La grotte
Bonjour à tous.
Merci pour vos retours enthousiastes, ça me fait bien plaisir. En récompense de votre patience, je vous offre quelques réponses aujourd'hui ;) Et aussi de nouvelles questions (oui je suis sadique, je sais ^^ )
Sur ce, bonne lecture à tous
Chapitre 3
La grotte
Stiles commençait à en avoir plein les bottes de se réveiller dans des endroits inconnus sans parvenir à souvenir de comment il avait atterri là. La tête lui tournait et un grognement lui échappa. Il lui fallut quelques secondes pour ouvrir les yeux et que les derniers événements lui reviennent. La Grande Salle, l'alpha, le chasseur, l'ange et enfin cette intense lumière blanche qui s'était évanouie dans un flash.
Il se redressa sur les coudes et observa son environnement. À première vue, il se trouvait dans une grotte. Ni trop humide ni trop froide, mais une grotte tout de même. Stiles avait été installé sur une couche constituée de lianes tressées. Rudimentaire mais relativement confortable. En tout cas, plus que les paillasses crasseuses des prisons lycanes. Surtout si l'on considérait les dernières braises d'un feu de camp qui mouronnaient tranquillement à côté de lui. L'attention lui réchauffa le cœur et il ouvrit plus franchement les yeux, rassuré.
Une galette de céréales, de la viande séchée et un peu d'eau avaient également été déposées à portée de main. Son estomac gronda à cette vue et il se jeta sur la nourriture sans attendre. Stiles savoura ces aliments simples mais savoureux comme s'ils constituaient un festin de roi.
En mangeant, il se rendit compte que ses deux sauveurs ne se trouvaient nulle part en vue. Mille questions se remirent à tourbillonner en lui alors qu'il terminait son repas. Mais une fois sa collation achevée, d'autres besoins tout aussi naturels se rappelèrent à son bon souvenir. Il décida qu'un peu d'exploration soulagerait certainement sa vessie en plus de satisfaire sa curiosité.
Il se remit sur pieds, toute trace de fatigue ou de fièvre envolées. Un rapide examen lui apprit que la caverne était vaste. Dans des coins presque diamétralement opposés, il avisa deux autres paillasses, quelques vêtements, toutes sortes d'armes et assez de provisions pour tenir un siège. Stiles ne s'y attarda pourtant pas quand un courant d'air frais lui indiqua la sortie.
La grotte s'élargissait jusqu'à déboucher sur un piton rocheux, sorte de terrasse naturelle surplombant une forêt dense et touffue. Vus d'en haut, les arbres avaient poussé si près les uns des autres que Stiles ne distinguait que les larges corolles de leurs cimes. Ce qui le stupéfia le plus, ce fut de s'apercevoir que ces arbres étaient encore vivants. Mis à part les quelques brins d'herbe clairsemés qui tentaient de se frayer un chemin sur le sol aride des Basses Terres, Stiles n'avait jamais connu de végétaux autrement que desséchés sur pied.
Ici, les arbres étaient immenses, imposants. Presque étouffants. Stiles se demanda comment ils survivaient. Sous la lumière terne du soleil voilé, leurs feuilles se paraient de contours durs et opaques. Tranchants comme des silex taillés.
Stiles n'aurait pu dire s'il était intimidé ou impressionné par la masse sombre de cette forêt qui s'étendait à perte de vue. Il fut cependant arraché à sa contemplation par des éclats de voix. Reconnaissant le timbre profond de Castiel et celui, plus rauque, de Dean, il fronça les sourcils. Pourquoi les deux hommes se disputaient-ils ? À quel sujet ?
Décidant que beaucoup de ses interrogations méritaient réponse, il se laissa guider par les inflexions dures qui résonnaient, trop distantes cependant pour qu'il en saisisse le sens. Sur la droite du promontoire, Stiles avisa un sentier à demi dissimulé par les broussailles. Des branches brisées indiquaient qu'il avait été récemment utilisé. Stiles se décida donc à l'emprunter.
La sente s'enfonçait dans la forêt, sous le couvert d'arbres bien plus rabougris que ceux qui poussaient plus bas, à flanc de montagne. Ceux-là semblaient avoir déployé leurs branches autour d'invisibles serpentins, ce qui leur donnait une apparence tarabiscotée. Torturée. Un peu flétrie. Très dérangeante en tout cas. Tels des cris de suppliciés peinant à s'élever vers le ciel.
Stiles prit son courage à deux mains et s'aventura dans ces tortueuses futaies. Il se refusa pourtant au moindre contact avec la végétation, légèrement inquiet de voir les arbrisseaux tendre leurs doigts crochus pour l'agripper et le capturer. Pour en faire l'un des leurs, piégé à tout jamais par le maléfice de la sylve.
S'il n'avait pas entendu enfler la colère de ses deux sauveurs, peut-être aurait-il même fait demi-tour tant il frissonnait d'inconfort, écrasé par l'aura du bosquet. Pourtant, il oublia tout de son angoisse lorsque son arrivée dans une clairière lui dévoila un spectacle auquel il était loin de s'attendre.
Au centre de la trouée, poussait un arbre gigantesque. Trapu et doté d'un tronc aussi épais qu'une petite maison, ses branches lourdes d'un opaque feuillage partaient à la conquête du ciel. Majestueux et puissant, il évoquait quelque roi millénaire figé dans une éternelle gloire végétale. Un village entier aurait sans peine pu se loger sous le couvert de sa ramure.
Mais ce spectacle ne retint que peu de temps l'attention de Stiles. Ses yeux manquèrent de jaillir de leurs orbites lorsqu'il avisa d'où venaient les éclats de voix entendus plus tôt. Ceux-ci avaient été remplacés par les grognements de protestation et les tombereaux d'injures qui sortaient à l'heure actuelle de la bouche de Dean. Penché face contre le tronc rugueux de l'arbre, les mains du chasseur étaient maintenues au-dessus de sa tête par la poigne ferme de Castiel, prisonnières. L'ange, lui, se tenait derrière Dean, son autre main agrippée à la hanche du chasseur. Ses reins avaient adopté un rythme brutal alors qu'il pilonnait l'autre homme.
La bouche de Stiles béat lorsqu'il réalisa la nature de l'acte auquel il était en train d'assister. Dean grondait, la mâchoire serrée, son pantalon juste assez baissé sur ses cuisses pour permettre à un Castiel tout aussi vêtu de le prendre. Stiles réalisa rapidement à quel point cette étreinte était étrange.
Ça n'était pas tant que les deux hommes soient amants qui le surprenait. C'était plutôt la rage qui s'échappait de Dean en vagues puissantes et nocives. Le chasseur ne cessait de jurer, d'exhorter son amant à en finir au plus vite. D'abord Stiles pensa que Castiel profitait de ses pouvoirs ou de quelque chose de similaire pour s'imposer à l'autre homme. Puis il avisa l'infinie tristesse qui déchirait le visage de l'ange. En dépit de sa position dominante, il ne semblait tirer nul plaisir de cet acte.
Stiles fit un pas en avant, décidé à intervenir, sans trop savoir quoi faire cependant. Ce fut à cet instant que Dean bascula la tête en arrière et jouit en rejetant un cri terriblement guttural. Tous les tendons de son cou s'étirèrent si fort que Stiles les pensa sur le point de se rompre. Castiel, lui, ferma les yeux et si un long frisson ne lui avait pas parcouru l'échine, Stiles aurait juré qu'il ne retirait pas le moindre soulagement de ce simulacre de coït. Puis l'ange se dégagea du corps de Dean et, l'espace d'une seconde, posa son front entre les omoplates de son amant. Celui-ci le chassa d'un coup d'épaule avant de s'écarter de l'arbre pour se réajuster.
Il quitta ensuite la clairière sans même adresser un regard à Stiles à côté duquel il passa pourtant. Pétrifié, celui-ci n'avait même pas songé à dissimuler sa présence. Le jeune homme resta donc seul avec l'ange qui évitait son regard et remettait de l'ordre dans ses vêtements. Quand il accorda finalement son attention à Stiles, Castiel arborait toujours cette expression de détresse et d'impuissance qui serra la gorge du jeune homme.
En dépit de ses tatouages sombres et de cette aura de puissance qui lui collait à la peau, l'ange n'avait jamais paru plus vulnérable.
_Pourquoi ? chuchota Stiles.
Il y avait tant de questions dans ce simple mot.
Castiel lui sourit tristement.
_Parce que son âme est liée à ma grâce. Parce qu'il le refuse. Parce qu'il en a tout de même besoin. Car c'est ainsi que se transmettent les pouvoirs quand un Surnaturel et un humain se lient.
Stiles n'avait pas vraiment besoin qu'on lui fasse un dessin pour saisir toutes les implications de la chose.
_Mais c'est dégueulasse, s'insurgea-t-il. Il t'utilise et, pour rester dans son déni, il te fait porter le chapeau !
Stiles n'osa pas poursuivre, bouleversé par la soudaine douleur de l'ange. Une étincelle de pure agonie, celle d'un être que l'on aurait écorché vif pour lui arracher son essence.
_Ne le juge pas trop durement. Dean est un homme juste, mais la peur le consume.
_C'est surtout un lâche, cracha Stiles.
_Sans doute aussi, murmura tristement Castiel. Allez viens, rentrons au camp. Il est des questions autrement plus importantes qui méritent réponses.
Stiles ouvrit la bouche pour parler, mais Castiel s'éloignait déjà. Il se résolut donc à le suivre, frustré et légèrement agacé. Les deux hommes semblaient si liés, presque à leurs corps défendant, que la souffrance de Castiel le touchait au plus profond de son être. Sans savoir pourquoi, des yeux couleur d'herbe pâle qui n'avaient décidément rien à voir avec ceux de Dean s'immiscèrent dans l'esprit de Stiles.
***
Quand ils arrivèrent au camp, Dean s'y trouvait déjà, occupé à raviver un feu à l'entrée de la grotte. Penché, il soufflait sur quelques brindilles empilées dans un petit cercle de pierres. Une légère fumée en montait, mais le feu ne paraissait pas décidé à prendre. Guère mieux embouché qu'un peu plus tôt, Dean ne fit pas mine de tourner la tête vers eux, bien qu'il ait perçu leur présence.
Une roulée à demi éteinte coincée à la commissure de ses lèvres tressauta quand il commença à maugréer contre ce damné feu. Castiel soupira et se pencha par-dessus l'épaule du chasseur. D'un claquement de doigts, il fit naître de hautes et vigoureuses flammes. Les couleurs chaudes et changeantes ravirent aussitôt Stiles. Dean, lui, s'insurgea bruyamment contre l'intervention de son comparse, bougonnant qu'il aurait très bien pu réussir seul. Pour toute réponse, Castiel récupéra la clope qui venait de s'échapper de ces acrimonieuses lèvres et la porta à sa propre bouche pour en aspirer une longue bouffée.
Sans même s'en rendre compte, Dean suivit le mouvement, fixant la cigarette comme s'il rêvait de prendre sa place.
Et peut-être était-ce le cas, réalisa Stiles. Sauf que le chasseur ne paraissait pas prêt à se l'avouer.
Percevant sans doute l'examen dont il faisait l'objet, Dean abandonna sa rêverie et se tourna vers Stiles. Son sourire narquois peinait à dissimuler son embarras.
_Alors t'as un nom ? Je ne peux quand même pas continuer à parler de toi comme de la dernière lubie de Cas...
Stiles fronça les sourcils et se tourna vers Castiel afin de quêter son approbation. L'ange hocha silencieusement la tête.
_Je m'appelle Stiles. Et je ne comprends rien à ce qui m'arrive depuis quelques jours. D'abord les lycans, ensuite ce truc avec mes yeux, les délires de l'alpha, vous...
_Et le lycan aux yeux verts, compléta doucement Castiel.
Stiles sentit ses joues rosir en comprenant à qui il était fait référence. Il secoua cependant la tête.
_Verts ? J'ai déjà vu ce mot dans les livres interdits, mais je ne sais pas ce qu'il veut dire...
Ses deux compagnons échangèrent un coup d'œil indéchiffrable tandis que Castiel terminait la roulée. Il jeta le mégot dans le feu. Stiles le questionna du regard, mais ce fut Dean qui répondit.
_Putain, y a du boulot... Vert, c'est le nom d'une couleur. Tu sais, ce truc bizarre qui arrive à tes yeux. Les nouvelles nuances que tu vois.
_Tu les vois aussi ?
Dean secoua la tête et prit un air dégagé. Pour se donner une contenance, il attisa le feu.
_Parfois. Mais pas comme toi... Je suis un humain normal.
_Alors comment tu sais ce que c'est ? insista Stiles.
Dean coula en regard en coin à Castiel et Stiles comprit. Ce fameux échange de pouvoirs dont avait parlé l'ange.
_Toi, tu les vois, s'exclama alors Stiles en se tournant vers Castiel.
Il acquiesça.
_C'est quoi « vert » alors ?
_La couleur de l'herbe, des arbres. La couleur des yeux de Dean, ajouta-t-il en chuchotant.
Sans percevoir la soudaine gêne du dit Dean, Stiles observa ses iris. Une moue dubitative lui tordit finalement la bouche.
_Les yeux de Derek ne sont pas de cette couleur...
Le rire du chasseur détendit ses traits et ourla ses paupières d'une multitude de ridules d'expression. Stiles ne comprit tout d'abord pas pourquoi Dean se payait sa tête. Réalisant finalement, il se renfrogna.
_Oh ça va, hein... Moi je fais pas semblant de...
_Il existe des dizaines de couleurs, le coupa Castiel. Des centaines même... Et certaines couleurs se déclinent en une infinité de teintes. De nuances...
Beau joueur, Stiles n'insista pas, mais il adressa tout de même un regard noir à Dean qui le soutient. L'étincelle d'amusement avait déserté ses yeux.
_Sais-tu pourquoi tu vois les couleurs ? questionna Castiel.
Stiles haussa les épaules.
_Ça s'est passé quand Derek m'a touché. Mais j'en sais pas plus...
_Donc il ne sait rien de la prophétie, statua Dean qui s'adressait à Castiel.
_C'est quoi ce délire de prophétie ? L'alpha dingo en a parlé aussi !
Nouvel échange de regards entre ses deux compagnons. Stiles commençait sérieusement à se demander s'ils ne pratiquaient pas la télépathie. À moins qu'ils se comprennent assez pour ne plus avoir besoin de parler. Cela risquait de devenir pénible à la longue. Du moins s'ils devaient poursuivre leur étrange ménage à trois.
_J'te la laisse celle-là, Cas, ricana alors Dean.
L'expression de Castiel ne varia pas d'un iota. Puis il tourna le dos aux deux humains et partit se planter tout au bord de la corniche, les mains croisées sur ses reins, les yeux perdus dans l'immensité de la forêt primaire qui s'étendait à leurs pieds.
_Quelque temps après le Cataclysme, un prophète a prédit la disparition des couleurs. Qu'elles fuiraient ce monde mourant. Il avait également vu un humain. Venu d'un futur qui aurait oublié jusqu'à l'existence des couleurs. Une âme pure qui provoquerait la chute de l'ordre nouveau en s'unissant à l'alpha suprême. Un homme qui laverait les peuples de leurs péchés et leur rendrait l'état de grâce.
Les yeux écarquillés, Stiles le coupa en agitant ses mains dans tous les sens. Castiel se retourna pour lui faire face en l'entendant se tortiller.
_Attends, molo, molo. C'est de moi qu'il causait ce type ? Mais... Mais...
_Il y a bien longtemps que les anges sont à ta recherche, Stiles.
Le jeune homme en demeura sans voix quelques secondes. Puis il laissa échapper un rire aussi sonore que faux. Son regard affolé courrait de l'un à l'autre de ses compagnons.
_Avouez, vous êtes en train de vous payer ma tête, là ?
Dean gloussa.
_C'est ta première prophétie, gamin ? Ouais, ça fout les jetons. Et puis on s'y fait. Une fois que tu as compris que tu étais baisé d'avance et que y avait rien que tu puisses faire pour te dépêtrer de ce merdier...
Stiles le fixa comme s'il venait de lui pousser des cornes au milieu du dos et commença à parcourir l'éperon rocheux de long en large. Les pensées s'entrechoquaient dans son esprit, telles des nuées de petits insectes. Insaisissables, envahissants. Elles bourdonnaient si fort que Stiles ne parvenait pas à se fixer sur une seule idée.
Il aurait aimé pouvoir envisager les choses rationnellement. Une par une. Une facette du problème après l'autre. Mais il en avait toujours été incapable. Sa condition d'esclave lui avait appris à se taire plutôt qu'à laisser sortir de sa bouche tout ce qui lui passait par la tête. Cela avait été un apprentissage terrible pour lui, bavard comme une pie. Son père y avait cependant veillé. Il était hors de question que son fils se fasse sanctionner par les Superviseurs ou les lycans parce qu'il aurait été incapable de la boucler.
Ce quasi-conditionnement reprenait le dessus aujourd'hui, se superposant à son anxiété. Stiles sentait bouillonner en lui tout ce merdier dans lequel il venait de mettre les pieds, sauf qu'il se trouvait incapable de l'extérioriser, de le verbaliser. Il ouvrait la bouche, la refermait. Pensait à Derek, à l'alpha, à Scott resté seul au pied de la forteresse, aux autres esclaves, à tous les autres humains, aux couleurs, à cette histoire d'union. Des images, des mots, des sons, des émotions... Tout cela s'entrechoquait brutalement en lui.
Ce fut Castiel qui l'arrêta d'une main posée sur son épaule. Perdu, Stiles se raccrocha à la couleur profonde et mystérieuse des yeux de l'ange.
_Bleu, dit Castiel.
Stiles le fixa sans comprendre.
_Mes yeux sont bleus.
Puis Castiel se tourna vers la forêt.
_Sous les nuages, le ciel est bleu aussi. La forêt est verte. Le feu est rouge, orange et jaune. Comme l'était le soleil. La terre est marron...
Pendant quelques minutes, l'ange se contenta de pointer certains éléments du paysage à Stiles. De sa voix grave et rauque, il nommait les différentes teintes. Il lui en expliquait les nuances sous l'œil amusé de Dean. Le jeune humain, lui, ne disait rien. Il se laissait porter par les inflexions calmes du timbre angélique.
Quand Castiel cessa de parler, Stiles avait partiellement retrouvé son calme. Il dédia un sourire un peu tremblant à l'ange et prit une profonde inspiration.
_OK. J'ai compris pour les couleurs. Je... Pour la prophétie et tout ça, c'est quoi le rapport avec Derek ?
Dean qui avait entre-temps allumé une nouvelle cigarette et la fumait, adossé à la paroi extérieure de la grotte, répondit.
_C'est bien quand il t'a touché que ça a commencé à être le bordel avec tes yeux ?
Stiles hocha la tête.
_Bon, pour te la faire courte, c'est lié aux Surnat'. Ils ont ce truc d'âmes sœurs que les humains n'ont pas. Quand deux personnes destinées à se... trouver, on va dire, se rencontrent enfin, ça fait des étincelles. Littéralement. Et s'ils sont d'espèces différentes, il arrive que les pouvoirs du Surnat' réveillent des choses latentes chez son compagnon ou sa compagne.
Stiles remarqua directement que Dean se gardait bien de regarder du côté de Castiel. Il se rappela que l'ange avait dit que l'âme de Dean était liée à sa grâce. Était-ce la même chose ? Stiles n'osa pas poser la question. D'autant qu'après tout, ça ne le regardait pas. Et Castiel lui avait bien fait comprendre qu'il ne souhaitait pas mettre Dean face à ses contradictions.
_Vous voulez dire que Derek serait mon... compagnon, âme sœur, ou je sais pas quoi dans le même genre ?
_Vu ta réaction à sa présence, c'est plus que probable.
Stiles commença à faire les cent pas, frénétique. Jusqu'à ce qu'il manque de trébucher sur une racine, se rappelant au passage que formuler ses interrogations à voix haute ne serait pas plus mal.
_Attendez... Du coup, je pige pas. Si Derek est mon compagnon et qu'il est censé réveiller mon pouvoir, c'est pas censé marcher avec Peter, l'alpha psychopathe là...
Dean recracha une bouffée de fumée en fixant Stiles.
_C'est là le hic, morbac. La prophétie parle d'union et pas de compagnon et d'âme sœur. Donc, techniquement, si l'autre tronche de rôtissoire s'accouple avec toi, Derek ou pas, il a toutes les chances de décrocher le gros lot. Et là, pour rétablir l'équilibre des races, autant te dire qu'on va pouvoir se brosser...
_Vous voulez dire que si ce vieux taré me grimpe dessus, la prophétie risque de se dérouler de travers ?
_Y a des chances, statua Dean en haussant les épaules.
Stiles sentit les idées se remettre à tourbillonner de plus belle. Pour ne pas céder à la tempête, il s'accrocha à la silhouette diffuse du soleil caché derrière l'épaisse couche de nuages. Il se demanda furtivement si cette étendue cotonneuse cessait quelque part, haut dans le ciel.
_Donc, si je résume, pour empêcher ça, je dois, genre, m'accoupler avec Derek parce qu'il est mon compagnon ?
Cette fois, ce fut Castiel qui l'interrompit.
_Tu ne dois rien du tout, Stiles. C'est pour cela que nous sommes ici. Derek a ce qu'il faut en lui pour devenir un bon alpha, il n'est seulement pas encore prêt à entendre la vérité et à s'opposer à son oncle.
_Heu, certes. Mais c'est quoi le rapport avec vous justement ?
Dean s'écarta de la paroi avec un sourire carnassier. Il frôla du pied sa pétoire de cuivre posée à l'entrée de la grotte.
_Nous, on est là pour s'assurer que tu aies le choix. Te protéger et t'apprendre à te défendre. On va faire en sorte que Peter ne mette pas la main sur toi. Parce qu'au moment où nous parlons, tous les traqueurs de la meute Hale sont à ta recherche.
Inquiet, Stiles jeta un regard angoissé au flanc de la montagne, mais Dean se mit à rire.
_Pas de panique. Aucune chance que ces trous duc' te trouvent ici. Et puis c'est Cas qui nous y a emmenés. Les clébards n'ont aucun moyen de suivre notre trace, à moins qu'on leur colle un propulseur à vapeur dans le cul, s'esclaffa le chasseur.
Un sourire mi-tendre mi-amusé se dessina sur les lèvres de Castiel et, en dépit de la situation, même Stiles se surprit à rire. Ne pas apprécier Dean, ses maladresses et son humour bon enfant relevait de l'impossible. Quand le chasseur blaguait, il arborait cette moue un peu incertaine jusqu'à ce que son interlocuteur se mette à rire. Celle qui criait ses incertitudes et le besoin qu'il avait de plaire.
_Ouais, enfin j'espère qu'ils ont un bon ingénieur pour calculer la trajectoire. Tu imagines si on retrouve toute la meute écrabouillée à flanc de montagne ?
_C'est pas mal comme cible, ceci dit, renchérit Dean. Difficile à manquer...
Ils poursuivirent un petit moment cette discussion sans queue ni tête sous le regard apaisé de Castiel. Comme si l'ange savait que les deux humains avaient besoin de cette parenthèse un peu décalée avant de replonger dans la réalité de ce monde gris et terne. Quand Dean et Stiles cessèrent de plaisanter, un silence tranquille et complice flotta sur le petit groupe.
_C'est pour ça que vous êtes venus me chercher, alors ? reprit finalement Stiles. Plutôt que de me laisser avec Derek...
Dean hocha la tête, son sérieux instantanément retrouvé.
_Âme sœur ou je ne sais quelle connerie, rien ne t'oblige à t'unir à ce gars si tu ne le veux pas. On n'est pas là pour que la prophétie se réalise, ou pour te forcer. On veut juste empêcher que le monde se barre un peu plus en couille. Ce qui arriverait fatalement si tu tombais entre les sales pognes de Peter.
Stiles prit un instant pour réfléchir. Ça faisait énormément de choses à digérer. La prophétie d'une part, mais aussi tout ce qui se rapportait à Derek. L'idée que ce loup – toute réaction qu'il ait pu avoir à son égard – soit son âme sœur le laissait confus. Il ne le connaissait pas, ne savait rien de lui. C'était comme de se retrouver drogué ou prisonnier de son corps qui lui dicterait une attitude parfaitement irrationnelle.
Pourtant, il ne pouvait empêcher cette attirance sortie de nulle part de s'enrouler autour de chacun de ses membres, de ses terminaisons nerveuses. Ce flot de lumière et de chaleur qui l'avait envahi au moment de toucher Derek se fraya à nouveau un chemin en lui. L'image du jeune lycan se forma dans son esprit et fit battre plus vite son cœur tandis qu'une chaleur suspecte s'invitait au creux de ses reins.
Stiles se tourna vers ses deux sauveurs, hésitant.
_Et si je voulais revoir Derek ?
Le sourire de Dean fit étinceler ses dents blanches et sema des ridules joyeuses aux coins de sa bouche et de ses yeux.
_Qui serions-nous pour nous mettre entre un homme et son destin ?
à suivre
Voilà, c'est fini pour aujourd'hui. La semaine prochaine, on voit débarquer de nouveaux zozos et ça bouge un peu ^^
Bisous à tous
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