- Pʀᴏʟᴏɢᴜᴇ

En cette période peu clémente qui étendait son emprise sur le vaste territoire des combattants, une atmosphère étrangement douce se prévalait. Sur la plaine aux allures blanchies, un vent tiède soufflait sa brise caressante sur les champs ensoleillés, suscitant la sortie de nombreux petits animaux de leurs terriers.

Souffle du Ravin, un jeune chasseur aux sens aiguisés, remarqua également la douceur inhabituelle de cette journée. D'une démarche légère, il avançait d'un pas alerte, ses pattes effleurant la surface verglacée des champs, la truffe frémissante, heureux d'avoir détecté la piste fraîche d'un lapin aussi rapidement. Son pelage, orné de tâches noires sur un fond blanc, scintillait de mille feux sous l'éclat de l'astre solaire.

Prêt à bondir à tout instant sur le rongeur charnu qui s'adonnait à son festin de graines, à une distance de quelques queues de renard, le félin noir et blanc semblait fusionner avec la terre. Tandis que ses vibrisses dansaient avec le vent, ses griffes étaient comme enracinées dans l'argile qui s'étalait sous ses pattes, son pelage ondulait sous la caresse de la brise, sa truffe captait chaque particule d'air, et ses yeux d'un bleu pâle si distinct semblaient décrypter les moindres mouvements du lapin. Non pas dans l'intention de lui faire du mal et de le tuer, mais plutôt dans un but plus précis : celui de le comprendre, de le connaître, de l'étudier.

Ce lapin, qui ne se doutait en rien de la situation et des intentions du chasseur, était bien plus qu'une simple proie que l'on tue. Il était un repas. Un repas qui allait permettre de nourrir deux chasseurs biens pesants, ou trois jeunes apprentis dans la fleur de l'âge. Voilà la raison pour laquelle le jeune chat bicolore aimait chasser. De cette manière, il pouvait lui-même remercié la vie qu'il allait utiliser pour survivre.

Avant que le léporidé ne puisse repartir dans les fourrées, Souffle du Ravin se précipita à sa poursuite et d'un coup de croc vif, il lui mordit l'échine. Le lapin retomba inerte au sol.

《 Je te remercie, Clan des Étoiles, pour cette belle vie que tu nous offres. 》

Souffle du Ravin commença à faire demi-tour afin de rapporter sa proie au camp, lorsqu'une voix qui lui était bien trop familière grinça à ses oreilles.

《 Un jour, ce sera toi que le clan remerciera.

— Fleur du Rosier. J'ignorais que tu avais le droit de venir en ces lieux, répliqua froidement le matou bicolore, sans jeter un seul regard à la nouvelle venue.

— En effet, ils me l'ont rudement interdit.

— Dans ce cas, pars. Rentre chez toi et arrêtes de venir m'observer constamment. 》

Pourtant, la femelle au pelage blanc comme la neige fit face à Souffle du Ravin. Elle s'approcha un peu plus de lui d'un pas sourd. Son regard transmettait à quiconque le croisait une ardeur et une détermination farouches. Ses yeux ambrés lançaient des éclairs brûlants.

《 Tu n'as pas le droit de me dégager ainsi de ta vie. Après tout ce qu'on a vécu...

— C'est à cause de toi que je suis condamné à rester seul le restant de mes jours, sur cette terre où le gibier que je chasse n'a plus de goût tellement la vie devient aride ! Je passe mes journées à veiller sur les clans, ton clan, sans aucun remerciement. Tu ne sais pas quel sentiment cela fait lorsque tout le monde t'ignore, lorsque la seule personne à qui tu peux parler, c'est toi-même.

— Je...

— Non. Tu ignores tout cela. Parce que tu préfères rester en sécurité, parmi ceux qui m'ont tout enlevé : mes amis, mon clan... Mais aussi mon fils. Toute une vie envolée et effacée comme une goutte d'eau qui tombe dans le lac un jour d'orage. 》

Fleur du Rosier offrit à son ancien amant un regard débordant de chagrin, de regret et de peine. Une larme déferla le long de sa joue pour venir s'écraser sur l'herbe grasse à ses pattes. Quant au mâle, il se contenta de regarder le sol, perdu dans ses songes, l'expression durcit par les sentiments qui le submergeaient.

《 C'est la raison de ma venue ici, Souffle du Ravin. Notre fils.

— Arrête ! crache Souffle du Ravin, en larmes. Tu as perdu le droit de l'appeler ainsi dès que tu nous as abandonné. Ce n'est pas ton fils, Fleur du Rosier. 》

Ces paroles, tranchantes comme des griffes d'aigles attaquèrent Fleur du Rosier de toutes parts. Des larmes s'écoulèrent comme une cascade de ses yeux. Elle trébucha et peina à rester debout. Ce matou qu'elle avait autrefois aimé, était si malheureux, qu'elle ne le reconnaissait plus. Elle avait l'impression qu'il était brisé. Brisé de son erreur passée qui avait coûté la santé mentale de Souffle du Ravin et la déchéance de leur fils pour lui permettre de rester parmi ceux qu'elle aimait et chérissait : sa famille des astres de la nuit.
      
         

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01/03/24

Voici le prologue, plutôt épicé et vraiment très vague. Pas vraiment d'explications au début, vous les aurez à la fin, sinon ce n'est pas marrant, bien sûr. Non, plus sérieusement, je l'ai écrit après le chapitre un, sur un coup de tête tout à l'heure : ça fait deux mois que j'attendais ce déclic !

Bonne lecture et n'hésitez pas à m'en dire vos pensées !
    
    
   
— KISS —
Geai.

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