Apprivoiser la bête

Bonjour à tous. Le tit chapitre du jour. Merci à tous pour vos retours.

Encore merci à Myriam et Nouchette pour leurs corrections.

Bisous à tous

Chapitre 5

Apprivoiser la bête

Stiles s'éveilla, la tête posée sur la surface moelleuse et désormais familière de sa paillasse. Plus que de sortir du sommeil, il eut l'impression de revenir à lui. Cette sensation de vertige que l'on éprouve en reprenant conscience s'imposa à lui. L'impression d'avoir dérivé des heures durant le tenaillait. Se serait-il perdu à la frontière d'un monde aux dimensions improbables ? À la fois infini et terriblement compact.

Il se redressa en clignant des yeux, la tête cotonneuse.

_Merde... Il s'est passé quoi ?

Une voix rauque et teintée d'une pointe d'accent du nord lui répondit.

Butch...

_Ton lycan s'est pris une branlée mémorable, railla celui-ci. Voilà ce qui s'est passé...

Stiles laissa ses yeux s'accoutumer à la pénombre de la grotte. Un instant, il redouta que les paroles de Butch ne signifient la mort de Derek. Un frisson de panique se logea entre ses vertèbres mais, aussitôt, le lien frémit en lui. Intact. Rassurant.

Stiles étouffa un soupir de soulagement.

Curieux, il jeta un œil à Butch et remarqua que deux nouvelles paillasses, jointives celles-ci, avaient fait leur apparition dans la grotte. V était allongé sur l'une d'elles, Butch assis à ses côtés, le veillant.

_Je ne sais pas si le lycan s'est pris une sacrée dérouillée, mais ton Nosfé n'a pas l'air en meilleur état, ironisa Stiles à son tour.

Butch lui jeta un regard qui le dissuada de poursuivre avant de repousser une mèche d'encre du front emperlé de sueur de V. Le mouvement dévoila des tatouages runiques dont les motifs courraient sur toute la tempe gauche du vampire. Stiles s'y attarda quelques secondes et détailla ces signes obscurs.

Le pas de Dean qui revenait vers eux avec une brassée de bois pour le feu le tira de sa contemplation.

_Ces deux idiots se sont saignés comme des animaux, expliqua le chasseur en s'accroupissant.

À l'aide d'une brindille, il raviva les braises encore rougeoyantes. Bientôt les flammes s'élevèrent, plus franches. Dean se pencha au-dessus pour s'allumer une clope. Son regard affronta celui de Butch alors qu'il aspirait une première bouffée. Une volute blanche tourbillonna tranquillement, indifférente à la tension entre les deux hommes.

_Je croyais que les vampires se régénéraient aussi vite que les lycans ? s'interrogea Stiles, les sourcils froncés.

Butch s'affaissa soudain, la tête basse et les épaules voûtées.

_En théorie, oui. Mais surtout avec du sang...

Il marqua une pause, le regard perdu sur les traits crispés de son hellren.

_Les vampires ont besoin du sang de ceux de leur race pour se régénérer.

_Contrairement aux croyances communément répandues, les vampires ne se nourrissent que sur ceux de leur espèce.

La voix de Castiel s'était élevée depuis une partie obscure de la caverne. Stiles plissa les paupières, mais peina à distinguer la silhouette de son ami.

Ce fut Butch qui poursuivit, accablé.

_Mon sang suffit à peine à le nourrir. Alors pour le guérir... Il va avoir besoin de temps pour se régénérer.

Un regard mauvais dans la direction de Castiel apprit à Stiles où se trouvait le dernier dindon de la farce, le responsable partiel de cette situation. Derek. Le lycan au sujet duquel il n'avait pas osé poser de questions.

Au même moment, V s'agita. Ses incroyables yeux de diamant s'ouvrirent en grand tandis que tout son corps se crispait en un arc douloureux. Fiévreux, son regard demeurait aveugle. Le guerrier retomba mollement, secoué de frissons spasmodiques.

Butch se pencha au-dessus de lui, chuchotant doucement dans une langue inconnue de Stiles. Lorsque les convulsions du vampire faiblirent, l'inquiétude ravagea les traits rudes de l'humain.

De sa ceinture, Butch extirpa une des lames noires de V. Sans doute l'avait-il récupérée à l'issue du combat. Même aux yeux inexpérimentés de Stiles, ces dagues paraissaient singulières. D'un geste ferme et décidé, Butch s'entailla le poignet gauche sur quelques centimètres, suivant le tracé d'une veine saillante. Le sang en jaillit immédiatement et il s'empressa de guider son bras au-dessus de la bouche du vampire.

Mû par un instinct millénaire, les canines de V saillirent et il se redressa, à demi délirant, pour agripper le poignet offert. Il y planta ses crocs avec gloutonnerie. Stiles frissonna tant le geste paraissait sauvage et douloureux. Ça l'était sûrement pour Butch, mais seule une infinie dévotion se reflétait sur ses traits alors qu'il encourageait son hellren à se nourrir en lui caressant la nuque.

Stiles se détourna, se faisant l'effet d'un intrus face à cette scène d'une intimité proche de la fusion. Il remarqua alors que Dean, lui, demeurait figé. Fasciné par le spectacle puissant de ces deux âmes liées.

Ce fut Castiel qui les fit tous sursauter en s'approchant de Butch. L'ange posa une main ferme sur l'épaule de l'humain.

_Tu dois cesser...

_Je dois..., chevrota Butch.

_Tout ton sang ne suffirait pas à le guérir, argua doucement Castiel.

_Je sais, siffla alors le guerrier.

La rage et l'impuissance se mêlèrent sur ses traits tandis que Castiel lui saisissait le poignet pour le mettre hors d'atteinte du vampire. V s'effondra à nouveau sur sa paillasse, à peine moins pâle qu'avant ce repas.

Butch leva un regard de noyé vers l'ange.

_S'il meurt...

Castiel considéra un instant cet homme trop bouleversé pour même penser à le supplier. Il s'agenouilla face à Butch, comme pour sonder son âme. Stiles vit les poings de Dean se crisper lorsque Castiel se pencha vers Butch, envahissant son espace personnel.

_Je peux aider Vishous, fils de la Vierge Scribe.

Oubliant sa colère, Dean le coupa, stupéfait.

_Attends, Cas ! Tu veux dire que ce mec est le rejeton d'une Ancienne ? s'exclama-t-il en désignant V. Je croyais que le frangin Lucifer avait décimé tous les dieux païens ?

Castiel secoua la tête en contemplant ses propres tatouages, sombres et délicats entrelacs.

_Certains des dieux païens ont eu l'intelligence de se tenir à distance du conflit. La déesse mère de la race vampire est de ceux-ci.

_Et ce type est son fils ?

Dean demeura hébété face à cette révélation. Son mégot à demi-consumé pendait un peu stupidement au coin de sa bouche ouverte.

_Il l'est, confirma Butch. Le fils de cette putain sans cœur qui l'aurait mis à mort si on ne s'était pas enfuis. Elle aurait tué son fils pour avoir refusé de céder à ses délires.

Dean et Stiles échangèrent un regard interrogatif qui n'échappa pas à Butch.

_V a dû quitter sa coterie à cause de moi, avoua-t-il dans un souffle. On en a chié pour en arriver où on est... Je vivais avec un groupe d'humains indépendants quand les vampires nous ont capturés. Au début, on n'a pas compris ce qui nous arrivait, V et moi. Les vampires ne sont pas très... fans de voir l'un des leurs se lier au bétail humain, cracha Butch avec cynisme. Alors on ne savait pas ce que ça voulait dire, ce truc entre nous. Mais la Vierge Scribe, si.

Un rictus amer barra le front de Butch.

_Elle a tout fait pour nous séparer. Jusqu'à lui faire du chantage... C'était moi ou sa coterie. J'en savais rien jusqu'à ce qu'on finisse par s'enfuir. Cet abruti ne m'avait rien dit.

Troublé, Stiles jeta un regard furtif vers l'endroit où il devinait la présence de Derek. Quand il revint à Butch, celui-ci lui dédia un sourire un brin malicieux, quoique toujours empreint de tristesse.

_Oui, gamin. Comme ton lycan, là-bas... Je pense que c'est d'ailleurs pour ça que V ne l'a pas buté.

_Mais..., bafouilla Stiles. Comment il aurait pu savoir pour... nous ? V, je veux dire...

Personne ne répondit. Seul le souffle rauque de V s'élevait dans la caverne, entrecoupé du crépitement des flammes et du craquement des branches qui se consumaient.

_Le fils de la Vierge Scribe n'est pas un vampire ordinaire, finit par répondre Castiel. Il dispose de certains pouvoirs. Et à ce titre, il ne doit pas mourir.

Les yeux d'océan sombre de Castiel plongèrent dans ceux de Butch en un dialogue silencieux. Un instant plus tard, la main de l'humain se crispa sur celle de V.

_Je peux l'aider, assura alors Castiel.

C'est là que Stiles comprit qu'ils avaient bel et bien dialogué par la pensée. Il perçut également la crispation de Dean, mais ce dernier s'abstint de tout commentaire.

Butch, lui, hésitait, passant de la silhouette torturée de son amant à cet ange sombre accroupi à côté de lui. Puis le corps de V se retrouva soudain baigné d'une étrange luminescence qui prenait naissance sous le cuir de sa main gantée. Clarté qui n'avait rien à voir avec celle de Castiel lorsque celui-ci utilisait les pouvoirs de sa grâce. Stiles eut pourtant du mal à saisir en quoi. De la lumière restait de la lumière après tout...

Mais celle de V se paraît d'une « texture », une épaisseur en tous points différente de celle de Castiel. Stiles en observa la progression, fasciné. Butch, lui, paniqua immédiatement.

_Non ! Nallum, bordel, reste avec moi !

V ne l'entendit pas et un sifflement rauque s'échappa de sa poitrine. Butch se tourna alors vers Castiel pour lui saisir le poignet.

_Fais-le. Je t'en prie !

Castiel acquiesça avant de tendre la main. Butch comprit immédiatement et lui offrit une des dagues noires de V. Quand l'ange l'approcha de son index, Dean glapit et se leva d'un bond.

_Non mais qu'est-ce que tu comptes faire, là ?

Butch se dressa à son tour, faisant écran de son corps. Les pieds ancrés dans le sol et les bras croisés sur sa large poitrine, il était aussi peu commode que décidé à s'écarter. Dean se colla néanmoins face à lui, nez à nez.

Castiel, lui, avait profité de la diversion causée par l'humain pour s'entailler l'index. Tous durent fermer les yeux, éblouis, quand une unique goutte de sa grâce perla au bout de son doigt. Tout à coup, Stiles se sentit très mal. Indigne, impie. Comme si la contemplation d'une telle pureté faisait resurgir en lui toutes ses fautes et ses errements. Sa gorge se serra.

_Cas, bredouilla Dean non loin de là.

_Pardonne-moi, répondit l'ange avec une infinie tristesse. Il est le fils d'une déesse, un vampire de surcroît. Mes seuls pouvoirs ne suffiraient pas à le guérir.

Dean rouvrit les yeux et, les traits ravagés par des dizaines d'émotions contradictoires, regarda la goutte d'un gris perle à la nacre la plus pure s'échapper de l'index tendu. Elle atterrit directement dans la bouche du vampire, lumineuse. Miraculeuse.

En avisant l'expression perdue, presque détruite de Dean, Butch lui posa une main sur l'épaule, toute trace d'agressivité envolée. Seule la reconnaissance et une loyauté sincère habitaient désormais son regard noisette.

_Merci, mec..., chuchota-t-il, sans qu'il sache bien si cela s'adressait à Castiel ou à Dean.

L'un pour avoir agi, l'autre pour l'avoir laissé faire.

Dean secoua la tête, revenant à lui. La bouche fondue en une simple ligne pincée et le regard brillant de rage, il repoussa la main de Butch et quitta la caverne. Stiles voulut le suivre, mais la voix de Castiel claqua, impérative, pour le figer sur place.

_Non. C'est à moi de lui parler.

L'ange prit néanmoins le temps de se tourner vers Butch qui reprenait déjà sa place auprès de V. L'inquiétante lumière avait été chassée de son corps. À présent, il n'était plus baigné que d'une aura calme et diffuse, habité par la grâce d'un être ailé aux yeux tristes.

_Il lui faudra du temps pour récupérer complètement, mais il est hors de danger à présent. Ma grâce combattra le venin lycan et soignera ses blessures une fois qu'il l'aura assimilée.

Butch fixa Castiel avec intensité.

_Merci.

Castiel hocha simplement la tête avant qu'une moue un peu amère ne se forme sur ses lèvres. Il se tourna vers la sortie de la grotte. Le prix à payer...

Il disparut dans un battement d'ailes.

Demeuré seul avec les deux hellren, Stiles quitta sa paillasse. Il se disait que c'était pour préserver leur intimité, mais il devait aussi s'avouer que son instinct l'attirait dans la partie la plus sombre de la grotte. Le pas un peu hésitant, il s'y rendit.

Peu à peu, ses yeux s'habituèrent à cette profonde obscurité. Il sursauta, surpris, en avisant le regard clair du lycan posé sur lui. Un instant, il redouta que celui-ci ne lui saute à la gorge. Mais non, aucune vague d'agressivité ne se dégagea de Derek. Ce dernier demeura simplement assis par terre, l'avant-bras posé sur son genou relevé. Son autre main reposait sur le bec de son griffon qui ronflait doucement, ses pattes enroulées autour de Derek en une étreinte protectrice.

Stiles se demanda pourquoi ils ne cherchaient pas à s'enfuir jusqu'à ce qu'il remarque les runes tracées au sol. Faiblement phosphorescentes, elles formaient un cercle continu aux arabesques complexes. Sans doute avaient-elles été ciselées avec de l'aconit mêlé à de l'argent. Un cocktail souverain pour retenir un lycanthrope.

Encore des symboles auxquels Stiles n'entendait rien...

Il déglutit péniblement en voyant que Derek le fixait toujours, impassible et silencieux. Stiles chercha désespérément quelque chose à dire, ce qui, en temps normal, ne lui posait pas le moindre souci. Il se racla donc la gorge avant que ses yeux ne frôlent le pelage éclatant du griffon endormi.

_Comment s'appelle-t-il ? bafouilla-t-il alors.

Le sourcil sombre de Derek s'arqua et Stiles crut un instant qu'il n'allait pas répondre. Pourtant il le fit, non sans avoir pris le temps de caresser le bec acéré de l'animal qui s'ébroua en ronronnant sous les attentions de son maître.

_Versipelle.

Un frisson parcourut l'échine de Stiles lorsque la voix rauque et profonde du lycan résonna dans la grotte. Il réalisa également que c'était la première fois que Derek s'adressait directement à lui. Ce mec avait fait tous ces trucs incroyables, comme de quitter sa meute et de foncer bille en tête sur un demi-dieu vampire, et ils ne s'étaient même pas encore parlé.

Prudemment, Stiles s'assit en tailleur à même le sol, prenant bien garde de rester à l'extérieur du cercle.

_Je m'appelle Stiles, finit-il par déclarer quand le poids du regard clair se fit trop pesant.

_Je sais.

_Et tu es Derek.

_Je sais...

Était-ce bien une moue ironique que Stiles voyait poindre à la commissure des lèvres pleines ?

Pourtant, Stiles sentait le loup aussi prudent que lui-même quant à leurs rapports. Le jeune homme savait ce que le lycan avait fait pour lui, sans doute à son corps défendant. Incapable de résister à cet instinct qui l'avait poussé à s'exiler.

_Je suis désolé, chuchota-t-il alors en baissant la tête. Pour... À cause de moi, tu... Ta meute... Ta famille...

Un grondement sourd et bestial stoppa Stiles dans sa tirade.

_Ne parle pas de ça...

_Désolé, répéta un peu platement Stiles, la tête basse.

Derek poussa un profond soupir et Stiles releva la tête pour le voir se gratter la nuque.

_Non, on s'est mal compris. Ne sois pas désolé. Peter est mon oncle et mon alpha. Mais c'est aussi un grand malade... Il n'est pas ma famille. Pas vraiment.

Stiles pencha la tête sur le côté, un geste emprunté à Castiel, et se tritura nerveusement les mains.

_Alors pourquoi tu... J'veux dire...

_Pourquoi je suis resté dans sa meute ? compléta Derek en s'adossant au flanc de son griffon.

Le lycan adopta une expression sombre, comme s'il ne parvenait pas lui-même à déterminer une réponse valable à cette question.

_Parce que les loups vivent en meute ? proposa Stiles, presque timidement.

Derek fronça les sourcils, concentré.

_C'est un peu facile comme explication. Ça ne justifie pas vraiment d'être resté tout ce temps.

Stiles haussa les épaules en jouant avec la poussière et les gravillons sur le sol. Ceux-ci roulèrent entre ses doigts aux ongles noircis.

_On fait avec ce qu'on connaît. Sans les livres, j'aurais jamais su qu'y avait autre chose que les fosses des Basses-Terres.

_Les livres, hum ?

Stiles mit un moment à comprendre, figé, avant de s'affoler. Il bégaya, se leva et commença à babiller, ses mains volant dans tous les sens.

_Non... C'est pas...

Un petit rire de Derek lui coupa le souffle.

_T'en fais donc pas, dit le lycan qui n'avait pas bougé d'un poil. En fait, je suis plutôt heureux qu'on ait encore des objets qui nous rappellent comment c'était avant.

Curieux comme un chat, Stiles s'approcha et s'accroupit à nouveau face au cercle.

_Tu as connu avant ? demanda-t-il, les yeux brillants.

Derek secoua la tête.

_Non. Les lycans ne vivent pas aussi vieux que les vampires. Lui doit s'en souvenir, dit-il avec un geste vague en direction de V.

Stiles nota l'information dans un coin de sa tête, histoire de se rappeler d'interroger le vampire à ce sujet s'il en avait l'occasion. Il garda ensuite le silence un long moment tandis qu'il dévisageait Derek.

C'était assez dingue de se dire qu'il était lié à ce mec dont il ne savait rien et qui, soit dit en passant, accueillait cet état de fait avec le plus grand calme. Stiles avait tellement lutté pour rejeter ce lien qui avait tout coûté à Derek. Désormais une pointe de culpabilité l'obligeait à reconsidérer la situation. Et peut-être aussi cette barbe mal taillée et cette aura de sauvagerie qui faisaient pétiller quelque chose d'indéfinissable en lui.

Derek se prêta de bonne grâce à cet examen avant qu'un petit rictus ne marque ses traits anguleux.

_C'est bon ? Je suis suffisamment à ton goût ?

Stiles rougit et détourna la tête. Il sentit une pointe d'humour le taquiner à travers le lien et il s'aperçut que le lycan était plus amusé que contrarié. Stiles osa un regard dans sa direction et un sourire lui chatouilla les lèvres. Un éclair de malice le traversa.

_Dis ? hésita Stiles.

_Hum ?

_T'as faim ? Ou soif ?

Derek hésita un moment et hocha la tête. L'image d'un grand loup noir chassant des lapins pour se nourrir se forma dans l'esprit de Stiles.

Ainsi, voilà comment Derek avait survécu seul...

Stiles se leva pour aller chercher les restes de nourriture près du feu. Il subsistait encore un peu d'un cerf que Dean avait chassé et dépecé pour le rôtir. De même qu'une portion de compote de marrons que Stiles avait préparée. Il embarqua le tout dans une pyramide à l'équilibre instable et revint vers le cercle.

En avisant les runes qui luisaient toujours légèrement, il se dandina, hésitant.

_Si je te libère, tu essayes de me bouffer ?

Derek se redressa en poussant sur ses cuisses et Versipelle ouvrit un œil paresseux. Le lycan esquissa un lent sourire, aussi carnassier et indolent que celui d'un fauve.

_Je préfère le cerf...

Sans trop savoir pourquoi, Stiles se sentit un peu piqué au vif par cette réplique.

_Hé quoi ? Ça veut dire quoi ? Que je suis pas assez appétissant ? Que je ferais pas un bon casse-croûte ?

Les deux pieds ancrés au sol, il se planta en face de Derek. Quelques instants durant, celui-ci le contempla avec stupéfaction avant qu'un petit rire ne le secoue et fasse tressauter sa pomme d'Adam.

_Tu ferais un excellent casse-croûte. Appétissant. Rosé. Succulent.

Stiles n'était plus du tout sûr qu'il s'agisse de nourriture, là. Il en était même certain, mais fit comme si ce n'était pas le cas. De la pointe de sa chaussure, il brisa le cercle d'aconit et s'avança pour poser la nourriture près de Derek. Aussitôt les runes perdirent toute propriété phosphorescente. Elles se mêlèrent, inertes, à la poussière du sol.

Stiles recula prudemment mais, fidèle à sa promesse, Derek ne chercha pas à l'approcher. Il se rassit tout simplement et commença à manger. De temps à autre, il glissait un morceau de viande à Versipelle qui surveillait ce repas d'un œil intéressé.

Un léger coup sur le bec de ce dernier lui rappelait cependant que la gamelle ne lui était pas entièrement destinée. Cela fit rire Stiles quand, à défaut, l'animal approcha discrètement une patte.

_Tu crois que je ne te vois pas ? gronda Derek.

Versipelle s'ébroua, ébouriffant ses plumes tout en relâchant un piaillement aigu. Stiles admira les reflets fauves que le feu projetait sur le corps de l'animal. Quand Derek eut fini la moitié de son assiette, il glissa le reste près de l'immense tête. Les derniers morceaux du cerf furent engloutis en quelques secondes.

_Morfale, bougonna le loup.

La tendresse bourrue qui animait Derek laissa Stiles étrangement dubitatif. Il avait toujours pensé que les lycans étaient aussi brutaux que bestiaux. Pas le genre à papouiller l'encolure d'un griffon trop repu pour bouger.

_Et maintenant quoi ? demanda finalement Stiles.

Derek se tourna lentement vers lui et le détailla des pieds à la tête. Un frisson de désir et de convoitise qui ne lui appartenait pas traversa Stiles.

_Et maintenant, mon mignon petit humain, je pense que tu pourrais t'approcher un peu plus près. C'est d'autre chose que j'ai faim...

Stiles combattit de toutes ses forces l'élan puissant qui s'enroula soudain autour de tous ses membres, le poussant à avancer. L'intense chaleur qui se déversa dans ses muscles le consumait tandis que le lien lui hurlait que seul Derek pouvait éteindre cet incendie. Aussi simplement qu'il l'avait allumé.

D'un mot prononcé de cette voix rauque et profonde. D'un geste, d'une caresse appuyée.

Stiles secoua la tête et il vit le lycan froncer les sourcils, le regard sombre.

_Ne résiste pas, gronda ce dernier, la voix déformée par la présence du loup.

Il tendit la main dans sa direction mais, d'un bond maladroit qui se solda par une retraite à quatre pattes, Stiles se mit hors d'atteinte.

_T'approche pas ! Tu crois quoi ? J'en ai rien à secouer de ce lien. Je l'ai pas choisi, hurla-t-il. Tu crois qu'à cause de je ne sais quelle magie, je vais sauter directement dans ton plumard ? Tu rêves !

_Tu es mon compagnon, humain ! gronda Derek, furieux.

Le mépris contenu dans ce tout petit mot suffit à déchaîner la colère déjà vive de Stiles.

Rien à carrer du lien, rien à carrer de la prophétie, rien à carrer des couleurs et du vert pâle des yeux de Derek.

_Humain, oui, cracha Stiles. Mais plus esclave... Trouve-toi quelqu'un d'autre pour écarter les cuisses !

Une expression qu'il n'attendait pas s'invita sur le visage rigide du loup : l'incompréhension. Et ce fut peut-être le plus difficile à gérer. Derek ne saisissait même pas la raison de son refus. Pour lui, Stiles était son compagnon et point barre. C'était dans l'ordre des choses. Le lycan ne comptait pas aller à l'encontre de celui-ci.

_Parfois, je vois tes couleurs, dit alors Derek comme si cela expliquait tout. Enfin pas vraiment. Je pense que je vais les voir, je devine un truc. Et ça s'envole...

Stiles serra les dents en se relevant, ses vêtements encore plus maculés de poussière que d'ordinaire.

_Hey bah, t'as qu'à te mettre à la peinture...

A suivre

Bisous et bonne semaine à tous  :)


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