💫

Je m'assois sur ce banc. Ça fait plusieurs mois que je viens tous les jours à la même heure. J'ai souvent du temps à tuer.

Je m'y installe et contemple ce parc que je connais comme ma poche. Il ne tarde pas à arriver, à poser ses fesses à l'autre extrémité du banc sans oublier de caler son vélo contre le dossier. Il me murmure un bref bonjour auquel je répond par un hochement de tête.

Lui aussi a l'habitude de venir tous les jours, ou le plus souvent possible. Comme toujours il glisse sa main dans ses cheveux bouclés avant d'attraper sa gourde et d'en boire une grande gorgée.

Il la pose à terre et commence à allumer une clope qu'il porte à ses lèvres. La fumée parvient à mes narines et mes poumons commencent à me brûler. Je pourrais lui demander d'aller fumer ailleurs mais une partie de moi n'est pas dérangée.

Il la fume longuement pendant que j'observe les gosses brailler et jouer dans le parc. Il eu un rapide sursaut durant lequel il fit tomber sa clope à terre, ses mains recouvrant son crâne comme pour le protéger d'une pluie d'objets invisibles.

Il se tord de douleur pendant plusieurs minutes et je reste là, droit comme un piquet, ne sachant pas trop quoi faire.

Il plit ses jambes et soutiens sa tête comme il le peut. J'arrive enfin à murmurer quelques mots :

« tout vas bien ? »

Il fut surpris de ma question. On ne s'était encore jamais parlé auparavant. Ses mains tiennent toujours son crâne comme pour l'empêcher de se briser en deux.

« Algie. » dit-il simplement d'une voix faible.

Il continue à se tordre de douleur, se malaxant la boîte crânienne.

« qu'est ce que... »

Les mots ne sortaient pas je me figeait face à cette scène de lui, plus vulnérable que jamais.

« elle me hante j'en ai marre.. »

Une fille ? Il doit parler d'une fille.

« elle est en moi, elle revient toujours quand il faut pas. »

Je regarde les alentours pourtant je ne vois personne qui pourrait être la “Algie” dont il parle.

« je ne la voit pas. »

Il étouffe un rire presque inaudible.

« c'est pas une fille, c'est personne. »

Il enfouit sa tête dans ses bras et laisse échapper un « putain bordel de merde ».

« t'as besoin d'aide ? »

Je suis tellement naïf, bien sûr qu'il a besoin d'aide, il ne demande que ça !

« je suis pas contre. »

Et qu'est ce que je suis censé faire dans ce cas là ?

« qu'est ce que tu fais quand ça t'arrives ?
― chez moi...
― chez toi ?
― traitement.. »

Je ne comprend plus rien. Je ne prend pas le temps de réfléchir, me lève d'un bond et essaie de le hisser sur ses jambes. Il tremble, ses mains fixées sur son crâne.

« VAS-T-EN SALOPERIE DE MALADIE LAISSE MOI VIVRE PUTAIN. »

Je sursaute et glisse mon bras autour de sa taille afin de l'aider à avancer. On traverse le parc et il me guide par de courtes phrases, voir seulement des mots par fois.

« à droite. »

Je suivais ses instructions jusqu'à chez lui. On arriva enfin à son appartement. Il se laissa tomber contre la porte, laissant échapper une dizaine d'injures.

« mes clés, mes clés, mes clés.... »

Ses mains contre sa tête, il me pria de prendre ses clés.

« j'ai... elle va me lâcher je sens...... »

Je pris ses clés et ouvrait la porte de son appartement alors qu'il se déplaçait avec énormément de mal.

« traitement... salle de bain.. » puit il poussa un cri de douleur.

Je courru dans le couloir, ouvrant toutes les portes puis finit par tomber sur la salle de bain en question. Un sac blanc était posé sur un meuble avec écrit dessus en gros “ALGIE”. Je le pris et retournais dans le salon au milieu duquel il était allongé, les mains toujours sur son crâne priant qu'on sorte de sa tête.

Dès qu'il l'aperçoit, il m'arrache le sac et commence à prendre son traitement. Je le regarde longuement, vachement intéressé par ce qu'il fait. La médecine m'a toujours assez passionné mais faut dire que j'avais pas les notes pour l'étudier.

Une fois qu'il eu finit, j'essaie de le hisser sur ses jambes pour le coucher sur le canapé, avec un peu de mal je réussi.

« je vais y aller.. On se retrouve demain..
― VAS-T-EN ! » hurle-t-il à pleins poumons.

Je met sa réaction sur le compte de la douleur et sort de son appartement. Je l'entend murmurer quelque chose qui ressemble à : « non pas toi. » mais je ne dit rien.

Peut être me parlait-il à moi. Peut être à la maladie. Je n'en sais rien et je ne le saurais probablement pas.

~ le lendemain

Je sort de cours et me dirige directement vers le banc, le même que d'habitude dans l'espoir de le revoir. Il revient quelques dizaines de minutes plus tard. Mon cœur commence à s'emballer.

« hey. » lui dit-je ce à quoi il me répondit par un sourire.

« désolé pour hier. lâche-t-il au bout d'un long silence. Que t'ai assisté à... Tout ça.
― ça dure depuis longtemps ?
― ouais mais je suis un traitement.
― j'ai vu ça. »

Il regarde les enfants s'amuser, j'en déduis qu'il est gêné. C'est vrai, après tout on ne se connaît pas plus que ça, c'est tout à fait normal.

« Valentin. dit-je afin de me présenter.
― comment tu sais !? demanda-t-il assez surpris.
― bein c'est normal que je sache mon prénom !
― aaaaaah okay. Moi aussi c'est Valentin. »

J'hoche la tête et un nouveau silence s'installa.

« c'est quoi cette maladie ? demandais-je décidé à tenir une conversation avec lui.
― Algie.. c'est une sorte de mal de tête très violent mais qui arrive régulièrement et aux alentours des même heures. Et ça peut durer jusqu'à trois heures.
― jamais entendu parler.
― c'est parce que c'est super rare. Une fois j'étais en train de faire du BMX, j'ai pas vu l'heure passer et ça m'a pris d'un coup. J'ai fini à l'hôpital.
― et ton traitement ça marche pas ?
― j'viens de le commencer mais pour l'instant il est pas très efficace. »

Je lui souris. Je sais pas quoi faire d'autre. Il me rend mon sourire avant de reprendre :

« j'ai oublié de te dire merci pour hier.
― c'est normal.
― pas sûr que j'aurais fait la même chose si j'étais à ta place.
― ah. »

Ainsi était-il égoïste.

« mais c'est quand même super ce que t'as fait. Je me voyais mal rester trois heures allongé sur un banc à crier de douleur.
― de rien.. »

Il réduit l'espace qu'il y avait entre nos mains pour les sceller entre elles. Je sens mes joues devenir chaudes, incapable de dire quoi que ce soit, j'admire le paysage qui s'offre à nous.

              ~ fin ~

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