Proies et prédateurs

Coucou tout le monde.

Voici la suite de cette petite histoire. Et aujourd'hui, arrivent deux persos auxquels je tiens beaucoup. Certains sauront pourquoi ;) V et Butch, c'est vraiment mon OTP. Le tout premier pairing que j'ai écrit en MM, celui qui m'a redonné envie de coucher des mots sur l'écran. Alors ils sont un peu spéciaux c'est deux-là. J'espère que vous les aimerez.

Bonne lecture à tous.

Chapitre 4

Proies et prédateurs

Les jours puis les semaines s'écoulèrent lentement à la grotte. L'urgence de la situation s'évaporait au contact de Dean et Castiel. Les deux compagnons semblaient vivre dans une autre dimension temporelle, là où les minutes auraient aussi bien pu se muer en années. Peut-être était-ce dû à la présence de l'ange... Stiles n'en savait rien.

Les aurores masquées succédaient aux couchers de soleil voilés, uniques mais néanmoins routiniers. Ils dormaient, mangeaient, Castiel lui apprenait les couleurs et les légendes de l'Ancien Monde. Stiles ouvrit de grands yeux en comprenant que Castiel avait vraiment connu ces époques. La réponse de l'ange quand il avait posé la question l'avait laissé songeur.

_Ce temps est révolu. Comme le sera un jour l'Ordre Nouveau dans lequel vivent actuellement les mortels. Le temps passe, le monde change, mais certains principes universels demeurent immuables.

Dean, lui, affirmait haut et fort ne rien comprendre à toutes ces conneries métaphysiques. Il préférait sentir le poids concret et rassurant de son arme – baby – dans sa main. Ce fut lui qui initia Stiles au maniement du fusil et de certaines lames. Il disait que lui et Cas ne seraient pas toujours derrière son cul pour le sortir des emmerdes. Que Stiles avait donc sacrément intérêt de savoir comment planter les différents Surnat qui pourraient en vouloir à sa peau.

Dean trimbalait toujours un impressionnant arsenal constitué de pieux, lames, poisons et balles en tous genres. Le parfait petit kit du chasseur de bestioles, ricanait-il. Stiles apprit donc à différencier une succube d'un vampire, une goule d'un zombie, un lycan d'un berserker. Castiel l'instruisait de la théorie et Dean lui montrait comment en venir à bout, ou au moins à les repousser.

Castiel partait quelques fois en reconnaissance autour du campement. Du moins c'était ce que pensait Stiles jusqu'à ce que Dean lui apprenne que les ailes d'un ange n'avaient rien à voir avec celles d'un griffon. D'une simple pensée, Cas pouvait sans peine se propulser à l'autre bout du monde. Voire dans des plans qu'aucun mortel n'aurait pu concevoir. Dean avait toujours l'air sombre en disant cela.

_Tu as peur qu'il finisse par ne pas revenir ?

Dean n'avait pas répondu et son visage s'était fermé. Ils n'abordèrent plus ce sujet, tout comme Stiles ne mentionnait jamais ces moments où les deux hommes s'éclipsaient dans la forêt. Parfois les grondements – de plaisir ou de rage, il n'aurait su le déterminer avec certitude – lui parvenaient. Mais quand les deux amants revenaient à la grotte, personne ne pipait mot.

Ainsi leur existence suivait-elle son cours.

Stiles pensait parfois à Derek. Il lui arrivait même de ressentir des émotions qui lui étaient parfaitement extérieures. Et quelque chose au plus profond de lui-même soufflait qu'elles appartenaient au loup aux yeux verts. Ça n'était jamais assez précis pour que Stiles sache précisément à quoi pensait Derek. Il ne s'agissait que de bribes, de flashs aussi intenses que déroutants.

Puis vint LA nuit. Celle dont Stiles se rappellerait toute sa vie. Il fut réveillé par un songe déchirant. Dans celui-ci, il n'était plus lui-même, mais l'arbre de la clairière. Le frêne millénaire contre lequel il avait surpris Dean et Castiel. Ses racines plongeaient si profondément dans le sol qu'elles s'apparentaient aux veines de ce monde. Elles en parcouraient chaque centimètre, serpentant dans la terre lourde. Ramifications infinies qui frémissaient au rythme de la vie même.

Ses branchages se dressaient vers le ciel, telle une supplique pour percer les nuages qui jamais ne se dissipent. Le poids de cette lourde ramure n'avait pourtant rien de statique. Elle frétillait de vie et de merveilles. La brise agitait ses feuilles, douce et caressante, et une myriade d'animaux – certains microscopiques – bruissaient partout sur son écorce.

Stiles se savait enfin ancré dans le monde. Il était le monde. La terre. Le ciel. La vie. Il se sentait infini et puissant. Rien ne pouvait contester ce sentiment d'appartenance, de savoir exactement qu'elle était sa place. Une certitude. De celles qu'on ne questionne pas.

Ainsi enraciné, il était libre.

Pourtant, cette sensation s'estompa petit à petit. Feuille par feuille, une brindille après l'autre. Branches, tronc, racines... Il sentait son unité s'amenuiser jusqu'à n'être plus qu'un infime fragment de ce grand tout. Tremblant de peur. Terrifié à l'idée d'être arraché à ce qui faisait sa force, son harmonie.

Ce fut pourtant le cas. Avec une violence incommensurable, il perçut la rupture dans tout son être. Il fut séparé de cette unité indivisible, sacrée, pour être réduit à l'état d'individu. Un être unique et privé de sa force. Comme si, jusque-là, il n'avait jamais eu conscience de n'être qu'un des fragments d'une gigantesque entité. Abandonné d'un coup, il découvrait l'individualité et le libre arbitre.

Et c'était terrifiant.

Stiles s'éveilla en sueur et se redressa d'un bond, le cœur tambourinant à cent à l'heure. Sa cage thoracique lui comprimait les poumons, porteuse de cette déchirure inhumaine qu'il venait de vivre. Il lui fallut un long moment pour calmer les battements erratiques de son cœur et reprendre son souffle.

Quand il y parvint finalement, il croisa le regard de Castiel. L'ange ne dormait jamais et, comme à son habitude, il veillait le sommeil de Dean. Assis à côté de lui, la tête du chasseur reposait sur sa cuisse droite tandis qu'il lui caressait distraitement les cheveux. De son autre main, il fumait une cigarette. Le faible rougeoiement découpait des ombres chinoises abruptes sur son visage.

Il fixait Stiles comme s'il lui était possible de discerner son âme en transparence. Et peut-être était-ce le cas.

_Qu'est-ce que ça voulait dire ? Ce rêve ? haleta Stiles.

Castiel tira deux bouffées de plus avant de poser son avant-bras sur son genou gauche relevé. Les quantités d'encre incrustées dans sa peau l'avaient désespérément assombrie.

_Yggdrasil.

Stiles haussa un sourcil interrogateur. Il en avait de bonnes, Cas. Comme si ce simple mot contenait toutes les réponses.

_L'Arbre Monde, explicita Castiel. Il représente le Grand Tout. L'énergie cosmique qui circule en chaque être, vivant ou non. Toutes les âmes. Il est à la fois l'Unique et l'individu.

_On m'en a arraché, souffla Stiles.

Castiel pencha la tête sur le côté, le jaugeant de son regard abyssal.

_Non. C'est une image. Un symbole. Ce n'est pas toi qui a été écarté du groupe.

_Pas moi ?

_Derek.

_Derek ?

_Il a quitté sa meute. Ou Peter l'en a chassé, je ne saurais dire. L'unité a été brisée.

_Oh, alors c'est pour ça que je me suis senti... déraciné.

Castiel se contenta de hocher la tête. Stiles, quant à lui, se redressa sur sa paillasse et entoura ses genoux de ses bras. Il n'avait pas forcément envie de poursuivre cette conversation, mais n'était pas non plus enclin à se rendormir. La violence des émotions ressenties durant son rêve le hantait encore.

Il savait que les lycans vivaient en meute et que ces liens étaient quasiment indéfectibles. Plus fort que la famille, que le sang, que la loyauté ou l'affection même. Il n'avait juste jamais imaginé à quel point les rompre pouvait ébranler les fondations les plus profondes d'un loup. Désormais, Derek errait seul. Perdu et hébété. Stiles le sentait.

L'urgence de fuir la grotte pour aller retrouver le lycan naquit en lui. Il la combattit de toutes ses forces. Dean et Castiel lui avaient dit et répété que le fait que Derek le reconnaisse comme son âme sœur ne les destinait pas pour autant à s'accoupler. Stiles voulait garder le choix. Il refusait d'être le jouet du destin, de son corps ou de quelque arcane magique à laquelle il ne comprenait rien.

Comme s'il avait entendu ses pensées, la voix de Castiel résonna doucement dans la grotte.

_Hélas, parfois il n'est rien que l'on puisse faire.

Sa main gauche reposait toujours sur la chevelure ébouriffée de Dean.

Dans les semaines qui suivirent, la connexion entre Stiles et Derek se renforça de jour en jour. Les émotions du loup envahissaient les siennes. Il arrivait même que Stiles se retrouve étouffé par la sensation d'abandon et de solitude qui lui oppressait la poitrine. Les lycans pas plus que les loups n'étaient destinés à vivre seuls.

Puis un étrange phénomène se produisit. Alors que le poids de ces émotions extérieures devenait intolérable, Stiles se prit à souhaiter de pouvoir réconforter Derek. De l'entourer de sa chaleur et des rires qu'il partageait avec Dean et Castiel. De ce nouveau foyer qu'il avait trouvé auprès des deux chasseurs.

Étrangement, l'émotion du loup répondit timidement à la sienne. Stiles perçut de la curiosité et du soulagement chez Derek. Au début, cela les déstabilisa tous les deux. Puis petit à petit, ils apprirent à utiliser ce lien. Stiles refusait toujours catégoriquement cette histoire d'âmes sœurs, mais si la connexion entre eux lui permettait d'apaiser Derek, soit. De toute façon, il n'avait aucun moyen de se couper des émotions de l'autre homme. Alors autant éviter que cela devienne trop pénible, car leurs échanges ne cessaient de gagner en intensité.

_Il se rapproche, expliqua un jour Dean. S'il arrive jusqu'ici, tu le percevras aussi clairement que s'il était toi, et inversement. Et si vous vous unissez...

Stiles préférait ne pas y penser. Il demanda à Castiel s'il existait un moyen de rompre ou de bâillonner le lien. L'ange le fixa un long moment avant de répondre.

_Je le pourrais. Mais je ne le ferai pas...

_Pourquoi ?!

_Où crois-tu que le lien entre deux âmes sœurs s'ancre ?

_Je sais pas. Un truc magique. Le troisième orteil en partant de la gauche ? Comment veux-tu que je le sache ?

Castiel tendit alors la main vers la tempe de Stiles. Sans comprendre comment, le jeune homme eut l'impression que ce contact le traversait pour se poser, aussi léger qu'une aile de libellule, sur la partie la plus intime de son être.

Castiel traça du doigt un fil invisible dont les racines plongeaient au cœur de cet endroit si sensible. Il le pinça entre son pouce et son index. Sans pression aucune, juste pour marquer sa puissance, pour signifier sa capacité à le rompre.

Stiles poussa un cri déchirant en s'agrippant le front à deux mains.

_Ceci est le lien. Je pourrais le briser. Mais crois-tu que tu en sortirais indemne ? Et lui ?

Au même moment, l'écho d'un hurlement lupin envahit la montagne. Mélange de bestialité et d'agonie. Stiles se rejeta précipitamment en arrière pour se recroqueviller contre le mur de la grotte. Il n'avait même pas conscience d'avoir brandi la lame courbe offerte par Dean. En réponse, Castiel ne lui dédia qu'un sourire triste avant de s'éloigner.

Tremblant de tous ses membres, Stiles ne réagit pas lorsque Dean débarqua comme une furie pour agripper Castiel par le revers de sa veste. Le corps de l'ange heurta la paroi de pierre avec un bruit sourd, mais aucune trace de douleur ne déforma ses traits. Dean pesa sur lui de tout son poids, sa cuisse écartant celles de l'autre homme pour ne laisser aucun espace entre eux.

_Recommence à tripoter l'âme d'un autre gars, et je te jure que je t'arrache les plumes une par une. On est bien d'accord ?

Castiel soutint le regard vert, ses traits totalement inexpressifs.

_Écarte-toi, Dean. Tu n'attends rien d'autre de moi que les pouvoirs que te confère le lien. Tu as été très clair à ce sujet. Alors ne me demande pas ce que, toi, tu n'es pas prêt à donner.

Un instant, Stiles crut qu'ils allaient en venir aux mains. La mâchoire crispée du chasseur ne laissait rien ignorer de sa rage. Il finit pourtant par s'exécuter et Castiel quitta la grotte sans une hésitation. Quelques instants plus tard, Dean écrasait son poing dans le granit de la paroi. Ce fut la pierre qui céda.

***

_C'est pourtant pas compliqué, nom d'une pipe ! Tu abaisses le chien avec ton pouce, tu vises avec la mire et tu tires en estimant le recul.

Dean commençait à perdre patience. À ce rythme-là, il lui faudrait au moins deux siècles pour que Stiles sache correctement se servir d'un fusil. Privé des pouvoirs que lui conférerait son union avec un compagnon lycan, le jeune homme n'était rien de plus qu'un humain. Voir les couleurs, ça lui ferait une belle jambe s'il se retrouvait avec une horde de Surnat aux miches...

_Hey, Dean ? Tu as entendu ?

Stiles venait de se figer, le fusil à la main, les sourcils froncés. Le chasseur l'imita pour tendre l'oreille. Non loin d'eux, une brindille craqua. Puis une autre.

_Quelqu'un vient ! À couvert, chuchota Dean en entraînant son protégé hors de la clairière où ils s'étaient arrêtés pour s'entraîner.

D'un geste vif, il incita Stiles à s'accroupir derrière un tronc qui avait basculé au sol. L'arbre avait été si large qu'il les dissimulait entièrement. Ils retinrent donc leur souffle, curieux de savoir qui s'aventurait ainsi dans cette partie de la forêt. Dean aurait tout aussi bien pu appeler Castiel pour qu'il les éloigne d'ici, mais il voulait en apprendre plus sur les intrus. Jauger la menace.

_Ce serait pas ton loup, par hasard ? souffla-t-il.

Stiles lui envoya une bourrade dans les côtes.

_Déjà, c'est pas mon loup ! Et ensuite, nan, c'est pas lui. Il n'est pas bien loin, mais je le sentirais s'il était aussi proche. Enfin je crois...

_Tu crois ou tu es sûr ?

_Certain ! La ferme, Dean. Ils approchent.

Ils se tapirent derrière le tronc, chacun serrant son arme. Les rencontres étaient rares dans ces montagnes, et souvent mauvaises.

Quelques branchages craquèrent de nouveau quand les frondaisons cédèrent le passage à deux hommes. Le plus petit était taillé comme un lutteur, ce qu'il était sans doute s'il fallait en juger par son nez épaté et sa démarche assurée. Il était cependant hors d'haleine. Le souffle court, il marqua une pause, le corps plié en deux. Une fine pellicule de transpiration avait ébouriffé ses courts cheveux bruns. Il y passa la main au moment de se redresser, cherchant le regard de son acolyte.

_V, tu fais ce que tu veux, mais je suis incapable de garder le rythme une heure de plus.

Un grand brun le dévisagea, visiblement inquiet. L'expression était d'ailleurs incongrue sur ce visage dur. Pourtant, en dépit de cette froideur apparente, les traits du dénommé V se révélaient d'une grande beauté. Finement ciselés. Une barbe noire ainsi qu'une série de runes tatouées sur une de ses tempes rompaient cependant l'harmonie quasi délicate de ses pommettes aristocratiques.

L'inquiétude qui avait un instant marqué les traits altiers se mut rapidement en une moue narquoise.

_Alors, Butch ? On ne tient pas le rythme ?

Les yeux noisette de l'intéressé se firent rieurs.

_Tout le monde n'a pas tes supers pouvoirs, enfoiré.

_Et mon endurance légendaire, on en parle ?

Les lèvres charnues de Butch se retroussèrent pour laisser échapper un rire de connivence. Celui-ci dévoila une dent ébréchée. Puis, joueur, Butch s'approcha de son compagnon. Un peu plus petit que V, il ne semblait pourtant nullement impressionné par le colosse qui lui faisait face.

Du coin de l'œil, Stiles vit Dean froncer les sourcils. Visiblement, quelque chose le chiffonnait sans qu'il parvienne à mettre le doigt dessus. Au même moment, les nuages s'écartèrent une fraction de seconde durant, cédant la place à une timide éclaircie. Un phénomène aussi rare que merveilleux qui arracha un hoquet stupéfait à Stiles. L'espace d'un instant, les rayons lumineux effleurèrent son visage, le baignant d'un chaleureux bien-être.

Il sourit à Dean. Sauf que celui-ci gardait les yeux rivés sur les nouveaux arrivants. Eux ne se réjouissaient apparemment pas de la soudaine apparition de l'astre solaire. Le dénommé Butch réagit au quart de tour. D'une vigoureuse bourrade, il écarta V du centre de la clairière. Il le poussa sous les frondaisons opaques, un endroit que les maigres rayons n'avaient aucune chance de percer. Les deux hommes atterrirent contre le tronc d'un arbre avec un « houmpf » sonore.

_Beau réflexe, Cop, ironisa V avec un de ces sourires sarcastiques qu'il paraissait affectionner.

Son compagnon l'agrippa par le col de sa veste de cuir. L'expression taquine de Butch répondait à la moue moqueuse. Un ballet savamment orchestré, joué et rejoué de longue date par deux complices.

_Qu'est-ce que je ferais de ton cul si je le laissais griller ?

À ces mots, Stiles sentit Dean se tendre et le chasseur resserra sa prise sur son arme.

_Un Nosferatu, souffla-t-il, la mâchoire verrouillée. C'est bien notre veine...

Stiles écarquilla les yeux. Castiel avait beau lui avoir enseigné les spécificités des différentes castes de Surnaturels, le jeune homme n'avait encore jamais croisé de vampires. Ceux-ci vivaient dans des coteries fermées, très loin à l'Est. En voir un en ces terres relevait de l'extraordinaire. Qui plus est lorsqu'il était accompagné d'un humain.

À moins que la bête se soit entichée de son calice ?

De ce que Stiles savait, les vampires se montraient aussi orgueilleux que hautains. N'importe lequel aurait brisé en deux un humain qui aurait seulement tenté de prendre possession de sa bouche comme venait de le faire Butch. Pas V. Lui agrippait la veste de son compagnon – son hellren, comme ils les appelaient – et rendait coup pour coup dans cet échange à la sensualité débridée.

Quand ils s'écartèrent, une perle de sang brillait sur les lèvres de l'humain. V se pencha pour la cueillir de la pointe de la langue. Sous l'effet du divin nectar, ses canines saillirent. Butch, au lieu de s'en inquiéter, se colla contre le corps ferme de son vampire. Il lui chuchotait à l'oreille des mots qui allumaient un feu dévorant dans le regard de diamant de V.

Stiles les observa avec curiosité. La relation de ces deux-là n'avait rien à voir avec celle de Dean et Castiel, faite d'attraction et de répulsion. Chez les deux hellrens, il ne lisait qu'une confiance absolue et une passion dévorante.

Était-ce ainsi que les choses se passaient lorsqu'un Surnat reconnaissait son âme sœur chez un mortel et l'acceptait ?

Stiles ne put pousser plus loin sa réflexion car, tout à coup, une très légère brise agita le feuillage alentour. Dean gronda, figé. Stiles ne comprit pas jusqu'à ce que les narines du vampire palpitent presque imperceptiblement et que le regard clair de V se mette à scruter les environs.

Les yeux de diamant s'immobilisèrent sur le tronc qui les dissimulait toujours.

_Le Nosferatu nous a sentis, marmonna Dean qui se préparait déjà au combat.

V écarta son compagnon. Celui-ci réagit aussitôt en avisant l'expression du vampire. Butch se planta à ses côtés, épaule contre épaule. Il passa une main sous son aisselle et un flingue tout droit surgi de l'Ancien Monde apparut. V, lui, s'empara de deux dagues noires jusqu'ici retenues par un harnais croisé sur sa large poitrine.

_Et le Nosferatu vous entend, feula-t-il alors. Sortez de là, les mains bien en vue.

Stiles quêta l'approbation de Dean. Ce dernier hésita un instant puis hocha la tête. D'un geste de la main, il fit comprendre à Stiles de le laisser parler. Les deux humains se relevèrent alors, abandonnant le couvert rassurant du tronc.

_Tiens, tiens, qu'est-ce qu'on a là ? chantonna Butch.

Le regard de diamant frôla leurs armes. L'expression de V se durcit davantage, conférant à son visage tatoué une aura absolument terrible.

_Des chasseurs, gronda-t-il.

Tout amusement déserta alors Butch. Son épaule cogna contre celle de V.

« J'en suis », assurait-il silencieusement.

Dean, lui, leva les mains devant lui, paumes offertes en signe d'apaisement.

_Nous préférons employer le terme de « Régulateurs », précisa-t-il. On ne cherche pas les emmerdes. Vous avez débarqué pendant qu'on s'entraînait. Alors on peut faire comme si on ne s'était jamais croisés. Chacun reprend son chemin et l'affaire est bouclée...

Ce disant, il baissa les bras, les gardant cependant bien visibles, immobiles le long de son corps.

_Tu te payes notre tronche ? ricana Butch. Dans deux heures, vous nous aurez vendus.

Cela confirma les soupçons de Dean. Les deux hommes étaient bien des fuyards, désertant sans doute la coterie d'origine du vampire. Le régulateur secoua la tête.

_Nous ne sommes pas des chasseurs de primes. Ce que vous faites dans la région, on s'en tape. Vous pouvez partir. Si on avait vraiment voulu vous capturer, on aurait profité de l'éclaircie, pendant que le Nosfé ne pouvait rien faire à cause du soleil.

Du pouce, il désigna le ciel qui s'était à nouveau assombri, victime de l'éternelle couverture nuageuse. Butch dut prendre cela pour une fanfaronnade, car il carra les épaules et les défia.

_Tu aurais pu essayer...

Son regard en perpétuel mouvement évaluait ses deux ennemis. Et Stiles savait ce qu'il devait voir : un chasseur expérimenté accompagné d'un jeune homme un peu gauche, à peine sorti de l'adolescence. Pas de quoi effrayer deux guerriers expérimentés comme l'étaient le vampire et son hellren.

_On devrait pas appeler Cas ? chuchota-t-il en se penchant.

Sans que Dean tourne la tête, Stiles sut que le chasseur considérait très sérieusement cette proposition. Il n'eut cependant pas le temps d'aller jusqu'au bout de sa réflexion. Autour d'eux, l'air sembla se figer, se densifier. Le cours du temps suspendu. Et ce jusqu'à ce que retentisse le plus formidable des rugissements.

Trop préoccupé par l'angoisse liée à cette rencontre sur le point de tourner au vinaigre, Stiles n'avait pas prêté attention aux émotions dont il saturait le lien. Sa peur et son inquiétude s'étaient donc directement communiquées à Derek. Un flot erratique sans le moindre filtre. Focalisé sur le danger encouru par son compagnon, le loup s'était retrouvé guidé jusqu'à lui par une véritable balise émotionnelle.

Seuls un bruit d'ailes et l'ombre d'un griffon planant dans le ciel les avertirent de l'arrivée du lycan. Quand Derek se jeta de sa monture en plein vol, il était déjà partiellement transformé. Ce fut donc un lycan en pleine possession de ses moyens qui toucha terre.

Stiles avait rarement eu l'occasion d'en voir un totalement métamorphosé. Le moins qu'il puisse dire, c'était que la bête en imposait. Terrifiant, Derek dégageait une écrasante aura de puissance animale. Avant que quiconque ait pu réagir, il se jeta sur V, tous crocs et griffes sortis.

Stiles hurla, submergé par les instincts et les pensées de Derek qui lui parvenaient aussi clairement que s'ils ne faisaient qu'un.

Protection.

Le loup de Derek avait interprété l'attitude agressive du vampire comme une menace pour Stiles. Il pensait que V était sur le point de blesser son compagnon. Aussi avait-il choisi de frapper le premier, de s'interposer.

En combattant aguerri, le vampire réagit immédiatement. D'un coup d'épaule, il écarta Butch du point d'impact et se positionna de manière à pouvoir dévier la trajectoire de son assaillant. Son mouvement fut aussi précis qu'efficace. Presque gracieux. Félin.

Butch fut un peu plus lent à réagir. Il brandit son flingue et le braqua dans la direction de Derek. Mais il renonça à faire feu en constatant qu'il était déjà trop tard. La silhouette de son amant était déjà trop intimement mêlée à celle du lycan. Impossible de savoir qui aurait été blessé.

_Il faut faire quelque chose, hurla Stiles. Les séparer ! Dean !

Le chasseur avait également épaulé sa pétoire sans pour autant se résoudre à agir.

_Si je tire, j'en touche un !

_Et moi, je ne te raterai pas, gronda Butch en le mettant en joue.

Face à eux, le combat prenait déjà des proportions titanesques. Les crocs du loup et les dagues du vampire s'entrechoquaient en une chorégraphie bestiale. Les parades et les attaques étaient si rapides qu'il était presque impossible d'en distinguer le mouvement. Les feulements répondaient aux rugissements, féroces. Si puissants qu'on aurait pu croire qu'une petite tornade s'était abattue sur la clairière.

Butch voulut à nouveau intervenir, mais Dean le retint. Au même moment, les crocs du lycan se refermèrent sur l'avant-bras du vampire. Stiles crut un instant qu'il allait se le faire arracher. La sensation victorieuse qui lui secoua alors l'échine était celle de Derek, aucun doute là-dessus. Stiles, lui, était pétrifié.

Heureusement pour V, celui-ci se dégagea en plantant sa lame dans le flanc de Derek.

Le sang jaillit, tachant la sombre fourrure du gigantesque loup noir. Stiles se plia en deux sous l'effet de la douleur. Elle n'appartenait plus à Derek. Ils la partageaient. Sentir une lame fantomatique lui ravager les côtes se révéla presque insoutenable.

Mais pas autant que l'impuissance qui le cisailla. Ce même sentiment qui se lisait sur les traits de Butch. Ce dernier tournait autour des deux combattants, tel un grizzli blessé qui chercherait une ouverture, entre crocs et canines.

_CAS ! hurla alors Dean en basculant la tête en arrière, visage tourné vers le ciel. Ramène ton cul d'emplumé ici !

Sous le regard médusé de Butch, l'ange fit son apparition dans un éclair de lumière blanche. Son aura quasi divine balaya la clairière sans pour autant interrompre les deux combattants. Une fois stabilisé, il ne lui fallut cependant qu'un dixième de seconde pour appréhender la situation. Il posa calmement une main sur l'épaule de Stiles à côté duquel il avait atterri.

_Stiles, tu dois calmer le lycan. Utilise le lien.

Le jeune homme sentit la panique le gagner un peu plus. Il ne voyait pas du tout ce que Castiel voulait dire par là.

_Il faut que tu l'apaises, expliqua Dean en se rangeant aux côtés de l'ange. Que tu lui fasses comprendre que tu n'es pas en danger. Que le vampire n'en est pas un.

Stiles écarquilla les yeux.

Il en avait de bonnes, Dean !

_Même chose pour toi, ordonna Castiel en se tournant vers Butch. Calme ton hellren.

_V ne fait qu'empêcher ce foutu clébard de le tailler en pièces. Alors vous pouvez vous brosser. Si vous connaissez le lycan, c'est à vous de gérer cette merde.

Son regard noisette plongea dans celui de Stiles. Le message était clair : « sinon, c'est moi qui m'en occupe ». Le jeune homme doutait que la méthode de Butch soit aussi pacifique que la leur. Il frissonna et son élan d'inquiétude eut l'air de se répercuter sur le loup dont l'agressivité augmenta d'un cran.

Dean crispa ses poings et Stiles crut un instant qu'il allait empoigner Butch pour tenter de l'assommer. Il n'était cependant pas destiné à le savoir, car il se retrouva soudain projeté dans un lieu inconnu. À la fois ancré dans cette clairière et aussi distant qu'un autre monde. Une bulle aux parois si épaisses qu'aucun son, mouvement ou odeur ne parvenait à les franchir.

D'abord perdu, Stiles se raccrocha à la voix de Castiel qui résonnait autour de lui.

_Tu es en sécurité ici, expliqua posément l'ange. Fais le vide dans ton esprit. Contente-toi de respirer. Un souffle après l'autre.

Stiles s'efforça de lui obéir, chassant la vision du combat et cette tension dévorante qu'il aurait voulu ne jamais connaître. Il refusait de se faire du souci pour Derek. Que le lien lui impose cette émotion le contrariait autant que cela le terrifiait.

Pourtant...

_Fais le vide, répéta Castiel, plus impérativement cette fois. Le lien et ta peur n'ont plus d'importance. Tu n'entends plus que ma voix. Seule compte ma voix.

Cette fois, Stiles parvint à se laisser guider sur le chemin de l'apaisement. La voix de Castiel créait un vide bienheureux en lui. Un lieu calme et doux dans lequel se retirer, où rien ne pouvait l'atteindre. Les actes et les émotions en étaient exclus. Stiles n'avait qu'à se laisser flotter, porté par un tourbillon de pétales – ou de plumes ? Il n'aurait su dire – d'une infinie douceur. Les calmes flocons d'un blanc pur s'écartaient pour lui faire une place, dirigés par une brise invisible ou une volonté propre. Ils s'entortillaient et s'entremêlaient en calmes et lents tourbillons.

Stiles se laissa absorber par eux et ne sentit même pas son corps s'effondrer sur le sol de la clairière. Loin, si loin de là.

***

Voilà. J'espère que V et Butch vous plaisent. Pour ceux qui se demandent, ils viennent de la série de Bit Lit « la Confrérie de la Dague Noire » par JR Ward. Je n'en conseille pas pour autant la lecture. Hey oui, je suis bizarre, je fangirlise sur des persos d'un bouquin que je n'aime pas :p

Sinon, petite annonce perso : je serai présente ce Week End, de même que ma complice Destiel Barjy02, sur le stand de Mix Editions à Mons Livres en Belgique. On y signe nos bébés, les vrais avec des pages ;)

Si ça vous dit de passer nous faire un petit coucou ;)

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top