𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟐𝟔
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𝐂 𝐇 𝐀 𝐏 𝐈 𝐓 𝐑 𝐄 2 6
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DANS LA NUIT NOIRE, le ballet incessant des lucioles illumine le palais impérial à la manière de mille et une bulles de lumière. Filant à toute vitesse, elles ondoient sur le marbre de colonnes réhaussées de détails dorés.
Il y a quelques minutes, le duc et moi avons quitté le carrosse sans un mot. A vrai dire, aucune parole n’a été prononcée depuis qu’il m’a révélé la vérité sur son lien à Lycus. Nous avons préféré demeurer silencieux.
Comme recueillis.
Inspirant profondément, je me délecte presque du parfum printanier du jardin impérial que nous traversons. L’eau des fontaines posées à intervalles réguliers sur notre route est illuminée d’un sort. Les reflets de ses légers remous forment un spectacle de lumière sur la pierre. Je l’observe en dépassant la sculpture hydraulique.
Autour de nous, quelques silhouettes se découpent. Les nobles de l’empire entier ont sans doute été convoqués à ce bal. Il s’agit de l’anniversaire des cinq années de mariage d’Egarca Evilans, la grande Impératrice, à son époux, devenu Elio Evilans.
Bien des invités de marque sont donc attendus. J’entends déjà les rires gracieux.
Pour ma part, mon humeur n’est pas aussi joyeuse et désinvolte. Les révélations du duc sont encore trop fraiches dans mon esprit et je ne sais comment gérer le flot d’émotions qui m’assaille depuis que nous avons discuté.
Alors je me tais, marchant tête haute en direction de ce large palais. J’observe la large silhouette de l’immense château grossir à mesure que nous approchons. Certains gravissent déjà les marches flanquées de statues divines, rejoignant les immenses double-portes ouvertes pour les accueillir.
A notre tour, nous atteignons cet escalier. La tête haute, nous grimpons, ignorant les soldats au garde-à-vous qui ne nous accordent pas non plus d’attention, trop occupés à observer les autres invités approchants.
Des rires résonnent déjà lorsque nous posons pieds dans le hall. Il m’est quasiment impossible de distinguer quoi que ce soit des murs clairs, rideaux d’or ou fenêtres aux cadrans creusés dans la pierre tant la foule est dense. Les silhouettes traversent, habillées de pourpoints, costumes et toilettes onéreuses. Je frissonne légèrement, dans ma cape grise.
— Prenez ma main.
Le duc ne me laisse pas le temps de lui répondre qu’il saisit fermement ma paume. Légèrement surprise, je mets quelques instants avant de réagir et me laisser guider à travers la foule. Il marche relativement vite, ignorant sciemment les regards des personnes autour de lui ou même les quelques nobles le saluant.
Bien que je ne sois pas familière de l’aristocratie, je me doute que marcher devant un homme vous faisant un signe de la main et un grand sourire sans lui accorder attention n’est pas le meilleur moyen de se faire des amis. Or Fushiguro ne semble pas s’en préoccuper.
Les conversations emplissent tant la salle que je ne distingue que difficilement le son d’instruments, au loin. Un orchestre doit se trouver quelque part seulement, au même titre que le restant de la décoration du palais, je ne peux absolument rien en voir à cause de cette dense foule. Cette dernière me rend d’ailleurs légèrement nauséeuse.
— Où allons-nous ? je lance, lasse d’être trimballée de la sorte, après avoir vu une énième femme s’approchant du duc se faire ignorer par ce dernier.
Je ne peux non plus feindre de ne pas remarquer les nombreux regards désapprobateurs portés sur ma tenue. Fushiguro ne m’a même pas demandé d’ôter ma cape, en entrant. Il a d’ailleurs gardé son manteau, ignorant les valets au loin vers qui les nouveaux arrivants se sont dirigés.
— Monsieur le duc…, j’insiste face à son mutisme. Monsieur le duc…
Mais il m’ignore, moi aussi. Je ne sais exactement ce qui lui prend mais cela ne me plait guère. Il continue à marcher sans aucun égard pour les petits cris discrets que je lance.
Certains nobles se retournent sur mon passage, distraits de leur conversation. Ils en profitent pour froncer le nez face à ma cape. Alors je sais pertinemment que le duc aussi, m’entend.
Il feint pourtant le contraire.
— Attention ! Attention, madame ! s’exclame soudain une voix, juste à côté de moi.
Je n’ai pas le temps de réaliser que tandis que j’avance, ma cape semble rester derrière moi. A peine je me retourne, voyant que le tissu s’est accroché au bijou qu’une comtesse porte à la taille, que mon vêtement s’arrache entièrement de mon corps, dévoilant la toilette que je porte.
Aussitôt, un cri de stupeur prend les personnes proches de moi. Toutes reculent d’un pas, créant un cercle autour de nous, tout en nous regardant. Le silence se fait, de plomb. Même les musiciens cessent de jouer.
Mon estomac se retourne. J’avais pourtant choisi cette robe car je savais qu’elle aurait un tel effet. Seulement, je ne suis pas bien à l’aise d’être soudainement le centre de l’attention.
D’autant plus que si le duc m’avait fait les révélations de tout à l’heure plus tôt, je n’aurais sûrement pas choisi une telle toilette.
Je me fige, sentant Fushiguro s’arrêter dans sa course effrénée. Sa main reste enroulée autour de la mienne. Cependant je sais qu’il va se retourner afin de comprendre la soudaine réaction de cette foule. Alors j’anticipe, le regardant.
Ses yeux se posent sur moi au même instant, s’écarquillant légèrement en découvrant la robe.
— Je suis vraiment désolée, je chuchote. C’était avant de savoir que…
Il lâche brutalement ma main, reculant d’un pas, comme si ma peau l’avait brûlé. Et je comprends exactement pourquoi.
La stupeur générale n’a rien à voir avec la longue manche bouffante tissé d’un tissu légèrement transparent laissant voir la forme de mon bras. Elle n’a aussi rien à voir avec le col épaules tombantes brodé de perles d’or et fleurs marquant la naissance de la robe, juste au-dessus de ma poitrine et sous mes clavicules. Cela n’a non plus trait à la façon dont tombe le tissu sur mes jambes, légèrement évasée, fendu jusqu’au-dessus de la cuisse de façon presque imperceptible, confondu dans les plis de la jupe.
Non. Car cette robe est particulièrement élégante, sophistiquées et raffinée. Effectivement digne d’un bal impérial.
Le problème n’a en réalité d’autre source que sa couleur.
— J’en connais une qui ne tient pas à la vie, chuchote une voix dans la foule.
— Non, je pense qu’elle est simplement abrutie. Non mais sérieux, d’où elle sort ?
La toilette est émeraude. De la couleur de la pierre de naissance des personnes cancer.
Aussi, la teinte que Lycus arbore dans chacun de ses déplacements officiels. Une couleur que nul autre n’ose porter lors de festivités. Tacitement, les nobles savent qu'elle lui appartient.
Certains viennent à penser que porter la couleur émeraude serait autant irrespectueux envers la prêtresse que porter une couronne le serait vis-à-vis de l’impératrice.
Il s’agit de sa couleur. Personne ne la lui prend.
Lorsque je pensais que Fushiguro avait volontiers sacrifié mon peuple par amour, j'imaginais faire d’une pierre deux coups en les humiliant tous les deux. Tous ont entendu les rumeurs selon lesquelles ils ont vécu une idylle, ensemble.
Alors, que des années après, il arrive à un bal si important, flanqué d’une femme inconnue censée être son épouse et portant la couleur tant défendue… Cela l’humilie, elle, car cela montre que je n’ai aucun respect pour sa personne, en plus d’être la compagne du duc, ce qu’elle était autrefois. Et cela l’humilie, lui, car cela donne l’impression qu’il veut à tout prix attirer l’attention de Lycus, comme un chiot ignoré par son maitre, en habillant sa compagne dans la même teinte qu’elle.
Il en a parfaitement conscience. Cela se voit dans l’ombre qui plane soudainement sur ses traits.
— Je suis désolée, monsieur le duc, je murmure en approchant de lui.
Un instant, je crains qu’il ne me rejette devant tout le monde. Mais il se contente de hausser les épaules, lançant haut et fort :
— Allons, ce n’est qu’une couleur. Quel sot se mettrait en colère parce que vous portez une couleur ? Il faut avoir bien peu de choses dans la vie pour traquer les gens portant la même couleur que soi.
— Monsieur le duc ! s’exclame une voix dans l’assistance, visiblement outrée qu’il ait osé déclarer à haute voix que Lycus était abrutie.
Seulement, il ne semble pas particulièrement embarrassé par son propre commentaire. Au contraire, il saisit même ma main.
— Et, j’ai déjà vu cette couleur auparavant. Mais jamais aussi bien portée.
Là-dessus, ses lèvres embrassent le dos de mes doigts. Un frisson me parcourt et je sens mon visage chauffer à ce geste. Les yeux smaragdins du duc ne me quittent pas une seconde durant ce baiser.
Puis, sans égard pour la foule nous regardant, il reprend ma paume avant de me tirer à sa suite. Nous continuons de marcher, fendant l’assemblée créée à l’instant. Les personnes s’écartent sur notre passage, troublées.
Ce n’est qu’au terme de longues secondes que la musique reprend. Puis, les conversations font de même, absorbant le silence du moment.
Cependant, je sais que nul n’oubliera cet incident.
D’ailleurs, je sens nettement, tels deux crocs perçants et venimeux, la morsure d’un regard, sur ma nuque.
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voici le vingt-sixième chapitre
de cette fanfiction !
j'ai décris la coupe
de la robe de t/p de
telle façon que j'ai
vraiment l'impression
qu'aucun lecteur ne
peut se la représenter
haha
du coup en attendant que
je réécrive ce passage
je vous laisse l'image
m'ayant inspirée !
j'espère que ça vous a plu et
merci énormément de me lire !
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