CHAPITRE DEUX

La division du Gémeaux

A l'autre extrémité de la porte boisée, Maïwen entendait les filles s'agiter en perpétuant leur cacophonie criarde. Les sourcils de plus en plus plissés, elle détourna son attention des trois garçons, reportant à plus tard leurs réprimandes, pour se concentrer sur le nouveau problème qui se présentait à elle.

— Que se passe-t-il ? questionna-t-elle en frappant plusieurs coups contre la porte.

Aucune réponse des concernées. Rien de bien étonnant en vue du brouhaha qu'elles émettaient. Les coups persistants de Maïwen s'étaient perdus parmi leurs hurlements.

— Je suis sûr que c'est à cause d'elle ! clama Jay plus inquiet.

— Encore avec cette histoire. Mec redescends ! On est pas dans un film tu sais ?

— Grave il a raison. C'est pas avec tes conneries qu'on va penser que t'es plus cool.

— Mais je vous jure que c'est pas des conneries. C'est vrai. Elle existe vraiment, je l'ai vu.

— Ouais c'est ça, pouffèrent les deux autre à l'unisson.

— Mais, mais... C'est la vérité !

Désespéré de ne pas faire entendre raison à ses compagnons, Jay tapa du pied. Étrangement, leur conversation avait un air de déjà vu pour Maïwen. Un goût amer qui faisait remonter à la surface sa propre jeunesse. Elle ne comprenait que trop bien la détresse de l'adolescent. Malheureusement, elle n'avait pas le temps de s'occuper de lui pour l'instant. Son principal objectif était d'ouvrir cette porte. Etant le barrage séparant l'unique dortoir féminin des autres de leurs compères masculin, les filles avaient le droit de verrouiller leur chambrée, par mesure de sécurité. Bien entendu en tant que gardienne des lieux, Maïwen en avait la clé.

— Bon sang, ou est-elle ?

Elle soupira en farfouillant pour la énième fois dans ses poches. Rien. Aucun signe de son trousseau. Soudain, elle se souvenait. La bibliothèque. Bien sûr, la bibliothèque. Elle avait laissé ses clés sur le bureau après avoir investi les lieux. Le tumulte des garçons à l'étage l'avait contrainte à déserter d'un pas si précipité, qu'elle avait omis de les embarquer. Elle n'avait plus le choix. Elle allait devoir enfoncer la porte.

Elle se recula de quelques pas ne se souciant déjà plus de la conversation des trois. Elle inspira un grand coup et chargea épaule en avant contre le bois. Un grand bruit retentit, ce qui n'a eu pour effet que de faire sursauter les garçons présent à ses côtés. La porte elle, n'avait même pas vacillé. Peu surprenant. Le physique de Maïwen n'était guère imposant. Le revers du choc en revanche, lui l'était. Il avait contraint son visage à se tordre en une grimace douloureusement peu plaisante.

— Bah madame qu'est-ce que vous faite ?

Une main posée sur son épaule endolorie, les yeux à demi furieux, la jeune adulte pivota la tête vers Jay qui la lorgnait avec étonnement.

— De la gymnastique.

A question idiote, réponse du même acabit. N'importe qui possédant un minimum de jugement serait capable de comprendre son acte. Manifestement, Jay et sa bande en manquaient cruellement. Elle n'avait pour le moment pas la patience de leur expliquer, elle se devait de répéter son geste en prenant plus grande impulsion. Hélas, ce fut un nouvel échec. Son adversaire était beaucoup trop robuste pour elle.

— Bon les garçons, prononça Maïwen résignée, mettant un terme définitif à la joute qu'ils s'échangeaient, je vais avoir besoin de vous trois.

Elle soupira longuement. Elle n'était pas vraiment friande de faire appel à eux pour cause de blessures principalement, mais leur assistance la soulagerait grandement. Jay, par sa forte carrure valait bien la masse d'un adulte. Quant aux deux autres, ils ajouteraient une charge supplémentaire qui était non négligeable.

Jay bien content de prêter main forte accepta sans rechigner ce qui n'était pas vraiment le cas de ses compères. Peu enjoués à l'idée d'aider une référente de l'autorité, ils ne pouvaient que demander une contrepartie pour leur coopérativité. N'ayant pas plus de temps à dépenser avec ces deux marchandeurs du dimanche, Maïwen leur avoua que s'ils ne participaient pas, leur punition serait doublée voir même triplée. Il n'en fallut pas plus, pour les forcer à s'exécuter.

— Bien allons-y !

Un décompte enclenché, des pas à reculons pour mieux se propulser et les hurlements encore présent des filles comme fond sonore, les quatre alliés se jetèrent sur la porte. L'impact était bien plus important, mais insuffisant. Ils refirent leur action une seconde fois. Puis une troisième. Enfin, elle céda. Le dortoir était ouvert.

La pièce était plongée dans une obscurité partiellement éclairée, grâce à la faible clarté que dégageait la lune. Le dortoir était devenu un véritable champ de bataille. Les lits étaient pour la plupart retournés, comme si quelqu'un les avait envoyé valser. Dans un coin de la pièce, près d'un des nombreux placards qui faisait office de dressing, une dizaine de fillettes recroquevillées les unes contre les autres. Tremblantes de peur, leurs regards fixés sur un même point, elles continuaient leur symphonie étouffante de terreur.

Maïwen suivit des yeux la direction de leur vision. Au centre, une petite fille qu'elle n'avait jamais vu auparavant, vêtue d'une ancienne chemise de nuit d'un blanc presque gris , rougit à certains endroit, flottait littéralement au-dessus d'Iris, la jumelle de Jack. Sa longue chevelure noire semblait négligée, comme si cela faisait une centaine de jours qu'elle ne s'était pas peignée. Elle dégageait une aura si angoissante que le cœur de Maïwen en rata plusieurs battements. Même Ophiuchus resté calme jusqu'à présent, commençait à se contorsionner dans tous les sens pour sortir sa tête de sa manche.

— Gemini. Donne-moi Gemini ! piailla la sombre étrangère.

Le corps d'Iris était pris de convulsion alarmante. La petite était en pleine crise. Sans doute que son angoisse avait réveillé son asthme. Maïwen voulait intervenir, mais sa motricité jouait les invisible. Elle était aussi tétanisée que ces enfants. Pourtant, c'était elle l'adulte. C'était son rôle de veiller sur eux. Elle n'avait pas le droit de les abandonner. Il fallait qu'elle se reprenne et incessamment.

— Ah vous voyez ! Vous voyez. Je vous avais bien dis que j'étais pas dingue.

La voix de Jay brisa cette atmosphère oppressante. Il n'était pas non plus rassuré, mais sa vantardise lui avait donné un semblant de courage pour s'exprimer. Son intervention n'était pas passé inaperçu. La terrifiante enfant se tourna vers eux. Maïwen ne put s'empêcher d'entreprendre un mouvement de recul, face à ce visage cadavérique qui la jaugeait atrabilairement d'un regard injecté d'un liquide rougeâtre, reconnaissable entre mille.

Un frisson lui parcourut l'échine quand cette chose virevolta à son encontre. Ça recommençait. Elle était encore en face d'un être qui transpirait la monstruosité. Sans doute un esprit errant qui était indubitablement assoiffé de sang. Elle n'avait pas eu le temps de faire le moindre pas supplémentaire, qu'Ophiuchus quitta sa cachette pour lui montrer les crocs, l'air menaçant.

— La gardienne ....

Ce fut là les derniers mots que cette inquiétante fillette prononça, avant de disparaître sous les hostiles sifflements du reptile. Le cœur encore serré, Maïwen souffla comme pour libérer ses poumons de l'air nocif dans lequel ils étaient prisonniers. Bon dieu quelle soirée.

*

L'hôpital avoisinant Sainte Catherine, n'était certainement pas le plus réputé de la région, mais c'était le seul qui acceptait de soigner des orphelins gratuitement. Après le chaos qu'avait causé cette sinistre apparition, Maïwen s'était précipitée jusqu'ici, Iris dans ses bras. La pauvre petite était bien amochée. Elle était ensanglantée. Cette horripilante sorcière ne l'avait pas raté. De vilaines griffures recouvraient son corps de part et d'autre. Sa crise d'asthme n'était en définitive pas le plus aggravant. Iris avait perdu beaucoup de sang. Assise dans la salle d'attente des urgences, Jack sanglotant à ses côtés, elle attendait que le plus doué des médecins de l'institut - anciennement son compagnon.- ne vienne à leur rencontre.

Ce qu'il n'avait pas tardé à faire. Un grand blondinet en blouse blanche s'avança vers eux. Maïwen se redressa immédiatement pour l'accueillir, non sans prendre le temps de le détailler un instant. Hormis l'épaisse couche de cernes qui entourait ses iris bleutés, Michael n'avait pas vraiment changé. Sa mâchoire était toujours aussi saillante et parfaitement rasé. Son visage respirant perpétuellement la douceur et la gentillesse, ne l'avait pas quitté. Michael était toujours aussi beau que le jour où elle l'avait rencontré.

— Dis-moi que tu as de bonnes nouvelles.

Elle le supplia presque du regard de passer outre le protocole. Dieu savait qu'elle détestait l'impénétrabilité que les médecins arboraient sans cesse pour émettre un diagnostic.

— Il y a définitivement des choses qui ne changent pas...

— Arrête un peu Michael. Comment va Iris ?

Elle n'avait pas vraiment l'envie de tergiverser sur le passé actuellement. La vie d'une de ses enfants était potentiellement en danger. Seul son état lui importait. Michael était du passé. Ils avaient passé de bons moments, mais ça n'avait pas marché, par manque d'affection principalement. Pas besoin d'en discuter plus longuement.

— L'opération s'est bien passée, mais elle ne se réveille toujours pas. Elle a atteint un degré de tachycardie bien trop élevé pour une enfant de son âge.

Le timbre désolé, il coula son regard sur Jack qui le dévisageait comme si il espérait ouïr la moindre information encourageante. Iris était la seule personne qui lui restait, Maïwen ne doutait pas que si il la perdait, il risquait de très mal tourner.

— J'ai bien peur qu'elle soit atteinte d'un dysfonctionnement cérébral sévère...

— Qu'est-ce que ça veut dire ça ? vous êtes en train de dire qu'elle va mourir ?

Jack n'avait pu se retenir de le couper en entendant des termes qu'il jugeait affolant. Sa tristesse s'était peu à peu métamorphosée en une colère mal dirigé.

— A ce stade nous ne pouvons dire si c'est le cas ou non mais ...

— Mais quoi ? Vous pouvez sauver ma sœur ou non ? vociféra l'adolescent en coupant de nouveau son aîné dans son élan, bordel c'est pas possible. Dites-moi que c'est une blague ?

De plus en plus furieux, Jack ne mesurait plus ses paroles. Il s'approcha dangereusement de Michael qui faisait tout juste, une tête de plus que lui.

— Jack calme toi s'il te plait et laisse-le terminer !

Maïwen s'interposa de justesse avant que le jeune homme n'agrippe le col de son ancien amant.

— Que je me calme. Vous voulez vraiment que je me calme.

Il rit d'une hilarité sombre et jaune. Ses nerfs étaient visiblement entrain de le lâcher.

— Non mais vous êtes sérieuse là ? J'apprends que ma sœur à un truc cérébrale ou je ne sais quoi et vous, vous me demandez de rester calme, hurla-t-il à présent pour se déverser de sa rage, vous savez pas ce que ça fait vous, de perdre quelqu'un qu'on aime !

— Crois-moi Jack, je sais ce que tu ressens.

Et ce n'était pas si bien dire. Elle avait perdu des êtres qui lui étaient chère. Une blessure qui même après quinze ans ne saurait guérir. Personne ne méritait un tel châtiment. Pas même le plus détestable des hommes.

— Elle est dans la chambre 408, tu peux aller la voir jeune homme.

Jack s'était précipité dans le couloir non sans donner un grand coup de pied, dans une poubelle qui traînait dans un coin. A son tour, Maïwen allait entreprendre le même chemin, quand la main de Michael se posa sur son avant-bras pour la retenir.

— Je peux te parler un instant ?

Face au regard grave qu'il affichait, le médecin n'avait pas eu besoin d'en dire plus pour qu'elle le comprit. L'état d'Iris était pire que ce qu'elle n'avait pensé. Si il avait évincé Jack, c'était parce qu'il savait qu'il ne pourrait en supporter d'avantage.

— Elle est quasiment en état de mort cérébrale. Je n'ai jamais vu une telle chose se produire aussi rapidement chez un patient. J'ignore ce qui a pu lui arriver, mais ce n'est médicalement pas commun.

Cette nouvelle lui glaça le sang. Bon sang, ce n'était qu'une enfant. Soudain, la vision de cette chose à l'apparence humaine remuant au-dessus d'Iris lui revenait en mémoire. Etait-ce possible que ce soit à cause d'elle ? Etait-ce cette créature qui l'avait traumatisé au point ou son esprit s'en retrouvait brisé ? Mais pourquoi elle ? Elles étaient une douzaine dans ce dortoir, alors pourquoi seulement Iris ? Non pas qu'elle aurait souhaité plus de victime, c'était juste étrange.

— Gemini...

Son souvenir se fit de plus en plus limpide. Malgré la peur qui l'avait submergé, elle l'avait tout de même entendu parler.

— Pardon qu'est-ce que tu as dit ?

— Gemini. c'est ce qu'elle a dit, répéta-t-elle plus pour elle-même, sans prêter attention à Michael, donne-moi Gemini.

C'était un puzzle qu'elle se devait de reconstruire. Gemini était probablement la pièce manquante pour le finir. Ce n'était pas la première fois qu'elle entendait ce nom-là. Elle l'avait déjà lu quelque part, mais dans quoi ? Ophiuchus qui n'avait toujours pas quitté son bras fit soudain son apparition, sous le cri étouffé de Michael qui avait depuis toujours eu en horreur les serpents. Maïwen ne se tracassait guère des nombreux reproches que Michael pouvait pester. Ophiuchus l'obnubilait. C'était presque comme s'il essayait de lui faire comprendre que la réponse, se trouvait juste sous son nez. Ophiuchus, Gemini. Quelle était le lien entre les deux ? Elle ne comprenait toujours pas. Son compagnon invertébré se glissa hors de son bras et remua jusqu'à un écriteau que Maïwen s'empressa de lire.

— Non omnibus aegris eadem auxilia conveniunt.

— On ne soigne pas tous les malades avec les mêmes remèdes, traduit  Michael fièrement, ton latin est très bon.

Michael sourit impressionné, tandis que Maïwen écarquilla les yeux. Quelle idiote elle faisait parfois. C'était vraiment sous son nez. Le point commun : Le latin.

Ophiuchus en latin signifiait le serpentaire, quant à Gemini c'était... 

Le Gémeaux. 

Le Serpentaire. Le Gémeaux. Ses réflexions fusèrent très rapidement. Elle venait de trouver le dénominateur commun. 

Les astres. 

Ce qui la renvoya immédiatement vers Madame Colasine.

— Il faut que je m'en aille.

Sans même prendre le temps de lui dire au-revoir, elle s'engouffra presque en courant dans les couloirs en quête d'un ordinateur. Madame Colasine, celle par qui tout avait commencé dès l'instant où elle avait visité son site. Il fallait qu'elle rentre en contact avec elle et vite. C'était très certainement la seule personne capable de l'aiguiller sur tout ce qui lui était encore étranger.

   ☀

Coucou les petits lutins de Cornouailles,

J'espère que vous appréciez toujours autant avec l'arrivée de ce second chapitre.

Petit à petit les choses se concrétisent et notre Maïwen va bientôt apprendre le rôle qu'elle va devoir jouer dans cette histoire. Si jamais vous avez des théories, n'hésitez pas à les balancer, je me ferais un plaisir de vous lire.

Comme d'habitude, vos impressions sont toujours les bienvenues quelles soit positives comme négatives. J'essaye toujours de vous répondre, mais si jamais j'oublie quelqu'un j'en suis vraiment navrée.

Comme vous avez pu le constater, la couverture a enfin été changée. Je remercie encore grandement @honeylikeblood pour son travail. :D

La suite arrivera Lundi prochain, j'espère que vous serez encore présent au rendez-vous. ;)

xoxo Mandydy

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