« Une nana » qui a demandé si « Kei Tsukishima » était là ? Pardon ? Tanaka débarqua à l'extérieur comme une tornade, pour désigner Tsukishima du doigt.
— Renégat !
L'intéressé se décala d'un pas, un sourcil haussé.
— Renégat ? répondit-il dans un petit rictus. C'est déjà surprenant que tu connaisses ce mot – mais de qui tu parles ? Nishinoya-san ? C'est vrai qu'il a rencontré une fille en ton absence... C'est un beau niveau de trahison.
— Toi... !
— Tanaka, tu es torse-nu ! le scanda Daichi, à l'intérieur.
L'intéressé décampa dans une excuse précipitée, non sans grogner au passage. Le blond put enfin passer à côté du libéro... lequel parut bien déçu par son manque de réaction. Il lui tapota l'épaule dans un « désolé » bien malhonnête, pour le laisser figé sur place.
Mais une fois hors de leur vue, il accéléra le pas. Il a dû me faire une blague. Cette bête vient juste d'apprendre que je « parlais à une fille », il se fait des films. Eigishi-san n'a rien à faire ici. Ça doit être quelqu'un de complètement aléatoire. Qui s'est trompée de prénom. Même si « Kei Tsukishima » est assez précis. Non, peu importe, il y a erreur sur la...
... personne. Mais adossée à leur portail, les bras croisés, attendait rien de moins qu'une adolescente à la queue-de-cheval brune. Elle posa deux petits yeux ambre et cernés sur lui. Veste blanche au col noir, chemise tirant vers le bleu, pull gris, nœud et jupe violets...
— L'uniforme de Shiratorizawa ? souffla Yamaguchi.
De cela, Tsukishima n'en eut pas grand-chose à faire – il n'avait pas même remarqué que le jeune garçon l'avait suivi. Il ne sentit pas plus la lanière de ses sacs glisser sur ses épaules. La seule idée traversant son esprit embrumé s'apparentait à un « ... quoi ? » des plus estomaqués.
Ils se fixèrent ainsi de longues secondes. Elle ne tirait pas une tête particulièrement choquée, il ne l'avait pas non plus prise de court en déboulant de l'obscurité avec Yamaguchi. Elle a demandé à voir un Kei Tsukishima, après tout..., parvint-il à penser. Et il n'y en a pas trente-six, dans ce lycée. Pourquoi elle serait étonnée, elle ?
Mais il revint à la réalité dès que son sac de sport chuta pour de bon. Eigishi courut derechef vers lui, le ramassa de justesse et dérapa en arrière avec agilité. Elle avait bougé si rapidement qu'il crut halluciner. Il se tourna avec elle, embourbé dans une confusion qui mourut petit à petit.
— Tu es quoi, un ninja ? laissa-t-il tomber.
— Non. Je suis habituée à ce que les gens lâchent leurs affaires sans s'en rendre compte.
Il cligna de l'œil un instant.
— ... Quoi ?
— Je ne sais pas pourquoi, mais lorsque je suis dans les parages, les personnes font tomber leur trousse ou leur téléphone.
Elle se releva en soupirant.
— Navrée de venir ici..., commença-t-elle.
Commença-t-elle, mais elle ne finit pas sa phrase ; à la place, elle se raidit de pied en cap. Dans la nuit noire, derrière elle, brillèrent une nuée de paires d'yeux. L'équipe de Karasuno avait spontanément formé un demi-cercle derrière elle.
Ah, elle vient de Shiratorizawa. L'équipe qu'on a battue. Elle a dû faire partie du public. Pour Tanaka-san, Nishinoya-san et Hinata, voire Kageyama, c'est une ennemie. Mais Nishinoya-san n'a pas mentionné son uniforme. Il n'a dû s'extasier que sur sa tête avant de repenser à Shimizu-san...
— Eh ? articula Tanaka. Une nana de Shiratorizawa ? Ici ? Nishinoya, tu as laissé passer ça ?!
— J'avais pas remarqué !
— C'est une une élève..., intervint Yamaguchi. Pas une joueuse. Si ?
On braqua bien des regards sur Tsukishima. Il mit un instant à intégrer sa question.
— Je ne sais pas. Même si elle est dans leur club de volleyball, peu importe.
— Tsukishima a une amie ?! s'étrangla soudain Hinata.
Elle lui fit face avec surprise.
— Je suis sa cousine.
— Oh.
Eigishi-san, merci.
— Dans ce cas..., réfléchit encore le rouquin. Tsukishima est désagréable avec sa famille aussi ?
Elle y songea un instant : l'intéressé pria simplement pour que l'affaire se termine vite.
— Je ne l'ai croisé que quelques fois. Alors, je n'ai pas assez d'éléments pour trancher, regretta-t-elle. Sur ce, je dois m'éclipser. Je vous souhaite une bonne soirée.
Elle les salua poliment avant de faire volte-face. C'est son métier, de perdre les gens ? Elle ne fait vraiment que de la chimie ? Elle passa à côté de lui et lui tendit son sac : il le reprit par automatisme. Puis, il enregistra une seconde fois sa présence.
Il avait oublié de se demander ce qu'elle foutait là.
— Je suppose qu'on y va, conclut-elle.
Simple acquiescement : ainsi s'éloignèrent-ils du groupe. Ils empruntèrent sans un mot la rue jouxtant le lycée. Ils passèrent à côté de petites habitations, à déambuler dans deux-trois allées vides aux lampadaires clignotants.
Puis, ils s'arrêtèrent en chœur en face du poste-relai du coin. L'adolescent ne compta pas les secondes qui s'écoulèrent ensuite. Il perçut simplement le profond silence les entourant, uniquement brisé par le grognement des voitures passant au loin.
— Donc, posa-t-il. Bonsoir.
— Bonsoir.
— Qu'est-ce qui t'amène ici ? Akiteru ?
Elle se tourna vers lui et s'inclina d'un coup, les poings serrés : il recula d'un pas sous la stupeur.
— Quoi ?
— Je suis profondément désolée pour cet incident avec mon téléphone, débita-t-elle. Lorsque j'ai vu qu'on allait me le voler, je l'ai formaté, ce qui n'est pas très grave, car je note tous mes contacts sur une feuille et que ceux liés au club de chimie de mon lycée y sont toujours enregistrés...
Elle se tut d'un coup ; lorsqu'il la vit déglutir avec malaise, il secoua une main.
— Pour commencer, est-ce que tu pourrais te redresser ?
— Oui, répondit-elle aussitôt.
Il découvrit son expression sacrément embarrassée. Elle le fuyait toujours du regard – et pour cause : un vol de données aurait été catastrophique. J'ai l'impression de m'être fait un sang d'encre pour rien. Mais il reste sa situation, à elle... Sur laquelle il n'allait pas insister.
— Mes professeurs m'ont envoyée auprès des personnes touchées pour que je m'excuse pour mon erreur. C'est pour ça que je suis venue à Karasuno.
Tsukishima arqua un sourcil.
— Erreur ? Tu n'as pas choisi de te faire voler ton portable.
— Mais vos données y étaient stockées...
— Sur ton portable personnel ?
— Je n'avais pas le choix, comme on m'a désignée comme gérante du groupe...
Et le ton de son frère de résonner dans son crâne. « Elle a été tirée dans cette conférence de force ! »
— Je veux dire, se corrigea-t-elle soudain, je me suis portée volontaire.
Tu ne viens pas de dire que tu « n'avais pas le choix » ?
— Donc, j'ai quitté le club.
On t'a virée, en bref.
— Voilà tout. Je m'excuse aussi pour la confusion auprès de tes camarades, grimaça-t-elle ensuite.
— Ceux qui ont causé sont des cas, brocarda-t-il. Ils prendront n'importe-quel membre de Shiratorizawa pour un ennemi, et n'importe-quelle fille pour un bout de viande. Je pense que tu peux t'en sortir tant que tu ne joues pas au volley.
— Mon savoir sur ce sport s'arrête à votre match contre notre équipe..., rit-elle avec nervosité. Donc, « tant qu'ils ne savent pas que tu étais dans les gradins adverses » serait une autre condition pour ne pas me faire marcher dessus, j'imagine.
— Ils ne te marcheront pas dessus, fit-il remarquer.
Eigishi serra le poing avec gravité.
— Quiconque tenterait ça mangera le bitume ! assura-t-elle.
— Pourquoi pas.
Court silence. Elle lui servit un air stupéfait : il fronça les sourcils, confus.
— Oui ?
— Non, rien, répondit-elle dans un souffle.
Sur ce, elle étudia la rue glaciale dans laquelle ils se tenaient. Les façades étaient désormais plongées dans le noir, et des flocons commençaient à voleter au gré du vent. La jeune fille se frotta les bras en grelottant.
— Je suppose que je vais y aller... On m'attend en voiture.
Elle tourna les talons, mais s'arrêta avant même son premier pas.
— Au fait. Comment tu as su, pour la fuite de données ?
— J'ai essayé de te recontacter.
Les tremblements de la lycéenne cessèrent derechef. Lui-même crut entendre ses mots résonner dans l'allée assombrie. En y réfléchissant à deux fois, sa phrase était d'une franchise ambitieuse. Il ouvrit donc la bouche pour la mitiger, mais Eigishi prit la parole avant lui.
— J'ai toujours tes coordonnées, sur un papier.
Des nuages blancs tracèrent la respiration de Tsukishima. Il détourna le regard, quand bien même la lycéenne lui tournait le dos.
— Tu peux les ajouter de nouveau. Si tu veux.
Du coin de l'œil, il la vit se tourner de nouveau vers lui, puis lever le pouce en souriant.
— Yes !
« Yes », et elle reprit son chemin, sur cette exclamation dont l'étrangeté le laissa bien pantois.
Fanart par Viktoria Ridzel
Hello coucou bonjour ! Comment ça va ? :D
Je crois que quelques personnes ont lâché la lecture - je suppose que je vais continuer de poster deux chapitres par semaines, n'hésitez pas à me dire si ce rythme est trop soutenu ^^ Je ne voudrais pas vous noyer sous les chapitres xD
De mon côté, sur mon fichier, j'en suis quasiment à la fin. Je peux donc me permettre d'annoncer que cette fanfiction devrait faire à peu près vingt chapitres !
En espérant que vous avez apprécié la lecture, je vous dis à mercredi ^^
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