𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟏𝟕
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𝐂 𝐇 𝐀 𝐏 𝐈 𝐓 𝐑 𝐄 1 7
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LE TRAJET A été aussi long que silencieux. Jamais Ménélas ne m’avait vue si troublée auparavant. Il est resté muet tandis que j’observais la vitre, les larmes aux yeux. Je peine à croire que j’ai passé du temps avec une personne responsable du massacre des sephtis.
Ma gorge est toujours aussi serrée lorsque le carrosse pénètre la ville d’Hylar. Les passants reculent sur le passage de la voiture et je ne peux m’empêcher de remarquer leurs bras garnis de banderoles et nappes en tout genre. Une fête se prépare. Et je sais de laquelle il s’agit.
— Décidément tout est à propos d’elle, ces derniers temps, je soupire.
Nous approchons du vingt-et-unième jour de juin. Cela signifie que, à partir de ce jour, toutes les personnes qui naitront seront de signe cancer et donc sous la bénédiction d’Artémis — ce qui signifient qu’elles honoreront Lycus.
Je déglutis péniblement.
— Encore des semaines à passer, terrer dans mon coin, à éviter la ville comme la peste.
La période qui se termine est celle des gémeaux. Honorer Athéna, lui faire des offrandes tout en riant à la gloire des prêtresses Naal et Maal ne me dérangeait pas le moindre du monde. Les festivités ont été longues et les murmures dans les rues ne cessaient de chanter leurs louanges.
Je ne suis pas sûre de vouloir assister à la même chose.
— ATTENTION, LE CAROSSE ! LAISSEZ PASSER ! MARCHANDISE LOURDE ET IMPORTANTE EN APPROCHE !
Je me fige en entendant cette forte voix, dans mon dos. Je ne peux que regarder par la vitre le groupe de cinq hommes portant au-dessus de leur tête une sculpture de glace haute comme trois mètres représentant une femme que je ne connais que trop bien.
— Arrêtez le carrosse, j’ordonne.
Le cochet s’exécute. Ménélas ne bouge pas, me regardant ouvrir la portière d’une main tremblante. Mon pied se pose sur le sol tandis que je frissonne.
Je ne songe même pas à refermer derrière moi, regardant simplement ce groupe transporter la statue dans la large rue menant à la place du village.
— Qu… Que font-t-ils ? je m’exclame en agrippant une femme qui les oriente à l’aide de gestes du bras.
La femme me repousse d’abord, furieuse que je l’ai entravée dans ses mouvements. Mais ses traits s’adoucissent lorsqu’elle réalise qu’il s’agit de moi, la druide d’Hylar.
Son visage ridé se fend d’un sourire me laissant voir son absence de dents.
— M‘dame l’druide ! s’exclame-t-elle. C’est une sculpture pour Lycus ! Comme les cancers sont de signes d’eau, c’est une sculpture en eau ! En glace ! Grâce à un charme, elle va fondre doucement et deviendra complètement eau le 22 juillet ! A la fin de la période cancer !
Mon sang ne fait qu’un tour et mes yeux s’écarquillent. Ils vont ériger une sculpture immense d’une criminelle de guerre comme s’il s’agissait-là d’Artémis elle-même.
— Vous n’êtes pas censés vénérer les prêtres mais les dieux ! je m’exclame. C’est un signe d’adoration ! Vous n’êtes pas censés adorer Lycus mais Artémis durant cette période !
Mon cœur se serre et je lutte contre l’envie de pleurer. Je peine presque à parler, un étau enfermant ma gorge.
Pour n’importe quel prêtre, un tel geste aurait été démesuré. Jamais je n’aurais accepté que l’on manque à ce point de respect à un dieu en refusant de l’honorer pour aduler un humain à la place.
Cependant, la situation est ici pire. La personne qu’ils adulent au même titre, voire plus, qu’Artémis, s’est illustrée dans son mépris de la vie humaine. Et ils la célèbrent ?
— Arrêtez tout.
La femme lève les yeux au ciel et penchant la tête sur le côté.
— Lycus elle-même nous a donné son accord alors on se passera des conseils de la petite druide du village. Surtout qu’on compte bien la célébrer le soir du 21 juin, dansant devant sa statue.
Je me fige face à un tel refus. Généralement, le villageois d’Hylar m’écoutent lorsqu’il s’agit des divinités. Mais je suppose que je ne peux faire le poids face à une femme telle que Lycus.
Mes poings se serrent. La femme fait quelque geste et ils s’approchent du centre de la place du village.
— D’ailleurs, je suppose que je ne vous mets pas sur la programmation ? lance-t-elle dans un sourire mauvais. Comme tous les ans ?
A chaque changement de signes astrologiques, une fête est organisée. Les gens chantent, dansent, exécutent quelques acrobaties et concours pour célébrer les dieux et leurs prêtres. Evidemment, les druides sont conviés à participer, faire des offrandes en qualité de représentants des divinités.
En l’honneur d’Apollon, divinité des Lions, je joue de la lyre. Pour Zeus, veillant sur les Sagittaires, je chante. Comblant Arès et ses adeptes Béliers, j’exécute des chorégraphies martiales.
A Perséphone et ses sujets Capricornes, je déclame des poèmes les bénissant. En l’honneur de Déméter, seigneurerie des Vierges, je crée un somptueux jardins aux fleurs inconnues qui les protège. A la gloire d’Aphrodite, je tisse une toile s’animant au contact de la main des Taureaux.
En l’honneur d’Héra, je célèbre un mariage en usant de la balance divine. Devant les Verseaux, je danse à l’aide de bâtons de feu en l’honneur de Prométhée. Pour Athéna, j’affronte des Gémeaux en duel.
A Némésis, j’accorde un souhait à chaque Scorpion. Pour satisfaire Thaumas, je façonne des bijoux d’eaux de mer qui apportent chance aux Poissons.
Cependant, pour Lycus, je n’ai jamais rien fait.
— Vous nous faites des leçons de morale alors que vous aidez tous les villageois sauf nous ! crache-t-elle. Ma sœur est Vierge et, à chaque fois que vous créez vos jardins, elle trouve des fleurs qui se changent en or ou qui soignent ses maux ! Vous mettez votre magie dans toute vos cérémonies pour protéger les villageois mais jamais les cancers !
— Et que devrais-je faire ? je lâche, acerbe. Assassiner un chevreuil en l’honneur de la déesse de la chasse ou jouer les marionnettistes avec des cadavres pour rendre hommage aux actions de Lycus ?
Le silence s’abat autour de nous. Les gens ont cessé de marcher, dans les rues. Ils nous observent, méfiants. Ou plutôt, ils me lancent des regards désapprobateurs.
Je suis peut-être druide, mais je ne suis rien face à Lycus. Elle représente plus que moi auprès des dieux. Je ne suis pas en position de lui faire des reproches, encore moins à quelques jours de sa fête.
La femme me jauge quelques instants.
— Personne ne sait de quel signe astrologique vous êtes parce que vous souhaitez tous nous traiter en égal… Vous avez une magie inconnue et puissante et vous ne nous en faites même pas profiter, lâche-t-elle, la mine boudeuse.
Je ne suis porteuse d’aucune magie. Je prie les dieux et leur fait des offrandes et, en échange, ils m’accordent quelques pouvoirs pour une journée durant laquelle j’accomplis de grandes choses.
Malgré mes offrandes, jamais Artémis ne m’a confié une quelconque puissance. Alors je continue à l’honorer dans ma maisonnée mais ne me rends jamais aux célébrations des villageois.
Aujourd’hui qu’ils oublient entièrement la déesse pour se consacrer à la prêtresse, je suis encore plus résolue à ne pas y mettre les pieds.
— Quand j’ai appris que vous étiez partie voir le duc, je me suis dit que ça tombait bien pour vous ! lance-t-elle. Je pensais que vous feriez exprès de revenir quelques jours après, comme prétexte pour ne pas venir à la cérém…
— Bouclez-la.
Je ne cherche même plus à argumenter. Ménélas bondit soudainement à mes côtés et nous commençons à marcher en direction de la fontaine marquant la fin du village et le début de la forêt.
Les regards réprobateurs me suivent tandis que je marche. Je n’y prête plus attention. Ces derniers jours, je n’ai eu de cesse de repenser à ce qu’elle avait fait, là-bas. A l’odeur de brûlé m’ayant suivie, aux cadavres qui grimpaient cette colline, tentant de m’attraper, à mes jambes rompant sous mon propre poids.
Je ne me sentirais pas coupable de refuser de rendre hommage à une créature ayant fait subir tel sort à mon peuple. Je ne pleurerais pas sur sa peine.
Nul n’a pleuré sur la nôtre.
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voici le dix-septième chapitre
de cette fanfiction !
désolée de ne pas avoir
publier hier, j'avais un
repas de famille.
mais du coup restez co
parce que je vais tout
de suite publier le
chapitre 18
j'espère que ça vous a plu !
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