𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟐𝟑











—    A  M  E    A  S  S  E  R  V  I  E    —














武士は食わねど高楊枝
• S 0 2 E 0 5 •





















             LA NUIT EST BELLE, ce soir.

             Sous mes yeux, la voûte céleste s’étend tel un drap noir parsemé d’éclats de peinture. A quelques endroits, des volutes clairs colorent le ciel tels une trainée de poudre noisette. De ma position, je peux discerner la cime des sapins dont le sommet en pointe forme des ombres noirs qui borde mon champ de vision.

             De ma position, je ne parviens pas à distinguer la lune. Cependant, d’intenses lueurs bleus chatoyante illuminent le ciel par en-dessous, comme un incendie aux couleurs surprenantes, saisissantes. Ma gorge est sèche. Ce spectacle est mirifique.

             Contre mon dos, le sol de la forêt se fait moelleux. Ma position n’est pas inconfortable. Quoi que je pense que je préfèrerai un lit douillet et un oreiller. Ou même à nouveau les bras du professeur Aizawa.

             Tiens, tout cela est surprenant. La nuit tombée, je devrais être dans notre chambre. Allongée confortablement dans notre matelas, sur le tatami, mes yeux déviant en direction de la fenêtre pour mieux observer les arbres bougeant au rythme du vent.

             Alors que fais-je ici, en plein milieu de la forêt ? Et pourquoi ai-je tellement froid ? Comment expliqué que, malgré mon corps grelottant, je ne veuille pas bouger de cet endroit ? Enfin, ce n’est pas que je ne veux pas me lever. Je crois que je n’en serais tout bonnement pas capable, même si j’essayais de le faire.

             Mais là ne sont de toute façon par les seules questions qui me viennent à l’esprit. Et je crois que celle qui me marque le plus est relativement simple.

             Pourquoi, depuis tout à l’heure, des cris d’enfants retentissent, au loin ?

             Mes yeux s’écarquillent soudain. Cette interrogation m’a frappée de plein fouet. Mon corps se crispe soudain entièrement, traversé d’une douleur si vive que ma bouche s’ouvre en un cri silencieux. Je viens de comprendre. Je me souviens. Je réalise.

             Fuyant Aizawa par honte suite à ma crise de jalousie, j’ai pris refuge en pleine forêt où j’ai croisé David qui a invoqué son alter. Celui-ci est la manipulation de l’air. Après un bref combat, il a créé un vent aussi tranchant qu’une lame de rasoir qu’il a projeté en ma direction. L’action m’a découpée de la cuisse jusqu’à la poitrine, me projetant en arrière et m’assommant. Depuis lors, je me vide de mon sang sur le sol de cette forêt.

             Battant des paupières à plusieurs reprises, je dépasse la brûlure cuisante déchirant mon torse et lève la tête pour observer celui-ci. Mes yeux s’écarquillent et une exclamation s’étrangle dans ma gorge.

             Je saigne énormément.

             Une flaque s’étend lentement à mesure que le temps passe. Les secondes s’égrainent et, telle une tâche de peinture, les bords de la marre d’hémoglobine continuent de progresser. Malgré l’obscurité de la forêt, je perçois sans mal sa couleur vile et chatoyante. Profonde. Infinie.

             Mon corps est faible. Je le vois et le sens trembler, chacune de mes extrémités est transie de froid, je suis fébrile, incapable de bouger. Mais je vais devoir me résoudre à me lever et marcher jusqu’aux hurlements que j’entends. Car si mes élèves sont en danger, il en est de mon devoir de les protéger.

             Il est simplement impossible pour moi de me résoudre à les laisser se débrouiller seuls. D’autant plus que, étant donné le fait que j’ai réussi à me battre contre David, il semble bien que mon bracelet électronique ne fasse plus aucun effet sur mon alter. Mes multiples entrainements aux côtés d’Aizawa ont dû le détraquer.

             Aizawa. Mon cœur se pince. J’espère qu’il va bien.

             Inspirant profondément, je m’efforce de me redresser sur mes coudes. Dès que j’en tire un premier derrière moi, ma chair se déchire davantage, m’arrachant un gémissement de douleur. Puis, quand l’autre fait de même, un hoquet me prend soudain, faisant tressauter ma poitrine d’où jaillit une giclée de sang.

— Et merde, je lâche.

             Maintenant surélevée, mon dos étant décollé du sol, je peux mieux observer les alentours. Sans surprise, je réalise que même si la quantité astronomique de sang que j’ai perdu m’a donnée la sensation que j’étais transie de froid, la température autour de moi est en réalité assez élevée compte tenu des flammes bleues visibles partout autour de moi.

             Elles dansent entre les troncs d’arbres, ondulant de leur reflet inhabituel. Hautes, elle m’arriverait sans doute à la hanche si je parvenais à me lever. Tout de même, un certain périmètre de sécurité semble s’être établi autour de moi.

             Etrangement et malgré leur omniprésence, elles ne m’approchent pas.

— Tiens… Enfin réveillée ? 

             La voix qui vient de percer ce silence jalonné de cris latents me saisit. Un sursaut me prend. La douleur est vile. Intense. Mais je préfère me concentrer sur cet homme au ton narquois qui se situe visiblement devant moi.

             Et, en effet, juste derrière mes pieds viennent soudain se poser deux bottes noires d’un cuir lustré. De celles-ci jaillit un pantalon de la même couleur droit se finit en une ceinture refermée autour d’un tee-shirt blanc. Ce haut est protégé par une longue veste sombre déchiquetée au niveau du bas et du col. Puis, un visage apparait. Saisissant. Déconcertant.

             Du haut des pectoraux jusqu’à la lèvre inférieure s’étend une peau calcinée, rosée voire même brunie par les flammes. Puis, une chaire tendre brille, couvrant le reste de son visage à l’exception de ses cernes eux aussi mortifiés. La chair en bonne santé est attachée au reste du visage par ce qui semble être des agrafes. Un frisson me prend à cette vision.

             Au-dessus de son regard froid, une touffe de cheveux noirs comme les ténèbres s’agitent au grès du vent. Ce dernier apporte à mon nez le parfum de chaire brulée du garçon.

             Malgré ses blessures, un étrange sentiment me prend. Il ressemble à quelqu’un que je connais, même si je ne saurais pas dire qui exactement. Oui. Il m’est étrangement familier. Les courbes de ses traits ainsi que son regard froid ne me sont pas inconnus.

             Mes sourcils se froncent.

— Je me demandais combien de temps encore tu dormirais, lance-t-il.

— Qui es-tu !?

             Ses mains glissées dans ses poches ne me permettent pas de prédire ses actions. Mais, les épaules détendues et son regard se promenant doucement autour de lui, il semble jaugé ma situation avec calme.

— Voyons…, susurre-t-il en inclinant la tête sur le côté. Entre ma peau et les flammes, je pense que tu peux faire le lien, non ?

— J’ai bien compris que ton alter était la cause de l’incendie ! je vocifère, mon torse ne me brûlant que davantage à ce geste, au point qu’une bile acide remonte le long de ma gorge. Je te demande qui tu es !

             Là, un sourire léger étire ses lèvres. Mesquin. Vile.

             Tout comme David avant lui, il se délecte de mon état.

— Une chose est sûre, je ne suis pas ton allié, lance-t-il.

             Mes coudes me brûlent et sont ankylosés à force d’avoir supporter le poids de mon propre corps. Mais je ne peux pas bouger.

             Donc me lever pour l’affronter est, pour l’instant, le cadet de mes soucis.

— Mais ma mission ici est terminée. Le colis que j’étais venu chercher est…réceptionné, fait-il claquer sa langue contre sa joue. A présent, mon problème est l’un de mes associés. Un de tes proches. 

             Mon poing se ferme. Inutile de le préciser. Il parle de David.

— Qu’est-ce que tu veux que ça me foute !? je rugis.

— David nous a approché et a su se montrer utile en échange d’informations sur toi. Il nous a accompagné ici dans le seul but de t’attraper mais, vois-tu, je commence à être assez las de ses sauts d’humeur.

             Je ne réponds pas même si une partie de moi sait de toute façon de quoi il parle. David est instable. N’importe quelle mission de routine se passerait dans un état de stress permanant pour quelqu’un faisant équipe avec lui. Sa joie peut se muer en un battement de cil en une fureur sombre.

             La nuit où, riant à en perdre haleine avec sa femme, il a brutalement saisi celle-ci par les cheveux pour la projeter au sol me reste en tête. Plus tard, il a expliqué à Han qu’en voyant son épouse heureuse, il avait réalisé qu’elle pouvait peut-être se montrer aussi hilare auprès d’autres hommes et que cela l’avait rendu furieux.

             Alors oui, je peux comprends que mener à bien une mission aussi délicate aux côtés d’un abruti lunatique de ce genre est compliqué.

— Tout à l’heure, poursuit l’inconnu, il a essayé de me découper les mains. Soi-disant que ça le stressait de les voir.

             Il sort celles-ci des poches de son manteau et dévoile alors deux paumes calcinées aux doigts intactes reliées les unes à l’autre par des agrafes. Un autre frisson de dégout me prend. Il ferait mieux de prendre contact avec Edward.

             Le blond pourrait l’aider et pas seulement du point de vue esthétique : un état pareil doit être synonyme d’une intense et permanente douleur.

             Hormis cela, je commence à discerner la colère du noiraud. Après tout, je connais assez David pour savoir combien il est difficilement supportable d’évoluer à ses côtés. Même Han, à bien des moments, a montré des signes d’agacement. Son meilleur ami, Overhaul, avait même à l’époque demandé à mon époux s’il souhaitait qu’il l’en débarrasse définitivement.

             Mais jamais il n’avait accepté. Cela m’avait d’ailleurs bien minée.

             Car le seul vœu m’ayant sincèrement tenu à cœur, au cours de ses années de mariage, avait été celui-ci. En finir avec mon beau-frère.

— Et qu’est-ce que tu veux ? je lâche.

             Là-dessus, son sourire mesquin se croit en un autre encore plus vile et profondément malsain. Un carnassier.

             Lentement, il s’agenouille en face de mes pieds, s’abaissant à ma hauteur pour mieux regarder celle avec qui il s’apprête à conclure un marché.














— David s’apprête à tuer tes élèves. Alors je te donne la chance de l’en empêcher. Je veux soigner cette vilaine blessure pour que tu m’en débarrasse.




































             Mes pieds martèlent le sol tandis que je cours à toute vitesse entre les arbres. Les flammes se sont poursuivies autour de moi sans ne jamais me toucher, le pyromane y a veillé. Et, à présent, je ne peux qu’espérer atteindre David avant qu’il ne soit trop tard.

             Ma blessure au torse me fait toujours autant mal, mais pour des raisons différentes. L’homme que j’ai croisé a proposé d’arrêter le saignement et me permettre de sauver les étudiants. Car, dans ce cas de figure, j’arrêterai David et celui-ci ne trainerait plus dans ses pattes.

             Mais un problème de taille se pose tout de même.

             Je n’ai aucune idée d’où il peut bien se trouver. Par ailleurs, j’ai perdu tellement de sang que, même si je me déplace aussi vite que je le peux, cela n’est sûrement pas assez. Finalement, si l’incendiaire m’a soignée, cela n’a été qu’avec les moyens du bord. Et j’entends encore mes hurlements quand, il y a une dizaine de minute, sa main s’est posée sur ma large plaie.

             Mon tee-shirt est déchiré sur mon torse, dévoilant mon buste dénudé. Cet accoutrement n’est pas des plus confortables mais il a dû mettre ma plaie à nue pour la cautériser.

             Et par « cautériser », je n’entends pas du désinfectant, un anesthésiant, des fils et une aiguille. Non. Il a dû se résoudre à employer la bonne vieille tactique des médecins de guerre ne disposant d’aucun matériel médical mais seul de la poudre à canon et des allumettes.

             Il a brûlé ma peau, créant une profonde cicatrice et m’arrachant un hurlement de douleur. Mais au moins, l’hémorragie s’est arrêtée et, tout comme après mon entrevue avec Endeavor, je sais que l’aspect de celle-ci pourra reprendre forme quand je croiserai Edward.

             Car, en plus d’être particulièrement déroutant physiquement, cette blessure est affreusement douloureuse.

             L’air me pique et me brûle, comme des millions d’aiguilles. La moindre particule de poussières voletant dans l’air est insupportable. L’envie de gratter férocement mon torse me démange mais je me retiens par peur d’empirer la situation.

             Soudain, mes yeux s’écarquillent. Là, à l’instant, dans une clairière dépourvue d’arbres, j’ai remarqué la silhouette haute et épaisse de David. Ses épaules larges habillées d’une chemise froissée, son crâne semblable à un rocher couvert de cheveux filandreux. Ses yeux de fouines profondément enfoncés dans leurs orbites.

             Depuis son sommet, il fixe quatre visages tournés vers lui. Et je sens mes épaules se raidirent en constatant de qui il s’agit. Car un simple regard vers une tête joufflue parsemée de taches de rousseur et cheveux bruns aux reflets émeraudes, une longue queue de cheval noire formant un contraste avec un haut rouge écarlate, un carré châtain soulignant la rondeur de joues rosées et une touffe rouge et blanche surplombant un visage froid traversé d’une brulure me suffit à reconnaitre mes élèves.

             Izuku Midoriya. Momo Yaoyorozu. Ochaco Uraraka. Shoto Todoroki.

— Alors, vous n’avez aucune idée de comment vous défendre, hein ? résonne la voix grave de David.

— On est des futurs héros, bien sûr qu’on sait ! se défend aussitôt le garçon à la force incongrue.

             Mes pas continuent de se succéder sur le sol terreux. Non. Il n’a aucune idée de l’homme à qui il parle. Il lui suffira d’un geste de la main pour créer un vent acéré qui les coupera en deux.

— Mais bien sûr ! rétorque l’homme dans un rire gras, plissant les yeux d’un air malicieux. Vous, les petits mioches, vous pouvez vous mesurer à moi ?

— Essaye un peu ! lance Momo. Tu verras de quel bois on se chauffe !

             Là-dessus, il incline la tête sur le côté. Mon cœur ne bat qu’avec plus de force. Je tente de courir mais je suis tellement faible que, même si j’ai la sensation de fendre l’air depuis tout à l’heure, vu de l’extérieur, je ne suis sans doute qu’en train de marcher maladroitement sur mes jambes tremblantes.

             Mon pied trouve le sol. Mon genou se plie violemment. Maladroitement, j’empêche ma chute en agrippant le tronc d’arbre à côté de moi. Mais mon corps tremble trop. Je n’arrive pas à me redresser et avancer.

             Je ne parviens que difficilement à respirer.

— Si vous insistez…, lance-t-il.

             Mon cœur bat avec ardeur dans ma poitrine. Ils sont là, à une dizaine de mètres de moi. Tous les quatre devant un monstre d’égo à l’alter entrainé, ne soupçonnant pas une seconde ce qui s’apprête à leur tomber dessus.

             Et je pourrais intervenir. Vraiment.

             Mais mes jambes tremblent ainsi que mon menton. La température de mon corps est si basse que mes dents claquent. Je grelotte. Un vide intense s’empare de moi. Ma poitrine me déchire à cause de cette brûlure. Je reste couverte de sang.

— Préparez-vous à serrer les dents…

             Au moment où il prononce ces mots, sa main se referme. L’air semble trembler, comme s’il montait en direction de sa paume pour aller s’emmagasiner dans celle-ci. L’herbe bouge, les branches font de même. Un sifflement retentit. Nul n’ose plus parler.

             Il va attaquer. Et je ne pourrais rien faire.

             Soudain, en moi, un claquement. Au plus profond de mon être transie par le froid, alors même que je me retrouve forcée de faire face à ma propre impuissance, il retentit. Sans crier gare, il grimpe en moi. Vile. Puissant. Déroutant.

             Comme une chaleur née du plus profond de mes entrailles, il grandit depuis mon estomac. Doucement, il évolue, prend de la place, dévore et avale tout sur son passage. La douleur à ma poitrine s’évanouie. Mes bras s’animent. Mes jambes se solidifient.

             Un souffle nouveau s’empare de mon être.

             Le moment est venu de combattre.

             Explosant dans mes cordes vocales, un hurlement nait soudain en moi. Ma bouche s’ouvre, laissant filer ce cri rageur. Et, des larmes de colère dévalant mes joues, vestige de la guerrière qu’ils ont étouffé, je laisse mes jambes s’animer et marteler soudain le sol avec hargne. A toute vitesse, je fends la forêt.

             Ma main se tend à mesure que je dévale la clairière, m’approchant du groupe. A toute vitesse, je les rejoins. Je vais si vite qu’ils n’ont même pas encore entendu mon cri. Mais il est trop tard. Car sous ma paume vient se presser du sable qui se solidifie soudain en un long bateau tranchant fait en verre. Mon arme de prédilection.

             Le harpon.

             En un battement de cil, j’arrive à hauteur de l’homme. Et pas une seconde je n’hésite quand, frappant violemment le sol du pied, je me propulse dans un bond vertigineux. Puis, atteignant la poitrine de l’homme, je perfore violemment celle-ci d’un coup aussi brutal que maitrisé.

             Du sang gicle en une pluie chaude qui s’abat sur mon ventre. Mais je ne retombe pas au sol. Non. Posant mes pieds sur son torse et gardant mes mains sur l’arme, je reste accrochée à lui quand il bascule soudain en arrière. Son dos s’écrase au sol dans un bruit sourd, faisant se soulever un nuage de sable.

             Nous voici, à présent.

             Lui, géant étalé. Moi, simple louve debout sur son torse, mes mains refermées sur le harpon planté en travers de son buste.

             Mes yeux accrochent les siens. Ceux-là s’agitent dans leurs paupières, paniqués. Il ne saisit pas ce qu’il vient de se produire. Un rire secoue ma gorge et je lâche simplement, un sourire carnassier aux lèvres :









— Les loups protègent leur meute.






























2927 mots

heeeeey

voici la suite !

aizawa fait son
retour très
prochainement

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