Vue sur l'océan
Avertissement de l'auteur : petite nouvelle qui commence bien mais qui ne finit pas forcément comme ça. Sujet sensible : suicide.
C'était l'un de ces beaux soirs d'été, ou les rayons safranés du soleil couchant apportaient un air mélancolique à l'atmosphère, ou donnait l'envie à l'homme de rendre le monde meilleur. L'océan s'étendait à l'infini, se fondant avec les nuages rosés du crépuscule qui s'étalaient paresseusement à l'horizon. L'eau turquoise était aussi lisse et pure que les parois d'un diamant dont les rayons tardifs du soleil miroitaient dans les carats, comme endormi.
Gigantesques et impressionnantes, les falaises de l'Etretat s'élevaient, dominantes, au-dessus des eaux calmes, illuminées par l'or des fins de journées. L'herbe des côtes, ratatinées par le vent incessant, poussait à perte de vue, parsemée ici et là de quelques buissons rabougris qui semblaient fatigués de lutter nuit et jour contre un mistral capricieux. Solitaires, quelques mouettes planaient au-dessus des eaux, à l'affut de poissons égarés de leurs bancs, perturbant de temps en temps la quiétude des lieux en poussant un cri perçant pour clamer la victoire d'une chasse réussie.
Longeant les côtes sur les sentiers pédestres caractéristiques de l'Etretat, Gabriel et Diane, les mains entrelacées amoureusement, marchaient calmement, savourant la légère fraicheur du soir après une chaude journée et admiraient le paysage.
Mais ce n'était pas l'endroit spectaculaire qu'observait Gabriel, c'était Diane. Elle était mille fois plus belle que les falaises, avec ses yeux émeraude étincelants, ses cheveux roux qui paraissaient or au couchant, ses lèvres pleines et son visage fin.
Le nom Diane, qui voulait dire " divin " ou "divine" lui correspondait parfaitement, pensa allégrement Gabriel. Qu'elle chance il avait de pouvoir être son compagnon !
Son compagnon. Peut-être bientôt son mari ?
Il passa discrètement la main sur la poche arrière de son pantalon, et sentit avec soulagement le petit boitier renfermant la bague de fiançailles qu'il avait prévu d'offrir à Diane le soir même.
C'était un bel anneau d'agent finement gravé, orné d'un véritable diamant. Il était peut-être petit, mais il était très joli. Et très onéreux, aussi, songea -t-il pensant à son pauvre porte-monnaie. Il lui avait fallu presque deux ans d'économies afin de pouvoir faire son achat dans une petite bijouterie locale de bonne réputation.
Et ce soir là, c'était le grand jour ! Il demanderait Diane en mariage !
Cette dernière observait une mouette qui défendait à coup de serre et de bec le poisson qu'elle venait de pêcher de ses congénères envieux qui tenait de le lui voler. Elle se tourna alors vers Gabriel, qui l'observait d'un air un peu béat.
- Qu'est ce qu'il y a ? demanda-t-elle en éclatant de rire.
Ah ! Il aimait tant ce rire ! Il était comme un marin attendri devant le chant d'une sirène. Puis, s'apercevant brusquement qu'il fixait toujours son aimante la bouche grande ouverte, il la referma.
- Ri. . . rien. . . fit-il, pas très convaincant.
Diane sourit et détourna les yeux, replongeant dans la contemplation du paysage.
Ils parvinrent bientôt à un petit plateau herbeux qui surplombait l'océan et les falaises, et ou le soleil, tel une boule de feu, se couchait lentement derrière.
C'était l'endroit et le moment. Il le sentait. Il devait demander Diane en mariage, c'était maintenant ou jamais.
- Diane, commença-t-il, je dois te demander quelque chose.
Elle l'observa en haussant les sourcils, attendant la suite. Il débita :
- Estcequetuveuxtemarieravecmoi ?
- Hein ?
Et, se sentant comme un parfait idiot, Gabriel rougit jusqu'à la racine des cheveux sans le vouloir.
- Tout va bien ? fit Diane d'une voix inquiète. Tu as pris un coup de soleil ?
- Je... Non ...
Il prit alors une grande inspiration pour se donner du courage, mais avala malencontreusement un pauvre moucheron au passage, et manqua de s'étouffer.
- Gabriel ! Tu vas bien ? s'écria Diane tandis qu'il toussait.
Il finit par avaler le pauvre moucheron pour éviter d'avoir à le recracher devant sa dulcinée, qu'il devait justement demander en mariage.
Le jeune homme finit par reprendre ses esprits, et cette fois-ci, inspirant une goulée d'air par le nez pour éviter de gober la petite sœur du défunt moucheron, il se lança, tout en s'agenouillant sous le regard surpris de Diane.
- Diane, dit-il. Cela fait très longtemps maintenant que j'espérais parvenir à ce moment tant attendu. Je t'aime, tu le sais bien, et je crois même que cela me fait souffrir, tant j'ai mal quand je m'éloigne de toi. Alors... pourquoi ne pas être liés pour la vie ?
Gabriel sortit maladroitement le boitier de sa poche, et présenta le bijou.
- Veux tu m'épouser ?
Il osa enfin lever les yeux vers elle, et s'aperçu qu'elle pleurait à chaudes larmes. Il s'en voulu aussitôt. Bien sûr que non elle ne voudrait pas ! Il était bien trop laid, avec ses cheveux noirs qu'il ne parvenait jamais à coiffer. En lui proposant cela, il lui avait fait de la peine. Elle devait aimer un autre homme. Oui c'était cela, elle aimait quelqu'un d'autre, de plus beau, plus riche... et elle ne lui avait pas dit pour le ménager. Quel idiot ! Lui que pensait qu'elle accepterait !
Il se releva prestement et fourra le boitier dans sa poche, et s'excusa :
- Diane, je suis désolé... C'était idiot.
À son plus grand étonnement, elle se jeta dans ses bras, et mi- pleurant, mi- riant, elle lui murmura :
- Tu es le plus grand crétin intentionné que je n'ai jamais vu. Evidemment que je veux t'épouser ! J'attendais depuis une éternité que tu me le demandes !
Il n'en croyait pas ses oreilles, ni ses yeux d'ailleurs. Elle voulait réellement ?
Puis, sous les demandes extasiées de Diane, il lui passa l'anneau au doigt. Elle l'embrassa gaiement, puis s'écarta.
- Merci b...
Elle s'interrompit. Un bruit inhabituel venait de se manifester sous leur pied. C'était comme si l'on froissait du papier, et que celui-ci se déchirait.
Soudain, le sol céda sous les pieds de Diane qui, dans une plainte retentissante, disparue dans l'éboulement, tandis que sa voix terrifiée mourrait au loin au milieu du fracas des roches s'entrechoquant.
Atterré, Gabriel fixa le vide sans le voir un long moment, puis, précautionneusement, s'approcha du bord effrité de la falaise. Il ne la vit pas. Elle avait disparue, elle était partie.
Il lui sembla que tout son monde autour de lui s'effondrait, comme un château de carte fragile auquel on aurait donné un coup involontaire.
- Diane ! s'époumona-t-il. DIANE !
Puis, se rendant compte qu'il ne faisait que crier dans le vide, il se leva, tourna les talons et rebroussa le chemin en courant, tandis qu'un orage de tristesse éclatait dans son cœur, et que des larmes de pluie de douleur coulaient sur ses joues.
Il couru, comme jamais il ne l'avait fait, hurlant son malheur sur les rares promeneurs tardifs qui s'approchaient un peu trop près de lui. Il parvint à la petite plage en contrebas , son souffle précipité lui soulevant les côtes, les tempes palpitantes et le cœur tambourinant dans sa poitrine comme des cris de désespoir.
Il s'aventura dans les rochers, remerciant silencieusement la marée basse, et aperçu soudain, au loin, un petit amas de pierres provenant de l'éboulement. Il s'approcha, et examina chaque roche, retournant celles qu'il pouvait soulever. Elle n'était pas ici.
Cela voulait peut-être dire qu'elle était vivante, qu'elle avait survécu, d'une quelconque manière ? Après tout, elle pouvait très bien s'être accrochée à la paroi de la falaise !
Il erra autour de l'endroit, espérant que Diane surgirait derrière un rocher, le rassurant, lui disant que tout allait bien.
Cependant, dans une marre de mer abandonnée de la marée, il découvrit Diane, allongée en travers du petit bassin d'eau salée qui se colorait de rouge. Gabriel s'approcha de sa bien-aimée, tachée de sang, d'eau, de sel et d'algues et la secoua comme un prunier.
- Diane ! Réveille-toi ! C'est moi, Gabriel ! DIANE ! REPONDS ! s'égosilla-t-il.
Il la secoua comme un prunier, espérant qu'elle ouvre les yeux. Mais, passant la main dans sa nuque détrempée, il s'aperçu qu'elle s'était déchirée le dos contre les roches aiguisées.
Il se tut.
C'était fini.
Elle était morte.
Partie.
Et, durant des heures, il pleura, serrant le cadavre glacé contre lui, se remémorant en boucle tous les souvenirs partagés, tous les baisers échangés... Comment pouvais-t-on perdre les gens ainsi ? Ils étaient là, et soudain, on se retrouvait abandonné.
Quand la marée montante atteint ses genoux, Gabriel ne voulait pas lâcher le corps froid et inerte de Diane. Il voulait rester avec elle. Pour toujours.
Et pour cela, il n'y avait qu'un seul moyen.
Gabriel remonta au beau milieu de la nuit noire le sentier qui menait à l'éboulement, les mains couvertes de sang, le corps meurtri et glacé, les cheveux emmêlés au sable, le cœur en morceau.
Une fois sur le plateau rocheux où il avait demandé quelques heures auparavant la main de sa dulcinée, il s'approcha lentement du bord, écarta les bras, ferma les yeux, savoura le vent qui ébouriffait ses cheveux et caressait son visage.
Il sauta.
Le lendemain matin, lors de la marée basse, deux amis trentenaires découvrirent au milieu de la marre de mer, où ils pêchaient des crevettes, deux cadavres.
C'était ceux, enlacés, d'une jeune femme et d'un jeune homme qui semblaient se serrer l'un contre l'autre, figés dans la mort avec tous l'amour qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre.
Hum... Vous en avez pensé quoi ?
C'était un petit coup d'inspiration, pas très joyeux je vous l'accorde. ^^'
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