𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟒𝟗
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𝐂 𝐇 𝐀 𝐏 𝐈 𝐓 𝐑 𝐄 𝟒 𝟗
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ATARAXIE. La douleur n’est plus.
Arrive dans mon cœur une chaleur d’antan. Coruscante lueur invisible à leurs yeux, elle achève un ballet dans l’azur des cieux. Volant un baiser à nos éternels amants.
Sous l’arche de mon dos se glisse son bras fort. L’autre vint trouver logis sous mes deux genoux. Légère dans les airs, je ne pense qu’à nous. A ceux que nous étions avant tous nos efforts.
Le Styx a englouti le passé dans ses eaux. Les flammes liquides ont brûlé toute ma peau. Je ne pardonnerai point le souvenir des échos.
Dédiée à leurs sourires inamicaux, Uranus a vu ma rage teinter les plaines. Car avant l’amour ne demeura que la haine.
— Toji…
Je soupire son nom quand son odeur m’envahit. Je sens sa chaleur mêlée du fragrant ébène qui l’accompagne partout où il va se déposer contre ma peau. Mon flanc se presse à un torse tandis que l’on me porte.
Mes paupières s’entrouvrent. Un menton se dessine, au-dessus de moi. Autour de ce visage, un plafond ouvragé défile. Le décor autour de nous bouge. Nous avançons.
Mes yeux s’habituent à cette luminosité tamisée tandis que je réalise.
Il n’est pas Toji.
Des boucles blondes, deux pendentifs à ses oreilles, un foulard brun gisant sur ses épaules… Je déglutis péniblement. Je ne vois de lui pour l’instant qu’un menton. Mais il s’agit de Sullyvan.
J’inspire à nouveau. Plus d’odeur de bois de santal. Seulement celui métallique du sang. Ma gorge s’étrangle.
— Qu… Qu’as-tu fait aux Harpies ?
Il ne répond pas. Je crois qu’il ne m’entend pas. Ma tête se fait lourde et tombe.
Je m’endors.
𓆩♡𓆪
Uranus et Hélios semblent d’accord, aujourd’hui. Le ciel est bleu et le soleil, clément. Je laisse ses rayons caresser mon visage, les bras ouverts.
— Cette vision me manquait.
Une voix que je ne connais que trop bien retentit dans mon dos. Mon cœur se serre en regardant cette splendide dame aux cheveux noirs de jais coulant sur ses épaules.
Debout sur cette plaine de verdure, j’observe l’Ange de la Mort. En contrebas, la forêt s’étend jusqu’à un océan azur et brillant. Cela faisait longtemps qu’elle ne m’avait pas enlevée dans mon sommeil afin de m’emmener ici.
Ou plutôt devrais-je dire « il ».
— Inutile de conserver cette apparence, maintenant. Ôte-la donc.
Un éclat de douleur traverse ses yeux smaragdins. Eux n’ont pas changé. Ils demeurent les mêmes, dans leur façon d’enfermer quelques éclats d’émeraude autour de l’obsidienne de sa pupille.
Soudain, son corps fond sur lui en une pluie d’éclats, révélant un être plus grand, plus développé, habillé d’un sarouel noir laissant voir un torse particulièrement massif.
Je ne peux empêcher ma gorge de s’assécher face à la vision de ses épais pectoraux surplombant un ventre arrondi. Je déglutis péniblement, tournant la tête sans m’attarder sur ses puissantes ailes dans son dos.
— Pourquoi suis-je ici ? je demande.
— Tu m’as appelé, avant de t’endormir… Je…
Il hésite un instant.
— Je croyais que tu voulais me voir.
Mes yeux se posent à nouveau sur les siens, si irrésistibles et attirants. Je crois que son regard me brûlerait si je m’y attardais trop longtemps. Pourtant revient en moi ce besoin de m’y réfugier.
Je baisse la tête pour m’empêcher d’observer la façon qu’ont ses fines lèvres de se pincer, contractant la cicatrice les barrant.
— Je voulais effectivement te voir. Je crois… Je ne pensais pas que ce serait aussi immédiat.
Me croire dans les bras de Toji, avant de réaliser qu’il s’agissait de ceux de Sullyvan, tout à l’heure, m’a apaisée.
Et maintenant encore, mon estomac se détend naturellement et je ressens le besoin de m’allonger dans l’herbe, m’attardant à ses côtés.
L’époque où je le croyais Némésis me revient. Souvent, je posais ma tête sur ses cuisses et y restais des heures. Mon cœur se serre et ma gorge fait de même.
Je lui faisais confiance. Malgré moi, je crois que c’est encore un peu le cas.
— C’est pour elle que tu fais tout cela ? je demande, la gorge serrée. Pour te venger ?
Fixant l’herbe, son pied apparait dans mon champ de vision et je comprends qu’il s’approche. Je me retourne aussitôt, lui montrant le dos. Si je veux garder la face, je ne peux pas le regarder ni le laisser briser la distance entre nous.
— Dis-moi… Tu comptais me faire t’aimer dès le début ? Puis tu m’aurais trahi avant de me sacrifier ? Histoire de bien me détruire ?
J’annonce plus sombrement :
— Que ta vengeance soit entière ?
Quelques instants s’écoulent dans le silence complet. Puis, sa voix le brise :
— Navré, je… Je ne comprends rien de ce que tu dis.
Un frisson parcourt mon échine et mes mains tremblent. Alors il ne souhaitait même pas me manipuler par vengeance…
Pourquoi avoir fait cela ?
— S’il-te-plaît, regardes-moi…, chuchote-t-il d’une voix suppliante.
Mais je ne bouge pas. Je ne sais plus quoi faire.
Mon corps se trouve irrémédiablement attiré par lui. Même dans la colère, mes pensées reviennent à sa personne, trouvent refuge en son souvenir. Je ne parviens pas à contrôler le fait qu’il me donne la sensation d’avoir enfin trouver ma place après une vie passée à la chercher.
— Je t’en supplie. Voir ton visage est mon seul répit. Ne me prive pas de cela.
Mon cœur se serre.
— Je peux comprendre que tu refuses mon toucher. Alors même si cela me tue je ne te serrerais pas contre moi mais laisse-moi te voir.
Je me retourne enfin. Une larme coule sur sa joue. Ma poitrine se serre ainsi que ma gorge. Il semble sincèrement troublé.
— Tu as l’air tellement sincère, là…
— Je le suis.
— Alors pourquoi voulais-tu me faire ça ? Pourquoi me manipuler ?
Il secoue la tête.
— Je n’aurais jamais rien fait pouvant te blesser, objecte-t-il.
— Nous savons tous les deux que tu n’as pas parlé, devant Sullyvan, lorsqu’il forçait la vérité sur toi. Il t’a accusé de vouloir faire de moi le prochain Ange de la Mort !
— Je t’assure que je voulais simplement…
Mais sa voix meurt dans un cri et il tombe à genoux devant moi. Ses traits se tordent de douleur et il pousse un hurlement. Paniquée, je ne sais comment réagir.
Quand un filet de sang coule soudainement de son ventre, salissant l’herbe.
— Toji ? Toji !
Me jetant à genoux devant lui, je me penche afin de croiser son regard. Les traits contractés, il plante tout de même ses yeux émeraudes dans le mien, respirant difficilement.
Péniblement, sa main se lève à hauteur de mon visage. Il tremble entièrement, convulsant presque, à quatre pattes sur le sol. Je réalise alors que sa paume frôle ma joue, qu’il se retient de la poser sur ma peau.
— S’il… S’il-te-plaît… Laisse-moi sentir ta peau…
Ses grognements sont percés de quelques filets de sang jaillissant de ses lèvres.
Aussitôt, je hoche la tête à toute vitesse. Sa main saisit ma joue, tremblante. Il pose son front contre le mien, semblant ne pas parvenir à lutter contre ses souffrances.
— Toji, qu’est-ce qu’il t’arrive ? je panique, quelques larmes roulant sur mes joues.
— Ce n’est qu’un rêve… Même ici, la réalité me rattrape…
Mon cœur bat de toutes ses forces. Je tremble, sentant sa main brûlante faiblir contre ma joue.
— TOJI ! je hurle son nom tandis qu’il s’affaisse contre moi.
— Inutile de crier, ma douce.
Il me semble presque qu’il rit. Il ne devrait pas. Je ne sais pas depuis quel endroit il dort, où se trouve son véritable corps, en ce moment.
Mais il est en train de se faire attaquer violemment.
— Dis-moi où tu es…, je hoquète. Je viendrais te chercher. S’il-te-plaît…
— Nul ne peut me chercher là où je suis.
Ma gorge se serre et mes yeux s’écarquillent. Reculant doucement, je regarde le visage de Toji. Du sang dévale son menton et ses paupières se soulèvent à peine.
Il a le plus grand mal à me regarder.
— Sache que… Là-bas, quand je suis venue te chercher… Quand les morts te courraient après, sur la colline… Quand tu t’es effondrée dans mes bras, épuisée…
Des larmes dévalent mes joues et je hoquète.
— Dis-moi que tu n’es pas là-bas ! Je t’en supplie, dis-moi que tu n’y es pas retourné !
Ses paupières se ferment mais il continue à parler. Un vague sourire étire ses lèvres.
— Tu es tombée inconsciente dans mes bras… Alors j’ai cramé les pantins de Lycus… Nous étions seuls… Je me suis assis au sommet de cette colline… Je t’ai gardée, allongée dans mes bras…
Je pleure bruyamment, ne parvenant à me retenir.
— Toji, je t’en supplie, dis-moi que tu n’es pas au Tartare.
Mais il m’ignore.
— Je t’ai regardée toute la nuit… Ton visage m’apaisait… Ta présence me rassurait… Ta chaleur… Je l’ai cherchée partout, après… Même si je savais que j’avais fait trop de mal aux sephtis… Même si je savais que je devais rester éloigné de vous…
Mes épaules se secouent. Impuissante, je ne peux plus rien faire, seulement l’écouter.
— Tu me manquais trop… Je n’arrivais plus à vivre… Et c’est simplement pour ça que je suis venu te chercher en rêve. Tu avais besoin de croire que les Dieux veillaient encore sur toi alors je me suis déguisé…
Mon cœur saigne.
— Sache que chacune de scs nuits à tes côtés m’a permis d’avancer…
Je tremble contre lui.
— Je ne sais qui tu étais, avant la cérémonie de l’Ash. Mais je t’aimais. J’en suis sûre.
Ses paupières s’ouvrent péniblement, laissant voir ses yeux émeraudes.
— Dans toutes les vies. Celle d’avant et celle d’après. C’était toi. C’est toi.
Du sang perle à nouveau de ses lèvres.
— Ce sera toujours toi.
Soudain, mes bras se referment sur le vide. Un hurlement de douleur franchit mes lèvres. Je touche mon torse, cherchant à nouveau son corps qui y était blotti. En vain.
Toji n’est plus là.
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voilà la fin de ce double
update ! alors... retour
de toji et découverte
légère de sullyvan ?
pas trop frustré.e.s par
cette rencontre très
trop brève ?
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