𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟔𝟖










𝐂 𝐇 𝐀 𝐏 𝐈 𝐓 𝐑 𝐄   𝟔 𝟖
























           Réfringentes notes d’une sombre symphonie, elles s’étalent devant mes yeux. Une centaine de marches comminatoires grimpent si haut et loin qu’elles disparaissent dans les ténèbres. Vaste, l’escalier d’obsidienne s’étale, flanqué régulièrement de statues qui se posent symétriquement de chaque côté des rampes.

           Au bout, je distingue vaguement, grâce aux reflets écarlates et lumineux du Styx, des colonnes au sommet des escaliers. Elles encadrent une porte massive et ouvragée au détails trop complexes et lointains pour que je les saisisse.

— Nous y voilà, déclare la voix grave d’Hadès, dans mon dos.

           Je frissonne, sentant le poids d’une aura compacte faire fléchir mes genoux en appuyant sur mes épaules. Mes bras tremblent, percutés par la puissance émanant de ce lieu.

— Alors, là est l’endroit… La demeure du Seigneur des Morts… Le roi des Enfers.

           Hadès ne répond pas. Mais sa présence, dans mon dos, s’échauffe quelque peu. D’une façon douce, délicate, elle s’allume dans mon dos dans un geste tendre.

— Entre, mortelle. N’hésite pas. Ma demeure est la tienne.

           Mes épaules retombent le long de mon corps, faisant légèrement tressauter mes bras. Mes entrailles se détendent et je laisse un sourire étirer mes traits.

           Pour la première fois de ma vie, je me sens acceptée.

           M’engageant sur les marches d’obsidienne, je sursaute en sentant la pierre froide contre mon pied. Aussitôt, je l’en retire. Puis, m’avançant à nouveau, je l’y dépose à nouveau. Un frisson parcourt mon échine.

           Elle s’illumine au contact de mon extrémité. Puis, posant l’autre pied sur la marche d’après, je la vois briller à son tour. Ainsi que celle d’après. Et celle d’après.

— C’est… C’est tellement beau…, je chuchote, exaltée, en grimpant à reculons afin de mieux observer ce spectacle.

—  Apollon et Artémis, mes neveux, m’ont offert cet escalier. Le soleil brûlant cuit les pieds des intrus le gravissant tandis que la lueur de la lune baigne et béni les gens qui y ont été invité.

           Un frisson me parcourt. Je continue de gravir ces marches, désarçonnée.

           Jamais je n’avais pris la peine de tenter d’imaginer l’aspect des maisons divines des Dieux et Déesses grecques car je savais que je ne parviendrais pas à visualiser quelque chose d’assez somptueux pour égaler la réalité. Et, en effet, tandis que les statues flanquant les marches se tournant sur mon passage et que j’approche l’imposante double-porte ouvragée, je réalise que mes pensées n’étaient pas anodines.

           Pas une seule fois je me retourne. Même lorsqu’elles s’ouvrent soudainement en un claquement retentissant. Balayant la salle, elle donne lieu à un nuage sombre. Comme si seule une fumée noire et grouillante se trouvait dans le palais, elle évolue dedans.

— Entre, je t’en prie.

           Debout entre les colonnes, j’observe la masse d’ombres grouillantes.

— Je… Je ne suis pas sûre que…

— Entre. Je t’en prie. Je suis le propriétaire de cette demeure et t’y invite. Il n’y a aucune raison d’hésiter.

           Je ne sais pourquoi mon estomac se contracte violemment et ma gorge se fait sèche. Mon cœur bat à toute vitesse et si fort que j’en sens presque la pulsation au bout de mes doigts.

— Que… Qu’il y a-t-il dans cette arcade ? Dans les ombres ?

— Oh… Mais je pense que tu le sais.

           La douceur de sa voix tranche abruptement avec l’amusement sombre trônant dedans. Son ton revêt quelques formes dissimulées.

— Entre, insiste-t-il.

           Ma gorge se serre, comme enserrée autour d’un étau. Mes bras, tiraillés entre ce que mon instinct me dit de faire et l’ordre du Seigneur des Morts, me freinent. Je ne bouge pas.

           Je ne veux pas lui désobéir. Cependant quelque chose me dit qu’une âme fait grouiller ces ombres.

— D’où viennent ces ombres ?

— Des Enfers. Après tout, c’est là que tu te trouves, n’est-ce pas ? demande-t-il.

           Il se tait quelques instants.

— Entre.

           Déglutissant péniblement, je fais un pas. Un frisson me prend. Glacé. Il nait dans mes pieds et remonte le long de mon échine, jusqu’à ma nuque.

— S’il-vous-plaît, dites-moi…

           Soudain, un hurlement. Strident, à la manière d’ongles crissant sur de la glace, il retentit quand les ombres prennent soudainement la forme d’un visage. On eut dit que les ombres étaient un voile sous lequel ce visage s’étirait, hurlant.

           Brutalement, une prise glacée s’enferme autour de mon poignet. Un hurlement sourd jaillit de mes lèvres, englouti aussitôt tandis que l’on me tire vers l’avant.

— VENGEANCE.

           Mes tympans sifflent et l’obscurité se fait. Brutale, opaque, elle impose les ténèbres à mes yeux et m’enferme. Mes pieds s’arrachent du sol.

           L’air. J’ai besoin d’air. Mes poumons s’atrophient en une caresse gelée et la morsure du froid griffe ma poitrine. Je tremble, hoquetant, incapable de bouger. Il me semble que la glace des ténèbres m’entourant me paralyse.

— Je… Je…

           Ma bouche se tend et je ne parviens plus à parler. Ma langue s’engourdie, s’écrasant derrière mes dents qui claquent.

           Je ne vois rien, assujettie à ce froid.

           Soudain, un autre hurlement. Deux paupières s’ouvrent devant moi, un nez se plaquent au mien et je plonge dans le regard d’une femme juste devant moi.

           Des dents se referment violemment sur mes lèvres. La déchirure m’arrache un spasme de douleur et j’aimerais hurler ma souffrance mais je n’y arrive pas.

           Mes yeux se révulsent dans leurs orbites. Je bascule sur le côté.

— Chut, ça va aller…

           Une main se presse à mon épaule. Chaude.

— Calme-toi. Ce n’était qu’un passage…

           Mes dents claquent et je frissonne. Soudain, je réalise que mes yeux sont clos. J’ouvre alors les paupières, tombant nez-à-nez avec un parquet sombre. Ce dernier n’est pas particulièrement froid. Je frissonne.

           Les dents claquantes, je tremble. Les spasmes de mon corps m’empêchent de bouger et que je me contente de regarder ce parquet illuminer d’une lueur dorée, presque orangée.

           La large main caresse mon dos, délicate. Chaude, elle apaise ma peau là où elle passe.

           Crachotant, je tente de reprendre ma respiration.

— Qu’est-ce que… Qu’est-ce que c’était…, je chuchote, couinant presque.

— Le portail de Morphée et Thémis.

           Le Dieu de Sommeil et la Déesse de la Justice Divine.

— Lorsque tu entres dans la demeure d’Hadès, le Seigneur des Morts, tu dois t’acquitter de certaines choses… Comme affronter tes erreurs.

— M… Mes erreurs ? je chuchote.

           La chaleur émanant de sa main s’étend dans le reste de mon corps. Je réalise alors que je ne connais pas cette voix, qu’elle m’est inconnue.

           Cependant, un mauvais pressentiment me prend tandis que la main me caressant se fait plus chaude à mesure de seconde s’écoulant. Bientôt, ma peau me pique à travers mes vêtements, comme mordu par une flamme.

           Je déglutis péniblement.

— Qu… Qui êtes-vous ?

— Je te l’ai dit, rit cette voix douce. Tu dois affronter tes erreurs.

           Brutalement, je me retourne. Ma gorge se bloque et un hoquet me prend.

           De courts cheveux noirs en bataille encadrent un visage ingénu. Sous son œil en amande droit, un grain de beauté ressemble à une bille noire. Affutant ses yeux marqués par un pli épicanthique, il brille presque.

           Soudain, je réalise. Il ne s’agit pas d’un grain de beauté mais d’un éclat d’hématite noire, une pierre ténébreuse, flanquée dans son visage. En plein milieu de sa peau de porcelaine.

— Ma petite gemme t’intéresse, alors ? sourit-t-elle malicieusement, tordant ses lèvres rougeâtres.

— L’hématite…, je chuchote. C’est une pierre pour garder l’équilibre intérieur, se protéger de ses propres excès, c’est…

           L’action de planter une pierre dans la chaire est un geste désespéré. Il s’agit de l’œuvre de quelqu’un qui croyait ne plus pouvoir agir de lui-même pour améliorer sa condition et qui a fait le choix de forcer la magie en moi.

           Soudain, elle se redresse. Je réalise qu’elle porte une robe noire dont le col remonte jusque sous ses mentons et qui laisse les bras nus. Relativement près du corps, elle ne moule pas non plus ce dernier mais scintille dans ses moindres mouvements, s’arrêtant juste au-dessus du sol.

           Le long d’un de ses avant-bras est sanglée une lame ouvragée.

— L’hématite est le cadet de tes soucis, mortelle, crois-moi.

           D’un pas gracieux, elle s’éloigne. Là, je réalise comment est constituée la pièce : un parquet et des murs faits de flammes.

           Bientôt, elle se retourne. Là, à la lumière du feu ardent, son ombre se déploie.

— Tu m’as tuée, sephtis, lance-t-elle. Tu m’as tuée, laissant mon fils orphelin et mon mari veuf. Puis, tu as forniqué avec mon époux alors que je croupissais aux Enfers.

           D’un geste sec, elle arrache la lame de sa dague, fendant l’air avec.

           Ses yeux me transpercent presque lorsqu’elle crache, hargneuse :

— Je suis la femme de Toji Fushiguro, la mère de Megumi Fushiguro. A l’un, j’ai donné la trêve. A l’autre, j’ai donné la paix.

           Elle arque ses genoux.

— A toi, je donnerais la guerre.


















j'espère que ce chapitre
vous aura plu !

je sais, toji met du temps à
revenir...























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