𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟕𝟕











𝐂 𝐇 𝐀 𝐏 𝐈 𝐓 𝐑 𝐄  𝟕 𝟕




















           Brutal danse cacophonique, le sol a entamé une valse. Sous moi, l’herbe n’a de cesse de trembler au son d’une mélodie macabre. Tressautant, elle ne fait qu’épouser contre son gré, en un mariage dont le caractère forcé n’a d’égal que son horreur, les pas du minotaure.

           Là-bas, il avance. Loin, dans mon dos, il progresse. Cortège funèbre d’un cauchemar pourtant éveillé, il s’amène.

— Mon tombeau…

           Ici, même Hélios ne vient pas. Eloigné, reculé en des terres moins tyranniques, il y brille. Cependant, là, il ne souhaite venir. Alors, seule la somptueuse titane reculée au Tartare daigne se montrer.

           Quand Nyx foule la terre, brutale est l’obscurité.

           Pourtant, figée dans le ciel, Artémis, la céleste lune, nous observe. Ses rayons, bravant le voile de la titane, perce ce dernier. M’accordant quelque lumière miséricordieuse, elle brille.

           Les éclats de l’astre me permettent de mieux contempler ce qui m’entoure.

— Je… Je connais cet endroit…

           Le sol s’est refermé autour de moi. Prisonnières, mes jambes sont plantées dans le sol. Indéracinables. Je ne bouge pas.

           Malgré les pas du minotaure s’approchant.

— Je… Non, pas ici… Pas ce lieu…, je lâche, balbutiant.

           La colline au sommet de laquelle je suis enfoncée m’est familière. Poursuivie par des morts que j’avais moi-même enterrés, courant à toute vitesse, des larmes dévalant mes joues, je m’y suis réfugiée.

           Il y a dix ans.

           Je suis là où Toji m’a sauvée. En cet endroit précis, épuisée, je me suis laissée tomber. Vaincue, comprenant que jamais je ne m’en sortirais, j’ai cédé. Mes genoux ont fléchi. Je me suis écroulée.

           Seulement, il m’a rattrapée.

— Cette fois-ci, il n’y aura personne…, chantonne une voix.

           La même que celle qui, tout à l’heure, m’a promis que cette plaine serait mon tombeau.

— Qui es-tu ? je crache en me retournant, ne voyant personne autour de moi.

— Il serait plutôt agréable de le savoir, n’est-ce pas ? rit-t-elle.

           Mon cœur bat à toute vitesse.

— C’est… C’est toi qui fais cela… Mais pourquoi ? Comment ?

           Je secoue la tête.

— Tu ne peux pas créer tel labyrinthe… Aucune magie, même ancienne ne peut…

— Vraiment ? Il s’agit pourtant de la magie la plus bête qui soit. Elémentaire, je dirais même.

           Un frisson parcourt mon échine. Elémentaire ? Là n’est pas le mot que j’emploierais.

           Chaque signe astrologique détermine un pouvoir.

           Les Taureaux se téléportent. Les Vierges se métamorphosent. Les Capricornes créent des hallucinations.

           Les Sagittaires peuvent sonder le passé, l’avenir et l’esprit de quiconque. Les Lions peuvent contrôler par la voix. Les Béliers ont une force démesurée.

           Les Balances peuvent ralentir ou accélérer le temps. Les Verseaux sont capables de devenir invisible. Les Gémeaux maitrisent l’ubiquité.

           Les Poissons entendent la vérité des mensonges. Les Cancers sont des nécromanciens. Les Scorpions, eux, sont à même de pétrifier n’importe quoi.

           Rien, dans cette liste, ne laisse capable de créer un labyrinthe d’illusions se basant sur les peurs intrinsèques à chacun.

— Nous n’avons pas la même définition d’élémentaire, je grommelle.

— Vous n’avez surtout pas la même définition de limites.

           Me tordant entièrement, je tente de regarder derrière moi. Le sol persiste à trembler. Ses secousses semblent se propager jusqu’au cœur de mon être.

           Là, je réalise. L’herbe autour de moi est calcinée par endroit. Comme si des corps brûlés s’y étaient écroulés.

— Je… Ce n’est pas une illusion, je réalise.

           Un rire me répond. Goguenard.

           Je ne suis pas en plein cauchemar. Je suis réellement sur l’île Lycus, là où Toji a brûlé tous ces cadavres. J’ai été téléportée.

           Seulement, ce petit garçon n’existant pas, ce cadavre abandonné… Tout cela est une illusion. Ce n’est pas réel.

           Comme si un Taureau me téléportait tandis qu’un Capricorne créerait des illusions à partir des informations qu’il aurait tiré de moi grâce aux flèches d’un Sagittaire qui aurait sondé mon esprit.

           Tout cela ne peut être l’œuvre d’une mage. Ils doivent être au moins trois. Ou alors…

— Non, ce n’est pas possible. Tu ne peux pas être la seule à… Non, tu…

— Je te l’ai dit, reprend la voix dans un rire. Il s’agit-là de la magie la plus élémentaire.

— Il s’agit surtout d’une magie extrêmement dangereuse, je frissonne, les yeux s’écarquillant de terreur.

           A nouveau, le sol tremble. Le minotaure semble s’approcher sans ne jamais arriver. Comme si elle le maintenait éloigné exprès.

           Me torturant grâce à la seule pensée qu’il m’approche.

           Soudain, la peur s’évapore quelque peu, chassée par cette idée qu’elle ne souhaite pas me tuer tout de suite, que je dispose peut-être de plus de temps. Les rouages de mon esprit se mettent alors en marche et je réalise ce qui est pourtant évident depuis le début.

           Elle peut me téléporter seulement. Or le cadavre, le marmot… Ils n’étaient qu’illusions. Elle ne possède pas le pouvoir de les faire réellement apparaitre.

           Tout comme elle ne détient pas celui de m’enterrer.

— Espèce de garce, je ris soudain.

           Calmement, je lève le pied. Je n’ai pas la sensation qu’il bouge. J’ai la nette impression de rester bloquer. Mais là est le vice des illusionnistes.

           Je ne me vois pas bouger ni me sens le faire. Pourtant, j’avance. J’en suis certaine.

           Alors je lève le pied. Je le repose. Je lève l’autre. Que je repose. Inlassablement, je continue.

           Mes yeux se ferment, les clignant. Aussitôt, de l’air frais fouette mes jambes. Un sourire étire mes lèvres : je ne suis plus enterrée. Enfin, je ne l’ai jamais été mais l’illusion d’être enterrée s’est dissipée.

           Je suppose qu’il était inutile pour elle de s’évertuer de maintenir une image à laquelle je ne croyais pas. Cela devait l’épuiser pour rien.

           Mes paupières s’ouvrent à nouveau.

           Debout au sommet de la colline, je peux mieux observer les alentours. Le sol tremble encore, autour de moi. Je tressaute avec lui, rythmant les pas du minotaure que je ne vois pas.

— Existe-t-il seulement ? je demande. Ce minotaure. Est-t-il réel ?

— Aussi réel que ton âme sœur.

           Mes sourcils se froncent et je me retourne. Là, mon cœur tombe dans mon ventre et je frissonne.

           Immenses, ses ailes s’étendent dans son dos. Grandioses, elles grimpent, frôlant le sombre éther. Encadrant sa silhouette massive, elles brillent.

           Leur couleur, pareille à celle de ses cheveux tombant sur son front, est profonde. Ses iris émeraudes brillent d’une lueur maligne tandis qu’il me dévisage.

           Toji Fushiguro.

— Alors tu n’as rien trouvé de mieux ? raille-t-il en me regardant. Me faire voir cette femme ?

           Il se tourne vers le ciel, semblant lui poser la question. Je comprends alors qu’il s’imagine que je ne suis pas réelle, qu’une simple hallucination.

— Te la faire voir ? répond la voix. Mais je peux aussi te la faire sentir, toucher… Approche-toi d’elle.

           En bas de la colline, levant les yeux sur moi, il me regarde. Un air ennuyé abîme ses traits et il soupire.

— Je me fiche du réalisme de tes créations. Elle n’est qu’une hallucination. Et je ne suis pas crédule au point de me laisser avoir par tes manigances.

           Un de ses sourcils se haussent et il éclate d’un rire rauque.

— Elle a quitté ma vie et c’est mieux ainsi. N’espère pas me voir me rouler par terre.

— Mais elle te manque, n’est-ce pas ?

           Sa mâchoire se contracte ainsi que ses poings. Il ne répond pas. Mon regard sur lui se fait plus insistant encore et il détourne les yeux.

— Cesse donc tes enfantillages et dis-moi pour quelle raison tu nous attaques ! A quoi tout cela rime, dis-le moi ?

— Cela nous retarde, je réponds à la place de la femme.

           Toji se tourne vers moi, ses sourcils se fronçant. Son regard me parcourt de bas en haut et il secoue la tête, excédé.

— Tu comptes même me parler à travers elle ? Je te l’ai dit, elle n’est qu’une hallucination et n’a aucune prise sur moi.

           Non, je n’en suis pas une.

           Cependant, si je veux continuer d’espérer revenir d’entre les morts, il est crucial que Toji ignore qui je suis. Alors, maintenant que je ne porte aucun masque, qu’il continue de se méprendre.

           Qu’il ne comprenne pas que je suis sa fameuse servante qu’il doit juger en toute impartialité.

— Au lieu de te plaindre d’à travers qui je parle, espèce d’idiot, écoute ce que j’ai à dire, je crache.

           Ses yeux s’arrondissent comme des soucoupes. Il semble pris de court.

           Inutile de me condamner à demeurer aux Enfers pour un bouffon de ce style. Quand bien même mon cœur se serre quand je le regarde et que je suis parfois prise de nostalgie en regardant ses mains, me demandant quelle chaude caresse sur mon épaule il me donnerait, si on était encore ensemble, je ne lui donnerais pas satisfaction.

           Et sous aucun prétexte je ne mettrais à mal mon avenir pour lui révéler ma véritable identité.

— Les humains n’ont pas le pouvoir de tuer des revenants comme vous. Demain, les Evilans seront exécutés. Alors vous retenir dans ce labyrinthe nous offre du temps.

           Il ne faut pas être très dégourdi pour comprendre cela.

           Mais Toji n’a jamais été une flèche.

— Ce labyrinthe ne sera pas votre tombeau mais le leur.

           La mâchoire de Toji se contracte violemment. Il fait un pas, prêt à me hurler dessus. Mais sa colère est aussitôt interrompue par un beuglement.

           Sourd, guttural, il semble s’élever du Tartare lui-même. Ma colonne se fige avant de se secouer en une cacophonie brutale et douloureuse. Le sol est pris de spasmes, sous nos pieds. Comme s’il souhaitait s’effondrer sur lui-même.

           Le cri, long, est si fort qu’il couvre même mes pensées.

           Je n’ai pas besoin de me retourner pour savoir ce qu’il se passe.

           Le minotaure n’est pas une hallucination. Il existe bel et bien. Et il est là.
















j'espère que ce chapitre
vous aura plu !

avec un toji dans le déni...





























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