle eut une soudaine envie de pousser un hurlement de terreur. A une cinquantaine de mètres d’eux, fixant leur village de leur yeux globuleux et vitreux, six titans avançaient, un sourire terrifiant déformant leur bouche démesurée. Leurs pieds immenses et encrassés frappaient le sol à mesure de leur pas, faisant trembler celui-ci.

             Elle aurait pu être tétanisée, restée immobile en bégayant face à ce qui n’était autre que le spectacle le plus horrifiant auquel elle ait assisté. Elle aurait aussi pu rester plantée là durant plusieurs heures en se demandant comment le mur avait pu être de nouveau brisé.

             Mais, en promenant son regard autour d’elle, elle constata que son frère se tenait devant elle et était donc plus proche qu’elle des titans. Il était vulnérable. Cette simple vision suffit à la ramener à la réalité.

             Soit, elle ne s’était pas munie d’un de leurs appareils tridimensionnels et n’avait pour seule arme qu’un ridicule canif. Mais eux qui avaient pour dessein de défendre l’humanité contre les assauts des titans ne pouvaient décemment pas laisser les habitants de leur village se faire engloutir par simple manque de réactivité.

             Ni une ni deux, elle accourut jusqu’à son cheval sur lequel elle prit place en un bond vif. Alors, voyant le blondinet toujours immobile face aux monstres, elle s’empressa de le ramener à la réalité.

— Ils ont bien trop d’avance. Evacue les villageois, je fais diversion.

             En entendant la voix paniquée de sa jeune sœur, il se tourna vers elle. Toujours aussi terrorisé, il ne fit pourtant le moindre pas en direction de son cheval et se contenta de la dévisager de ses yeux écarquillés.

— MAINTENANT.

             Ce cri eut un effet immédiat sur Eddie qui sauta aussitôt sur sa monture et prit la direction du village. Elle le regarda faire, un nœud tordant ses entrailles et se retourna ensuite vers leurs assaillants. Ils n’avaient pas beaucoup progressé. Leur lenteur était d’ailleurs une aubaine pour la jeune fille. Elle allait en tirer parti.

             Durant un instant, elle hésita pourtant. Était-elle sûre de ce qu’elle faisait ? Absolument pas. Allait-elle y survivre ? Probablement pas. Mais était-ce nécessaire ? Bien sûr que oui.

— Et puis merde, cracha-t-elle.

             Dans un hurlement de rage, elle ordonna à son cheval de partir d’emblée à un rythme soutenu. Celui-ci ne se fit pas prier et galopa à toute vitesse en direction des titans. Il leur fallut à tous deux une grande force mentale pour ne pas céder à la panique et maintenir leur cap. Ils se jetaient dans la gueule du loup.

             Les créatures ne tardèrent pas à repérer la cavalière et, bientôt, la prirent tous en chasse. Avec la lenteur les caractérisant, ils se tournèrent un à un vers elle et se mirent à marcher dans sa direction. Mouvant leurs corps lents et gras, ils s’approchèrent de sa position à grands pas.

             C’est alors qu’elle tira un grand coup sur les rennes, ordonnant à son cheval de changer brutalement de trajectoire. Elle n’aimait pas le manier avec tant de rudesse ni même le mettre en danger mais elle n’avait pas le choix. Pour se rassurer, elle se disait que le vétéran de leur village lui avait maintes et maintes fois expliqué que les titans ne s’en prenaient qu’aux humains, pas aux animaux.

             Sa manœuvre eut l’effet escompté. Les créatures se désintéressèrent du village vers lequel ils se dirigeaient pour la suivre elle, qui galopait en direction du bosquet situé non-loin mais tout de même à une certaine distance des maisons.

— T’as intérêt à te manier Eddie, grommela la jeune femme en réalisant que, si elle parvenait à leur échapper, ils se reporteraient de nouveau sur le village et qu’il était donc primordial que son frère l’ait vidé.

             Ils maintinrent cette cadence durant une bonne trentaine de mètres jusqu’à ce qu’elle aperçoive subitement du coin de l’œil deux monstres se détacher du restant de leur groupe pour se diriger vers leur première cible. Avec horreur, elle réalisa qu’Eddie n’avait sans doute pas encore eu le temps de faire évacuer les habitants. Elle ne devait pas les laisser poursuivre leur chemin.

             Alors, ne pouvant se permettre de laisser son plan tomber à l’eau aussi bêtement, elle accéléra la cadence pour rejoindre les deux titans, entrainant les autres à la suivre. Elle ne les dépassa pas, se contentant de les approcher assez pour que, si elle crie, ils l’entendent.

— LA ! JE SUIS LA, PUTAIN ! TOURNE-TOI !

             Aussi surprenant cela puisse paraître, sa manœuvre désespérée porta ses fruits. Soit, elle avait éloigné le groupe du bosquet et l’avait rapproché considérablement du village qui ne se trouvait plus qu’à quelques mètres d’eux mais, au moins, tous étaient maintenant concentrés sur elle et ne prêteraient plus attention aux innocents habitants.

             Avec son cheval, elle longea le dos de l’église en jurant. Si j’avais eu mon appareil tridimensionnel, j’aurais pu grimper sur le toit, la laisser galoper jusqu’à la forêt et se mettre en sécurité. Mais elle n’avait pas cet outil.

             Une énorme goutte de sueur commença à perler sur son front lorsque, jetant un coup d’œil en arrière, elle constata que les six titans la suivaient bel et bien. Cette nouvelle était aussi réjouissante que terrifiante. Soit, les villageois étaient en sécurité. Mais elle, non.

             Comme pour se donner du courage, elle poussa un autre cri enragé à l’intention des monstres, les défendant de s’attaquer aux innocents et les défiant d’oser s’opposer à elle. Même si elle n’était pas assez entraînée pour se permettre de penser qu’elle pourrait en appréhender ne serait-ce qu’un, prétendre le contraire l’aidait à garder la face.

             Mais ce fut tout ce qu’elle en tira.

             Avec un haut-le-cœur, elle sentit soudainement ses vêtements se soulever et tirer son corps hors de la position qu’elle occupait sur son cheval. Lorsqu’elle vit celui-ci avancer seul et remarqua que le sol commençait à s’éloigner de ses pieds, elle réalisa qu’un de ses assaillants venait d’attraper sa veste et la tirait jusqu’à lui.

             Du calme, tu peux encore te défaire de sa prise et retomber sur tes jambes, se dit-elle en commençant à se débattre dans son haut en lin pour se défaire de celui-ci. Le fait qu’il ne l’ait pas attrapé elle mais son vêtement était une aubaine. Elle rentra d’abord sa tête entre ses épaules avant de tendre les bras droits vers le ciel. Naturellement, elle glissa hors de l’étoffe à laquelle elle s’agrippa tout de même.

             Suspendue dans les airs en s’accrochant à sa propre veste, elle jeta un coup d’œil au sol pour évaluer où elle ferait mieux d’atterrir et réalisa alors combien la terre ferme était loin d’elle. Le titan qui venait de la saisir était loin d’être le plus petit des six et elle le ressentait maintenant qu’il la tenait à hauteur de son visage. Si elle se laissait tomber, la chute la tuerait à coup sûr.

             Avant qu’elle ne puisse envisager la moindre solution, elle sentit ses cheveux se soulever autour de son visage et vit nettement le parterre d’herbes se rapprocher de nouveau d’elle et ce, à une vitesse vertigineuse. Son cœur remonta jusqu’à sa gorge et elle ne tarda pas à réaliser qu’elle chutait.

             Etant toujours cramponnée à son vêtement, elle comprit rapidement que ce n’était pas vraiment elle qui tombait mais le titan l’ayant attrapé et qu’il l’emportait dans sa chute. Alors, dans un accès de stupidité, elle fit ce qui lui semblait être la chose la plus intelligente à faire : elle s’aida de sa veste pour se hisser jusqu’à la main du titan et se précipita au creux de sa paume.

             Accrochée de toutes ses forces à un des doigts très épais du monstre, elle ne ressentit qu’un léger soubresaut lorsque la créature, finissant de s’effondrer, abattit le dos de sa main sur la terre ferme. En se réfugiant à cet endroit, elle s’était protégée de l’impact en amortissant le choc et s’était donc épargnée une mort stupide.

             Néanmoins, elle restait curieuse quant à la raison pour laquelle le titan était subitement tombé au sol. Même s’il avait trébuché, ce n’était pas normal qu’il l’ait laissée se mouvoir si facilement au bout de son bras. Alors, ouvrant les yeux, elle se redressa quelque peu avant de se retourner pour regarder le visage de son ennemi.

             Face contre terre, il était clairement mort. Autour de lui, des cris de guerriers et éclats de lumière se faisaient voir par à coup, comme lorsqu’on agite une lame à la lueur du soleil. Elle n’était clairement plus seule contre eux. Mais elle n’y prêta pas longuement attention, son regard étant attiré par un élément bien particulier juste devant elle.

             Debout sur le crâne du titan décédé, le dos droit et les mains tenant deux sabres acérés, un homme aux traits impassibles et au regard d’acier la dévisageait. Sur ses épaules, une cape vert émeraude et souple s’agitait sous l’impulsion de la légère brise soufflant autour d’eux. Et, même si elle ne pouvait voir le sigle brodé dans son dos, elle n’eut aucun mal à comprendre qu’il s’agissait d’un soldat du bataillon d’exploration.

             Aussi, c’est avec beaucoup d’admiration qu’elle le regarda lever le menton et déclarer d’une voix grave et autoritaire :









— On prend la relève.

 












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