→˚₊· ܴೈ 𝓙𝐨𝐮𝐫 𝟔 : 𝒍𝒊𝒗𝒂𝒊 𝒙 𝒓𝒆𝒂𝒅𝒆𝒓
EPISODE 6
— livai x reader —
MES CROCS SE SERRENT tandis que je fixe le papier sous mes yeux. Ceux-là se posent ensuite sur la pâle silhouette debout sur l’estrade. Mon regard analyse ses cheveux noirs corbeaux coupés à ras sur la partie inférieure de son crâne et tombant en quelques mèches sur son front, juste au-dessus de ses yeux semblables à deux billes de glaces.
Livai Ackerman. Mon professeur de défense.
— Alors ? Combien ? demande Shoto, à ma gauche.
Je serre les poings sur ma feuille sans jeter un regard au démon. Il est pourtant mon ami et n’a pas posé cette question dans l’espoir de me ridiculiser… Mais je suis folle de rage et si humiliée que je refuse de piper mot.
Il semble le comprendre car remballe ses affaires en silence. Tous dans la classe font la même chose à ma seule exception. Bien installée derrière mon pupitre de bois, les rideaux rouges pourpres de la salle de classe ouverts autour des hautes fenêtres se finissant en demi-lune, j’observe mon professeur.
Sa pâleur trahit sa nature vampirique. Pourtant, il parvient à vivre en journée. Cela démontre sa grande puissance. La plupart des vampires se cantonnent à une vie nocturne — après tout, la petite-amie du cuisinier ne peut veiller à ce que chaque plat soit agrémenté d’un joli nœud rose que le matin et le soir car, à midi, elle dort.
Mes bras se croisent sur ma poitrine tandis que mes narines s’affutent, reniflant le parfum ambiant. Mais les émotions de Livai n’ont jamais eu aucune odeur.
— Que faites-vous encore ici ? me lance-t-il sans même se tourner vers moi.
— Je veille à obtenir une certaine forme de justice.
J’ai le droit à un regard désintéressé avant qu’il ne se concentre à nouveau sur ses copies. Ma mâchoire se contracte en le voyant faire.
— Depuis que je suis votre élève, vous n’avez eu de cesse de saquer mes notes sous prétexte que je suis une lycanthrope.
Là, je vois à la façon qu’ont ses épaules de se raidir que j’ai sa pleine et entière attention. Ses yeux se détache du parchemin qu’il tient pour se poser sur moi, glacials.
— Regardez-moi et redites-moi ça, menace-t-il, laissant voir ses canines acérées.
— Ma dissertation était parfaite mais vous m’avez mis un simple « B ».
— La perfection n’existe pas et si c’était le cas, je doute fortement qu’elle puisse provenir de quelqu’un dans votre genre.
— Une louve-garou ? je cingle.
— Non. Une peste.
Ma mâchoire se contracte et une dense chaleur se répand en moi. Non seulement je ne suis pas bien calme, à l’ordinaire, mais nous approchons en plus de la pleine lune. Je ne peux décemment par rester apaisée dans une telle situation.
Il m’insulte pour dissimuler quelque chose qui n’est autre que de la discrimination. Il part du principe que les lycanthropes sont une race inférieure et mes notes en pâtissent.
— Vous allez changer ma note. Et vite, je gronde.
Brutalement, ses canines grandissent, jaillissant de sa bouche tandis que son iris revêt une couleur sanglante. Passant une main dans ses cheveux, il ébouriffe ceux-là tout en descendant de son estrade sans cesser de me fixer.
Livai Ackerman n’est pas qu’un simple vampire. Cousin de la métamorphe Mikasa Ackerman, il a aussi du sang de kitsune dans les veines et son instinct animal se manifeste souvent par une démarche prédatrice.
La même qu’il adopte maintenant en se déplaçant jusqu’à moi.
— Sachez bien une chose, mademoiselle (T/N), j’ai énormément de mal avec les odieuses petites élèves qui se croient au-dessus du lot.
— Je me fiche d’avec qui ou quoi vous avez du mal. Je serais majeor de ma promotion, loin devant la maudite humaine qui occupe la première place, si vous ne passiez pas votre temps à saboter mon avenir.
— Cette maudite humaine en sait bien plus que vous sur le fait d’être oppressé, gronde-t-il. Alors votre dissertation mérite peut-être même un « C ».
Être humain à Halloween High n’est déjà pas bien facile. Mais la fille dont nous parlons s’est en plus retrouvée au centre de l’attention quand elle a choisi de se mettre en couple avec le prince héritier d’un royaume elfique, Eren Jäger. Elle qui était déjà jalousée car elle était la meilleure de sa promotion a attiré encore plus les regards.
Mais je me fiche de ses amourettes. Je sais juste que je serais en tête si Livai Ackerman ne persistait pas à me noter en dessous de ma valeur.
— Oh ! Avez-vous été piqués, vous et votre égo fragile, par la sous-partie trois de la deuxième partie de mon plan ? je murmure dans un sourire hautain.
— Votre dissertation devait porter sur les techniques de combat mises en place au sein de votre meute pour lutter contre les prédateurs.
— Les vampires vont parti de nos ennemis mortels ! Ne pas les mentionner pour vos beaux yeux auraient été stupide et lâche ! Fâchez-vous autant que vous voulez, mon peuple hait le vôtre !
— Et c’est réciproque mais je vous demandais de simplement expliquer les techniques habituelles : les pousser à se battre en plein jour ou leur souffler l’ail au visage ! Pas me décrire dans une trentaine de lignes que nous ne sommes que des déchets ! Et vous vous étonnez de votre note ?
— Donc vous assumez m’avoir saqué à cause de ma race ? Car celle-ci est une ennemie de la vôtre ?
Sa mâchoire se contracte. Debout à un mètre de moi, il semble lutter de toute ses forces contre ses démons pour ne pas me sauter à la gorge et me faire ravaler mes paroles.
— Sortez de cette classe immédiatement, mademoiselle (T/N).
— Vous n’êtes qu’un sale lâche raciste et je vous garantie que vous n’allez pas vous en sortir aussi librement, je crache. Ce n’est pas la première fois que nous nous disputons mais ce sera la dernière.
Je compte bien lui faire payer tous ces sabotages en série. Seulement, contre toute attente, un sourire en coin étire ses lèvres et il avance jusqu’à moi. Je me raidis quand son nez frôle le mien et son souffle s’échoue sur ma bouche.
Là, tout près, il murmure de façon à peine audible :
— Oh, ça vous pouvez me croire, j’y veillerai personnellement.
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Ma truffe se fronce et mes sourcils aussi. Un parfum étrange habite ma chambre, hostile. A un point tel qu’il m’a réveillée. Encore engourdie par les vapeurs du sommeil, je bats des cils en me redressant, tendant de reprendre mes esprits.
Soudain, mes yeux s’écarquillent et un cri étouffé franchit mes lèvres. Une violente douleur me parcourt, paralysante. Mon souffle se coupe et je n’arrive même plus à penser, le temps d’un instant. Puis, je réalise.
La brûlure de l’argent et la souffrance d’une perforation. Profitant de mon sommeil, quelque vient de me poignarder dans le ventre avec une lame d’argent.
Des larmes de douleur coulent sur mon visage. J’aimerai me relever et partir à la poursuite de mon agresseur. En vain. Ce métal paralyse mes facultés. Ma chair se consume dans un bruit terrifiant, semblable à du beurre frétillant dans une poêle et une odeur de chaire brûlée envahit bientôt la pièce.
M’écroulant sur le matelas en respirant difficilement, je rassemble mes toutes dernières forces. Si là est mon dernier geste, je veux que tous l’entendent.
Alors, profitant de mes derniers instants et de la force que me confère la pleine lune approchant, je pousse un hurlement et appelle ma meute.
ꕥ
— Ce qu’il s’est passé est extrêmement grave !
— Nous devrions être en sécurité dans cette école ! Rien ne devrait nous arriver !
— Une louve a été poignardée dans son sommeil ! Vous rendez-vous compte de ce que cela signifie ? Et pourquoi le directeur ne vient-il pas lui-même nous présenter ses hommages !?
Des cris et murmures indignés me tirent de ma torpeur. Fronçant les sourcils, je tourne la tête avant d’ouvrir les paupières. Aussitôt, la lumière aveuglante de l’infirmerie m’assaille. Les vastes fenêtres laissent pénétrer les lueurs du soleil.
Celles-ci me permettent de voir quelques visages familiers. Qu’il s’agisse de Manu, Mina, Adèle, Ymir ou même Hank, tous font parti de ma meute. Ils sont des loups-garous avec qui j’ai évolué. Notre alpha est celui qui m’a mordue — je ne suis pas née ainsi.
Mes sourcils se froncent quand une douleur me prend au ventre. Cela fait longtemps que je n’ai pas eu mal. Les lycanthropes guérissent anormalement vite. En baissant les yeux sur mon abdomen, je lève mon tee-shirt et constate que celui-ci est sérieusement bandé.
— (T/P) ! (T/P) ! Tu es réveillée ! s’exclame Mina.
— Q… Que… Qu’est-ce qu’il s’est passé ? je demande, hagarde.
Ils échangent un regard appuyé. Manu est celui qui s’avance d’un pas et, se tenant au bout de mon lit, déclare sous les yeux du docteur, un renne humanoïde, mes mésaventures :
— Hier, tard dans la nuit, un grondement sourd a réveillé tout le château. Il était si puissant que, aujourd’hui, tout le monde en parle. Et nous on a reconnu ce son. Il s’agissait d’un membre de notre meute… Toi.
— Quoi ? je répète. Mais pour avoir poussé un hurlement si puissant, ça veut dire que…
— Oui, tu étais entièrement transformée en louve. Sans doute pour te protéger et accélérer la guérison. Mais cela explique que tu ne te souviennes de rien.
Une fois entièrement transformée en louve, je perds le contrôle de moi-même et, lorsque je reprends forme humaine, je ne conserve aucun souvenir du passé. Là est le problème. A chaque pleine lune, je crains de ne pas parvenir à me contrôler et faire du mal autour de moi.
Mes sourcils se froncent.
— Mais qu’est-ce qui m’a mise dans un état pareil ?
A nouveau, ils échangent un regard appuyé. Cette fois-ci, c’est le docteur Chopper — le renne humanoïde — qui me répond :
— Quelqu’un s’est infiltré dans votre chambre cette nuit et vous a poignardé avec un couteau en argent.
— Je vous demande pardon !? Et je peux savoir comment une personne aussi dangereuse a pu entrer dans cette université ? N’est-elle pas censée être surveillée ? je gronde.
Chopper doit voir ma colère car il baisse les yeux, paniqué.
— Je sais ! Je sais ! C’est absolument intolérable, ce qu’il vous est arrivé, mademoiselle (T/N) ! Le directeur cherche actuellement le coupable et c’est pour ça qu’il n’a pas pu venir, d’ailleurs !
Mes sourcils se haussent… Le coupable.
Mina remarque mon changement de comportement car, se penchant vers moi, elle m’offre un sourire et un regard compatissant.
— (T/P)… Il y a-t-il quelque chose que nous ignorons mais devrions savoir ? demande-t-elle.
Ma mâchoire se contracte.
« Ce n’est pas la première fois que nous nous disputons mais ce sera la dernière. »
Mes griffes menacent de sortir de leur carcan.
« Oh, ça vous pouvez me croire, j’y veillerai personnellement. »
Mais je me contente d’offrir un sourire à mon amie avant de chuchoter :
— Non. Rien de spécial.
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La salle de classe est silencieuse lorsque je referme la porte derrière moi. Livai est assis à son bureau, il trie quelques parchemins. Les rideaux sont tirés en cette nuit de pleine lune. Je n’en suis pas étonnée. Les créatures cherchent à se préserver de l’état bestial et second dans lequel nous plonge le simple fait d’être exposés aux rayons de l’astre.
Il sait que je suis là. Il l’a toujours sue. Lors de notre première conversation, alors qu’il était debout face au tableau et que j’étais restée dans la classe pour discuter avec lui — ou plutôt, le confronter sur la note catastrophique qu’il m’avait mise — j’ai patiemment attendue qu’il se retourne. Mais, au bout d’un certain temps, il s’est contenté de me lancer, sans cesser de nettoyer le tableau :
« Bon, vous allez parler ou je dois attendre la prochaine pleine lune ? »
Oui, j’ai fini par le comprendre. Dans un couloir, devant la bibliothèque, dans la cour, non loin de la salle à manger… A chaque fois que je passe non-loin de lui, il a conscience de ma présence. Ses yeux se posent directement sur moi ou, sans même qu’il me regarde, il quitte l’endroit en toute hâte.
J’ai fini par réaliser, avec le temps, qu’il me haïssait. Ma nature de lycanthrope doit jouer pour beaucoup dedans mais il me déteste encore plus que d’autres. Son simple désintérêt teinté d’agacement s’est mué en une véritable haine.
D’ordinaire, il soupirait en ma présence et me faisait savoir que mes revendications sur mes notes l’importaient peu. Mais, un jour, il nous a fixé une séance pratique et nous avons dû aller dans la cour du château pour nous battre au corps-à-corps.
Depuis lors, il me hait. Je ne l’ai même pas affronté directement mais il me déteste.
Sans doute a-t-il mal pris que la louve que je suis plaque au sol quelques vampires sans le moindre effort.
— Je croyais avoir été clair hier sur le fait que je ne voulais plus que vous m’adressiez la parole, résonne soudain sa voix.
— Mais vous avez échoué, je souris malicieusement. Que ça doit être ennuyeux d’être un vampire assez doué pour vivre le jour mais ne pas parvenir à faire une tâche aussi simple que d’éliminer une élève… Je vous avais pourtant prévenu du fait que vous me sous-estimez.
Ses sourcils se froncent et il lève les yeux sur moi. Malicieusement, j’avance jusqu’à lui, posant mes griffes sur les premiers boutons de ma chemise et le fixant ardemment.
— Je ne vois pas de quoi vous parler, lance-t-il d’un air plutôt convaincant.
Mais je ne suis pas dupe et, commençant à déboutonner ma chemise, lui offre même un sourire provocateur.
— Avez-vous besoin que je vous rafraichisse la mémoire, professeur Ackerman ? je susurre en dévoilant de plus en plus mon torse.
Il ne dit rien mais ne baisse pas les yeux. Son regard reste planté dans le mien. Cela ne semble lui coûter aucun effort de s’éviter d’observer mon corps. Une partie de moi en est presque vexée mais la raison de ma présence me revient aussitôt.
Faisant glisser ma chemise le long de mes bras, je me plante devant lui. Il ne regarde toujours pas l’épais pansement tâché de sang sur mon ventre. La blessure qui ne cicatrisera pas comme les autres.
— Quoi ? Vous n’osez même pas regarder ce que vous m’avez fait ? je ricane sans qu’il ne baisse les yeux. C’est quelque chose de poignarder une élève dans son sommeil mais s’en est une autre de devoir regarder les dégâts que vous avez infligés ?
Là enfin, ses yeux se posent sur mon ventre. Telles deux billes de glace, ils s’arrêtent sur ma blessure et, l’espace d’un instant, un éclair allume son regard. Un millier d’émotions se bousculent dans celui-ci. De la surprise, de la colère, du désemparement… Puis, tout s’efface aussitôt.
Je secoue la tête en voyant cela, m’éloignant de lui pour rejoindre les fenêtres.
— Vous êtes un excellent comédien, professeur Ackerman. J’ai presque failli croire que ça vous avait choqué.
— Vous me croyez sérieusement assez lâche pour faire ça ? M’attaquer à quelqu’un dans son sommeil ? crache-t-il.
Je lève les yeux vers lui sans me soucier de ma nudité partielle.
— Vous me haïssez. Depuis ce jour, où vous m’avez vu me battre, vous me haïssez cordialement.
Brièvement, ses yeux se posent sur mon épaule dénudée avant de revenir sur mon visage.
— Vous vous méprenez. Je suis exigeant avec mes meilleurs élèves, voilà tout. Je me fiche que vous soyez une louve et jamais je ne m’en serais pris à vous ! Mon rôle est de vous protéger !
— Tous les professeurs ne veulent pas forcément protéger leurs élèves… Et jamais je n’irais croire que vous nourrissez un tel désir à mon égard. Car vous n’êtes pas simplement exigeant, non, j’assure. Votre façon de me fusiller du regard où que j’aille… Vous me haïssez.
Sa mâchoire se contracte violemment et ses yeux revêtent une teinte rouge. Ma remarque semble l’avoir mis profondément en colère.
— Ce que j’éprouve pour vous n’a rien à voir avec de la haine, je vous l’assure.
Un faible rire franchit mes lèvres et je secoue la tête. Comprenant que je ne le crois pas, il insiste tandis que je me mets face à la fenêtre :
— Jamais je ne vous aurais fait le moindre mal.
— Ce n’est pas à moi que vous allez de voir expliquer tout cela… Mais à elle.
Il n’a pas le temps de répondre que j’ouvre les rideaux d’un geste sec. Aussitôt, mes yeux s’écarquillent, percuté par la lumière de la pleine lune.
Et je sombre dans l’inconscience quand ma transformation en loup commence.
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Fronçant les sourcils, je remue. Le matelas est confortable contre mon corps dénudé. Une épaisse couverture me recouvre. Je mets quelques secondes avant de réaliser ce qu’il se passe.
Hier, après avoir été poignardée et compris qui était le coupable, je suis allée confrontée ce dernier. Livai étant un vampire immensément puissant, j’ai choisi de profiter de la pleine lune qui me permettrait d’atteindre le maximum de ma puissance. Puis, ouvrant les rideaux, je me suis transformée en louve et n’est donc aucun souvenir de la suite.
Battant des cils, je me redresse. Où suis-je ?
Etendue dans un large lit à baldaquin, je remarque qu’il ne s’agit pas des dortoirs. La chambre est unique, une seule personne dort ici, visiblement. Des tableaux sont accrochés au mur et jusqu’à une cheminée taillée dans l’obsidienne. Ils représentent des nobles aux yeux rouges et crocs acérés.
Je me fige. Les rideaux sont tirés et aucun miroir n’est visible, les photos de famille sont des peintures et elles montrent des créatures de la nuit… Je suis chez un vampire.
— Bien dormi ? résonne une voix que je ne connais que trop bien.
Ecarquillant les yeux, je me redresse brutalement en ramenant la couverture de soie rouge sur mon corps nu. Devant moi et adossé au mur de la pièce, un verre de whisky dans la main, le professeur Livai Ackerman me dévisage.
Mon cœur rate un battement. Comment est-ce possible !? J’étais censée l’avoir tué !
— V… Vous…
— Une simple louve ne peut pas grand-chose face à un vampire millénaire, lâche-t-il dans un sourire en coin en approchant de mon lit. Je n’ai pas envie de vous infliger l’humiliation de vous expliquer avec quelle rapidité je vous ai maitrisée.
Mes sourcils se froncent. Livai n’a pas besoin de tirer ses rideaux pour se protéger du soleil. Je suppose qu’il a fait ça pour me maintenir contrôlable.
— Et vous n’avez pas retenté de me tuer ? je cingle.
— Non seulement je n’ai rien tenté, lance-t-il en s’arrêtant à ma hauteur, juste devant moi, mais je vous ai même soignée.
Quelques centimètres seulement le séparent du matelas sur lequel je suis installée. Surprise, je baisse les yeux sur mon corps et soulève la couverture pour regarder mon ventre. Celui-ci est intact. Mes yeux s’écarquillent.
Relevant la tête vers le noiraud, je m’exclame :
— C’est impossible !
— Rien n’est impossible, soupire-t-il.
— Pourquoi vous avez tenté de me tuer, alors ? je crache.
Il lève les yeux au ciel, visiblement agacé.
— Quand admettrez-vous que je n’ai jamais attenté à votre vie ? Je n’ai aucune raison de le faire et jamais je ne m’en prendrais à quelqu’un dans son sommeil, je ne suis pas un lâche.
Je ne réponds pas tout de suite. Il est vrai que les bouquins d’histoire ont tendance à brosser un portrait précis de Livai… Un grand guerrier qui règle ses comptes au travers de duel. Pas le genre à poignarder une élève quand elle dort… Mais tout de même.
La coïncidence entre notre dispute et cette tentative d’homicide est étrange.
— En revanche, croyez-moi, je mettrais la main sur la personne qui vous a fait ça. Il est tout à fait inadmissible qu’on s’en prenne à un de mes élèves. Il paiera.
Son air assuré et la noirceur dans son regard me surprennent. Il a sérieusement l’air en colère, voire furieux de ce qu’il s’est produit… Je l’aurais pourtant plutôt cru du genre à ne se soucier guère du bien-être de ses pairs.
Pourtant, son poing est serré et sa mâchoire, contractée. Mais, étrangement, plus aucune colère ne m’anime. Même s’il m’a humiliée en me maitrisant un soir de pleine lune, je suis bien consciente qu’il n’est pas l’assassin que je cherchais.
— Je peux vous poser une question ?
Il lève les yeux sur moi. Je considère cela comme un « oui ».
— Pourquoi vous me haïssez ? Je veux dire, au départ je vous agaçais juste mais, un beau jour, vous vous êtes mis à sérieusement me détester sans aucune raison et aujourd’hui, vous semblez furieux qu’on s’en soit pris à moi… Votre comportement est incohérent, Ackerman.
— Je ne vous hais pas.
Sa voix est claire, maitrisée. Tout comme son regard qu’il darde directement sur moi. Et mon corps s’échauffe sans que je ne comprenne pourquoi. Peut-être car personne n’avait jamais osé me fixer si ardemment dans les yeux auparavant.
Ma gorge se fait sèche.
— Alors pourquoi ? je souffle. Qu’est-ce qu’il s’est passé, ce jour-là ?
Il hésite quelques instants. Ses yeux se posent sur mes lèvres avant de s’égarer dans le vide. Et il se relève brutalement, mettant de la distance entre nos deux corps. Me montrant le dos, il marche jusqu’à la cheminée en lançant :
— Vous vous êtes mise en débardeur. J’ai vu votre épaule.
Mes sourcils se froncent avant que je ne comprenne.
— Oh ça !? Mais c’est rien de grave, c’est apparut quand mon alpha m’a mordu ! Une sorte de tâche de naissance de ma vie de louve !
Une décoloration de ma peau qui a la forme d’une étoile à huit branches. Belle, particulièrement élégante. Mais rien de médicalement inquiétant.
Mais Livai affiche un sourire amer avant de boire une gorgée de whisky.
— Une tâche de naissance, hein ?
Posant son verre sur la cheminée, il ne se tourne pas vers moi et observe le feu. Je me redresse brutalement quand il déboutonne sa chemise. Mais que fait-il !? C’est déjà étrange qu’une élève soit nue dans le lit de son professeur mais alors si lui aussi se déshabille…
Seulement mes préoccupations disparaissent dès lors qu’il retire sa chemise, laissant voir son épaule. Sur cette dernière, sa peau se décolore, brunissant sous le forme d’une étoilé à dix branches… L’exact même que la mienne.
Mes yeux s’écarquillent. Oh non.
— Ce n’est pas une tâche de naissance car une tâche de naissance apparait à la naissance, cingle-t-il avec amertume.
— N… Non ! je crache. Vous vous trompez ! Je comprends que ça vous ait gêné et que vous m’ayez traité avec une certaine méfiance mais ce n’est qu’une coïncidence !
— Non.
Sa voix est ferme. Sans appel. Il lève les yeux sur moi et les plante dans les miens avant de secouer la tête.
— J’ai trop longtemps essayé de me convaincre du fait que ce n’était qu’une simple tâche en commun mais non. Je ressens votre présence, sais quand vous êtes dans les parages, mon corps me brûle quand vous me regardez avec haine…
— Je…
Il soupire.
— Nous sommes des âmes-sœurs.
Ses paroles me font l’effet d’une gifle. Atterrée, je le dévisage. Comment est-ce possible ? Nous nous haïssons ! Soit, nous ressentons la présence de l’autre mais cela s’arrête là ! J’ai juste un flair de loup et il est un vieux vampire particulièrement puissant ! Rien de plus !
Je secoue la tête en toute hâte, reculant jusqu’à la tête de lit pour mettre le plus de distance possible entre moi et lui. Mais aussitôt, mon épaule me brûle. Je hurle de douleur.
— Vous ne pouvez pas rejeter ce lien. C’est contre-nature, lance-t-il.
— Rien à foutre ! Vous êtes pas mon âme-sœur ! Vous croyez que je vais me lier à vous après ce que vous m’avez fait ! Votre façon de me traiter ? je crache.
— Vous êtes déjà liée à moi et je n’ai fait que vous protéger. Il vous faut vous endurcir, repousser vos limites. Sinon vous ne survivrez pas dans ce monde !
Je secoue la tête, furieuse. Mais mon épaule me brûle plus encore. Un autre hurlement me prend et je me cambre violemment sur le lit. Aussitôt, il me rejoint.
En un battement de cil, il se trouve au-dessus de moi. A quatre pattes, perché sur le matelas, son visage se trouve à quelques centimètres du mien et ses genoux, plantés de chaque côté de mes hanches. Malgré moi, mes cuisses se serrent à l’idée que seule cette couverture le sépare de mon corps nu.
Mais à l’instant où sa large main se pose sur ma joue, la brûlure à mon épaule s’apaise. Ses yeux se pose dans les miens.
— Ne rejette pas l’idée que nos âmes sont liées, déclare-t-il. Maintenant que vous le savez, le refuser vous fera juste souffrir.
Je m’apprête à secouer la tête mais me ravise, ne voulant à nouveau être transpercée par la douleur. Ses yeux gris détaillent mon visage avec une douceur surprenante.
— Je ne t’obligerai à rien. Le fait que nos âmes sont liées veut simplement dire que nos destinées le sont mais cela ne signifie pas nécessairement un mariage ni une histoire d’amour.
J’acquiesce à toute vitesse, rassurée par ses paroles. Mais, en hochant la tête, je rapproche mon visage du sien et une dense chaleur m’embrase.
— Je veillerai sur toi comme je l’ai toujours fait. Je serais dur avec toi pour que tu t’endurcisses. Mais nous resterons comme nous le sommes maintenant.
A nouveau, j’acquiesce. Mais il se penche sur moi. Son corps se plaque contre le mien et nos nez se frôlent. Des capitons de chaleur éclosent dans mon ventre, m’enivrant.
— Si tu n’as pas envie de vivre comme les autres âme-sœurs, tu ne le feras pas. Car tu n’en as pas envie, n’est-ce pas ?
J’acquiesce mais m’approche un peu plus de lui, nos nez se touchant. Mes yeux louchent sur ses lèvres.
— Dis-moi que tu n’en as pas envie, insiste-t-il.
Mais je ne peux rien dire. Son érection se presse contre ma jambe, m’arrachant un frisson. Ma gorge est sèche. Je ne veux rien dire.
Il répète, son souffle s’échouant sur ma bouche.
— Dis-le.
— Je…
Je ne peux pas. Je ne veux pas.
— Embrasse-moi.
Aussitôt, il m’obéit. Ses lèvres s’écrasent sur les miennes et je ferme les yeux. A cette sensation, d’autres se débloquent en moi. Mon cœur bat plus librement dans ma poitrine, je respire avec aisance, mon corps est enfin libéré de chaines que je ne lui soupçonnais pas d’avoir.
Mes doigts se perdent dans ses cheveux et mes jambes nues s’enroulent autour de son corps. Sa large main caresse ma cuisse avant de remontrer jusqu’à ma fesse dénudée. Je soupire conte ses lèvres, nos langues s’emmêlant.
Sa paume libre se glisse sur mon dos. Je frissonne.
— Tu as une curieuse façon de me haïr, rit-t-il en se séparant de moi.
— Je te hais. C’est mon corps qui te réclame…
Ses lèvres m’embrassent à nouveau. Leur goût m’empli d’un désir sourd. Puis, il s’éloigne de mon corps qui frissonne encore.
Allongée sur le lit, je le regarde se redressée, sonnée par son toucher. Il m’observe depuis sa hauteur, son torse dénudé se soulevant aussi avec peine.
Mais la lueur habitant son regard se fait soudain plus douce.
— C’est vrai ? me demande-t-il.
Légèrement surprise, je penche la tête sur le côté.
— Tu me hais ?
Mon cœur se serre. Il ne semble pas attristé, cache bien ses émotions. Mais la marque qui lie nos âmes est assez profonde pour que je réalise qu’il est affecté par cela.
— Je… J’ai dit ça sur le moment…J’y ai jamais vraiment pensé, tu sais…
— Parce que je ne te hais pas, moi. J’ai essayé de repoussé le moment où je t’annoncerai que nous étions liés car je voulais te donne le plus de liberté possible. J’ai été froid avec toi pour que tu n’en devine rien mais je t’ai dit la vérité, hier…
J’ai mal.
— …Ce que je ressens pour toi est très loin d’être de la haine.
Il quitte le lit, s’éloignant.
— Je suppose que je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, lance-t-il en saisissant une chemise. J’aurais dû t’en parler tout de suite. J’ai voulu placer des distances entre nous mais tu as pris ça comme des attaques. J’ai toujours su pourquoi j’agissais ainsi mais toi… Toi, tu t’es dit que c’était gratuit alors tu m’as détesté en retour.
Je me sens mal. Il voulait me préserver. Je n’ai pas laissé de temps à mon cœur de savoir ce qu’il ressentait pour lui. Je l’ai forcé à me haïr en me basant sur une mauvaise interprétation. Et si je ressens le fait que mon corps réclame Livai, je ne sais pas si c’est le cas de mon cœur.
Il me sourit. Mais cela est forcé, je le vois.
— Surtout, ne t’oblige à rien, (T/P). Je ne veux pas que tu t’inflige une telle torture pour honorer ce lien.
Boutonnant sa chemise, il marche jusqu’à la porte.
— Reste.
Ma voix sonne comme un grondement. Il m’obéit aussitôt. Levant la tête vers moi, il m’interroge silencieusement. Je fuis son regard, mes yeux s’embuant de larmes.
— Tu te souviens quand cette femme de ménage est venue nettoyer la cour ? je demande.
— Oui, quelqu’un avait renversé du verre dans l’herbe et Mikasa s’est blessée en tombant dessus.
— Ce n’était pas quelqu’un et tu le sais. Tu savais que de la potion avait été volée dans les réserves et tu m’as vu faire tomber la fiole dans l’herbe, quand tu es venu préparer le terrain. Seulement tu étais tellement concentré sur le fait de nettoyer le philtre pour que personne ne sache qu’il s’agissait de la potion volée que tu as oublié les éclats de verre.
Il répond simplement :
— Je pars du principe que tu avais une bonne raison de voler cette potion. Seul quelqu’un de désespérer essaye de prendre une potion d’amnésie.
— Je voulais t’oublier, je lâche précipitamment.
Ses sourcils se froncent. J’ose enfin le regarder dans les yeux.
— Comprends-moi, tu étais infecte avec moi et j’aimais cracher sur toi auprès de tous mes amis. Je disais que tu n’étais qu’une sale ordure qui me détestais pour aucune raison valable mais… Mais je t’ai vu, avec Aizawa.
Il s’agit de notre professeur de communication.
— Tu savais que j’étais là. Alors tu as essayé de t’enfuir. Tu mangeais à la table des enseignants avec Aizawa, à ce moment-là. Je suis entrée et mes yeux se sont irrémédiablement posés sur toi. Tu t’es levé pour partir mais il t’a fait signe de rester et je n’ai pas pu m’empêcher de me servir de mon ouïe de loup pour écouter.
— Oh…
— Il t’a dit qu’un esprit frappeur terrorisait les élèves avec ses farces. Et aussitôt, tu t’es rassis. Tu voulais absolument me fuir mais dès que tu as su que tes élèves étaient menacés, tu es resté. Plus rien n’importait à part leur sécurité. Et la lueur d’inquiétude dans tes yeux me marquera à jamais.
Il s’approche doucement de moi pendant que je parle.
— Je voulais oublier ce moment car je n’arrêtais pas d’y penser. J’ai réalisé ta beauté au moment où tu as froncé les sourcils en lui demandant d’en dire plus. J’ai compris que je t’admirais quand tu as aussitôt cherché à défendre les élèves. Et à partir de là, j’ai commencé à tout voir.
Il se trouve juste devant le matelas.
— J’ai vu que c’était toi qui fermais les rideaux à chaque pleine lune. J’ai vu avec quel soin tu vérifies qu’il n’y est aucun aconit dans les bouquets de fleurs qui parcourent l’école. J’ai vu que c’était toi qui avais puni les sorciers qui avaient tenté d’exorciser les élèves fantômes. J’ai… J’ai vu qui tu étais vraiment. Combien tu étais bon. Combien je t’admirais…
Enfin, je le regarde. Il semble profondément ébranlé par mes paroles.
— Combien le fait que je m’efforce autant de te haïr trahissait la réalité. A savoir que je t’aime.
Une larme brille dans son œil. Il grimpe sur le lit, m’approchant. Doucement, comme s’il craignait de me briser, il se glisse jusqu’à moi. Nos torses se plaquent l’un contre l’autre et il saisit mon menton entre ses doigts.
Ses yeux louchent sur mes lèvres avant de se reposer sur mes pupilles.
— Livai… Je veux être ton âme-sœur. J’en ai besoin. Je ne peux pas ignorer notre lien.
Doucement, il acquiesce. Puis, il m’embrasse. Un baiser tendre doux. Un simple contact. Sa main libre se pose sur ma joue et je savoure le goût de sa bouche. Ses lèvres m’apaisent, sont d’une tendresse infinie.
Quand il se recule, mon cœur bat avec force.
— Je t’aime, (T/P).
— Je t’aime aussi, Livai. Et je n’aurais plus jamais honte de le dire.
Ma phrase l’apaise au plus profond de son être. Je le ressens. Ses bras glissent autour de mon corps, me plaquant contre son torse et je soupire dans son étreinte.
Je suis enfin moi-même.
...
J'espère que cet os sur livai vous aura plu !
A demain pour aizawa !
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